Saphisme
Le saphisme ou lesbianisme est souvent utilisé pour décrire l'attirance romantique et sexuelle entre deux femmes. On parle aussi d’homosexualité féminine pour qualifier cette attirance.
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[modifier] Histoire
[modifier] Marie-Jo Bonnet, Les Relations amoureuses entre les femmes, 1981
Pour la lesbienne, l'amour est un risque et une conquête, non une pulsion. C'est un acte gratuit, conscient de ne déboucher sur rien socialement.
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Les Relations amoureuses entre les femmes (1995), Marie-Jo Bonnet, éd. Odile Jacob, coll. Poches, 1981, Introduction, p. 12
C'est au cours de la Renaissance, au moment même où l'homme découvre son individualité et se représente au centre du monde, qu'il nomme la lesbienne d'un mot qui lui dénie sa dimension d'individu. Sappho est une tribade, écrit-on alors. Une tribade est une femme qui « contrefait » l'homme, autrement dit un monstre. « Tribade » vient du grec tribein, qui signifie « frotter, s'entrefrotter ». La peur de perdre son pouvoir d'homme sur l'individu femme éclate ainsi au coeur même de la dénomination retenue. Elles se frottent, elles ne se pénètrent pas (avec un pénis). La menace que fait peser toute liberté de femme sur la pureté de la lignée spermatique se trouve ainsi conjurée.
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Les Relations amoureuses entre les femmes (1995), Marie-Jo Bonnet, éd. Odile Jacob, coll. Poches, 1981, Introduction, p. 12
En ne donnant pas leur ventre à la reproduction, elles s'isolent socialement. S'isolant, elles peuvent démonter le jeu sexuel et social qui se joue quotidiennement sur la scène patriarcale et voir les potentialités de renouvellement d'une civilisation en pleine mutation.
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Les Relations amoureuses entre les femmes (1995), Marie-Jo Bonnet, éd. Odile Jacob, coll. Poches, 1981, Introduction, p. 18
L'amour entre femmes renvoie à une conscience identitaire basée sur un retour, non pas à la mère, comme le prône la psychanalyse, mais aux valeurs fondées sur l'individualité, dont Sappho a constitué un point d'incarnation historiquement décisif.
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Les Relations amoureuses entre les femmes (1995), Marie-Jo Bonnet, éd. Odile Jacob, coll. Poches, 1981, Introduction, p. 18
Au lieu de mettre en scène le suicide, Madeleine de Scudéry s'en détourne complètement et préfère envoyer Sappho loin de la ville, au « Pays des Sauromates », territoire des Amazones d'après Hérodote d'Halicarnasse dans ce « coin du monde où l'on [peut] dire que les femmes sont maîtresses d'elles-mêmes ». Ce qui est perdu du côté de l'amour, du plaisir du corps, se retrouve du côté de l'individualité féminine et des valeurs d'affirmation de soi personnifiées par les Amazones. Paru durant la Fronde et dédié à la Duchesse de Longueville, Artamène ou le Grand Cyrus est symptomatique de la perte de pouvoir politique infligé aux femmes par la monarchie. Sa fin marque pourtant l'espoir de la conquête possible d'un territoire propre, forteresse de l'âme, terre de liberté où le génie féminin, sous la double protection des Amazones et de l'amour de soi reconquis, se retire.
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Les Relations amoureuses entre les femmes (1995), Marie-Jo Bonnet, éd. Odile Jacob, coll. Poches, 1981, partie 1. Te nommer corps lesbien (XVIè-XVIIè siècle), chap. III Le pays des Sauromates : Sappho chez les Amazones, Introduction, p. 76
Nous avons vu dans La Religieuse comment Suzanne observe les signes de la jouissance sur le corps de la supérieure et à quel point le corps de la femme acquiert une réalité sensible. En posant la distinction entre êtres semblables et différents, et non plus entre procréation et plaisir, Diderot effectue à présent une rupture épistémologique très importante puisque, un siècle avant les psychiatres, il formule les deux notions qui ordonnent l'univers mental de la sexualité contemporaine : l'homosexualité et l'hétérosexualité.
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Les Relations amoureuses entre les femmes (1995), Marie-Jo Bonnet, éd. Odile Jacob, coll. Poches, 1981, partie 2. Des mystères de la nature à ceux de Lesbos (XVIIIè siècle), chap. I Lumières... sur la passion du semblable, Introduction, p. 137
Pour Mirabeau, le mot vient « du grec anandros, au féminin anandré. Pour un homme : sans virilité, pour une femme : sans époux ». Le chapitre VI d' Erotika Biblion est d'ailleurs intitulé « L'Anandryne ou les vestiges de l'androgynat primitif d'Adam et notamment le saphisme». Pour L'Espion anglais, le mot « veut dire en français anti-homme », ce qui change radicalement la perspective, car la femme non mariée, dans la culture latine, est précisément la vierge, celle qui n'appartient pas à l'homme, ou, pour parler comme Georges Devereux, une « femme sexuellement active mais non assujettie à un homme. Une telle femme indomptée (admêtis) était jadis appelée parthénos, mot qui n'acquit que bien plus tard la signification de vierge ». Le sens d'anti-homme, en revanche, se situe bien dans la tradition française du discours sur les tribades. Alors que Mirabeau exprime un point de vue intellectuel, nourri de solides lectures, L'Espion anglais paraît mieux informé sur les moeurs de son temps. Il appuie ses observations sur la rumeur publique et les parsème de références savantes qui lui donnent ce faux air d'autorité qui plaît tant à ses lecteurs, montrant que ce n'est pas tant le regard sur les tribades qui change avec le libertinage, que le modèle référentiel. Elles ne sont plus représentées par deux, trompant les hommes sur ce qui leur manque, mais assemblées en « collège », « sérail », « loge », « secte », célébrant un culte collectif à la jouissance féminine dans le reflet exact du mode de vie « éclairée ». A partir des années 1750, en effet, la vie sociale prédomine sur l'intimité. La cour de Versailles, qui donnait sous Louis XIV le ton à la vie culturelle, est éclipsée par les nombreuses microsociétés réunies autour de L'Encyclopédie ou dans les salons, les académies, les cafés, les théâtres et au Palais-Royal. Le couple, même hétérosexuel, est démodé. La vie amoureuse se confond avec la vie de Société.
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Les Relations amoureuses entre les femmes (1995), Marie-Jo Bonnet, éd. Odile Jacob, coll. Poches, 1981, partie 2. Des mystères de la nature à ceux de Lesbos (XVIIIè siècle), chap. II Les mystères de Lesbos, Introduction, p. 163
La relative tolérance dont bénéficia Françoise Raucourt malgré ses liens avec la contre-révolution montre bien que ce ne sont pas tant les « vices des tribades » qui firent peur aux républicain que l'apparition des femmes comme collectif librement constitué.
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Les Relations amoureuses entre les femmes (1995), Marie-Jo Bonnet, éd. Odile Jacob, coll. Poches, 1981, partie 2. Des mystères de la nature à ceux de Lesbos (XVIIIè siècle), chap. II Les mystères de Lesbos, Introduction, p. 210
La nouveauté du siècle des Lumières n'est pas tant dans l'existence d'une Françoise Raucourt vivant ouvertement sa passion pour les femmes que dans l'apparition des tribades comme groupe identitaire où chacune est reconnue à travers ses relations à d'autres femmes et non plus en référence à l'homme.
Le groupe des anandrynes est l'expression dans la fiction de cette naissance d'une conscience de groupe qui plonge ses racines dans la culture des salons.
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Les Relations amoureuses entre les femmes (1995), Marie-Jo Bonnet, éd. Odile Jacob, coll. Poches, 1981, partie 2. Des mystères de la nature à ceux de Lesbos (XVIIIè siècle), chap. II Les mystères de Lesbos, Introduction, p. 211
Contrairement aux figures de la Vestale ou de Cornalie, qui exaltent le foyer et la maternité, celle de Sappho raconte l'histoire de la femme de génie, rejetée par des hommes incultes, jeunes et beaux, qui meurt parce qu'elle a abdiqué les pouvoirs de l'esprit.
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Les Relations amoureuses entre les femmes (1995), Marie-Jo Bonnet, éd. Odile Jacob, coll. Poches, 1981, partie 2. Des mystères de la nature à ceux de Lesbos (XVIIIè siècle), chap. II Les mystères de Lesbos, Introduction, p. 214
[modifier] Littérature
[modifier] Roman
[modifier] Jean-Jacques Rousseau, Julie ou La nouvelle Héloïse, 1761
Dieux ! quel ravissant spectacle, ou plutôt quelle extase, de voir deux beautés si touchantes s'embrasser tendrement, le visage de l'une se pencher sur le sein de l'autre, leurs douces larmes se confondre, et baigner ce sein charmant comme la rosée du ciel humecte un lis fraîchement éclos !
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Julie ou La nouvelle Héloïse (1761), Jean-Jacques Rousseau, éd. Garnier-Flammarion, coll. GF Flammarion, 1967 (ISBN 2-08-070148-7), partie I, Lettre XXXVIII à Julie, p. 73