Paul Henri Thiry d'Holbach

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Paul-Henri Thiry, baron d’Holbach, né Paul Heinrich Dietrich von Holbach, né à Edesheim, Rhénanie-Palatinat, le 8 décembre 1723, mort le 21 janvier 1789 à Paris, est un savant et philosophe matérialiste d’origine allemande et d’expression française.

Le christianisme dévoilé, 1767[modifier]

Les hommes, pour la plupart, ne tiennent à leur religion que par habitude. Ils n'ont jamais examiné sérieusement les raisons qui les y attachent, les motifs de leur conduite, les fondements de leurs opinions. Ainsi la chose que tous regardent comme la plus importante pour eux fut toujours celle qu'ils craignirent le plus d'approfondir. Ils suivent les routes que leurs pères leur ont tracées ; ils croient parce qu'on leur a dit dès l'enfance qu'il fallait croire ; ils espèrent parce que leurs ancêtres ont espéré ; ils tremblent parce que leurs devanciers ont tremblé ; presque jamais ils n'ont daigné se rendre compte des motifs de leur croyance. [...] C'est ainsi que les opinions religieuses, une fois admises, se maintiennent pendant une longue suite de siècles. C'est ainsi que d'âge en âge les nations se transmettent des idées qu'elles n'ont jamais examinées. Elles croient que leur bonheur est attaché à des institutions dans lesquelles un examen plus mur leur montrerait la source de la plupart de leurs maux. L'autorité vient encore à l'appui des préjugés des hommes , elle leur défend l'examen, elle les force à l'ignorance, elle se tient toujours prête à punir quiconque tenterait de les désabuser. [...] Cependant il se trouva dans tous les siècles des hommes qui, détrompés des préjugés de leurs concitoyens, osèrent leur montrer la vérité. Mais que pouvait leur faible voix contre des erreurs sucées avec le lait, confirmées par l'habitude, autorisées par l'exemple, fortifiées par une politique souvent complice de sa propre ruine ? Les cris imposants de l'imposture réduisirent bientôt au silence ceux qui voulurent réclamer en faveur de la raison.


Pour peu que les hommes réfléchissent sur ce qu’ils sont, sur leurs vrais intérêts, sur le but de la société, ils sentiront ce qu’ils se doivent les uns les autres. De bonnes lois les forceront d’être bons, et ils n’auront pas besoin que l’on fasse descendre du ciel des regles nécessaires à leur conservation et à leur bonheur. La raison suffit pour nous enseigner nos devoirs envers les êtres de notre espéce. Quel secours peut-elle tirer de la religion, qui, sans cesse, la contredit et la dégrade ?


Toutes les vertus, que le christianisme admire, ou sont outrées et fanatiques, ou elles ne tendent qu'à rendre l'homme timide, abject et malheureux : si elles lui donnent du courage, il devient bientôt opiniâtre, altier, cruel, et nuisible à la société. C'est ainsi qu'il faut qu'il soit, pour répondre aux vues d' une religion qui dédaigne la terre, et qui ne s'embarrasse pas d'y porter le trouble, pourvû que son dieu jaloux triomphe de ses ennemis. Nulle morale véritable ne peut être compatible avec une telle religion.


Une religion, dont les maximes tendent à rendre les hommes intolérants, les souverains persécuteurs, les sujets, ou esclaves, ou rebelles; une religion, dont les dogmes obscurs sont des sujets éternels de disputes; une religion, dont les principes découragent les hommes, et les détournent de songer à leurs vrais intérêts; une telle religion, dis-je, est destructive pour toute société.


Histoire critique de Jésus-Christ ou Analyse raisonnée des Évangiles, 1770[modifier]

L’Évangile n’est qu’un Roman Oriental dégoûtant pour tout homme de bon sens, et qui ne semble s’adresser qu’à des ignorants, des stupides, des gens de la lie du peuple, les seuls qu’il puisse séduire. La critique n’y trouve nulle liaison dans les faits, nul accord dans les circonstances, nulle suite dans les principes, nulle uniformité dans les récits. Quatre hommes greffiers et sans lettres passent pour les véritables auteurs des mémoires qui contiennent la vie de Jésus-Christ ; c’est sur leur témoignage que les Chrétiens se croient obligés d’admettre la Religion qu’ils professent, et d’adopter sans examen les faits les plus contradictoires, les actions les plus incroyables, les prodiges les plus étonnants, le système le plus décousu, la doctrine la plus inintelligible, les mystères les plus révoltants !

  • Histoire critique de Jésus-Christ ou Analyse raisonnée des évangiles (1770), Paul Henri Thiry d'Holbach, éd. s.l.n.d., Amsterdam, 1770, p. XII


Système de la nature, 1770[modifier]

C’est dans les pays où la superstition a le plus de pouvoir que nous trouverons toujours le moins de moeurs. La vertu est incompatible avec l’ignorance, la superstition, l’esclavage [...]. Pour former des hommes, pour avoir des citoyens vertueux, il faut les instruire, leur montrer la vérité, leur parler raison, leur faire sentir leurs intérêts, leur apprendre à se respecter eux-mêmes et à craindre la honte, exciter en eux l’idée du véritable honneur, leur faire connaître le prix de la vertu et les motifs de la suivre. Comment attendre ces heureux effets de la religion qui les dégrade, ou de la tyrannie qui ne se propose que de les dompter, de les diviser, de les retenir dans l’abjection ?


L’athéisme, dont jusqu’ici les principes n’ont point encore été suffisamment développés, semble alarmer les personnes mêmes les plus dégagées de préjugés. Elles trouvent l’intervalle trop grand entre la superstition vulgaire et l’irréligion absolue : elles croient prendre un sage milieu en composant avec l’erreur ; elles rejettent les conséquences en admettant le principe ; elles conservent le fantôme, sans prévoir que tôt ou tard il doit produire les mêmes effets et faire de proche en proche éclore les mêmes folies dans les têtes humaines. [...] Tant que le sacerdoce aura le droit d’infecter la jeunesse, de l’habituer à trembler devant des mots, d’alarmer les nations au nom d’un dieu terrible, le fanatisme sera le maître des esprits.


L'ignorance et la peur, voilà les deux pivots de toute religion.

  • Le bon sens du curé Meslier suivi de son testament (1772), Paul Henri Thiry d'Holbach, éd. Palais des thermes de Julien, 1802, p. 37


Le bon sens, 1772[modifier]

Toutes les religions du monde ont autorisé des forfaits innombrables. Les juifs, enivrés des promesses de leur Dieu, se sont arrogés le droit d'exterminer des nations entières. Fondés sur les oracles de leurs dieux, les Romains, en vrais brigands, ont conquis et ravagé le monde. Les Arabes, encouragés par leur divin prophète, ont porté le fer et la flamme chez les chrétiens et les idolâtres. Les chrétiens, sous prétextes d'étendre leur sainte religion, ont cent fois couvert de sang l'un et l'autre hémisphère.

  • Le bon sens du curé Meslier suivi de son testament (1772), Paul Henri Thiry d'Holbach, éd. Palais des thermes de Julien, 1802, p. 217


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