Peau

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Sommaire

[modifier] Littérature

[modifier] Écrit intime

[modifier] Anaïs Nin, Henry et June — Les cahiers secrets, 1986

Décembre (1931)

Au café, je vois comme des cendres sous sa peau. Désintégration. J'éprouve une terrible angoisse. J'ai envie de la prendre dans mes bras. Je la sens glisser vers la mort et j'ai envie d'entrer dans le royaume de la mort pour la suivre, pour l'embrasser. Elle est entrain de mourir sous mes yeux. Sa sombre beauté, si cruellement attirante, est en train de mourir. Sa force étrange, presque virile.


Juin (1932)

Je comprends maintenant comment l'on peut jouer un instant avec ces sentiments que j'ai trop longtemps tenus pour sacrés. La semaine prochaine, au lieu de sortir avec mon gentil « mari », Henry, j'irai voir l'Espagnol. Et les femmes — je veux des femmes. Mais les lesbiennes viriles du cabaret Le Fétiche ne m'ont pas plu du tout.
J'ai également compris l'oeillet dans la bouche de Carmen. Je respirais du seringa. Les fleurs blanches encore en boutons effleurèrent mes lèvres. On aurait dit la peau d'une femme. Mes lèvres pressèrent les boutons, s'entrouvrant puis se refermant doucement sur eux. De doux baisers en forme de pétales. Je mords les fleurs blanches. Morceau de chair parfumée, peau comme de la soie. La bouche charnelle de Carmen mordant son oeillet ; et moi, Carmen.


[modifier] Prose poétique

[modifier] Jacques Baron, La Journée des mille dimanches, 1922

Ici commence la partie philosophique de ce gros oeuvre qui occupa toute ma vie. Elle comprend quatre volumes in-octavo reliés en peau de truie. Elle sert de papier dans les W.-C. des cafés à la mode. Je suis connu dans toutes les bonnes sociétés. On prétend même qu'on chante des hymnes en mon honneur dans les couvents de nonnes que j'eus plaisir il y a quelques temps à dépuceler les unes après les autres.

  • « La Journée des mille dimanches », Jacques Baron, Littérature Nouvelle Série, nº 4, Septembre 1922, p. 15


[modifier] René Crevel, Le Pont de la mort, 1926

Enfin, les prostituées ont compris que les pieds n'étaient pas faits pour des tortures de velours noir mais pour une nudité de peau à même une nudité de sable. Alors les talons, sur lesquels, depuis des siècles, elles chaviraient, tous les talons se sont brisés, et des fleurs sans semence ont jailli du macadam. Parce que nul mensonge ne pouvait plus être toléré, fût-il celui si mince des semelles de ficelle, les voyous ont jeté plus loin que l'horizon leurs espadrilles.

  • « Le Pont de la mort », René Crevel, La Révolution Surréaliste, nº 7, 15 juin 1926, p. 28


Au fond des océans, tous les Africains crédules qui voulurent faire des voyages à bon compte et moururent près des chaufferies, ressuscitent. Sans doute bientôt seront-ils poissons, puisque déjà leurs jambes deviennent transparentes. Ecoutez leurs chansons sans mots, à la lumière des monstres électriques. Les hippocampes appuient sur leur nombril, comme sur le bouton d'une sonnette électrique. Est-ce pour le thé ? Mais non. Des forêts d'eau, ils montent, points d'interrogation à tête de cheval, jusqu'aux yeux des savants européens qui éclatent dans leur peau terrestre.

  • « Le Pont de la mort », René Crevel, La Révolution Surréaliste, nº 7, 15 juin 1926, p. 28


[modifier] Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927

Un jour d’octobre, comme le ciel verdissait, les monts dressés sur l’horizon virent le léopard, dédaigneux pour une fois des antilopes, des mustangs et des belles, hautaines et rapides girafes, ramper jusqu’à un buisson d’épines. Toute la nuit et tout le jour suivant il se roula en rugissant. Au lever de la lune il s’était complètement écorché et sa peau, intacte, gisait à terre. Le léopard n’avait pas cessé de grandir durant ce temps. Au lever de la lune il atteignait le sommet des arbres les plus élevés, à minuit il décrochait de son ombre les étoiles.
Ce fut un extraordinaire spectacle que la marche du léopard écorché sur la campagne dont les ténèbres s’épaississaient de son ombre gigantesque.


Je sais quelle est l’agonie d’un navire pris dans la banquise, je connais le râle froid et la mort pharaonique des explorateurs arctiques et antarctiques, avec ses anges rouges et verts et le scorbut et la peau brûlée par le froid.


— Et pourquoi ? demande le sphinx.
— Parce que je le veux.
— C’est bien, tu peux passer, Œdipe idée et peau.


[modifier] Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958

Ma vie avec la vague

Certaines nuits, sa peau se couvrait de phosphorescences, et l'embrasser était embrasser un morceau de nuit tatoué par le feu.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Sables mouvants — Ma vie avec la vague, p. 75


[modifier] Joyce Mansour, Dolman le maléfique, 1961

Dolman faisait sa commande de chair sans lever les yeux aux diadèmes de figues afin de ne pas effacer de sa peau la fraîche vision de son désir et d'être sûr de ne pas s'immiscer dans le vieux sac aux pores dilatés, aux crachats décolorés et aux connaissances de latin nommé Chimère. Celui-ci redoutait les forfaits de la magie, aussi s'en allait-il sans discuter le choix du maître, quand bien même il se fût agi de sa propre fille. Il revenait sans tarder, porteur de délices, bavant et fier. Écartelée par les bras noueux du serviteur, la proie se laissait faire dans la boue. Couverte de honte, chaque facette hésitante s'embrasant à mesure que les yeux de Dolman les animaient, la fille s'élançait sur la piste circulaire des jouissances féminines.

  • « Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 49


Dolman restait craintif dans le noir. « Je veux vous connaître, faire partie de votre peau ». Il s'obstinait malgré sa frayeur. « Je vous donnerai mes biens, ma hutte, mes entrailles fertiles, ma plage ; j’offre ma haine en échange d’un seul rayon de participation ». « Vous m’appartenez. Je suis près de vous », dit l'Affreux, dans un chuchotement de malaise, « touchez moi, sentez ma sueur de musc sur vos vêtements ». Il coula ses doigts le long de Dolman, et une fumée de houille et de satisfaction épicée de pus irrita les sens de sa victime. Dolman se savait maladroit mais, comme il aimait la clarté dans ses fréquentations, il ne pouvait s'empêcher de se plaindre. L'Horreur soufflait comme un phoque. Dolman se cacha le visage dans le pli de l'aine. L'heure se raidissait sur son socle. L'homme reprit sauvagement : « Un seul regard sans réticence ni recul dans vos yeux hagards, un instant de bonheur avant de disparaître ».

  • « Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 51


[modifier] Roman

[modifier] Marie d'Agoult, Nélida, 1866

— En vérité, vous êtes jolie à ravir, ce soir, disait Hortense Langin à Nélida retirée avec elle dans un boudoir écarté où l'air était moins étouffant que dans la salle de danse. Vous nous éclipsez toutes.
Il est certain que Nélida n'avait jamais été aussi belle. Elle portait une jupe de taffetas bleu glacé de blanc, relevée de côté par un bouquet de jasmin naturel ; une guirlande des mêmes fleurs ceignait son front ; les feuilles délicates de son bouquet, dépassant un peu l'étoffe du corsage, jetaient une ombre légère et mobile sur sa peau d'albâtre ; une longue ceinture flottante indiquait, sans trop les marquer, les purs contours de sa taille virginale. Je ne sais quelle langueur attirante tempérait le sérieux habituel de son visage. Il était impossible d'imaginer rien de plus aérien, de plus chaste, de plus suave ; on eût dit qu'elle était enveloppée d'une gaze diaphane qui la voilait à demi et la protégeait contre de trop avides regards.


[modifier] Colette, La Maison de Claudine, 1922

Il y a des jours où la boucherie de Léonore, ses couteaux, sa hachette, ses poumons de bœuf gonflés que le courant d’air irise et balance, roses comme la pulpe du bégonia, me plaisent à l’égal d’une confiserie. Léonore y tranche pour moi un ruban de lard salé qu’elle me tend, transparent, du bout de ses doigts froids. Dans le jardin de la boucherie, Marie Tricotet, qui est pourtant née le même jour que moi, s’amuse encore à percer d’une épingle des vessies de porc ou de veau non vidées, qu’elle presse sous le pied « pour faire jet d’eau ». Le son affreux de la peau qu’on arrache à la chair fraîche, la rondeur des rognons, fruits bruns dans leur capitonnage immaculé de « panne » rosée, m’émeuvent d’une répugnance compliquée, que je recherche et que je dissimule. Mais la graisse fine qui demeure au creux du petit sabot fourchu, lorsque le feu fait éclater les pieds du cochon mort, je la mange comme une friandise saine…

  • La Maison de Claudine (1922), Colette, éd. Imprimerie Moderne de Nantes, coll. Super-Bibliothèque, 1976 (ISBN 2-261-00093-6), Amour, p. 24


[modifier] Colette, Le Blé en herbe, 1923

Le bain quotidien, joie silencieuse et complète, rendait à leur âge difficile la paix et l'enfance, toutes deux en péril. Vinca se coucha sur le flot, souffla de l'eau en l'air comme un petit phoque. Le foulard tordu découvrait ses oreilles roses et délicates, que les cheveux abritaient pendant le jour, et des clairières de peau blanche aux tempes qui ne voyaient la lumière qu'à l'heure du bain. Elle sourit à Philippe, et sous le soleil d'onze heures le bleu délicieux de ses prunelles verdit un peu au reflet de la mer. Son ami plongea brusquement, saisit un pied de Vinca et la tira sous la vague. Ils « burent » ensemble, reparurent crachant, soufflant, et riant comme s'ils oubliaient, elle ses quinze ans tourmentés d'amour pour son compagnon d'enfance, lui ses seize ans dominateurs, son dédain de joli garçon et son exigence de propriétaire précoce.


[modifier] André Breton, L'Amour fou, 1937

L'odeur vireuse perce les entrelacs des peaux glissantes qui sans quitter l'arbre plongent dans le sol pour rejaillir à plusieurs mètres en arceaux terribles. Ce qui reste de lumière ne paraît produit que par les lointaines lampes trop blanches du datura, apparues à travers de rares mailles de l'enchevêtrement. La qualité de cette lumière la rend moins supportable que ne serait son absence en pareil lieu. On croit voir, éclatantes de pâleur, des robes du soir suspendues en l'air.


[modifier] Boris Vian, L'écume des jours, 1947

Chloé avait passé ses bas, fins comme une fumée d'encens, de la couleur de sa peau blonde et ses souliers hauts de cuir blanc. Pour tout le reste, elle était nue, sauf un lourd bracelet d'or bleu qui faisait paraître encore plus fragile son poignet délicat.

  • L'écume des jours (1947), Boris Vian, éd. Pauvert, 1963 (ISBN 2-7202-1311-02), XIX., p. 66


Elle avait une peau ambrée et savoureuse comme de la pâte d'amandes.

  • L'écume des jours (1947), Boris Vian, éd. Pauvert, 1963 (ISBN 2-7202-1311-02), XXXIII., p. 79


[modifier] Dominique Fernandez, Porporino ou les mystères de Naples, 1974

[...] la voix du castrat, étant par la force des choses son unique organe d'émission, se trouve tout imprégnée de cette sève qui n'a pas d'autre issue dans son corps. Elle draine avec elle outre l'air des poumons la lourdeur de ses membres, l'odeur de sa peau, la fécondité méconnue enfouie dans ses parties mortes.

  • Porporino ou les mystères de Naples (1974), Dominique Fernandez, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 1974 (ISBN 978-2-246-01243-6), partie II « Les pauvres de Jésus-Christ », Gourmandise, p. 170


[modifier] Psychologie

[modifier] Paul-Claude Racamier, Les Schizophrènes, 1980

Schizogrammes

peau Mal dans leur peau : les névrosés. Mais hors de leur peau : les schizophrènes.
They act out, they feel out, they dream out, they think out : ils vivent décidément déportés.


[modifier] Paul-Claude Racamier, Pensée perverse et décervelage, 1992

Mouvement pervers narcissique

[...] le pervers s’en prend à notre peau, cette peau dont nous savons (D. Anzieu) que l’une des fonctions est d’assurer l’auto-immunité psychique.

  • Pensée perverse et décervelage, 1992, Mouvement pervers narcissique Question d’immunité, question de liaison, dans [1], paru Trait pour trait Mouvement de travail et de recherche autour de la psychanalyse, Paul-Claude Racamier.
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