Shoah
Le terme Shoah (hébreu : השואה, « catastrophe ») désigne l'extermination par l'Allemagne nazie des trois quarts des Juifs de l'Europe occupée, soit les deux tiers de la population juive européenne totale et environ 40 % des Juifs du monde, pendant la Seconde Guerre mondiale ; ce qui représente entre cinq et six millions de victimes selon les estimations des historiens. Ce génocide des Juifs constituait pour les nazis « la Solution finale à la question juive » (die Endlösung der Judenfrage). Le terme français d’Holocauste est également utilisé et l’a précédé. Le terme « judéocide » est également utilisé par certains pour qualifier la Shoah.
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[modifier] Tzvetan Todorov
Nombreux sont […] ceux qui refusent la mémoire exemplaire. Leur argument habituel est : l'événement dont nous parlons est absolument singulier, parfaitement unique, et si vous cherchez à le comparer à d'autres, cela ne peut s'expliquer que par votre désir de le profaner, ou bien encore d'en atténuer la gravité. Cet argument est particulièrement fréquent dans le débat sur le judéocide perpétré par les nazis au cours de la Seconde Guerre mondiale, sur ce qu'on appelle aussi, pour en souligner la singularité, l'holocauste ou la Shoah. […] Dire qu'un événement comme le judéocide est à la fois singulier et incomparable est une affirmation qui en cache probablement une autre, car elle est, prise à la lettre, ou trop banale, ou absurde. En effet, chaque événement, et non seulement le plus traumatisant de tous, est absolument singulier. Pour rester dans le registre de l'horrible, n'est-elle pas unique, la destruction presque intégrale de la population de tout un continent, de l'Amérique, au XVIe siècle ? N'est-elle pas unique, la réduction massive à l'esclavage de la population d'un autre continent, l'Afrique ? L'enfermement de quinze millions de détenus dans les camps staliniens n'est-il pas unique ? […] Il est impossible d'affirmer à la fois que le passé doit nous servir de leçon et qu'il est absolument incomparable avec le présent : ce qui est singulier ne nous enseigne rien du tout pour l'avenir. […] Au-delà d'un certain seuil, les crimes contre l'humanité ont beau rester spécifiques, ils se rejoignent dans l'horreur sans nuances qu'ils suscitent et dans la condamnation absolue qu'ils méritent ; cela vaut aussi bien, à mes yeux, pour l'extermination des Amérindiens que pour la soumission à l'esclavage des Africains, pour les horreurs du Goulag que pour celles des camps nazis.
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Les abus de la mémoire, Tzvetan Todorov, éd. Arléa, 2004 (ISBN 2-86959-405-4), p. 34,42
[modifier] Bernard-Henri Lévy
La leçon de la Shoah, pour moi, c'est aussi une vigilance sans répit sur tous les fronts contemporains du malheur. …se donner une vraie chance, si, en quelque point du globe…revient flotter le parfum, reconnaissable entre mille, du génocide, de ne pas passer à côté ; tout faire, se donner tous les moyens possibles, pour, ce jour-là, ne pas avoir à dire:"nous ne savions pas ; je ne savais pas" ; une mémoire vive, en d'autres termes ; une mémoire en alerte, et qui travaille, et qui donne des armes à qui en veut ; une mémoire qui rende, non pas sourd, mais attentif aux premières notes de la musique fatale ; ce n'est jamais la même musique ? ni le même parfum ? l'Histoire a plus d'imagination que les hommes ? le Diable plus que l'Histoire ? et il n'est pas du genre, le Diable, à commettre l'erreur d'amateur de nous resservir un génocide en tout point semblable à l'étalon du genre ? bien sûr ; mais tout de même, il ne fallait pas être sorcier au Rwanda, pour entendre ce qui venait ; il ne fallait pas être très malin pour, en Bosnie … comprendre de quoi il retournait - Il fallait juste … avoir la Shoah au cœur et dans la tête ; il fallait juste … se souvenir … ; il fallait en un mot, avoir une mémoire à jour.
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Réflexions sur la guerre, le mal et la fin de l'histoire, Bernard-Henri Lévy, éd. Grasset, 2001 (ISBN 2-246-62021-X), p. 398-400
[modifier] Simone Veil
Le principal danger aujourd’hui, c’est la banalisation, qui fait qu’on en parle à mauvais escient, qu’on s’y réfère en des occasions qui ne le justifient pas, qu’on cherche à dévoyer la mémoire au service d’une cause quelconque. La menace, c’est celle de la comparaison des souffrances, de la relativisation des martyres, de la concurrence des victimes. Bien sûr, d’autres génocides ont été commis depuis. Mais transmettre la mémoire du massacre des juifs d’Europe, c’est aujourd’hui, avant tout, rappeler son caractère unique dans l’histoire des hommes. La Shoah, cette entreprise de destruction systématique de tout un peuple, sur tout un continent, ne souffre pas de comparaison. La diffamation des victimes et l’infidélité de la mémoire commence quand on songe à relativiser l’absolu au lieu de l’enseigner.
[modifier] Enzo Traverso
Cette définition de la singularité historique de la Shoah […] ne doit pas être postulée comme une catégorie normative ni imposée comme un dogme. Auschwitz n'est pas un événement historiquement incomparable. De plus, comparer, distinguer et ordonner ne signifie pas hiérarchiser. La singularité d'Auschwitz ne fonde aucune échelle de la violence et du mal. Il n'y a pas un génocide « pire » ou « moindre » qu'un autre et la qualité d'Auschwitz ne confère à ses victimes aucune aura particulière, aucun privilège au martyre et, par conséquent, à la mémoire collective. Ainsi définie, la singularité d'Auschwitz n'en exclut pas d'autres - par exemple celles du goulag ou de Hiroshima - car elle s'inscrit dans un contexte auquel appartiennent d'autres violences et génocides. Au lieu de favoriser une focalisation exclusive, elle devient un outil pour élaborer une herméneutique de la barbarie du XXe siècle.
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Pour une critique de la barbarie moderne: écrits sur l' histoire des Juifs et de l'antisémitisme, Enzo Traverso, éd. Page deux, 2000, p. 120
Considérer Auschwitz comme un paradigme de la barbarie du XXe siècle signifie en faire la voie d'accès à ses différentes manifestations, et non l'objet d'une focalisation exclusive. Cette dernière me paraît inacceptable tant sur le plan éthique, car elle contribue à hiérarchiser, marginaliser et oublier les victimes d'autres violences (sans oublier les victimes non juives du nazisme), que sur le plan épistémologique, car une fois expulsé de son contexte historique - l'ensemble des violences du siècle - le génocide juif devient à son tour complètement incompréhensible. Les exemples des dérives d'une telle focalisation exclusive sont nombreux. […] On pourrait évoquer aussi le débat suscité par la guerre en Yougoslavie. Pendant ce conflit, le scandale majeur, aux yeux de certains, n'était pas les épurations ethniques mais l'outrecuidance de ceux qui osaient - à tort - les assimiler aux crimes nazis. Un mauvais usage du comparatisme a ainsi révélé une sacralisation consternante de la singularité de la Shoah.
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Pour une critique de la barbarie moderne: écrits sur l' histoire des Juifs et de l'antisémitisme, Enzo Traverso, éd. Page deux, 2000, p. 125
Il ne s'agit pas de gommer la singularité de la violence nazie en l'assimilant tout simplement aux massacres coloniaux. Il s'agit plutôt de reconnaître qu'elle fut perpétrée au milieu d'une guerre de conquête et d'extermination entre 1941 et 1945, conçue comme une guerre coloniale au sein de l'Europe. Une guerre coloniale qui empruntait largement son idéologie et ses principes - mais avec des moyens et des méthodes bien plus modernes, puissants et meutriers - à celles menées tout au long du XIXe siècle par l'impérialisme classique. Si les victimes de la "Solution finale" incarnaient l'image de l'altérité dans le monde occidental, objet de persécution religieuses et de discriminations raciales depuis le Moyen Age, les circonstances historiques de leur destructions indiquent que cette stigmatisation ancienne et certes particulière avait été revisitée après l'expérience des guerres et des génocides coloniaux. Le nazisme réalisait la rencontre et la fusion entre deux paradigmatiques : le Juif, l'"autre" du monde occidental, et le "sous-homme", l'autre du monde colonisé.
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La violence nazie, une généalogie européenne, Enzo Traverso, éd. La Fabrique, 2003, chap. Introduction, p. 26-27
Entre les massacres de l'impérialisme conquérant et la «Solution finale» il n'y a pas seulement des «affinités phénoménologiques», ni des analogies lointaines. Il y a une continuité historique qui fait de l'Europe libérale un laboratoire des violences du XXe siècle et d'Auschwitz un produit authentique de la civilisation occidentale.
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La violence nazie, une généalogie européenne, Enzo Traverso, éd. La Fabrique, 2003, Conclusions, p. 167
[modifier] Hani Ramadan
(...) la Shoah ne doit pas devenir un dogme destiné à museler les conscience lorsqu'en Palestine, on brûle au phosphore blanc des enfants.
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« Lutter contre la violence sioniste et condamner l'antisémitisme », Hani Ramadan, Le Temps (quotidien suisse) (ISSN 1423-3967), 10 novembre 2011, p. 13
[modifier] Voir aussi
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