Plume

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Bridgita picture of Miss Elvery (Beatrice Elvery) — William Orpen (1909)

Sommaire

Littérature[modifier]

Nouvelle[modifier]

Vladimir Nabokov, Le Mot, 1923[modifier]

Je vis ses yeux profonds, fixes et adamantins sous les arcades impétueuses de ses sourcils. Sur les nervures de ses ailes déployées étincelait une sorte de givre ; les ailes étaient grises, d'un gris d'une nuance indescriptible, et chaque plume se terminait par un croissant argenté. Son visage, l'ébauche de ses lèvres qui esquissaient un sourire, de son front droit et pur, me rappelaient des traits que j'avais vus sur terre.

  • « Le Mot », Vladimir Nabokov (trad. Bernard Kreise), Le Magazine Littéraire, nº 495, Mars 2010, p. 11


Poésie[modifier]

Paul Eluard , Capitale de la douleur, 1926[modifier]

Paris pendant la guerre

Les bêtes qui descendent des faubourgs en feu,
Les oiseaux qui secouent leurs plumes meurtrières,
Les terribles ciels jaunes tout nus
Ont, en toute saison, fêté cette statue.

  • Capitale de la douleur suivi de L'amour la poésie (1926), Paul Eluard, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 978-2-07-030095-2), partie Nouveaux poèmes, Paris pendant la guerre, p. 108


Prose poétique[modifier]

Jacques Baron, La Journée des mille dimanches, 1922[modifier]

Quelques années plus tard un marchand de plumes à l'autogène brasée, rencontra [Deplusenplus] dans une cave avec une femme nue. D'autres rapportent qu'il s'asseyait souvent dans des fauteuils, jamais sur les banquettes. Enfin une particularité, que tout le monde signale, est à noter, jamais il ne réussit à laisser pousser sa barbe et c'était là une sorte de désespoir cosmique.

  • « La Journée des mille dimanches », Jacques Baron, Littérature Nouvelle Série, nº 4, Septembre 1922, p. 14


André Breton, Poisson soluble, 1924[modifier]

Un château sans signification roulait à la surface de la terre. Près de Dieu le cahier de ce château était ouvert sur un dessin d'ombres, de plumes, d'iris.


Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927[modifier]

Ne me dites pas qu’elle est belle, elle est émouvante. Sa vue imprime à mon cœur un mouvement plus rapide, son absence emplit mon esprit.
Banalité ! Banalité ! Le voilà donc ce style sensuel ! La voici cette prose abondante. Qu’il y a loin de la plume à la bouche. Sois donc absurde, roman où je veux prétentieusement emprisonner mes aspirations robustes à l’amour, sois insuffisant, sois pauvre, sois décevant.


Quand il sortit, au crépuscule, la chanson des fontaines publiques peuplait les rues de sirènes imaginaires. Elles s’enlaçaient, tournaient et se traînaient jusqu’aux pieds du corsaire. Muettes, elles imploraient du conquérant la chanson qui les rendrait aux limbes maritimes, mais lui, le gosier sec, ne troubla pas de sa voix les rues et les murs sonores car ses yeux lucides, plus lucides que les yeux de la réalité, discernaient par-delà le désert et les régions habitées l’ombre de la robe de celle que j’aime et à laquelle je n’ai pas cessé de penser depuis que ma plume, animée quoique partie du mouvement propre à l’ensemble, vole dans le ciel blafard du papier.


Ma plume est une aile et sans cesse, soutenu par elle et par son ombre projetée sur le papier, chaque mot se précipite vers la catastrophe ou vers l’apothéose.


Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958[modifier]

Travaux du poète

Je passai une rue puis une autre, grelottant, lorsque tout à coup je sentis — non, je ne la sentis point : elle me croisa, impétueuse : la Parole. Cette rencontre inattendue me paralysa un moment — assez pour lui donner le temps de retourner à la nuit. Remis, je réussis quand même à la saisir par sa chevelure flottante. Et je tirai désespérément ces fibres qui s'allongeaient à l'infini, fils télégraphiques qui s'éloignaient avec le paysage entrevu, note qui monte, s'amenuise, s'étire, s'étire... Et je me retrouvai seul au milieu de la rue, une plume rouge dans mes mains violacées.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Travaux du poète — III, p. 48


J'écris sur la table crépusculaire, en appuyant la plume sur sa poitrine presque vivante, qui gémit et se souvient de la forêt natale.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Travaux du poète — VI, p. 51


La nuit entre dans la chambre, le mur d'en face avance sa gueule de pierre, une banquise d'air s'interpose entre la plume et le papier. Ah ! un simple monosyllabe suffirait pour faire sauter le monde. Mais cette nuit, il n'y a pas de place pour un seul mot de plus.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Travaux du poète — VI, p. 51


Papillon d'obsidienne

Mes frères, mes fils, mes oncles ont été tués. Au bord du lac de Texcoco, j'ai fondu en larmes. Du rocher s'élevaient des tourbillons de salpêtre. Doucement, ils m'ont prise et déposée sur le parvis de la cathédrale. Je me suis faite si petite et si grise que beaucoup m'ont confondue avec un petit tas de poussière. Oui, moi, la mère du silex et de l'étoile, moi enceinte de la foudre. Je suis maintenant la plume bleue que l'oiseau abandonne à la ronce.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Aigle ou Soleil ? — Papillon d'obsidienne, p. 91


Être naturel

Plumes de colère ou quartiers de joie, éblouissements, décisions imprévues, toujours précises et coupantes, les verts — ils amassent les sucs, avant de le crier, ils mâchent bien leur cri, froid et qui scintille dans leur épaisseur.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Aigle ou Soleil ? — Être naturel — I, p. 104


Vallée de Mexico

Je suis l'espace pur, le champ de bataille. A travers mon corps, je vois mon autre corps. La pierre scintille. Le soleil m'arrache les yeux. Dans mes orbites vides, deux astres lissent leurs plumes rouges. Splendeur, spirale d'ailes, bec féroce. Et maintenant, mes yeux chantent. Penche-toi sur leur chant, jette-toi dans le bûcher.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Aigle ou Soleil ? — Vallée de Mexico, p. 107


Joyce Mansour, Illusions de vol, 1964[modifier]

Le vieil homme ouvrit une armoire et me tendit, un à un à travers l'échiquier, des verges, des phallus de jade grandeur nature, d'autres en plastique munis de plumes gluantes. J'observai ce défilé de sexes masculins sans proférer la moindre réplique. Déçu par mon silence et mon évidente incompréhension, le savant rangea les pénis dans leurs écrins de velours. Dorothée entra toute mouillée de la baie.
Je ne vis plus le vieil homme... ou plutôt si parfois il nous advint encore de jouer aux échecs dans le salon glacial, je ne devais plus être pour lui qu'un adversaire. Je quittai Majorque sans regrets et ne tardai pas d'apprendre la mort du savant.

  • « Illusions de vol », Joyce Mansour, La Brèche, nº 6, Juin 1964, p. 23


Roman[modifier]

André Breton, L'Amour fou, 1937[modifier]

Toujours dans une grotte, la Grotte des Fées près de Montpellier où l'on circule entre des murs de quartz, le coeur retarde quelques secondes de battre au spectacle de ce manteau minéral gigantesque, dit « manteau impérial », dont le drapé défie à jamais la statuaire et que la lumière d'un projecteur couvre de roses, comme pour qu'il n'ait rien à envier, même sous ce rapport, au pourtant splendide et convulsif manteau fait de la répétition à l'infini de l'unique petite plume rouge d'un oiseau rare que portaient les anciens chefs hawaïens.


André Pieyre de Mandiargues, La Marge, 1967[modifier]

Un cinéma attire son regard moins pour les affiches de westerns que pour un bar, devant la caisse, où deux jeunes gitanes mangent du jambon noir et des olives avec une avidité féroce qui le fait penser à des perroquets carnivores. Le désir, jamais exaucé, qu'il eut d'avoir un perroquet, tenait peut-être à ce que Féline lui avait raconté qu'en donnant de la viande crue à un oiseau de cette espèce on lui donnait le goût vicieux du sang, et qu'alors, en se servant de sa patte habilement preneuse, il arrachait toutes ses plumes pour en sucer la racine. Sergine s'était bornée à dire que les perroquets détestaient les femmes, et qu'elle n'en voulait pas. S'il en avait eu un, cependant, aurait-il résisté à la curiosité de vérifier son appétit morbide ? Sans doute que non. De l'épais jambon cru il sent quelque envie, et de s'en faire servir une tranche à côté des petites perruches. Et puis merde il s'éloigne.


Médias[modifier]

Presse[modifier]

Littérature, Enquête — Pourquoi écrivez-vous ?, 1919[modifier]

Vous pourrez classer les écrivains selon que leur réponse à votre enquête commencera par « afin de », « pour » ou par « parce que ».
Il y aura ceux pour qui la littérature est surtout un but, et ceux pour qui surtout un moyen.
Quant à moi, j'écris parce que j'ai une bonne plume, et pour être lu par vous... Mais je ne réponds jamais aux enquêtes.

  • André Gide donne suite à une enquête concernant son statut d'écrivain menée par le mensuel surréaliste Littérature, ce sur plusieurs numéros.
  • « Notre enquête — Pourquoi écrivez-vous ? », André Gide, Littérature, nº 10, Décembre 1919, p. 24