Poète
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[modifier] Médias
[modifier] Presse
[modifier] Charles-Augustin Sainte-Beuve, Causeries du lundi, 1857
A relire ainsi bon nombre des pièces et des personnages d'Alfred de Musset, on arriverait à découvrir en cet enfant de génie le contraire de Goethe, de ce Goethe qui se détachait à temps de ses créations, même les plus intimes à l'origine, qui ne pratiquait que jusqu'à un certain point l'oeuvre de ses personnages, qui coupait à temps le lien, les abandonnait au monde, en étant déjà lui-même partout ailleurs. Pour Alfred de Musset, la poésie, c'était lui-même, il s'y précipitait à corps perdu ; c'était son âme juvénile, c'était sa chair et son sang qui s'écoulaient ; et quand il avait jeté aux autres ces lambeaux, ces membres éblouissants du poète, il gardait encore son lambeau à lui, son coeur saignant, son coeur brûlant et ennuyé ; il avait hâte de condenser et de dévorer les saisons.
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Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès, Charles-Augustin Sainte-Beuve, éd. Hermann (éditeurs des sciences et des arts), coll. Collection savoir : lettres, 1992 (ISBN 2-7056-6179-4), partie Alfred de Musset, 11 mai 1857. Causeries du lundi, t. XIII, p. 108
[modifier] Littérature
[modifier] Critique
[modifier] Charles-Augustin Sainte-Beuve, Portraits littéraires, 1829
Suivant André Chénier, l'art ne fait pas que des vers, le coeur seul est poète ; mais cette pensée si vraie ne le détournait pas, aux heures de calme et de paresse, d'amasser par des études exquises l'or et la soie qui devait passer en ses vers [...]. L'analyse la plus fine, les préceptes de composition les plus intimes, s'y transforment sous ses doigts, s'y couronnent de grâce, y reluisent d'images et s'y modulent comme un chant.
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Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès, Charles-Augustin Sainte-Beuve, éd. Hermann (éditeurs des sciences et des arts), coll. Collection savoir : lettres, 1992 (ISBN 2-7056-6178-6), partie André Chénier, 1829. Portraits littéraires, t.I, p. 34
[modifier] Charles-Augustin Sainte-Beuve, Portraits contemporains, 1835
Quel était donc le coeur de ce poète qui avait tant de pitié de la blancheur des marbres ? Poète, il l'était manifestement, même au fort de sa débauche. Dans ses plus mauvais chemins, la vérité rayonnante, l'image inespérée, l'éclat facile et prompt jaillissaient de la poussière de ses pas. Ce que ne donnent ni l'effort, ni l'étude, ni la logique d'un goût attentif et perfectible, il l'atteignait au passage ; il avait dans le style cette vertu d'ascension merveilleuse qui transporte en un clin d'oeil là où nul n'arrive en gravissant.
- Il est ici question d'Alfred de Musset.
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Le siècle du progrès — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès, Charles-Augustin Sainte-Beuve, éd. Hermann (éditeurs des sciences et des arts), coll. Collection savoir : lettres, 1992 (ISBN 2-7056-6179-4), partie Alfred de Musset, Février 1835. Portraits contemporains, t. II, p. 103
[modifier] Jean-Luc Rispail, Les surréalistes — Une génération entre le rêve et l'action, 1991
Il est très important de lire entre les lignes la chaleur de la vie. De la réalité quotidienne les poètes cherchent à extraire le suc. Ce qui ne se voit pas est aussi important que ce qui se voit.
- Jacques Baron concernant la revue d'orientation surréaliste Littérature.
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Les surréalistes — Une génération entre le rêve et l'action (1991), Jean-Luc Rispail, éd. Gallimard, coll. Découverte Gallimard Littérature, 2000 (ISBN 2-07-053140-6), chap. I. De Dada au surréalisme (1916-1924), Jacques Baron à propos de Littérature, p. 19
[modifier] Philippe Berthier, Chateaubriand — Europe n°775-776, 1993
La prison chateaubrianesque est hantée de hautes figures tutélaires de poètes au cachot : non seulement Cervantes, mais le pauvre Lovelace et surtout le plus emblématique de tous pour l'imaginaire collectif, le Tasse (liste à laquelle il faut ajouter, implicitement, Silvio Pellico et peut-être Chénier).
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« Les prisons du poète », Philippe Berthier, Chateaubriand — Revue Littéraire Europe (ISSN 0014-2751), nº 775-776, Novembre-décembre 1993, p. 72
[modifier] Écrit intime
[modifier] George Sand/Alfred de Musset, Le Roman de Venise, 1904
Est-ce que ta haute destinée te faisait peur ? Est-ce que l'esprit de Dieu était passé devant toi sous des traits trop sévères ? L'ange de la poésie, qui rayonne à sa droite, s'était penché sur ton berceau pour te baiser au front ; mais tu fus effrayé sans doute de voir si près de toi le géant aux ailes de feu. Tes yeux ne purent soutenir l'éclat de sa face, et tu t'enfuis pour lui échapper. A peine assez fort pour marcher, tu voulus courir à travers les dangers de la vie, embrassant avec ardeur toutes ses réalités et leur demandant asile et protection contre les terreurs de ta vision sublime et terrible. Comme Jacob, tu luttas contre elle, et comme lui tu fus vaincu. Au milieu des fougueux plaisirs où tu cherchais vainement ton refuge, l'esprit mystérieux vint te réclamer et te saisir. Il fallait que tu fusses poète, tu l'as été en dépit de toi-même.
- Concernant Alfred de Musset.
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Le Roman de Venise (2004), George Sand/Alfred de Musset, éd. Grasset, 1904, George Sand — Venise, 1er mai 1834, p. 244
[modifier] Essai
[modifier] Jean Cocteau, Le Secret professionnel, 1922
Le poète ne rêve pas : il compte.
- Cocteau est ici cité par Charles Dantzig dans son Dictionnaire égoïste de la littérature
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Dictionnaire égoïste de la littérature française, Charles Dantzig, éd. Grasset, 2005, p. 738
[modifier] Paul Éluard, L'Evidence poétique, 1926
Depuis plus de cent ans, les poètes sont descendus des sommets sur lesquels ils se croyaient. Ils sont allés dans les rues, ils ont insulté leurs maîtres, ils n'ont plus de dieux, ils osent embrasser la beauté et l'amour sur la bouche, ils ont appris les chants de révolte de la foule malheureuse et sans se rebuter, essaient de lui apprendre les leurs.
Peu leur importent les sarcasmes et les rires, ils y sont habitués, mais ils ont maintenant l'assurance de parler pour tous.
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Les surréalistes — Une génération entre le rêve et l'action (1991), Jean-Luc Rispail, éd. Gallimard, coll. Découverte Gallimard Littérature, 2000 (ISBN 2-07-053140-6), chap. Témoignages et documents, Paul Éluard, L'Evidence poétique, 1937., p. 167
[modifier] Poésie
[modifier] Paul Verlaine, Torquato Tasso, 1844
Torquato Tasso
Le poète est un fou perdu dans l'aventure,
Qui rêve sans repos de combats anciens,
De fabuleux exploits sans nombre qu'il fait siens,
Puis chante pour soi-même et la race future.
Plus tard, indifférent aux soucis qu'il endure,
Pauvreté, gloire lente, ennuis élyséens,
Il se prend en les lacs d'amours patriciens,
Et son prénom est comme une arrhe de torture [...].
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Oeuvres poétiques, Paul Verlaine, éd. Jean de Bonnot, 1975, t. 7, p. 67, vers 1-8
[modifier] Prose poétique
[modifier] Robert Desnos, Deuil pour deuil, 1924
C'est l'heure où, dans la nuit, les mâchoires délicates s'accouplent à nos gueules, o poètes !
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La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil (1924), Robert Desnos, éd. Gallimard, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), p. 153
[modifier] Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927
Mais le Corsaire Sanglot, la chanteuse de music-hall, Louise Lame, les explorateurs polaires et les fous, réunis par inadvertance dans la plaine aride d’un manuscrit, hisseront en vain du haut des mâts blancs les pavillons noirs annonciateurs de peste s’ils n’ont auparavant, fantômes jaillis de la nuit profonde de l’encrier, abandonné les préoccupations chères à celui qui, de cette nuit liquide et parfaite, ne fit jamais autre chose que des taches à ses doigts, taches propres à l’apposition d’empreintes digitales sur les murs ripolinés du rêve et par là capables d’induire en erreur les séraphins ridicules de la déduction logique persuadés que seul un esprit familier des majestueuses ténèbres a pu laisser une trace tangible de sa nature indécise en s’enfuyant à l’approche d’un danger comme le jour ou le réveil, et loin de penser que le travail du comptable et celui du poète laissent finalement les mêmes stigmates sur le papier et que seul l’œil perspicace des aventuriers de la pensée est capable de faire la différence entre les lignes sans mystère du premier et le grimoire prophétique et, peut-être à son insu, divin du second, car les pestes redoutables ne sont que tempêtes de cœurs entrechoqués et il convient de les affronter avec des ambitions individuelles et un esprit dégagé du stupide espoir de transformer en miroir le papier par une écriture magique et efficace.
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La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), V. La baie de la faim, p. 58
Et de même, la bouteille, n’est-ce pas la femme érigée toute droite au moment du spasme, et le rêveur insensible dans le vent et le téton pour la bouche de l’amant et le phallus. Et le porte-plume aussi, obscène et symbolique dans la main du poète, et le chapeau fendu comme un sexe ou rond comme une croupe. Toutes ces images opèrent un nivellement dans l’esprit. Tous ces éléments comparables à un même accessoire ne sont-ils pas égaux ?
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La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), VI. Pamphlet contre la mort, p. 64
[modifier] Roman
[modifier] James Joyce, Ulysse, 1922
— On lui a détraqué la cervelle, dit-il, avec des peintures de l'enfer. Il ne pourra jamais attraper la note hellénique. La note qui fut, entre tous les poètes, celle de Swinburne, la pâle mort et la rouge naissance. Voilà son drame intérieur. Il ne sera jamais un poète. La joie de créer...
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Ulysse (1922), James Joyce (trad. Auguste Morel), éd. Gallimard, coll. Folio, 1957 (ISBN 2-07-040018-2), p. 382
[modifier] André Breton, L'Amour fou, 1937
On n'en finira jamais avec la sensation. Tous les systèmes rationalistes s'avéreront un jour indéfendables dans la mesure où ils tentent, sinon de la réduire à l'extrême, tout au moins de ne pas la considérer dans ses prétendues outrances. Ces outrances sont, il faut bien le dire, ce qui intéresse au suprême degré le poète.
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L'Amour fou, André Breton, éd. Gallimard, 1976 (ISBN 978-2070367238), p. 121 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
[modifier] Philosophie
[modifier] Friedrich Nietzsche, Par-delà bien et mal, 1886
Les poètes manquent de pudeur à l'égard de leurs aventures : ils les exploitent.
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Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie IV, chap. « Maximes et intermèdes », § 161, p. 169
[modifier] Gaston Bachelard, L'Air et les Songes, 1943
La première tâche du poète est de désancrer en nous une matière qui veut rêver.
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L'Air et les Songes — Essai sur l'imagination du mouvement, Gaston Bachelard, éd. Le Livre de Poche, coll. Biblio Essais, 1992 (ISBN 978-2-253-06100-7), partie II, chap. VIII. « Les Nuages », p. 245
La poésie totale, la poésie parfaite, dit Hugo von Hofmannsthal, « c'est le corps d'un elfe, transparent comme l'air, le messager vigilant qui porte à travers les airs une parole magique : en passant il s'empare du mystère de nuages, des étoiles, des cimes, des vents ; il transmet la formule magique fidèlement, mêlée cependant aux voix mystérieuses des nuages, des étoiles, des cimes et des vents ». Le messager ne fait plus qu'un avec le message. Le monde intime du poète rivalise avec l'univers.
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L'Air et les Songes — Essai sur l'imagination du mouvement, Gaston Bachelard, éd. Le Livre de Poche, coll. Biblio Essais, 1992 (ISBN 978-2-253-06100-7), partie II, chap. IX. « La Nébuleuse », p. 260