Roberto Saviano
Roberto Saviano (né le 22 septembre 1979 à Naples) est un écrivain et journaliste italien. Il est célèbre pour avoir décrit précisément les milieux mafieux dans ses écrits et articles, en particulier celui de la Camorra napolitaine, mettant ainsi au jour ses structures économiques et territoriales.
[modifier] Citations
[...] les structures politiques les plus visibles et les plus exposées médiatiquement sont laissées en dehors de toute proximité ou de toute connivence; mais, de l'autre, dans les villages, partout où ils ont besoin de soutien paramilitaire, de protection pour les hommes en cavale, de manœuvres économiques plus voyantes, les alliances entre hommes politiques et familles camorristes sont plus étroites.
- Sur la mafia en Campanie
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 63-64
La vente de drogue emploie une main-d'œuvre considérable, des milliers de personnes qui ignorent qui les dirigent réellement. Elles devinent plus ou moins pour quelles famille de la camorra elles travaillent, mais pas plus. Si quelqu'un est arrêté et décide de collaborer avec les autorités, sa connaissance de la structure se limite à un périmètre bien précis, circonscrit, et il n'a pas d'idée claire de l'ensemble de l'organigramme, de l'immense étendue du pouvoir économique et paramilitaire de l'organisation.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 81-82
Il y a ceux qui commandent aux mots et ceux qui commandent aux faits : tu dois comprendre qui commande aux faits et faire mine de croire ceux qui commandent aux mots. Mais, au fond de toi, tu dois toujours savoir ce qui est vrai : ceux qui commandent vraiment sont ceux qui commandent aux faits.
- Saviano citant son père.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 205
Le meilleur [...] c'est celui qui n'a besoin de personne. Il sait des choses, mais il fait aussi peur. Si tu ne fais peur à personne, si personne ne tremble en te voyant, alors ça veut dire que tu n'es pas vraiment à la hauteur.
- Saviano citant son père.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 205
Une entreprise inattaquable, dotée de mécanismes parfaits ou presque. Qui n'essayait jamais de dissimuler une opération, un homicide, un investissement, mais simplement d'empêcher qu'on puisse démontrer quoi que ce soit devant un tribunal.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 82
Un camorriste sait qu'il doit prendre soin de ses ennemis loyaux car ils sont bien plus précieux que les ennemis cachés.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 205
Faire un choix ne veut pas dire qu'on restreint son champ d'action, qu'on se prive d'autres possibilités. Pas pour ceux qui voient dans la vie un espace où tout est à conquérir, au risque de tout perdre. Ça veut dire être conscient qu'on peut être arrêté, mal finir, y laisser sa peau. Mais pas renoncer. Vouloir tout, et tout de suite, s'en emparer maintenant.
- A propos de la philosophie maffieuse.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 139
L'éthique est le frein des perdants, la protection des vaincus, la justification morale de ceux qui n'ont pas su tout miser et tout rafler. La loi existe, sur le papier, mais la justice est autre chose. C'est un principe abstrait qui implique chaque homme et permet de condamner ou d'innocenter en fonction du sens qu'on lui donne.
- A propos de la philosophie maffieuse.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 139-140
La logique de l'entrepreneuriat criminel et la vision des parrains sont empreintes d'un ultra-libéralisme radical. Les règles sont dictées et imposées par les affaires, par l'obligation de faire du profit et de vaincre la concurrence.
- A propos de la philosophie maffieuse.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 140
Une logique ancienne: elle s'inspirait des magliari, ces camelots napolitains qui vendaient leurs produits dans une bonne partie du monde après la Seconde Guerre mondiale, parcourant des distances énormes et transportant des sacs chargés de chaussettes, de chemises et de vestes. A plus grande échelle et grâce à leur longue expérience de commerçants, les magliari étaient devenus des agents commerciaux capables de vendre partout: sur les marchés de quartier et dans les centres commerciaux, les parkings et les stations-service. Les meilleurs pouvaient faire carrière et tenter de vendre des lots importants directement aux revendeurs.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 57
Si on est un raté, un bouffon, un bon à rien, on peut seulement faire le bien, mais c'est du bénévolat, on ne fait pas vraiment le bien. Le bien, c'est ce qu'on fait quand on aurait pu choisir de faire le mal.
- Saviano citant son père.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 206
Robbè, ici il suffit d'être ce que t'es.
- Saviano citant son ami Matteo à Aberdeen.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 332
Vivre sa vie de cette façon, c'est croire réellement que la vérité existe, sur une terre où la vérité est ce qui rapporte et le mensonge ce qui ne rapporte pas: un choix inexplicable. Et les autres se sentent donc en difficulté, mis à nu par le regard de celui ou celle qui a renoncé aux règles de vie commune qu'ils ont acceptées en bloc. Des règles auxquelles on obéit toute honte bu, car au fond c'est ainsi qu'il doit en être, c'est ainsi qu'il en a toujours été: nul ne peut tout changer par ses seules forces, il vaut mieux les économiser, suivre le droit chemin et vivre comme on nous autorise à le faire.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 331
En terre de camorra, le regard fait partie du territoire, c'est comme défoncer la porte et entrer brutalement chez quelqu'un, puis envahir sa maison. Un regard va parfois plus loin qu'une insulte. Permettre à son regard de s'attarder sur le visage de quelqu'un est déjà une façon ouverte de le défier.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 301
Tandis que ses assassins envisageaient de s'en prendre à la chair pour affirmer leurs positions, je pensais une fois de plus à la bataille de don Peppino et à l'importance de la parole. Je me disais que placer la parole au centre d'une lutte contre les mécanisme du pouvoir était une chose incroyablement nouvelle et puissante. Des mots contre des bétonneuses et des fusils. Mais pas métaphoriquement: pour de bon. Des mots qui dénoncent, qui témoignent, qui ne reculent pas. Des mots parés de leur seule armure: être dits. Une parole qui est sentinelle, témoin: vraie à condition de laisser sa marque. Une parole orientée de telle sorte qu'on ne puisse la faire taire qu'en tuant.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 280-281
Et les entrepreneurs à succès qui viennent de l'aversano, une terre malade de camorra, répondent sans vergogne à ceux qui les interrogent: "j'ai acheté à dix et revendu à trois cents".
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 261
On dit parfois qu'au sud on peut vivre comme au paradis. Il suffit de fixer le ciel et de ne jamais, jamais se risquer à regarder en bas. Mais c'est impossible. A force d'être privé de toute perspective, on n'a même plus d'espace où poser les yeux.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 261
Car il y a toujours un abîme au fond de l'abîme.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 261
Dans la région de Naples et de Caserte, le simple fait de venir de Casale garantit une sorte d'immunité et signifie qu'on n'est pas seulement soi-même, mais qu'on incarne aussi, d'une certaine façon, la violence des groupes criminels de Caserte. On inspire le respect et une sorte de crainte naturelle.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 224
Les héroïnomanes étaient considérés comme de véritables vaches à lait, alors que dans les années quatre-vingt, la cocaïne était encore vue comme une drogue élitiste. Mais Antonio Bardellino devina que seule une drogue qui ne détruisait pas à court terme, susceptible de devenir un apéritif bourgeois et non un poison pour épaves, pouvait élargir le marché.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 226
Une organisation qui comprenait dans son ensemble pas moins de trois cents personnes, toutes salariées. Une structure complexe, où chaque chose obéissait à un ordre bien précis. Elle disposait d'un vaste parc auto et moto toujours disponible en cas d'urgence; d'une armurerie cachée; d'un réseau de serruriers prêts à détruire les armes qui venaient de tuer; d'un appui logistique qui permettait aux tueurs, aussitôt après une exécution, d'aller s'entraîner dans un polygone de tir légal enregistrant les entrées, afin de recouvrir les traces de poudre et de se fabriquer un alibi en cas d'examen spectroscopique. C'est ce que les tueurs craignent le plus, car la poudre des munitions ne disparaît jamais complètement et constitue donc une preuve infalllible. Un réseau fournissait même aux tueurs leur tenue: survêtement de sport anonyme et casque intégral, qu'il fallait détruire juste après. Une entreprise inattaquable, dotée de mécanismes parfaits ou presque. Qui n'essayait jamais de dissimuler une opération, un homicide, un investissement, mais simplement d'empêcher qu'on puisse démontrer quoi que ce soit devant un tribunal.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 82
Parfois une origine, le lieu d'où l'on vient, peut être bien commode, on s'en sert pour impressionner, laisser croire qu'on est partie prenante de cette mythologie et exercer une forme sournoise d'intimidation. (...) Mais il arrive aussi que cette même origine soit un préjudice si grand qu'il est inutile de perdre son temps à expliquer que tout le monde n'est pas affilié, que tout le monde n'est pas criminel, que les camoristes sont une minorité, et on rêve alors de s'enfuir vers un village voisin, plus anonyme, afin de ne plus être associé par les autres avec les criminels (...) On a honte ou on est fier, tout dépend de l'enjeu, du moment, de la situation, c'est comme un vêtement qui déciderait de nous porter plutôt que l'inverse.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 225
Ou bien quand on se dispute, quand on se défie du regard, un instant avant de se battre à coups de poing ou de couteau et qu'on exprime clairement sa vision de l'existence: "Vivre ou mourir, pour moi c'est pareil!"
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 225
On a beau avoir donné des coups dans le sac de frappe pendant des heures, soulevé des haltères pendant des après-midi entiers pour se faire des pectoraux, et avalé des paquets de comprimés qui font gonfler les muscles, on ne pèse pas lourd face au bon accent, à la bonne manière de gesticuler, à ce que représentent tous les cadavres recouverts de draps sur le sol.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 224
Même Benito Mussolini tenta d'éliminer ce signe d'appartenance, cette aura criminelle, et fusionna les communes de San Ciprianio d'Aversa et de Casal di Principe sous le nom d'Albanova. Pour inaugurer l'aube d'une nouvelle justice, il envoya également des dizaines de carabiniers chargés de résoudre le problème "par le fer et par le feu". Aujourd'hui, seule la gare décrépite de Casale porte encore le nom d'Albanova.
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Gomorra, Roberto Saviano, éd. Gallimard, 2006, p. 224
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