Psychisme

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Le psychisme, ou appareil psychique, désigne la structure mentale de l'être humain, l'ensemble de ses caractères psychiques.

Sommaire

[modifier] Littérature

[modifier] Manifeste

[modifier] André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924

Surréalisme, n. m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée par la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préocupation esthétique ou morale.


[modifier] Psychanalyse

[modifier] Marthe Robert, La Révolution psychanalytique, 1964

Éros et la mort

Le Ça ignore la négation, la contradiction, le sentiment de la durée et la notion du temps bien entendu, il ne connaît pas davantage les jugements de valeur, le bien et le mal, la morale. Tout ce qu'il n'est pas appartient aux deux autres instances, le Moi et le Surmoi, auxquelles incombent l'organisation et le maintien de la vie psychique.

  • La révolution psychanalytique — La vie et l'oeuvre de Freud (1964), Marthe Robert, éd. Payot, coll. Petite Bibliothèque Payot, 1989 (ISBN 2-228-88109-0), 25. Éros et la mort, p. 362


Le Moi est la partie la plus superficielle de l'appareil, une portion du Ça modifiée par la proximité et l'influence du monde extérieur, organisé pour percevoir les excitations et s'en défendre. Il est ce qui conçoit le temps et l'espace, possède une aptitude à prévoir et à opérer des synthèses. Bref, il est doué d'un haut degré d'organisation qui lui permet d'accomplir précisément ce dont le Ça est incapable. Si ce dernier est le royaume des passions déchaînées, il est, lui, celui de la prudence et de la raison.

  • La révolution psychanalytique — La vie et l'oeuvre de Freud (1964), Marthe Robert, éd. Payot, coll. Petite Bibliothèque Payot, 1989 (ISBN 2-228-88109-0), 25. Éros et la mort, p. 362


Il est clair que le bon fonctionnement de l'appareil psychique dépend en grande partie de la force et de la santé du Moi, qui ne doit pas être servile et anxieux, mais souverain, capable d'assurer harmonieusement les rapports entre ses trois tyrans. C'est pourquoi la cure analytique a une ligne de conduite toute tracée, quelque cas qu'elle doive traiter ; il lui faut fortifier le Moi, afin de le mettre à même d'imposer son ordre aux deux puissances obscures et rebelles. Discipliner et contrôler le chaos du Ça ; réduire les exigences du Surmoi à une mesure raisonnable, c'est là tout le travail de l'analyse.

  • La révolution psychanalytique — La vie et l'oeuvre de Freud (1964), Marthe Robert, éd. Payot, coll. Petite Bibliothèque Payot, 1989 (ISBN 2-228-88109-0), 25. Éros et la mort, p. 363


[modifier] Alberto Eiguer, Le Pervers narcissique et son complice, 1989

Le Champ de la perversion narcissique

Marqué par un narcissisme pathologique, qui le pousse à l' acting out pervers, le pervers narcissique peut « ignorer » son objet. Il peut aussi se sentir envieux de la vitalité, de la pensée autonome, de l'intensité émotionnelle et de la créativité qu'il constate chez son complice, ce qui exacerbe sa possessivité et le conduit à se lancer « à la conquête du territoire psychique de l'autre » [...]. Ce fonctionnement n'est pas rare chez les patients narcissiques qui, dans des situations d'instabilité, vont se sentir poussés à agir ainsi, afin de retrouver l'équilibre que leur soi exige.

  • Le pervers narcissique et son complice, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 1989 (ISBN 2 10 002843 X), partie I. Le Champ de la perversion narcissique, chap. Définition et description générale, p. 5


Si la mère « entend [...] inclure l'enfant en elle-même une fois pour toutes, cet enfant narcissiquement séduit doit être comme s'il n'était pas né. Il ne faut pas qu'il opère cette seconde naissance qu'est la naissance psychique ; il ne faut pas qu'il croisse, qu'il pense, qu'il désire, qu'il rêve. Il restera pour la mère un rêve incarné : un fétiche vivant. Mais peut-il encore avoir des rêves, celui qui est un rêve ? Pas plus que de rêver, il devra penser : la séduction narcissique ne tolère ni le désir ni la pensée, qui sont preuves d'insurrection ». Et Racamier ajoute que pour éviter qu'il ne soit, il faut le nourrir sans cesse. Pour éviter qu'il ne désire, il faut désirer à sa place (et présenter cela comme une offre exceptionnelle, ajouterons-nous).

  • Le pervers narcissique et son complice, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 1989 (ISBN 2 10 002843 X), partie I. Le Champ de la perversion narcissique, chap. Définition et description générale, Séduction narcissique, p. 26


Applications à la psychopathologie

Ces moments ou ces mécanismes pervers-narcissiques servent plusieurs maîtres à la fois. Précisons-les :
— le psychotique soulage sa profonde détresse et sa confusion en ébranlant le fonctionnement psychique d'autrui ;
— il agit en « déprédateur », en essayant de subtiliser ou de s'apprioprier des qualités psychiques de l'autre pour trouver un contenant rassemblant ses parties dissociées ;
— il a certes un éphémère sentiment de triomphe sur l'objet mais secondairement à l'emprise compulsive ;
— il cherche aussi à dénigrer ou à démythifier tantôt la santé psychique, tantôt le savoir sexuel qui lui échappe, tantôt la capacité génitrice et gestatrice de son père et de sa mère.

  • Le pervers narcissique et son complice, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 1989 (ISBN 2 10 002843 X), partie II. Applications à la psychopathologie, chap. Psychose et perversion narcissique, Emprise régressive et emprise fonctionnelle, p. 83


A l'opposé de l'emprise fonctionnelle, l'emprise régressive s'attaque aux sources pulsionnelles de l'autre, pour en tarir les sources, et tout particulièrement à la vie psychique qui bouillonne chez lui [...]. L'emprise fonctionnelle, au contraire, est sensible au fait que l'autre est à choyer car il offre une satisfaction au sujet.

  • Le pervers narcissique et son complice, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 1989 (ISBN 2 10 002843 X), partie II. Applications à la psychopathologie, chap. Psychose et perversion narcissique, Emprise régressive et emprise fonctionnelle, p. 86


[modifier] Psychologie

[modifier] Paul-Claude Racamier, Les Schizophrènes, 1980

Préambule et divertimento

[...] l'idée du moi est, à mes yeux, l'héritière du conflit que j'appelle originaireconflit entre la préservation narcissique autarcique et l'aspiration objectale antinarcissique. De même que le surmoi est l'héritier du complexe d'Oedipe, pourvu que celui-ci ait été abordé et résolu, de même l'idée du moi est héritière du conflit originaire, si celui-ci a été abordé et résolu.
Là où je veux en venir avec l'idée du moi, c'est à montrer qu'elle constitue l'axe discret sur lequel se rencontrent et se différencient l'image de l'autre et l'image de soi. L'idée du moi fera que jamais ces deux images ne pourront tout à fait ni s'écarteler ni se confondre. Elle demeurera comme un support discret mais essentiel du sens de la réalité psychique de l'objet et de soi-même. Or, c'est cette idée du moi, ce sens du moi, cette image de l'humain, qui se trouve désinvestie à l'origine des éruptions psychotiques et à la base des organisations schizophréniques.


Femme phallique aux serpents érigés, Méduse est une anti-mère, avec ses écailles pour ne rien sentir, ses mains pour ne rien tenir, ses dents pour déchirer, un amant fugitif, ces enfants qu'elle ne laisse pas naîtrecar s'ils naissaient ils ne seraient plus tout à fait sa chose, et révéleraient qu'elle est femme ; pour qu'ils viennent au jour, il faudra lui trancher la tête, et pour qu'ils vivent, qu'elles meure. Et ce regard : au contraire d'un regard où l'enfant peut se regarder et se voir ; d'un regard qui embrasse l'enfant comme une totalité ; d'un regard où l'on entre et par où l'enfant peut faire entrer ses émois ; d'un regard, enfin, qui admire, c'est un regard adverse, un regard dardé, un regard qui pénètre, attaque, aveugle, fige et pétrifie : le regard de la disqualification, qui mortifie la vie psychique. Regard, au demeurant, qui louche, et dont les traits, tout de même que ceux du paradoxe, se croisent mais ne s'opposent pas plus qu'ils ne se conjuguent.
Et la chevelure : au-delà de sa phallicité, cette chevelure pourrait bien symboliser le monde des paradoxes ; car non seulement sont érigés les serpents dont elle est faite, mais inextricablement emmêlés. S'ils sont portés par la tête, c'est certes par déplacement vers le haut, c'est aussi pour porter le combat sur le terrain mental, choisi par l'agression paradoxale. D'ailleurs, la chevelure de Méduse avait été ainsi transformée, par Athéna, en punition pour avoir voulu rivaliser avec la déesse : l'usurpation mentale n'aurait-elle pas été le méfait de Méduse ?


Il faut se demander pourquoi [Persée] tue Méduse, alors que du moment où il avait réfléchi (sur) le paradoxe, elle était perdue — n'avait-elle pas en effet les yeux fermés ? Certes Athéna voulait sa tête, elle l'aura. Mais il faut voir à ce geste un autre motif : Persée à son tour entendait bien s'emparer du pouvoir paradoxal. [...] quand, au péril de sa vie psychique, on a réussi à se rendre maître d'une arme pareille, peut-on résister à la tentation de s'en servir ? Qui le gêne, Persée va lui tendre la tête à paradoxes, et le pétrifier.


Les paradoxes des schizophrènes

Les schizophrènes ont un besoin absolu de concret. Plus vif est le désaveu qu'ils font de leur réalité — psychique de l'existence même de cette réalité intérieure propre — et plus grand leur appétit de concrétude.
Vivre la schizophrénie consiste à bien à vivre hors de soi.

  • Les Schizophrènes (1980), Paul-Claude Racamier, éd. Payot & Rivages, coll. Petite bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 978-2-228-89427-2), partie Les paradoxes des schizophrènes, chap. 2. De plusieurs constantes psychotiques, Où l'on oppose l'anticonflictualité des schizophrènes à l'intraconflictualité des névroses, p. 68


[modifier] Paul-Claude Racamier, Pensée perverse et décervelage, 1992

Sources et trajets

On ne saura jamais assez que l’aberration du fonctionnement mental n’est pas l’apanage des psychotiques. Et quant à leur capacité (si souvent célébrée) de troubler la pensée d’autrui, ils sont loin d’en détenir le privilège.
D’autres qu’eux, baignant dans le confort psychique, passant pour normaux et se tenant pour supernormaux, sont beaucoup plus experts en décervelage ; car le décervelage est l’apanage le plus redoutable de la pensée perverse. Des intrications étranges et souvent secrètes se trament entre psychose et perversion, dans un jeu diabolique où les psychotiques perdent presque à tous les coups.

  • Pensée perverse et décervelage, 1992, Sources et trajets, dans [1], paru Trait pour trait Mouvement de travail et de recherche autour de la psychanalyse, Paul-Claude Racamier.


Des matériaux intrapsychiques insuffisamment travaillés par un sujet (ou tout aussi bien par un organisme familial ou groupal) se transforment en poisons psychiques expulsés dans l’entourage : à la disproportion quantitative entre les charges s’ajoute un contraste qualitatif inouï. C’est ainsi qu’à la saisissante innocence du cliveur, si bien décrite par Jean Guillaumin, répond par contraste l’accablante perplexité où se trouve plongé le « colmateur obligé » du clivage.

  • Pensée perverse et décervelage, 1992, Sources et trajets Un grand écart, dans [2], paru Trait pour trait Mouvement de travail et de recherche autour de la psychanalyse, Paul-Claude Racamier.


Mouvement pervers narcissique

Je parle au singulier. Il faudrait parler au pluriel. C’est que la perversion narcissique est loin d’être une affaire individuelle : c’est une affaire collective, et à partir du moment où les espaces psychiques sont transgressés, nous savons que tous les débordements sont possibles.
Pareillement, le mouvement pervers est loin d’être une affaire intrapsychique. C’est une affaire hautement interactive. Car il est tellement, ce mouvement, tourné vers autrui, qu’il ne cesse de s’en servir.

  • Pensée perverse et décervelage, 1992, Mouvement pervers narcissique Plaisir manipulatoire, et faire-valoir narcissique, dans [3], paru Trait pour trait Mouvement de travail et de recherche autour de la psychanalyse, Paul-Claude Racamier.


Il s’agit d’éteindre et de tarir en soi cette envie dont a si bien parlé Mélanie Klein, dans l’un de ses derniers et meilleurs écrits, cette envie prédatrice et tenaillante qui s’exerce avec virulence envers tout ce qui est capable de dispenser richesse psychique et créativité, à commencer par le sein maternel. Dès lors que l’objet est non seulement vidé, mais cloué au sol par les tâches qui lui sont infligées, dès lors qu’il est impérieusement soutiré, il n’a plus rien d’enviable, réduit qu’il a été à l’état d’ustensile.

  • Pensée perverse et décervelage, 1992, Mouvement pervers narcissique Plaisir manipulatoire, et faire-valoir narcissique, dans [4], paru Trait pour trait Mouvement de travail et de recherche autour de la psychanalyse, Paul-Claude Racamier.


[...] le pervers s’en prend à notre peau, cette peau dont nous savons (D. Anzieu) que l’une des fonctions est d’assurer l’auto-immunité psychique.

  • Pensée perverse et décervelage, 1992, Mouvement pervers narcissique Question d’immunité, question de liaison, dans [5], paru Trait pour trait Mouvement de travail et de recherche autour de la psychanalyse, Paul-Claude Racamier.


De la pensée perverse au désordre de pensée

Afin d’économiser notre temps, je pourrais, pour définir la pensée perverse, dire qu’elle est exactement l’inverse de la pensée créative et en particulier de la pensée psychanalytique [...].
C’est ainsi qu’elle se montre décidément aveugle à la réalité psychique, celle de soi comme celle d’autrui. Du moment que son confort psychique personnel lui est acquis, le pervers n’a cure ni de fantasmes ni d’affects. Une pensée défantasmée donc, et défantasmante [...]. Baignant dans l’opulence de l’agir et dans l’habileté manœuvrière, il est dans le dénuement fantasmatique.

  • Pensée perverse et décervelage, 1992, De la pensée perverse au désordre de pensée, dans [6], paru Trait pour trait Mouvement de travail et de recherche autour de la psychanalyse, Paul-Claude Racamier.


Insensible au psychique, mais très attentive aux réalités sociales, habile, opportuniste, et à ce titre « adaptée », la pensée perverse sera toute tournée vers l’agir, le faire-agir et la manipulation. Insensible aux mouvances relationnelles, elle est toute dans l’emprise exercée sur les autres afin de les utiliser au mieux de ses intérêts narcissiques et matériels. Pour elle, c’est le résultat qui compte. Les fins sont surinvesties au détriment des moyens.

  • Pensée perverse et décervelage, 1992, De la pensée perverse au désordre de pensée, dans [7], paru Trait pour trait Mouvement de travail et de recherche autour de la psychanalyse, Paul-Claude Racamier.


Envers la vérité en général et toute vérité en particulier la pensée perverse use d’une remarquable désinvolture. Plus que quiconque peut-être, nous sommes, nous autres psychanalystes, des têtes chercheuses de vérité : de vérité psychique [...].
De tels efforts sont dérisoires au regard de la pensée perverse. Vérité ou mensonge, peu lui importe : c’est l’efficience qui compte : il s’agit seulement, et en toute « innocence », de savoir si les dires sont crédibles, et s’ils vont passer la rampe. Pour le pervers, ce qui est dit est vrai, et ce qui n’est pas dit n’est pas vrai.

  • Pensée perverse et décervelage, 1992, De la pensée perverse au désordre de pensée, dans [8], paru Trait pour trait Mouvement de travail et de recherche autour de la psychanalyse, Paul-Claude Racamier.


[modifier] Jean Gortais, Processus de la schizophrénie, 2002

L'une des caractéristiques remarquables de la contribution de Bleuler tient tout particulièrement à la place qu'il donne à un mécanisme typique de la schizophrénie et qu'il désigne par le terme de Spaltung qui traduit une opération de scission au sein même du psychisme.

  • Processus de la schizophrénie (2002), Catherine Azoulay/Catherine Chabert/Jean Gortais/Philippe Jeammet, éd. Dunod, coll. Psycho Sup, 2002 (ISBN 2-10-004780-9), chap. I « Approche historique d'une psychopathologie psychanalytique de la schizophrénie (Jean Gortais) », 3. De la Spaltung à la schizophrénie, p. 11


Le processus schizophrénique, selon P. Federn, s'étaye sur un trouble de la « frontière du moi » : celle-ci n'est pas à entendre dans un sens statique ni comme une ligne de partage également répartie au sein du psychisme. Lorsqu'il avance que la mutilation narcissique dans la schizophrénie est liée avant tout à la « perte d'investissement de la frontière mentale et corporelle du moi », il entend alors insister sur une perte et une mise en échec de la fonction de séparation que le moi exerce habituellement, à l'état vigile, entre la réalité extérieure et le monde psychique interne.

  • Processus de la schizophrénie (2002), Catherine Azoulay/Catherine Chabert/Jean Gortais/Philippe Jeammet, éd. Dunod, coll. Psycho Sup, 2002 (ISBN 2-10-004780-9), chap. I « Approche historique d'une psychopathologie psychanalytique de la schizophrénie (Jean Gortais) », 9. Schizophrénie et psychologie du moi, p. 33


[modifier] Catherine Azoulay, Processus de la schizophrénie, 2002

Racamier (1992) insiste quant à lui sur la force libidinale du système défensif des psychotiques mais aussi du délire permettant au fonctionnement psychique d'assurer sa survie. Pour cet auteur, dans la schizophrénie, l'activation du fantasme d'auto-engendrement entraîne une sorte d'explosion interne, fulgurante, anéantissante et triomphante et constitue ce qu'il appelle « un évènement psychique blanc : une éblouissante déflagration psychique. Ce qu'on prend pour la catastrophe, c'est exactement cet évènement psychique blanc qui fait le vide et fascine à jamais » (l'évènement psychique blanc n'équivaut pas à la psychose blanche de Donnet et Green, mais on y retrouve cette notion importante d'un court-circuit psychique « follement excitant et terriblement sidérant »).
L'évènement psychique blanc, reprend Racamier, est un cas majeur d'« orgasmes du moi », préludes aux développements délirants. Les hallucinations aussi ont un caractère orgastique.

  • Processus de la schizophrénie (2002), Catherine Azoulay/Catherine Chabert/Jean Gortais/Philippe Jeammet, éd. Dunod, coll. Psycho Sup, 2002 (ISBN 2-10-004780-9), chap. II « Approche psycho-pathologique et clinique de la schizophrénie (Catherine Azoulay) », 1. Formes et caractéristiques de la schizophrénie, p. 97


Certains facteurs peuvent créer les conditions de possibilité d'éclosion psychotique mais l'émergence de la psychose est considérée comme imprévisible et dépendra du destin de ce « kyste » composant la pensée délirante primaire ; « kyste — qui peut réussir à faire éclater sa membrane pour déverser son contenu dans l'espace psychique [...]. » C'est sous l'impact d' effets de rencontre (maladies, mutilations, pouvoir obligeant le sujet à occuper une place de persécuté ou de bourreau, etc.) que le sujet pourra basculer dans la psychose manifeste.

  • Processus de la schizophrénie (2002), Catherine Azoulay/Catherine Chabert/Jean Gortais/Philippe Jeammet, éd. Dunod, coll. Psycho Sup, 2002 (ISBN 2-10-004780-9), chap. II « Approche psycho-pathologique et clinique de la schizophrénie (Catherine Azoulay) », 1. Formes et caractéristiques de la schizophrénie, p. 97


Reydellet (1996) suit cette réflexion lorsqu'il étudie le cas Schreber sous l'angle des tentatives de suicide qui s'effacent au fur et à mesure de l'éclosion délirante, faisant dire à l'auteur que « le suicidant se tue pour éviter la mort psychique » et que dans ce contexte, le suicide advient « par incapacité de tenir un fonctionnement psychotique ou de construire une psychose ».

  • Processus de la schizophrénie (2002), Catherine Azoulay/Catherine Chabert/Jean Gortais/Philippe Jeammet, éd. Dunod, coll. Psycho Sup, 2002 (ISBN 2-10-004780-9), chap. II « Approche psycho-pathologique et clinique de la schizophrénie (Catherine Azoulay) », 1. Formes et caractéristiques de la schizophrénie, p. 97


Pour Reydellet (1996), le début d'un processus psychotique est marqué par la menace de suicide qui répond au sentiment de risque de mort psychique du sujet ou d'« implosion psychique ». La psychose « réussie » permet de voir s'estomper la menace suicidaire grâce à la reconstruction psychique délirante dressant un rempart solide contre l'effondrement mélancolique. Ainsi, pour cet auteur, « mourir ou délirer » constituent deux stratégies de lutte contre la mort psychique.

  • Processus de la schizophrénie (2002), Catherine Azoulay/Catherine Chabert/Jean Gortais/Philippe Jeammet, éd. Dunod, coll. Psycho Sup, 2002 (ISBN 2-10-004780-9), chap. II « Approche psycho-pathologique et clinique de la schizophrénie (Catherine Azoulay) », 1. Formes et caractéristiques de la schizophrénie, p. 124


[modifier] Catherine Chabert, Processus de la schizophrénie, 2002

Si l'enfermement et son cortège de symptômes constituent le premier temps dans l'éclosion de la maladie — peut-être une tentative désespérée pour lutter contre la dissolution du moi — le second temps met régulièrement au jour des assises narcissiques fondamentalement défaillantes à l'origine d'une perte de la subjectivité parfois tragique. Autant la centration narcissique offre un recours profitable, bénéfique par exemple pour les sujets qui demeurent psychiquement vivants, autant cette centration se découvre inopérante et désorganisante chez les schizophrènes. Au point que l'hypothèse a pu être vérifiée selon laquelle plus les traces d'investissement narcissique sont présentes plus le pronostic sera favorable dans la mesure où le processus thérapeutique pourra s'étayer et étayer cet investissement essentiel.

  • Processus de la schizophrénie (2002), Catherine Azoulay/Catherine Chabert/Jean Gortais/Philippe Jeammet, éd. Dunod, coll. Psycho Sup, 2002 (ISBN 2-10-004780-9), chap. IV « Quelques réflexions métapsychologiques (Catherine Chabert) », 1. Continuité ou discontinuité des concepts psychanalytiques dans l'approche psychopathologique de la psychose, p. 180


[modifier] Marie Anaut, La Résilience — Surmonter les traumatismes, 2003

Au premier abord, la résilience peut se définir comme un processus dynamique qui implique la réorganisation psychique après un traumatisme et permet le développement normal en dépit des risques. Il s'agit de sortir vainqueur d'une épreuve qui aurait pu être traumatique, mais, la résilience ne se résume pas à une procédure adaptative face au danger. Elle implique que le sujet puisse se reconstruire et reprendre un développement malgré l'adversité, ce qui suppose le ressaisissement de soi après un traumatisme.


Les parcours de vie délétères confrontent le sujet à des situations de crise ; la crise étant définie comme un bouleversement psychique qui nécessite une réorganisation face à des changements d'origine interne (intrapsychiques) ou externe (événements de vie). Sur le plan de l'intrapsychique, toute situation nouvelle pour un individu est susceptible de remettre en cause son équilibre psychique. Mais les situations extrêmes et les contextes traumatogènes provoquent des crises qui vont mettre à l'épreuve les facteurs dynamiques et économiques internes. Le sujet devra donc mobiliser ses modalités adaptatives et ses mécanismes de défense pour tenter de retrouver un nouvel équilibre.

  • La Résilience — Surmonter les traumatismes, Marie Anaut, éd. Armand Colin, coll. 128, 2008 (ISBN 978-2-200-35348-3), partie 1. De la vulnérabilité à la résilience, chap. 2. Vulnérabilité, stress et traumatismes, 2.3 Vulnérabilité, traumatisme et vulnérabilisation, p. 20


D'un point de vue clinique, l'événement ou la situation pathogène entraînent une perturbation chez le sujet ; ce qui peut se traduire par un dysfonctionnement du Moi, dans le sens que le trauma déclenche un conflit dans le Moi. La force du Moi sera liée à la capacité du sujet à mettre en place des mesures défensives face à cette effraction émotionnelle. Ainsi toute blessure physique ou morale ne peut systématiquement être assimilé à un traumatisme avec des répercussions à long terme. Il y aura traumatisme durable, lorsque l'excès d'excitation déborde les capacités de liaisons représentatives et de pensées de l'appareil psychique. Le traumatisme et la résilience dépendront donc, chez l'individu, de sa capacité à faire des liaisons représentatives permettant de dépasser le conflit psychique.

  • La Résilience — Surmonter les traumatismes, Marie Anaut, éd. Armand Colin, coll. 128, 2008 (ISBN 978-2-200-35348-3), partie 3. Articulations théoriques de la résilience, chap. 4. Approches psychodynamiques et processus intrapsychiques, 4.3 Théories dynamiques de la résilience et contextes traumatogènes, p. 81


Le fonctionnement psychique de la résilience suppose de recourir à des mécanismes de défense adaptés mais également de faire un travail de mise en sens. Ainsi, le fonctionnement psychique de la résilience passe par l'activation du processus de mentalisation, qui fait appel aux représentations psychiques et à la symbolisation des affects (De Tychey, 2001), la mentalisation permettant de mettre en pensée les excitations internes.

  • La Résilience — Surmonter les traumatismes, Marie Anaut, éd. Armand Colin, coll. 128, 2008 (ISBN 978-2-200-35348-3), partie 3. Articulations théoriques de la résilience, chap. 4. Approches psychodynamiques et processus intrapsychiques, 4.4 Les phases du processus psychique de la résilience, p. 84


Selon Lemay (2006), quand un être humain se trouve confronté à de terribles adversités, « il ne peut guère échapper à la mise en jeu transitoire ou durable de mécanismes qui l'autorisent à survivre au-dessus des flots tumultueux ». Ainsi, des conduites inadéquates peuvent avoir un rôle d'adaptation transitoire, qui peut passer par des formes d'inadaptations sociales qui protègent dans l'immédiateté. Elles permettent au sujet blessé de gérer momentanément la crise pour pouvoir ensuite remanier ses défenses et trouver un comportement plus adéquat qui relèvera alors véritablement de la résilience. Cependant, certains individus demeureront fixés à la première phase, alors que d'autres entrent véritablement dans un processus de résilience qui implique la renégociation des mécanismes de défense et la reconstruction psychique.

  • La Résilience — Surmonter les traumatismes, Marie Anaut, éd. Armand Colin, coll. 128, 2008 (ISBN 978-2-200-35348-3), partie 3. Articulations théoriques de la résilience, chap. 4. Approches psychodynamiques et processus intrapsychiques, 4.4 Les phases du processus psychique de la résilience, p. 85


[modifier] Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, Les Perversions sexuelles et narcissiques, 2005

Caractéristiques des perversions

Comme le remarquent Hurni et Stoll, le profil de la personnalité perverse est assez redoutable. Dénué de valeurs autres que celles se rattachant à son propre intérêt, le pervers se présente comme un véritable rapace dans la relation. Il peut se nourrir d'un malheur qu'il parvient à instiller aux autres ; soit en eux, dans leur psychisme, soit dans de nombreux conflits qu'il parvient à tisser entre différents partenaires. Pour combler son vide intérieur, il agit en authentique « vampire » de la libido sexuelle ou narcissique des autres, en semant la confusion, par la séduction et l'emprise qu'il mettra dans chaque relation.

  • Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie II. Caractéristiques des perversions, chap. 2. Critères psychopathologiques, 2.2 Les conceptions post-freudiennes a) Différences entre personnalités névrotiques et narcissiques, p. 48


[modifier] Cédric Roos, La relation d'emprise dans le soin, 2006

La relation d'emprise (cadre psychanalytique)

La perversion est une activité de nature auto-érotique qui a pour condition le déni du statut de sujet chez le partenaire (F. Pasche, 1983). La perversité au contraire est de nature destructrice et vise la réalité psychique de l’autre qui est agressé (Ey, 1989).
Pour Racamier, la « pensée perverse » doit s’entendre au sens de la perversité, et non de la perversion érogène.

  • La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Le pervers narcissique : conformer l'autre en un identique, dans [9], paru Textes Psy, Cédric Roos.


Le pervers narcissique n’a qu’une conscience confuse des limites entre le Moi et le non-Moi. Pour pallier à son déficit narcissique, il incorpore, par un mécanisme d’introjection caractéristique du stade anal, les qualités de l’autre ; il se construit un Soi grandiose, masquant la faiblesse du moi, en dérobant à l’autre ses qualités et en niant son existence. Pour conserver une apparence de soi acceptable, il organise un « meurtre psychique » : faire en sorte que l’autre ne soit rien. Il y a « empiètement sur le territoire psychique d’autrui » (Hirigoyen, 1998).

  • La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Le pervers narcissique : conformer l'autre en un identique, dans [10], paru Textes Psy, Cédric Roos.


Lorsque l’objet de l’emprise est vidé de sa substance, abattu par la violence qui lui est infligée, lorsque, réduit à l’état d’ustensile, il n’a plus rien d’enviable, le pervers le délaisse pour un autre. Le pervers narcissique prend à tous mais ne doit rien à personne. Pour Racamier, il s’agit de faire taire cette « envie prédatrice et tenaillante » décrite par M. Klein, « qui s’exerce avec virulence envers tout ce qui est capable de dispenser richesse psychique et créativité, à commencer par le sein maternel ».

  • La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Le pervers narcissique : conformer l'autre en un identique, dans [11], paru Textes Psy, Cédric Roos.


Modèle systémique

[...] la violence n’est pas inhérente à certains individus : chacun porte en soi une part de violence, qui peut émerger, dans tel contexte ou relation, selon des manifestations ou des modalités diverses. Il existe en chaque individu un équilibre entre violence et non violence, ce ne sont pas des états qui s’excluent l’un l’autre. Cette violence intrinsèque peut s’exprimer de deux façons : sur le mode de l’agressivité, force de construction et de défense, servant à définir et à protéger son espace personnel ; ou sur le mode de l’agression, force de destruction de soi et de l’autre, qui menace et rend confuses les limites interindividuelles. La violence est ici définie comme : « toute atteinte à l’intégrité physique et psychique de l’individu qui s’accompagne d’un sentiment de contrainte et de danger. »

  • La relation d'emprise dans le soin, 2006, Modèle systémique : La violence, phénomène interactionnel, dans [12], paru Textes Psy, Cédric Roos.


Modèle cognitivo-comportemental

L’instigateur de la relation d’emprise force l’intimité de sa victime par ses indiscrétions. Il envahit son psychisme, colonise son imaginaire. En s’attaquant à l’enveloppe qui délimite et protège la victime, à sa représentation du dedans et du dehors, du soi et du non-soi, il détruit son sentiment d’intégrité individuelle.
[...] il rend caduque la notion d’identité. Il fragilise également les relations de la victime avec son environnement, par manipulation, déstabilisation et dénigrement. Enfin, en prédateur, il l’isole du groupe pour l’affaiblir avant de la mettre à bas.

  • La relation d'emprise dans le soin, 2006, Modèle cognitivo-comportemental : Pratiques relationnelles ou praxis Effraction, dans [13], paru Textes Psy, Cédric Roos.


Évolutions et séquelles d'une relation d'emprise

Pour certains auteurs, les facteurs de protection seraient [...] plus importants que les facteurs de risque dans la capacité d’adaptation aux évènements de vie défavorables. Friborg a ainsi développé une échelle de résilience, la Resilience Scale for adults (RSA), qui étudie la structure personnelle, les compétences personnelles et sociales, la cohérence familiale et le support social. Cette échelle permet d’évaluer la présence de facteurs de protection essentiels à la récupération et au maintien de la santé mentale suite à un traumatisme psychique.

  • La relation d'emprise dans le soin, 2006, Évolutions et séquelles d'une relation d'emprise : Sortir de la relation d'emprise, dans [14], paru Textes Psy, Cédric Roos.


Être engagé dans une relation d’emprise constitue un traumatisme psychique qu’un sujet résilient pourrait surmonter, peut-être, avec moins de difficultés qu’un autre. Mais la résilience est une faculté qui ne peut être appréciée qu’après coup, devant le constat de l’absence de troubles psychiques consécutifs à la survenue d’un traumatisme psychologique. Il faut en outre souligner que, si un individu possède de bonnes capacités de résilience, leur mise en oeuvre effective en cas d’agression et leur aptitude à diminuer les effets du traumatisme n’est pourtant pas automatique. Ces capacités, même si elles sont fortement développées, peuvent être débordées à l’occasion d’un événement particulièrement vulnérant, comme l’est une relation d’emprise.

  • La relation d'emprise dans le soin, 2006, Évolutions et séquelles d'une relation d'emprise : Sortir de la relation d'emprise, dans [15], paru Textes Psy, Cédric Roos.


[modifier] François Marty, Les grands concepts de la psychologie clinique, 2008

Qu'est-ce que la psychologie clinique ? Au-delà de la diversité des définitions possibles, la psychologie clinique postule l'existence de la réalité psychique. Elle tente de comprendre la diversité des modes de fonctionnement des personnes, comme elle tente d'appréhender les différentes façons que ces personnes utilisent pour se penser comme sujets de leurs actions et de leur vie.


Le sujet n'est pas réductible à l'ensemble de ses fonctions [psychiques]. Il est aux prises avec son histoire, en quête d'un sens à donner à son existence. Mais cette activité de repérage de soi est inlassablement menacée par la vie pulsionnelle qui, elle, ne connaît que la quête de sa propre satisfaction.


L'inconscient

La « pulsion de mort », au sens le plus restreint, rend compte de la clinique du vide, de la mort psychique, du désinvestissement, de la désobjectalisation, du narcissisme primaire absolu, mais aussi de la compulsion de répétition, de la réaction thérapeutique négative. Elle détermine les phénomènes de déliaison, de déchaînement des affects, de rupture des enchaînements de pensée, de désorganisation. Elle trouve son élaboration par intrication avec les pulsions de vie, ne serait-ce que sous forme de pulsions destructrices, de violence, de sado-masochisme.


Les pulsions

C’est dans Trois essais sur la théorie de la sexualité que Freud (1915) introduit la notion de pulsion dans sa dimension psychanalytique. La façon dont la sexualité et ses troubles sont envisagés par la médecine à la fin du XIXe siècle est fondée sur l'idée d'une indépendance entre psychisme et sexualité et sur l'idée que les comportements sexuels sont innés et gouvernés par l'instinct ; de ce fait les « aberrations sexuelles » sont des déviations de l'instinct liées à la « dégénérescence », explication universelle de l'époque à toute pathologie psychiatrique. La façon dont Freud relie le sexuel à l'ensemble du fonctionnement du psychisme, à travers la notion de pulsion précisément, inverse complètement la perspective. A la base des perversions il y a quelque chose que tous les hommes ont en partage, « les racines innées de la pulsion sexuelle » (Freud, 1915) que « les influences de l'existence » feront varier dans leur forme et dans leur intensité.


Freud invoque une « compulsion de répétition » qu'il observe également dans le jeu des enfants qui reproduisent une situation où ils ont éprouvé de l'angoisse. Il existerait en nous quelque chose qui nous pousse à répéter les expériences antécédentes les plus désagréables et non pas seulement les expériences porteuses de plaisir. Freud, pour rendre compte de cette « compulsion », va donc introduire une notion nouvelle, la « pulsion de mort », pulsion de destruction qui oeuvre silencieusement au coeur du psychisme et a le pouvoir de désorganiser le fonctionnement psychique, d'aller à contre-courant du principe de plaisir. La contrepartie de cette « pulsion de mort », nommée aussi Thanatos, sera Éros, ensemble qui subsume les pulsions sexuelles regroupées sous le terme de « pulsions de vie ». Le but d'Éros est de bâtir des ensembles de plus en plus grands alors que celui de Thanatos est une force de déliaison.


Si l'on veut spécifier l'instinct, il faut le définir comme biologique et inné, à l'inverse de la pulsion. La pulsion, c'est ce que le psychisme fait de l'instinct.


Les pulsions sont acquises ; on peut les considérer comme les modules du psychisme, comme les premières unités différenciées de son fonctionnement. Toute expérience nouvelle de satisfaction obtenue en synergie avec les investissements en emprise vient constituer une représentation nouvelle ou renforcer une représentation existante. Dans cette optique on peut considérer que la satisfaction nourrit le psychisme.


Dans l'ordinaire du fonctionnement psychique, lorsque la tension libidinale, l'excitation psychique, atteint un certain niveau, nous mettons d'abord en oeuvre notre système de représentations, nous cherchons d'abord à puiser dans nos réserves, à vivre sur nous-mêmes : la seule évocation de représentations peut assurer, pendant un temps, un certain plaisir et l'homéostasie de notre fonctionnement psychique. Ce recours à nos représentations nous permet une autonomie plus ou moins longue sans le secours d'un objet extérieur.


La projection

La défense est un mécanisme engendrant une série d'opérations qui d'une part participe à la constitution du moi, d'autre part, protège celui-ci des effets délétères de la pulsion ou de ses représentations. La défense contribue à maintenir un équilibre du niveau d'excitation interne qui permet la fonctionnalité de l'instance moïque. Ce shéma relativement simple nécessite cependant une inscription dans un contexte complexe dans lequel interfèrent au moins trois facteurs ou éléments que je ne fais que citer : d'abord l'indissociabilité de la défense et de la pulsion, ensuite la distinction freudienne entre défenses normales et pathologiques, enfin, mais en deçà, la question de l'émergence du déplaisir dans l'appareil psychique.


A quel moment [les défenses] deviennent-elles pathologiques ? Au moment où elles deviennent tyranniques et agressent le fonctionnement du monde interne au lieu de le faciliter. Il est ainsi des défenses coûteuses pour l'économie du sujet parce qu'elles sont utilisées répétitivement d'une manière inopérante et qu'aucun apprentissage ne peut réguler leur utilisation. C'est ainsi que la projection, dans les phobies invalidantes, les états limites ou les psychoses, au lieu de protéger l'espace psychique, contribue au rétrécissement de son économie.


Les états limites

A. Green (1990) a développé une réflexion originale sur les cas limites, qu'il considère comme « les états limites de l'analysabilité » en raison des difficultés à penser pour ceux qui en sont atteints, découlant de la défaillance de leurs capacités de représentation et de symbolisation. Chez ces sujets, la pensée est comme vide de représentation, vide de fantasmes et de créativité. Pour l'auteur, l'« exlusion somatique » et l'« expulsion par l'acte » ont pour fonction de court-circuiter l'activité psychique entraînant un état de blanc de la pensée, sous-tendu par le clivage de la « dépression primaire ». Green précise toutefois que les créations de ces sujets existent bel et bien mais ne possèdent pas de valeur fonctionnelle pour leur appareil psychique.


Le fonctionnement psychique des états limites est caractérisée par des limites incertaines, entraînant un vacillement plus ou moins prononcé des espaces internes et des espaces entre dedans et dehors. Au niveau interne, la précarité du moi et du surmoi laisse ponctuellement affluer les forces pulsionnelles du ça, ne permettant pas qu'une limite pare-excitante s'établisse clairement et efficacement.


[...] la crainte de perdre l'objet entraîne une surenchère de mouvements psychiques servant à lutter contre l'angoisse de séparation : l'identification projective, permettant de contrôler l'objet afin d'éviter les risques encourus par son éloignement, contribue aussi à brouiller le limites entre soi et l'autre.
Cette difficulté à fermer les espaces internes et à établir des frontières sûres entre sujet et objet évoque la notion de moi-peau passoire théorisée par D. Anzieu (1985). En effet, le concept de moi-peau est précieux pour se représenter le défaut de contenance psychique ou encore le manque de différenciation du soi chez l'état limite.

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