Qualité
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[modifier] Littérature
[modifier] Essai
[modifier] Choderlos de Laclos, Traité sur l'éducation des femmes, 1903
Des femmes et de leur éducation
[...] le sujet qui existe trop tôt n'existe jamais pleinement. Si surtout il se presse d'user de sa jouissance, s'il s'y livre avec trop peu de ménagement, il n'a bientôt plus qu'une vie languissante et faible ; en vain cherche-t-il des ressources dans des aphrodisiaques, souvent illusoires, et toujours dangereux, il ne fait qu'empirer son mal. Le plaisir s'obstine à le fuir ; si même il le rencontre quelquefois, ce plaisir lui semble imparfait, il n'a plus la force de le goûter ; semblable à ces fruits précoces, que l'art arrache à la nature, il n'a ni qualité ni saveur, ce n'est qu'une apparence vaine : ainsi se venge la nature de l'être imprudent qui ose violer ses lois.
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Traité sur l'éducation des femmes précédé (1903), Choderlos de Laclos, éd. Pocket, coll. Agora, 2009 (ISBN 978-2-266-18855-5), partie Des femmes et de leur éducation, chap. V. De la puberté, p. 45
[modifier] Roman
[modifier] Gabriele D'Annunzio, Le Feu, 1900
Doué d’une extraordinaire faculté verbale, il arrivait à traduire instantanément par les mots jusqu’aux faits les plus compliqués de sa sensibilité, avec une exactitude et un relief si vifs que parfois, sitôt exprimés, rendus objectifs par la propriété isolatrice du style, ils semblaient ne plus lui appartenir. Sa voix limpide et pénétrante, qui pour ainsi dire dessinait d’un contour précis la figure musicale de chaque mot, donnait plus de relief encore à cette singulière qualité de sa parole. Aussi tous ceux qui l’entendaient pour la première fois éprouvaient-ils un sentiment ambigu, mêlé d’admiration et d’aversion, parce qu’il se manifestait lui-même sous des formes si fortement marquées qu’elles semblaient résulter d’une volonté constante d’établir entre lui et les étrangers une différence profonde et infranchissable. Mais, comme sa sensibilité égalait son intelligence, il était facile à tous ceux qui le fréquentaient et l’aimaient de recevoir à travers le cristal de son verbe la chaleur de son âme passionnée et véhémente. Ceux-là savaient combien était illimité son pouvoir de sentir et de rêver, et de quelle combustion sortaient les belles images en lesquelles il avait coutume de convertir la substance de sa vie intérieure.
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Le Feu, Gabriele D'Annunzio, éd. La Revue de Paris, 1900, chap. I. L'épiphanie du feu, p. 9
Vous-même, Perdita, ne vous plaisez-vous pas à cultiver dans votre jardin ce grenadier, ce bel arbuste « effrénien », pour me voir fleurir et fructifier chaque été ? Une de vos lettres, vraiment ailée comme une messagère divine, me décrivait la cérémonie gracieuse où vous l’avez orné de colliers, le jour même où vous reçûtes le premier exemplaire de Perséphone. Donc, pour vous et pour ceux qui m’aiment, j’ai véritablement renouvelé un mythe ancien lorsque, d’une manière idéale, je me suis assimilé à une forme de la Nature éternelle. C’est pourquoi, quand je serai mort (et puisse la nature m’accorder de me manifester tout entier dans mon œuvre avant que je meure !), mes disciples m’honoreront sous l’espèce de cet arbuste ; et, dans l’acuité de la feuille, dans la flamme de la fleur et dans le trésor interne du fruit couronné, ils voudront reconnaître certaines qualités de mon art ; et, par cette feuille, par cette fleur et par ce fruit, comme par autant d’enseignements posthumes du maître, leurs esprits, dans les œuvres mêmes, seront amenés à cette acuité, à cette flamme et à cette opulence enclose.
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Le Feu, Gabriele D'Annunzio, éd. La Revue de Paris, 1900, chap. I. L'épiphanie du feu, p. 13
Les innombrables apparences du Feu volatil et versicolore se répandaient dans le firmament, rampaient sur l’eau, s’enroulaient aux vergues des navires, enguirlandaient les coupoles et les tours, ornaient les frises, enveloppaient les statues, gemmaient les chapiteaux, enrichissaient toutes les lignes, transfiguraient tous les aspects des architectures sacrées et profanes autour du profond miroir qui multipliait les merveilles. Étonnés, les yeux ne distinguaient plus ni le contour ni la qualité des éléments, mais ils étaient charmés par une vision mobile où toutes les formes vivaient d’une vie lucide et fluide, suspendues dans un éther vibrant ; de sorte que, sur l’eau, les sveltes proues recourbées et, dans le ciel, les colombes d’or par myriades semblaient rivaliser de légèreté en leur vol pareil et atteindre le faîte d’édifices immatériels.
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Le Feu, Gabriele D'Annunzio, éd. La Revue de Paris, 1900, chap. I. L'épiphanie du feu, p. 241
[modifier] Psychanalyse
[modifier] Alberto Eiguer, Le Pervers narcissique et son complice, 1989
Applications à la psychopathologie
Ces moments ou ces mécanismes pervers-narcissiques servent plusieurs maîtres à la fois. Précisons-les :
— le psychotique soulage sa profonde détresse et sa confusion en ébranlant le fonctionnement psychique d'autrui ;
— il agit en « déprédateur », en essayant de subtiliser ou de s'apprioprier des qualités psychiques de l'autre pour trouver un contenant rassemblant ses parties dissociées ;
— il a certes un éphémère sentiment de triomphe sur l'objet mais secondairement à l'emprise compulsive ;
— il cherche aussi à dénigrer ou à démythifier tantôt la santé psychique, tantôt le savoir sexuel qui lui échappe, tantôt la capacité génitrice et gestatrice de son père et de sa mère.
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Le pervers narcissique et son complice, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 1989 (ISBN 2 10 002843 X), partie II. Applications à la psychopathologie, chap. Psychose et perversion narcissique, Emprise régressive et emprise fonctionnelle, p. 83
[modifier] Psychologie
[modifier] Mary Esther Harding, Les Mystères de la femme, 1953
Le terme « virginité » se rapporte à une qualité, un état subjectif, une attitude psychologique, et non à un fait physiologique ou objectif. Appliqué à la Vierge Marie ou aux déesses vierges des autres religions, il ne sert pas à définir une situation réelle, puisque la réalité de vierge demeure, de manière inexplicable, en dépit des expériences sexuelles, des grossesses et des années qui passent.
Briffault nous offre une explication psychologique de cette énigme « le mot vierge, écrit-il, désigne dans son sens primitif, la célibataire et implique une signification exactement contraire à celle que nous lui donnons maintenant [...].»
Chez les Esquimaux, la déesse Mère a ce même caractère de virginité au sens ancien du terme. Les Esquimaux l'appellent : « Celle qui ne veut pas de mari. »
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Les Mystères de la femme (1953), Mary Esther Harding (trad. Eveline Mahyère), éd. Payot & Rivages, coll. Petite Bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 2-228-89431-1), chap. VII. La lune mère, p. 168
[modifier] Paul-Claude Racamier, Pensée perverse et décervelage, 1992
Noyaux pervers
[...] je pense, oui je pense avec force et avec ténacité à la victoire de la vérité qui se libère sur les mensonges qui purulent ; de l’authentique sur le toc ; de la connaissance qui se gagne sur l’imbécilité qui se pavane ; et des charmes de la créativité libidinale sur les miasmes inféconds de la perversité.
Oui, je pense avec ferveur à la qualité de l’esprit.
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Pensée perverse et décervelage, 1992, Noyaux pervers Lever de rideau sur un final, dans [1], paru Trait pour trait Mouvement de travail et de recherche autour de la psychanalyse, Paul-Claude Racamier.
[modifier] Cédric Roos, La relation d'emprise dans le soin, 2006
La relation d'emprise (cadre psychanalytique)
Le pervers narcissique n’a qu’une conscience confuse des limites entre le Moi et le non-Moi. Pour pallier à son déficit narcissique, il incorpore, par un mécanisme d’introjection caractéristique du stade anal, les qualités de l’autre ; il se construit un Soi grandiose, masquant la faiblesse du moi, en dérobant à l’autre ses qualités et en niant son existence. Pour conserver une apparence de soi acceptable, il organise un « meurtre psychique » : faire en sorte que l’autre ne soit rien. Il y a « empiètement sur le territoire psychique d’autrui » (Hirigoyen, 1998).
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Le pervers narcissique : conformer l'autre en un identique, dans [2], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Application à la relation de soin
[...] il n’existe pas de critères spécifiques permettant d’affirmer qu’une personne est plus à risque qu’une autre d’être victime d’une relation d’emprise. La victime est en outre souvent décrite comme riche de par sa personnalité (originalité, ouverture d’esprit...), son inventivité, ses qualités humaines (altruisme, chaleur, abnégation...), son statut social, familial ou professionnel. C’est d’ailleurs de cette richesse que l’instigateur de la relation d’emprise va tenter de s’emparer.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Application à la relation de soin : Facteurs de vulnérabilité à la relation d'emprise, dans [3], paru Textes Psy, Cédric Roos.