Revolver
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[modifier] Littérature
[modifier] Critique
[modifier] Louis Aragon, Livres Choisis — Rose des Vents (Philippe Soupault), 1919
Il cultivait dans des verres d'eau ces oignons cendrés dont naissent les belles jonquilles. Un jour la fleur qui s'ouvrit fut, comme une flèche indicatrice, un revolver braqué.
- Cette citation provient d'une revue dirigée par André Breton. Elle expose les propos critiques de Louis Aragon dans une rubrique qu'il lui avait été attribuée dans ce numéro. Il avait choisi notamment de commenter le recueil Rose des Vents de Philippe Soupault dont il est question ici.
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« Livres Choisis, Philippe Soupault — Rose des Vents », Louis Aragon, Littérature, nº 8, Octobre 1919, p. 30
[modifier] Nouvelle
[modifier] Renée Vivien, La Dame à la Louve, 1904
La Soif ricane
Je hasardai une réflexion au cours du chemin.
« Il y aura sûrement de l’orage avant peu, Polly, ma fée, ma chimère.
— Idiot ! » souffla-t-elle avec conviction. « Laisse-moi donc tranquille. Tu ne dis jamais que des choses sottes. Bien sûr qu’il y aura de l’orage avant peu. Ça se voit et ça se sent, et je n’aime pas les mots inutiles.
— Ô ma douceur admirable, ta sagesse est aussi bienveillante que profonde. »
Elle ne daigna point me répondre. Je finirai sûrement par la tuer un jour. Je n’aurai jamais la force de l’étrangler ; mais je lui tirerai dans le dos un bon coup de revolver.
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La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Soif ricane, p. 29
[modifier] Prose poétique
[modifier] Benjamin Péret, L'Auberge du cul volant, 1922
L'homme au nombril d'écaille, qui portait une main sur la tête, s'éveilla du long sommeil qu'il venait de faire en compagnie d'une négresse : celle qu'il avait ramenée d'un pays où les plantes se déplacent et font l'amour en marchant. Il sortit son revolver et tira sur le marchand, mais celui-ci avait prévu le coup et s'aplatit adoptant à peu près la forme d'une tortue.
En regardant les lampes électriques, il commença à s'enivrer. La petite marchande d'étoiles passa, et vendit à tout le monde sa petite marchandise parfumée, ainsi elle put dîner ce soir-là.
L'homme au nombril d'écaille, le premier s'éveilla de nouveau. Une colombe portant le rameau d'olivier, voltigeait au-dessus de sa tête. Il ouvrit la fenêtre, l'air était pur, le ciel était bleu, les oiseaux chantaient, mais tous les hommes mangeaient dans les arbres avec les oiselles, et les oiseaux étaient dans le lit des femmes.
C'était le matin du 2 avril 1922, et les machines souffraient comme des femmes en couches. Seul l'homme qui s'était aplati comme une tortue allongeait la tête vers la vulve qu'il apercevait à quelque distance de lui, mais à chaque mouvement qu'il faisait pour s'avancer, correspondait un mouvement de la vulve qui s'éloignait.
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« L'Auberge du cul volant », Benjamin Péret, Littérature Nouvelle Série, nº 3, Mai 1922, p. 16
[modifier] Jacques Baron, La Journée des mille dimanches, 1922
L'homme qui était sur sa chaise, il s'appelait Deplusenplus, cracha trois fois par terre et dit :
« Vous, sensationnel philosophe, gâché par le tabac à priser, devez savoir pourquoi les gens qui marchent sur la tête n'ont pas de cheveux, pourquoi aussi n'ont-ils pas de jambes sur la tête, ce qui serait logique, pourquoi n'ont-ils pas de chaussures à ces jambes et de pantalon sur ces jambes ? »
Le philosophe ne répondit pas mais fit un grand geste. Il avait perdu la mémoire et se découvrait épicier.
Deplusenplus ne tira pas son révolver, mais il sortit. Sur le palier de la porte, il n'attendit pas une femme, contrairement à l'habitude, n'alluma pas une cigarette et ne se rendit pas au café.
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« La Journée des mille dimanches », Jacques Baron, Littérature Nouvelle Série, nº 4, Septembre 1922, p. 14
[modifier] André Breton, Poisson soluble, 1924
SATAN : [...] La cascade pourpre charriait des revolvers dont les crosses étaient faites de petits oiseaux.
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Poisson soluble (1924), André Breton, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1996 (ISBN 2-07-032917-8), partie 31, p. 117