Poitrine

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Sommaire

[modifier] Littérature

[modifier] Nouvelle

[modifier] Renée Vivien, La Dame à la Louve, 1904

La Chasteté paradoxale

Je m’approchai d’elle, les sens exaspérés jusqu’au viol. Ma main chercha les seins farouches que soulevait impétueusement un souffle irrité.
Plus prompte qu’un essor d’hirondelle, elle saisit un stylet, merveille de niellure et de pierreries, qui ornait sa ceinture, et me le plongea dans la poitrine… Je tombai… Une douleur suraiguë me trouait le cœur… Je sombrai au fond d’une nuit rouge…. [...]
Je ne franchis plus le seuil de la proxénète, de cette étrange femme, perverse et pure, impudique et inaccessible…

  • La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Chasteté paradoxale, p. 109


[modifier] Prose poétique

[modifier] Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958

Travaux du poète

J'écris sur la table crépusculaire, en appuyant la plume sur sa poitrine presque vivante, qui gémit et se souvient de la forêt natale.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Travaux du poète — VI, p. 51


Apparition

L'inconnue apparaît comme une aube en plein jour, soleil rival du soleil, et fait irruption parmi les blancs et les noirs du poème. Elle crie dans la forêt de mon étonnement. Elle se pose sur ma poitrine avec la douceur inexorable de la lumière qui appuie le front sur une pierre abandonnée.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Aigle ou Soleil ? — Apparition, p. 102


Être naturel

Ni morte ni vive, elle est la fleur qui naît de la poitrine des morts et du songe des vivants. La grande fleur qui lentement chaque matin ouvre les yeux et regarde sans reproche le jardinier qui la coupe. A l'intérieur de sa tige tronquée le sang afflue lentement et monte dans l'air, torche silencieuse qui flambe sur les ruines de Mexico. Tout est naissance infinie.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Aigle ou Soleil ? — Être naturel — III, p. 106


[modifier] Joyce Mansour, Dolman le maléfique, 1961

Dolman aimait se sentir fille. Il guettait la première poussée des bourgeons sous les corsages de lin. Il fixait la fillette si gracieusement, si nouvellement nubile, s'imprégnait de son haleine poivrée, appuyait ses pupilles sur les mamelons aux reliures de velours roux en se gardant de penser à autre chose, et, boum ! il faisait mouvoir leurs seins de soie sur sa propre poitrine.

  • « Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 49


« Je veux être père ». C'était dit d'un ton minable et Dolman n'en put croire ses oreilles. « Quoi ? » La voix s'enlisa dans la boue criblée de gousses d'ail et siffla : « Il faut que je sois père, ne serait-ce que d’un pou ». « Laissez-moi réfléchir, dit Dolman à quatre pattes, revenez après la nuit. » La voix se fit pressante : « Gardez-moi près de vous, je suis bien dans cette hutte ». « Non ! », trancha l'homme et le Caressant déguerpit, proférant des injures, mais vaincu pour l'instant. Dolman se coucha, dormit et se réveilla sans avoir trouvé de solution, sans même être en mesure d'y songer. Douze heures plus tard l'Affreux réapparut. Dolman apaisa l'ombre d'un geste accablé. « Je serai votre cygne ». La Bête se dressa. « Retirez votre chemise, vos poils, votre hargne. Chantez les charmes de l’hallucination, les tourbillons de l’oreiller, la poitrine glacée de la nuit. Vous êtes l’épouse terrible attendue depuis toujours ». Dolman, ouvrant la bouche, constata que sa voix était absente. « Je suis perdu, pensa-t-il. Joué. Comment ai-je pu espérer me mesurer avec la Peur ? » Et il rampa vers l'escalier de l'Époux.

  • « Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 52


[modifier] Roman

[modifier] André Breton, L'Amour fou, 1937

Les fiancées brillaient aux fenêtres, éclairées d'une seule branche indiscrète, et leurs voix, alternant avec celles des jeunes hommes qui brûlaient en bas pour elles, mêlaient aux parfums déchaînés de la nuit de mai un murmure inquiétant, vertigineux comme celui qui peut signaler sur la soie des déserts l'approche du Sphinx. La question qui soulevait gracieusement à pareille heure tant de poitrines n'était en effet rien moins, posée dans les conditions optima de temps et de lieu, que celle de l'avenir de l'amour – que celle de l'avenir d'un seul et, par là même, de tout amour.

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