Rose

Citations « Rose » sur Wikiquote, le recueil de citations libre
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The Soul of the RoseJohn William Waterhouse (1908)

Rose fait référence à la fleur du rosier et à une couleur.

Littérature[modifier]

Nouvelle[modifier]

Renée Vivien, La Dame à la Louve, 1904[modifier]

La Chasteté paradoxale

Un flamboyant été de roses se consumait en parfums. L’immense baie des fenêtres découvrait la mer qui miroitait toute sous nos yeux éblouis, ruissellement d’argent fondu et parsemé de cristal.

  • La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Chasteté paradoxale, p. 103


Poésie[modifier]

Henri de Régnier, Les jeux rustiques et divins, 1897[modifier]

Espère ! Le Bonheur feint de n’être pas lui,
Hier qui pleurait encor va sourire aujourd’hui,
Et sur le piédestal du tombeau taciturne
Une rose renaît à la fente de l’urne.

  • « Espoir », dans Les jeux rustiques et divins, Henri de Régnier, éd. Mercure de France, 1897, p. 155


Prose poétique[modifier]

André Breton, Poisson soluble, 1924[modifier]

Le fantôme qui, en chemin, s'était avisé de faire corps avec saint Denis, prétendait voir dans chaque rose sa tête coupée.


Quelle sainte au tablier de roses a fait couler cet extrait divin dans les veines de la pierre ?


Joyce Mansour, Dolman le maléfique, 1961[modifier]

D'humeur gaie il pratiquait l'onanisme sacrilège sur le corps d'une pâle effigie fraîchement sortie des bras des couventines aux fesses piquées de rose.

  • « Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 49


Roman[modifier]

Charles Robert Maturin, Melmoth — L'homme errant, 1820[modifier]

Je ne m'aperçus pas que l'on me traitait comme un homme dont la raison était aliénée, et pourtant ces expressions que je répétais si follement pouvaient bien justifier un pareil soupçon.
Le directeur venait souvent me voir et ces misérables hypocrites l'accompagnaient à ma cellule. Par manque d'autre occupation ils me trouvaient généralement en train d'arranger mes fleurs ou de regarder les estampes et disaient :
— Vous voyez, il est aussi heureux qu'il le désire, il ne manque de rien ; il est très occupé à contempler ces roses.
— Non, je ne suis pas occupé, répliquai-je. C'est d'occupation que j'ai besoin.


Pierre Louÿs, Les Aventures du Roi Pausole, 1900[modifier]

L'eau, d'une gueule de satyre aux oreilles foliesques, tombait dans une cuve naturelle de terre rouge et d'herbes vertes où s'enracinaient des lauriers-roses en touffes compactes. Ce n'était point la vasque moisie et lépreuse de nos jardins où la source inutile vient inonder une terre déjà molle de pluie. C'était une naissance de fleurs dans le sol pourpré du Midi, une fontaine de sève, une urne génitrice d'où la vie ruisselait en verdures mouvantes, et le vieux satyre, fils de Pan, regardait la jeunesse des bois descendre éternellement de ses lèvres.
Au-dessous du mascaron cornu, que la blanche Aline prenait pour le diable, deux nymphes de marbre s'enlaçaient, debout et penchées sur le bassin obscur. A la fin de chaque hiver l'amandier les couvrait de ses petites églantines. L'été, elles prenaient sous le soleil toutes les couleurs de la chair. La nuit elles redevenaient déesses.

  • Les Aventures du Roi Pausole (1900), Pierre Louÿs, éd. GF, 2008 (ISBN 978-2-0807-1214-1), partie Livre deuxième, III. Comment le miroir des nymphes devint celui des jeunes filles, p. 131


James Joyce, Ulysse, 1922[modifier]

Des gazelles bondissent et pâturent sur les montagnes. Des lacs proches. Au bord des lacs, les ombres noires à la file des plantations de cèdres. Un arome s'exhale, une véhémente chevelure de résine. L'orient se consume, le ciel de saphir est barré par le vol de bronze des aigles. Sous lui s'étend la femmecité, nudité, blancheur, luxe, fraîcheur, calme et volupté. Une fontaine murmure parmi les roses de Damas. Des roses géantes murmurent de vignes pourpres. Un vin de honte, de luxure et de sang filtre avec un murmure étrange.


Jean Genet, Pompes funèbres, 1947[modifier]

Le jardinier est la plus belle rose de son jardin.

  • Pompes funèbres, Jean Genet, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1953 (ISBN 2-07-02-027919-7), p. 50


René Barjavel, La Nuit des temps, 1968[modifier]

Il est difficile de donner un exemple de la différence entre la langue-lui et la langue-elle, puisque les deux termes équivalents ne peuvent être traduits que par le même mot. L'homme dirait : « qu'il faudra sans épines », la femme dirait : « pétales du soleil couchant », et l'un et l'autre comprendraient qu'il s'agit de la rose.


Psychologie[modifier]

Mary Esther Harding, Les Mystères de la femme, 1953[modifier]

Dans l'initiation aux mystères d'Isis, le candidat devait prendre la forme de l'âne Set ou Typhon pour devenir conscient de toute sa luxure et concupiscence et éprouver l'aspect négatif de l'Éros, de sa propre libido, non pas en se livrant à une débauche effective, mais en passant par l'épreuve rituelle de l'initiation. On l'isolait de ses compagnons pour qu'il se sente abandonné, car quelque chose en lui était hostile à la « participation ». On le battait, le maltraitait, on l'exposait à la faim et aux tentations sexuelles.
Car Typhon n'est pas foncièrement différent d'Éros. C'est Éros sous une forme implacable, l'inverse, le contraire de la « participation ». Lorsque le candidat à l'initiation avait traversé cette épreuve, lorsqu'il avait pleinement éprouvé cet aspect de la vie, ressenti son vide et sa stérilité et résolu d'y renoncer pour toujours, lorsqu'il se montrait capable de castration volontaire, alors seulement il voyait Isis la déesse et retrouvait sa forme humaine en mangeant ses roses. Ces roses d'Isis sont les fleurs de la pure passion, et symbolisent l'amour libéré de la luxure.

  • Les Mystères de la femme (1953), Mary Esther Harding (trad. Eveline Mahyère), éd. Payot & Rivages, coll. Petite Bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 2-228-89431-1), chap. XIII. Le sacrifice du fils, p. 296