Satin

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Sommaire

[modifier] Littérature

[modifier] Poésie

[modifier] Paul Eluard , Capitale de la douleur, 1926

J'ai rencontré la jeunesse.
Toute nue aux lis de satin bleu,
Elle riait du présent, mon bel esclave.

  • Capitale de la douleur suivi de L'amour la poésie (1926), Paul Eluard, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 978-2-07-030095-2), partie Nouveaux poèmes, L'hiver sur la prairie, p. 112


[modifier] Prose poétique

[modifier] Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927

Dès qu’il eut passé la dernière porte de l’asile, les personnages multiples du génie vinrent à lui.
« Entrez, entrez, mon fils, dans ce lieu réservé aux âmes mortifiées et que le tendre spectacle de la retraite prépare votre orgueil à la gloire prochaine que lui réserve le seigneur dans son paradis de satin et de sucre. »


[modifier] Joyce Mansour, Dolman le maléfique, 1961

Dolman variait ses plaisirs. Une indicible moquerie dans ses yeux fouineurs, il aiguisait ses sens à volonté sur le dos satiné de ses victimes. Cruel, les brunes piquantes aux petits seins et aux poils tortillés en acrostiches provoquaient en lui une rage visuelle nuancée de mélancolie, un véritable raz-de-marée de colère sadique. Il s'enfonçait en elles dans un flamboiement sanguinaire. Il se laissait pénétrer par l'épouvante de sa victime ; froissé comme elle il frissonnait de peur et pleurait, et touchait son ventre bombé, son ventre flambant, incandescent de flammes hystériques, là, sur ses maigres flancs d'adolescent.

  • « Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 49


[modifier] Roman

[modifier] Marie d'Agoult, Nélida, 1866

Le lendemain, vers la chute du jour, Guermann entrait dans le petit salon que Mme d'Hespel appelait son atelier. C'était une pièce tendue de satin vert, éclairée par le haut, encombrée de prétendus objets d'art et d'une multitude d'ustensiles, aussi élégants qu'incommodes, qui servaient à la vicomtesse dans l'exercice de son talent de peinture.
— Vous me prenez en flagrant délit, s'écria-t-elle en voyant Guermann, et dans mon costume d'artiste.
C'était une façon détournée de lui faire remarquer ses bras nus encore bien conservés, sa taille bien prise dans une robe juste en cachemire feuille morte, et son tablier de dentelle noire coquettement relevé comme celui d'une soubrette de théâtre.
— Vous allez dédaigner mes oeuvres, continua-t-elle, car vous autres peintres d' histoire, comme on dit, vous faites fi du genre. J'avais commencé l'huile il y a trois ans ; mais franchement, cela sent trop mauvais, c'est trop sale. J'ai préféré l'aquarelle, et je crois avoir été à peu près aussi loin que possible dans l'arrangement des intérieurs. Or, mieux vaut la perfection dans un petit genre que la médiocrité dans un grand, n'est-il pas vrai ?


[modifier] Boris Vian, L'écume des jours, 1947

— Emmenez-le..., dit-il au sous-directeur. Je vois bien pourquoi il est venu... Allez, vite !.. Déguerpis, clampin ! hurla-t-il.
Le sous-directeur se précipita vers Colin, mais celui-ci avait saisi le dossier oublié sur la table :
— Si vous me touchez..., dit-il.
Il recula peu à peu vers la porte.
— Va-t-en ! criait le direteur. Suppôt de Satin !...
— Vous êtes un vieux con, dit Colin, et il tourna la poignée de la porte.
Il lança son dossier vers le bureau et se précipita dans le couloir. Quand il arriva à l'entrée, l'huissier lui tira un coup de pistolet et la balle de papier fit un trou en forme de tête de mort dans le battant qui venait de se refermer.

  • L'écume des jours (1947), Boris Vian, éd. Pauvert, 1963 (ISBN 2-7202-1311-02), XLIV., p. 153


[modifier] Leonardo Sciascia, Le Jour de la chouette, 1961

Les huissiers de la Chambre les toisèrent avec méfiance, se passèrent l'un à l'autre leurs billets d'entrée, leur demandèrent leurs cartes d'identité et les invitèrent à ôter leurs pardessus. Enfin on finit par les accompagner à une loge qui ressemblait tout à fait à une loge de théâtre ; ils se trouvaient comme au bord d'un énorme entonnoir ; au-dessous d'eux, une sombre fourmilière liquide. La lumière était celle qui, dans leur pays, annonce certains orages, lorsque les nuages, poussés par le vent du Sahara, se groupent et semblent lentement bouillir, ne laissant filtrer qu'une lumière faite de sable et d'eau : curieuse lumière qui donne aux objets une surface satinée.


[modifier] André Pieyre de Mandiargues, La Marge, 1967

Trois jeunes gens, comme en confirmation du propos, qui viennent en se tenant par le bras, le forcent à s'abriter dans une entrée de boutique où dans les vitrines illuminées brillent des mantilles de satin, et un bossu vêtu de noir s'apprête à lui ouvrir la porte. Étonné que les magasins soient si tard ouverts à Barcelone, il est huit heures et demie, Sigismond, par politesse, fait à l'homme un signe de la main et regagne le trottoir, qui à la vérité n'est pas large pour l'affluence quand tant de voitures courent sur la chaussée. Mais dans les maisons une trouée se présente, qui est celle de la calle de San Ramon, à droite. Là, tout le milieu de la rue est rempli de gens, qui sont assemblés autant qu'ils vont ou viennent. A ceux-là Sigismond se mêle.

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