Terrasse

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[modifier] Littérature

[modifier] Manifeste

[modifier] René Crevel, Note en marge du jeu de la vérité, 1934

Voilà déjà l’équateur qui renonce à couper la poire en deux. Par un pont de lianes frénétiques, il relie les deux pôles, le pôle diurne, le pôle nocturne. Les songes ressuscitent en geysers d’entre les pavés où l’aube les avait précipités. Des fleuves de clarté escaladent les hautes terrasses du sommeil et remontent à leurs sources.

  • « Note en marge du jeu de la vérité », René Crevel, Documents 34, nº 20, Avril 1934, p. 22


[modifier] Prose poétique

[modifier] Robert Desnos, Deuil pour deuil, 1924

Quelques jours après, à la terrasse d'un café, je buvais de l'alcool tout en observant de l'oeil droit une femme blanche et rose comme la reine des banquises et du gauche une femme bleu de Prusse, aux yeux brillants, aux lèvres blanches en glace de Venise, qui lisait une lettre écrite sur papier garance.


[modifier] Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927

La voici, tempête conventionnelle sous des nuages immobiles. La voici, femme virile coiffée du bonnet phrygien, aux tribunes de la Convention et à la terrasse des Feuillants. Mais déjà femme est-ce encore elle cette merveilleuse, encore ce mot prédestiné dans l’olympe de mes nuits, femme flexible et séduite et déjà l’amour ? L’amour avec ses seins rudes et sa gorge froide. L’amour avec ses bras emprisonneurs, l’amour avec ses veillées mouvementées, à deux, sur un lit tendu de dentelles.


[modifier] Roman

[modifier] Colette, La Maison de Claudine, 1922

Le chocolat, dans ce temps-là, ça se faisait avec du cacao, du sucre et de la vanille. En haut de la maison, les briques de chocolat séchaient, posées toutes molles sur la terrasse. Et, chaque matin, des plaques de chocolat révélaient, imprimé en fleurs creuses à cinq pétales, le passage nocturne des chats…

  • La Maison de Claudine (1922), Colette, éd. Imprimerie Moderne de Nantes, coll. Super-Bibliothèque, 1976 (ISBN 2-261-00093-6), La « Fille de mon père », p. 90


[modifier] André Breton, L'Amour fou, 1937

L'arène s'est déroulée à son tour selon la volute des chemins poudreux qu'ont remontés le dimanche précédent les acclamations de la foule, à cette minute où l'homme, pour concentrer sur lui toute la fierté des hommes, tout le désir des femmes, n'a qu'à tenir au bout de son épée la masse de bronze au croissant lumineux qui réellement tout à coup piétine, le taureau admirable, aux yeux étonnés. C'était alors le sang, non plus cette eau vitrée d'aujourd'hui, qui descendait en cascades vers la mer. Les petits enfants de la terrasse n'avaient d'yeux que pour le sang, on les avait menés là sans doute dans l'espoir qu'ils s'accoutumassent à le répandre, aussi bien le leur que celui d'un monstre familier, dans le tumulte et l'étincellement qui excusent tout.

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