Proxénète

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Sommaire

[modifier] Littérature

[modifier] Nouvelle

[modifier] Renée Vivien, La Dame à la Louve, 1904

La Chasteté paradoxale

Je suivis mon ami chez la proxénète. Au premier coup d’œil, je jugeai que mon ami ne m’avait point sottement vanté la demeure. Nous gravîmes un escalier du plus pur marbre blanc, pareil à un névé. Les ciselures de la rampe de bronze représentaient des Hamadryades frissonnantes inclinées vers les fleuves et les fontaines pour écouter le murmure des Naïades. Des statues solennelles éclairaient la demi-ombre de leurs reflets polis.

  • La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Chasteté paradoxale, p. 102


Une femme entra. Jamais je ne vis beauté plus magnanime. La magnificence orientale des belles Juives éclatait en elle. Pâle d’extase, je contemplai les reflets roux et bleus de sa chevelure noire. Ses yeux étaient de la couleur des raisins. Le velours rouge des rideaux et des tentures l’encadrait de flammes vives et intensifiait l’ardeur mate de sa chair d’ambre et de nard. Sa bouche était pareille à la rougeur fraîche des pastèques.
Cette femme était un faste vivant… Elle ressemblait à un jardin de reine, à une parure inestimable, à un tissu ingénieusement brodé par des mains patientes. Quelque chose de grave et de lointain qui était en elle inspirait, ou plutôt imposait, un respect involontaire.

  • Description de la proxénète non encore identifiée.
  • La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Chasteté paradoxale, p. 103


J’ôtai de mon doigt un rubis très rare, beau comme le sang d’une blessée, et le jetai, avec ma bourse pesante, sur la table d’onyx.
« Prenez-les, Myriam. Et prenez encore ce saphir, d’un bleu méditerranéen. En échange, vous me donnerez vos plus savants baisers. »
Elle sourit de nouveau, mais d’un sourire plus aigu.
« Vous vous trompez, signor, » répondit-elle, très calme. « Je suis la marchande, je ne suis point la marchandise. »
Je rencontrai son regard altier.

  • La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Chasteté paradoxale, p. 108


Je m’approchai d’elle, les sens exaspérés jusqu’au viol. Ma main chercha les seins farouches que soulevait impétueusement un souffle irrité.
Plus prompte qu’un essor d’hirondelle, elle saisit un stylet, merveille de niellure et de pierreries, qui ornait sa ceinture, et me le plongea dans la poitrine… Je tombai… Une douleur suraiguë me trouait le cœur… Je sombrai au fond d’une nuit rouge…. [...]
Je ne franchis plus le seuil de la proxénète, de cette étrange femme, perverse et pure, impudique et inaccessible…

  • La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Chasteté paradoxale, p. 109


[modifier] Histoire

[modifier] Catherine Salles, Les bas-fonds de l'Antiquité, 1982

A la fois proxénète, entremetteur, marchand d'esclaves, tel est le leno (ou sa compagne, la lena), une des figures les plus pittoresques de Rome, dont les poètes comiques font une utilisation particulièremet remarquable dans leurs pièces. Détesté par tous, aussi ridicule qu'odieux, le leno a pris dans la vie quotidienne des Romains une importance que ses homologues grecs ne possèdent pas. Son apparition sur les scènes de théâtre déclenche les rires et les quolibets.

  • Les bas-fonds de l'Antiquité (1982), Catherine Salles, éd. Payot & Rivages, coll. Petite Bibliothèque Payot, 2004 (ISBN 2-228-89817-1), partie 2. Le monde latin — La ville, chap. 8. Les plaisirs « à la grecque », Haro sur le leno, p. 208
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