Psyché
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[modifier] Psychanalyse
[modifier] Marthe Robert, La Révolution psychanalytique, 1964
Éros et la mort
Le Surmoi est issu du rapport de l'enfant avec ses parents par un processus complexe d'identification, grâce à quoi l'autorité extérieure est transportée à l'intérieur du sujet et joue le rôle attribué couramment à la conscience morale. Malgré sa place apparemment élevée dans la hiérarchie, le Surmoi, qui est lui aussi en partie inconscient, a plus de rapports et d'affinités avec le Ça qu'avec le Moi, pour lequel il est le plus souvent un juge sévère et rigide. C'est lui qui est la cause du refoulement, soit qu'il s'agisse lui-même ou charge le Moi docile d'exécuter ses ordres. De par son origine archaïque, il est le représentant du passé, de la tradition, de l'inactuel. Sa tyrannie excessive est l'un des plus grands périls qui menaçent la psyché.
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La révolution psychanalytique — La vie et l'oeuvre de Freud (1964), Marthe Robert, éd. Payot, coll. Petite Bibliothèque Payot, 1989 (ISBN 2-228-88109-0), 25. Éros et la mort, p. 362
[modifier] Psychologie
[modifier] Mary Esther Harding, Les Mystères de la femme, 1953
[...] s'il en reste à un stade relativement infantile au lieu d'incorporer à sa propre psyché les qualités émotionnelles et sentimentales qui devraient lui être transmises par son anima, [l'homme] s'obstine à les chercher hors de lui-même dans leur projection sur une femme, ses rapports avec le principe féminin demeurent inconscients et lui, de ce fait, puéril.
Il pourra chercher tant qu'il voudra des femmes toujours plus jeunes, toujours plus idéalement belles, il restera insatisfait, peut-être même se révélera-t-il impuissant. Il espère encore trouver une satisfaction émotionnelle sous une forme qu'il aurait dû dépasser, il s'accroche vainement à des manières de sentir infantiles. Sa puérilité consiste à croire que la femme qui, pour le moment, lui tient lieu d'anima, comblera son besoin de satisfaction émotionnelles et sexuelles. Il s'attend à ce qu'elle lui donne l'amour dont il a besoin, au lieu de se rendre compte que chez un être adulte l'amour ne peut se libérer de l'engagement instinctuel primitif qu'après de longs efforts, répétés et conscients. Il espère que la vie lui donnera ce qu'il désire, qu'elle sera une mère pour lui. C'est cet espoir même, cependant, qui le prive de sa virilité. C'est selon les termes de l'ancien rite, une castration due à la mère.
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Les Mystères de la femme (1953), Mary Esther Harding (trad. Eveline Mahyère), éd. Payot & Rivages, coll. Petite Bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 2-228-89431-1), chap. XIII. Le sacrifice du fils, p. 297
Quand des instincts, des images et des impulsions chaotiques se précipitent en masse de l'inconscient, ils brisent toute barrière élevée par l'individu ou par l'humanité. Une seule chose peut lui résister : si paradoxal que cela puisse paraître, c'est la puissance de l'individualité. Le mot individualité est utilisé ici au sens que Jung lui a donné. Il désigne les parties inconscientes aussi bien que les parties conscientes de la psyché et n'est pas synonyme de l'ego qui n'est que le centre de la conscience.
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Les Mystères de la femme (1953), Mary Esther Harding (trad. Eveline Mahyère), éd. Payot & Rivages, coll. Petite Bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 2-228-89431-1), chap. XIV. Renaissance et immortalité, p. 314
[modifier] Paul-Claude Racamier, Les Schizophrènes, 1980
Préambule et divertimento
Autant savons-nous que le schizophrène combat le réel et l'objet à coups de hache et de laser, autant, plus que quiconque au monde, je soutiens que le schizophrène combat pour le réel, pour l'objet, pour la pensée et pour le Je. C'est pourquoi d'ailleurs il nous en apprend tellement à ce sujet. Il y a bien sûr un enseignement universel à tirer de l'expérience psychanalytique avec les schizophrènes. Autant qu'ils le sachent : ce n'est pas seulement pour eux que l'excursion schizophrénienne m'intéresse, et peut-être l'aurais-je trouvée trop ardue, n'était ce qu'elle nous apprend sur la psyché tout entière.
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Les Schizophrènes (1980), Paul-Claude Racamier, éd. Payot & Rivages, coll. Petite bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 978-2-228-89427-2), partie Préambule et divertimento, Souvenir 58-78, p. 13
Les paradoxes des schizophrènes
Tout en réduisant la seconde topique à une plus simple expression, la dépression ne la liquéfie pas comme fait l'accès psychotique, où l'appareil de la psyché semble revenir à l'état de magma originel, en vertu d'une régression structurale qui de toutes les régressions est la plus massive. E. Jacobson estime même qu'en submergeant l'organisation topique de la psyché, cette régression, que j'appelle structurale et qui est déstructurante, ramène les investissements à leur état originel d'indistinction, tant pour leur direction (autre et soi) que pour leur qualité (amour et agressivité). Il y aurait donc au départ d'une psychose aiguë une régression pulsionnelle totale, qui ramènerait le Ça au-delà de toute ambivalence.
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Les Schizophrènes (1980), Paul-Claude Racamier, éd. Payot & Rivages, coll. Petite bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 978-2-228-89427-2), partie Les paradoxes des schizophrènes, chap. 2. De plusieurs constantes psychotiques, Où l'on oppose l'anticonflictualité des schizophrènes à l'intraconflictualité des névroses, p. 63
Entre ces deux accès psychopathologiques, la psychose aiguë et la dépression mélancolique, une différence apparaît évidente : on dirait que dans l'une la psyché fait explosion, et que dans la seconde elle implose (Racamier, 1969) ; dans l'une en effet l'extrajection prévaudra, et dans l'autre l'introjection.
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Les Schizophrènes (1980), Paul-Claude Racamier, éd. Payot & Rivages, coll. Petite bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 978-2-228-89427-2), partie Les paradoxes des schizophrènes, chap. 2. De plusieurs constantes psychotiques, Où l'on oppose l'anticonflictualité des schizophrènes à l'intraconflictualité des névroses, p. 63
Développement précoce, conduisant à la découverte harmonieuse et corrélative de l'Autre et du Je, et à leur installation structurante et conjuguée dans la psyché, résulte évidemment de l'intrication des pulsions narcissiques et antinarcissiques [...]. Non seulement on sait aujourd'hui que le narcissisme poursuit son propre développement (Grunberger, 1971 Kohut, 1971), sous l'influence des stades libidinaux et au contact de l'objet, mais on sait aussi que les investissements narcissiques et objectaux sont intriqués dès l'origine comme ils le sont plus tard et dans la cure (cf. J. Cosnier, 1970), si bien qu'il n'est pas d'investissement de soi qui ne « rapporte » à l'objet, ni d'investissement d'objet ou du monde qui ne rapporte au moi (ou soi, ou self) sa prime narcissique (cf. Racamier, 1963).
La rupture de cette alliance est à l'origine des psychoses.
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Les Schizophrènes (1980), Paul-Claude Racamier, éd. Payot & Rivages, coll. Petite bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 978-2-228-89427-2), partie Les paradoxes des schizophrènes, chap. 5. De deux ou trois réalités, Où l'on voit le schizophrène aux prises avec l'impossible choix entre son monde et son Moi, p. 99