Nymphe

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Nymph and CupidNikolaos Gysis (1897)

Sommaire

[modifier] Littérature

[modifier] Critique

[modifier] Philippe Berthier, Chateaubriand — Europe n°775-776, 1993

Le seul moyen de s'élargir, dans la coercition qui lui est imposée, est soit de nier ce qui l'entoure, soit — dans la deuxième phase, adoucie, de son incarcération — de le magnifier en le mythologisant : des réminiscences anacréontiques voltigent dans le boudoir de Mademoiselle Gisquet, d'« agréables commis de la police » sont entrevus « comme de belles nymphes parmi des lilas » ; bref ; c'est Ovide à Paris (et presque déjà Proust...), et il est clair que Chateaubriand commence à trouver du plaisir à ce qui lui arrive, et du plaisir spécifiquement littéraire.

  • « Les prisons du poète », Philippe Berthier, Chateaubriand — Revue Littéraire Europe (ISSN 0014-2751), nº 775-776, Novembre-décembre 1993, p. 71


[modifier] Cécile Guilbert, Les ruses du professeur Nabokov, 2010

« J'ai la mauvaise habitude (pas vraiment mauvaise, je dis cela par pure coquetterie) de choisir la voie la plus difficile dans mes aventures littéraires », écrit-il dès 1942 à l'éditeur James Laughlin, avec un sens certain de la litote. Fierté qui expliquera non seulement son insistance répétée toute sa vie à se distinguer d'un Conrad n'ayant pas débuté sa carrière littéraire dans sa langue maternelle, mais surtout sont indéfectible attachement pour Lolita, cet « énorme, mystérieux et déchirant roman » qui lui a coûté « cinq années de doutes monstrueux et de labeurs diaboliques », a échappé à l'autodafé grâce à Véra et représente non seulement sa grande histoire d'amour avec l'anglais, mais littéralement parlant, au sens entomologique, la nymphe délicate à travers laquelle toute larve se métamorphose en imago parfaite.

  • Littératures (1980), Vladimir Nabokov, éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 2010, Préface de Cécile Guilbert — Les ruses du professeur Nabokov, p. XV


[modifier] Nouvelle

[modifier] Gérard de Nerval, Les Filles du feu, 1834

Vous êtes une nymphe antique qui vous ignorez. D'ailleurs les bois de cette contrée sont aussi beaux que ceux de la campagne romaine. Il y a là-bas des masses de granit non moins sublimes, et une cascade qui tombe du haut des rochers comme celle de Terni. Je n'ai rien vu là-bas que je puisse regretter ici.

  • Les Filles du feu (1834), Gérard de Nerval, éd. Maxi-Livres, coll. Maxi-Poche Classiques Français, 1997 (ISBN 2-8771-4348-1), partie Sylvie — Souvenir du valois, VII. Le bal de Loisy, p. 128


[modifier] Prose poétique

[modifier] Renée Vivien, Brumes de fjords, 1902

Légende de saule

Les premiers souffles du printemps s’attiédissaient.
Les forêts étaient lourdes de la vie intarissable des plantes et du rut des animaux.
Les Nymphes violées s’évanouissaient de leurs amoureuses blessures et les Hamadryades elles-mêmes, dans leurs temples d’écorce et de feuillages, n’étaient plus à l’abri de l’attaque des Faunes.

  • Brumes de fjords, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemerre, 1902, Légende du saule, p. 103


[modifier] Roman

[modifier] Pierre Louÿs, Les Aventures du Roi Pausole, 1900

Au-dessous du mascaron cornu, que la blanche Aline prenait pour le diable, deux nymphes de marbre s'enlaçaient, debout et penchées sur le bassin obscur. A la fin de chaque hiver l'amandier les couvrait de ses petites églantines. L'été, elles prenaient sous le soleil toutes les couleurs de la chair. La nuit elles redevenaient déesses.

  • Les Aventures du Roi Pausole (1900), Pierre Louÿs, éd. GF, 2008 (ISBN 978-2-0807-1214-1), partie Livre deuxième, III. Comment le miroir des nymphes devint celui des jeunes filles, p. 131


[modifier] James Joyce, Ulysse, 1922

Le dauphin neigeux secoua sa crinière, et, montant vers la poupe dorée, le nautonier déploya la voile gonflée, allant au vent toutes voiles dehors, armures à bâbord. Une multitude de nymphes charmantes s'approchèrent de bâbord et de tribord et s'attachant aux flancs de la noble nef elles entrelacèrent leurs corps éclatants ainsi que fait le charron habile quand il accommode au coeur de sa roue les rayons équidistants dont chacun est frère de l'autre et qu'il les relie tous par un cercle, gratifiant ainsi de vitesse les pieds des hommes, soit qu'ils courent au combat soit qu'ils s'efforcent de conquérir le sourire de la beauté. Ainsi les vit-on accourir et se placer, ces nymphes aimables, ces soeurs immortelles. Et elles riaient, s'ébattant dans leur cirque écumeux : et le navire fendait les flots.


La flamme résineuse du bois de camphres s'élève du bûcher des sutties. La fumée de l'encens, drap funèbre, le cache, et s'éparpille. Sortant de son cadre de chêne, une nymphe aux cheveux flottants, légèrement vêtue de couleurs artistiques thé-infusé, descend de sa grotte, passe sous une voûte d'ifs et s'arrête au-dessus de Bloom.
LES IFS (Leurs feuilles murmurent.) : Soeur. Notre soeur. Ch !
LA NYMPHE (Doucement.) : Mortel ! (Compatissante.) Nenni, point ne te sied larmoyer.
BLOOM : (Gélatineux à quatre pattes sous les branches, tigré de soleil, et très digne.) : Cette posture. Je sentais qu'on attendait ça de moi. La force de l'habitude.


[modifier] Psychologie

[modifier] Paul-Claude Racamier, Les Schizophrènes, 1980

Préambule et divertimento

Persée part chez la Gorgone. Encore lui faut-il savoir le chemin. Sur le conseil d'Athéna il s'en alla demander l'adresse des Gorgones à leurs trois autres soeurs, les Grées. Et dès lors apparaît le thème du regard, car pour obtenir ces renseignements, Persée dérobe aux vieilles Grées l'unique oeil qu'elles se partagaient à elles trois.
Persée ne part pas non plus sans armes : des Nymphes il reçoit le casque d'Hadès, qui rend invisible ; d'Hermès il reçoit des sandales ailées et une serpe ; d'Athéna enfin il reçoit un bouclier de peau poli comme un miroir, et un conseil : celui de ne regarder Méduse que dans ce miroir.
Après un vol sans histoire, Persée trouva enfin Méduse. Il la voit dans le miroir qui réfléchit — qui réfléchit : au lieu de se laisser piéger par les paradoxes médusants, Persée réfléchit sur le paradoxe, utilisant à cet effet l'instrument confié par la déesse de l'intelligence. Dès cet instant-là, Méduse est perdue, son pouvoir est annulé : la voilà qui dort. Alors il lui coupe le cou.

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