Paranoïa

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En psychiatrie, la paranoïa désigne une psychose chronique caractérisée par un délire généralement bien construit et systématisé, s'accompagnant de troubles du jugement et de la perception mais sans détérioration intellectuelle ni atteinte des fonctions instrumentales.

En psychanalyse, elle s'apparente à une psychose caractérisée par un délire interprétatif qui prend les formes de délire de persécution, de jalousie, d'érotomanie, de délire de grandeurs.

Sommaire

[modifier] Art

[modifier] Critique

[modifier] Salvador Dalí, La conquête de l’irrationnel, 1935

PARANOÏA : Délire d’interprétation comportant une structure systématique.
ACTIVITÉ PARONOÏAQUE-CRITIQUE : Méthode spontanée de connaissance irrationnelle fondée sur l’objectivation critique et systématique des associations et interprétations délirantes.

  • La conquête de l’irrationnel, Salvador Dalí, éd. Surréalistes, 1935, p. 61


[modifier] Histoire

[modifier] John Dickie, Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, 2004

Tommaso Buscetta a beaucoup insisté sur l'importance d'une règle spécifique de Cosa Nostra, règle ayant trait à la vérité. Grâce à lui, nous savons maintenant que la vérité est une denrée particulièrement précieuse et dangereuse pour les mafiosi. Quand un homme d'honneur est initié par la mafia sicilienne, il jure, entre autres, de ne jamais mentir à d'autres initiés, qu'ils soient ou non membres de la même Famille. Un homme d'honneur qui a menti s'aperçoit très vite qu'il a pris un raccourci vers le bain d'acide. Cependant, un mensonge bien déguisé peut se révéler une arme puissante dans la guerre permanente pour le pouvoir qui se livre à l'intérieur de l'organisation. Le résultat est simple : une paranoïa aiguë.

  • Cosa Nostra — La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, John Dickie (trad. Anne-Marie Carrière), éd. Perrin, coll. Tempus, 2007 (ISBN 978-2-262-02727-8), partie Introduction, p. 30


[modifier] Littérature

[modifier] Écrit intime

[modifier] August Strindberg, Inferno, 1897

Dans une rue, je ramasse un morceau de papier, avec le mot fouine. Dans une autre rue, un papier semblable porte, écrit de la même main, le mot vautour. Popoffsky ressemble parfaitement à une fouine et sa femme à un vautour. Seraient-ils arrivés à Paris pour me tuer ? Lui, l'assassin sans vergogne, est capable de tout, puisqu'il a assassiné femme et enfants.

  • Inferno (1897), August Strindberg, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1996 (ISBN 978-2-07-076456-35), chap. X. Extrait de mon journal (1896), p. 130


[modifier] Nouvelle

[modifier] Charles Bukowski, Nouveaux contes de la folie ordinaire, 1967

La couverture

Une nuit, je me suis réveillé à côté d'elle (ou j'ai rêvé que je me réveillais), j'ai jeté un oeil dans la chambre et j'ai vu trente ou quarante petits bonshommes en train de nous ficeler sur le lit, avec un espèce de fil d'argent, et ils nous ficelaient et ils nous ficelaient. Ma chérie a dû sentir ma nervosité. j'ai vu ses yeux s'ouvrir.
« Silence ! j'ai dit. Ne bouge pas ! Ils veulent nous électrocuter !
— QUI VEUT NOUS ELECTROCUTER ?
— Bon dieu, je t'ai dit de te taire ! Ne bouge plus ! »
Je les ai laissés faire un moment, en faisant semblant de dormir. Puis, rassemblant toutes mes forces, je me suis redressé et j'ai cassé le fil. Ils ne s'attendaient pas à ça. J'ai voulu en assomer un mais je l'ai loupé. Je ne sais pas où ils ont filé, mais je ne les ai plus revus.


[modifier] Roman

[modifier] Alexandre Dumas, Le Capitaine Pamphile, 1839

[...] comme le locataire du rez-de-chaussée du n°111 avait le bonheur d'être abonné au Constitutionnel, il se rappela avoir lu, quelques jours auparavant, sous la rubrique de Valenciennes, que cette ville avait été le théâtre d'un phénomène fort singulier : une pluie de crapauds était tombée avec accompagnement de tonnerre et d'éclairs, et cela en telle quantité, que les rues de la ville et les toits des maisons en avaient été couverts. Immédiatement après, le ciel, qui, deux heures auparavant, était gris de cendre, était devenu bleu indigo. L'abonné du Constitutionnel leva les yeux en l'air, et, voyant le ciel noir comme de l'encre et Tom dans son jardin, sans pouvoir se rendre compte de la manière dont il était entré, il commença à croire qu'un phénomène pareil à celui de Valenciennes était sur le point de se renouveler, avec cette seule différence qu'au lieu de crapauds, il allait pleuvoir des ours. L'un n'était pas plus étonnant que l'autre; la grêle était plus grosse et plus dangereuse : voilà tout. Préoccupé de cette idée, il se retourna vers son baromètre, l'aiguille indiquait pluie et tempête ; en ce moment, le roulement de la foudre se fit entendre. La flamme bleuâtre d'un éclair pénétra dans l'appartement ; l'abonné du Constitutionnel jugea qu'il n'y avait pas un instant à perdre, et, pensant qu'il allait y avoir concurrence, il envoya chercher par son valet de chambre le commissaire de police, et, par sa cuisinière un caporal et neuf hommes, afin de se mettre à tout événement sous la protection de l'autorité civile et sous la garde de la force militaire.
Cependant les passants, qui avaient vu sortir du n°111 la cuisinière et le valet de chambre effarés, s'étaient assemblés devant la grande porte et se livraient aux conjectures les plus incohérentes ; ils interrogèrent le portier ; mais le portier, à son grand désappointement, n'en savait pas plus que les autres ; tout ce qu'il put leur dire, c'est que l'alerte, quelle qu'elle fût, venait du corps de logis situé entre cour et jardin. En ce moment, l'abonné du Constitutionnel parut à la porte du perron qui donnait sur la cour, pâle, tremblant, et appelant à son aide ; Tom l'avait aperçu à travers les carreaux, et, habitué à la société des hommes, il était arrivé en trottant, afin de faire connaissance avec lui ; mais l'abonné du Constitutionnel, se méprenant à ses intentions, avait vu une déclaration de guerre dans ce qui n'était qu'une démarche de politesse, et avait prudemment battu en retraite. Arrivé à la porte du jardin ; alors la retraite s'était changée en véritable déroute et le fuyard était apparu, comme nous l'avons dit, aux yeux des curieux et des badauds, donnant des signes visibles de la plus grande détresse et appelant au secours de toute la force de ses poumons.

  • Tom est un ours apprivoisé.
  • Le Capitaine Pamphile (1839), Alexandre Dumas, éd. Gallimard, coll. Folio classique, 2003 (ISBN 978-2-07-042652-2), VIII. Comment Tom démit le poignet à un garde municipal, et d'où venait la frayeur que lui inspirait cette respectable milice, p. 111


[modifier] André Breton, L'Amour fou, 1937

Le délire d'interprétation ne commence qu'où l'homme mal préparé prend peur dans cette forêt d'indices.


[modifier] Psychanalyse

[modifier] Alberto Eiguer, Le Pervers narcissique et son complice, 1989

Applications à la psychopathologie

Les traits généraux de la perversion narcissique se retrouvent chez le psychotique avec des différences dues à la structure propre à chaque variante clinique : schizophrénie, paranoïa, psychose maniaco-dépressive. Si le paranoïaque est plus habile parce qu'il possède un degré de savoir et de pensée suffisamment développé, ou est plus habitué à induire des vécus, le schizophrène n'est pas moins efficace parce que déconcertant et paroxystique. Le schizophrène a le désordre interne en plus, mais il risque de faire de la perversion narcissique un mode défensif de restitution, équivalent au délire, et de ce fait, de rendre le travail thérapique plus ardu.

  • Le pervers narcissique et son complice, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 1989 (ISBN 2 10 002843 X), partie II. Applications à la psychopathologie, chap. Psychose et perversion narcissique, Emprise régressive et emprise fonctionnelle, p. 83


[modifier] Alberto Eiguer, Psychanalyse du libertin, 2010

Libertinage et prédation

Les pervers sont raffinés tandis que les psychopathes se montrent brutaux et cultivent des pensées paranoïaques.

  • Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie II. Libertinage et prédation, chap. Qui sont les prédateurs sexuels ?, Victime qui devient bourreau, p. 106


Un cas relativement fréquent : la coexistence de paranoïa et de perversion-narcissique, ou plutôt d'une perversion-narcissique qui permet de contrôler la chute psychotique, les ruptures dans la pensée que celle-ci déclenche.

  • Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie II. Libertinage et prédation, chap. Psychopathologie du prédateur et de sa famille, La naissance du concept de prédation morale, p. 123


La pervers-narcissique recycle le fond paranoïque en l'adaptant : sa rigidité, sa capacité à trouver un alibi logique à toute remise en doute, son enchaînement déductif, son acharnement à défendre les positions égotiques contre vents et marées.

  • Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie II. Libertinage et prédation, chap. Psychopathologie du prédateur et de sa famille, La naissance du concept de prédation morale, p. 123


[modifier] Psychologie

[modifier] Catherine Azoulay, Processus de la schizophrénie, 2002

Kraepelin, à l'intérieur des états délirants, oppose les délires qui « tiennent » (paranoïa) aux délires qui se désagrègent (démence précoce). Pour lui, la paranoïa est donc une psychose endogène interprétative, sans dislocation de la personnalité.

  • Processus de la schizophrénie (2002), Catherine Azoulay/Catherine Chabert/Jean Gortais/Philippe Jeammet, éd. Dunod, coll. Psycho Sup, 2002 (ISBN 2-10-004780-9), chap. II « Approche psycho-pathologique et clinique de la schizophrénie (Catherine Azoulay) », 1. Formes et caractéristiques de la schizophrénie, p. 86


[modifier] Cédric Roos, La relation d'emprise dans le soin, 2006

La relation d'emprise (cadre psychanalytique)

Dans la problématique perverse, il y a captation et neutralisation du désir, alors que dans les problématiques obsessionnelle et paranoïaque, le désir est néantisé par une opération de destruction. Dans tous les cas, quelque soit le mode opératoire, il s’agit d’atteindre l’autre comme sujet désirant et par là de nier sa singularité et sa spécificité, de gommer toute différence.

  • La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Economie psychique de la relation d'emprise, dans [1], paru Textes Psy, Cédric Roos.


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