Nudité
[modifier] Littérature
[modifier] Nouvelle
[modifier] Joyce Mansour, Infiniment... sur le gazon, 1963
« Tu aurais pu attendre de me mettre en terre avant de me narguer comme ça, tous les jours à l'heure de la sieste. Moi qui n'ai jamais regardé un autre homme que ton père », disait-elle quand je me levais précipitamment sans entamer le dessert pour appeler l'ascenseur, répondre au téléphone, fermer la fenêtre, m'habiller, me déshabiller, m'agiter enfin en attendant l'arrivée bruyante de mon amant. La vieille se plaignait mais, le moment venu, c'était toujours elle qui ouvrait la porte à Arnaud. Bégayante, la langue alourdie par une épaisse couche de honte, ma mère aux jambes de crapaud et sexe à grosses mailles ne pouvait s'empêcher de le saluer avec le cérémonial dû à un roi. « Elle se surpasse, ta vieille », dit Arnaud le jour où elle lui offrit spontanément là, dans l'entrée, sous la lampe en fer forgé et le portrait du général, la pipe et les pantoufles de mon père. Geste qui n'empêcha nullement celui-ci de se promener, vêtu seulement des cuisses poilues de sa brune compagne drapées artistiquement autour de son cou et, de son éternelle cigarette, vite allumée, salement éteinte, jamais posée sans intention de faire mal, nu sous les yeux horrifiés de ma mère.
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« Infiniment... sur le gazon », Joyce Mansour, La Brèche, nº 4, Février 1963, p. 62
[modifier] Poésie
[modifier] Paul Eluard , Capitale de la douleur, 1926
L'hiver sur la prairie
J'ai rencontré la jeunesse.
Toute nue aux lis de satin bleu,
Elle riait du présent, mon bel esclave.
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Capitale de la douleur suivi de L'amour la poésie (1926), Paul Eluard, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 978-2-07-030095-2), partie Nouveaux poèmes, L'hiver sur la prairie, p. 112
[modifier] Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958
Pierre de soleil
[...] vêtue de la couleur de mes désirs
comme ma pensée tu vas nue,
je vais par tes yeux comme dans l'eau,
les tigres boivent du rêve à ces yeux,
le colibri se brûle à ces flammes.
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Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Benjamin Péret), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie IV. PIERRE DE SOLEIL (1957), p. 162
[modifier] Prose poétique
[modifier] André Gide, Les Nouvelles Nourritures, 1919
Table rase. J'ai tout balayé. C'en est fait ! Je me dresse nu sur la terre vierge, devant le ciel à repeupler.
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« Les Nouvelles Nourritures », André Gide, Littérature, nº 1, Mars 1919, p. 2
[modifier] Jacques Baron, La Journée des mille dimanches, 1922
Quelques années plus tard un marchand de plumes à l'autogène brasée, rencontra [Deplusenplus] dans une cave avec une femme nue. D'autres rapportent qu'il s'asseyait souvent dans des fauteuils, jamais sur les banquettes. Enfin une particularité, que tout le monde signale, est à noter, jamais il ne réussit à laisser pousser sa barbe et c'était là une sorte de désespoir cosmique.
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« La Journée des mille dimanches », Jacques Baron, Littérature Nouvelle Série, nº 4, Septembre 1922, p. 14
[modifier] Francis Picabia, Dactylocoque, 1922
La fille du ventre blanc frôle ma jambe et me donne une émotion sincère, écoutez-moi :
Broyer du noir ou du blanc c'est pareil ; n'avez-vous pas l'obscur sentiment de la lumière ? personne ne vous trompe, vous n'êtes plus jaloux ; ne pensez pas aux cimetières, à la misère, vivez comme le petit Jésus, tout nus mais ayez un parasol pour mettre votre sexe à l'ombre.
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« Dactylocoque », Francis Picabia, Littérature Nouvelle Série, nº 7, Décembre 1922, p. 11
[modifier] Joseph Delteil, Échec, 1923
J'ai cru longtemps qu'il ne fallait s'embarrasser dans la vie ni de femmes, ni de lorgnons, ni de coeurs, mais avoir l'esprit à peu près nu comme une statue antique — à peine une feuille de vigne dans la région du cervelet.
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« Échec », Joseph Delteil, Littérature Nouvelle Série, nº 10, Octobre 1923, p. 6
[modifier] Robert Desnos, Deuil pour deuil, 1924
Il y avait une fois un crocodile. Ce crocodile se nourrissait de nageuses en maillot noir et il épargnait les nageuses en maillot rose. Pourtant, que de belles nageuses en maillot noir ! Ce crocodile est aussi un bracelet. Ce bracelet je l'ai donné à la femme aux habits bleu de ciel. En échange, elle m'a donné ses habits. Je l'ai regardée partir toute nue dans la nuit, entre les arbres.
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La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil (1924), Robert Desnos, éd. Gallimard, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), p. 125
Perdant toute dignité la femme [nue] voit lentement tomber les lumières de sa couronne de rêve, et tandis que ses sourcils, abandonnant la rectitude qui les caractérisait, se conforment aux règles de l'arc, des muscles puissants gonflent son harmonieuse stature.
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La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil (1924), Robert Desnos, éd. Gallimard, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), p. 131
[modifier] René Crevel, Le Pont de la mort, 1926
Enfin, les prostituées ont compris que les pieds n'étaient pas faits pour des tortures de velours noir mais pour une nudité de peau à même une nudité de sable. Alors les talons, sur lesquels, depuis des siècles, elles chaviraient, tous les talons se sont brisés, et des fleurs sans semence ont jailli du macadam. Parce que nul mensonge ne pouvait plus être toléré, fût-il celui si mince des semelles de ficelle, les voyous ont jeté plus loin que l'horizon leurs espadrilles.
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« Le Pont de la mort », René Crevel, La Révolution Surréaliste, nº 7, 15 juin 1926, p. 28
[modifier] Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927
À la Porte Maillot, je relevai la robe de soie noire dont elle s’était débarrassée. Nue, elle était nue maintenant sous son manteau de fourrure fauve. Le vent de la nuit chargé de l’odeur rugueuse des voiles de lin recueillie au large des cotes, chargé de l’odeur du varech échoué sur les plages et en partie desséché, chargé de la fumée des locomotives en route vers Paris, chargé de l’odeur de chaud des rails après le passage des grands express, chargé du parfum fragile et pénétrant des gazons humides des pelouses devant les châteaux endormis, chargé de l’odeur de ciment des églises en construction, le vent lourd de la nuit devait s’engouffrer sous son manteau et caresser ses hanches et la face inférieure de ses seins.
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La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), II. Les profondeurs de la nuit, p. 23
Tu passes rarement sur mon chemin. Je suis à l’âge où l’on commence à regarder ses doigts maigres, et où la jeunesse est si pleine, si réelle qu’elle ne va pas tarder à se flétrir. Tes lèvres font monter les larmes à mes yeux ; tu couches toute nue dans mon cerveau et je n’ose plus dormir.
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La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), V. La baie de la faim, p. 50
La nuit pénètre dans le laboratoire sous l’aspect d’une femme nue et pâle sous un large manteau d’astrakan. Ses cheveux blonds et coupés font une lueur vaporeuse autour de son fin visage. Elle pose la main sur le front de l’ingénieur et celui-ci sent couler une mystérieuse fontaine sous la muraille de ses tempes tourmentées par les migraines.
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La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), V. La baie de la faim, p. 55
L’éponge sacrée qui s’aplatit au creux des omoplates et à la naissance des seins, sur le cou et sur la taille, à la naissance des reins et sur le triangle des cuisses, qui disparaît entre les fesses musclées et dans le ténébreux couloir de la passion, qui s’écrase et sanglote sous les pieds nus des femmes.
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La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), VII. Révélation du monde, p. 85
[modifier] André Gide, Les Nouvelles Nourritures, 1935
En vérité, le bonheur qui prend élan sur la misère, je n'en veux pas. Une richesse qui prive un autre, je n'en veux pas. Si mon vêtement dénude autrui, j'irai nu. Ah ! tu tiens table ouverte, Seigneur Christ ! et ce qui fait la beauté de ce festin de ton royaume, c'est que tous y sont conviés.
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Les Nourritures terrestres, André Gide, éd. Gallimard, p. 199 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
[modifier] Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958
Papillon d'obsidienne
Jadis, chaque heure naissait de la légère buée de mon haleine, dansait un instant à la pointe de mon poignard et disparaissait par la porte resplendissante de mon petit miroir. J'étais midi tatoué et minuit nu, le petit insecte de jade qui chante parmi les herbes de l'aube et le rossignol d'argile qui convoque les morts.
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Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Aigle ou Soleil ? — Papillon d'obsidienne, p. 92
[modifier] Récit de voyage
[modifier] Guy de Maupassant, La Vie Errante, 1890
La Côte italienne
Quand je relève les yeux sur les rochers du rivage, j’y aperçois des groupes de gamins nus, au corps bruni, étonnés de ce rôdeur. Ils sont innombrables aussi, comme une autre progéniture de la mer, comme une tribu de jeunes tritons nés d’hier qui s’ébattent et grimpent aux rives de granit pour boire un peu l’air de l’espace. On en trouve cachés dans toutes les crevasses, on en aperçoit debout sur les pointes, dessinant dans le ciel italien leurs formes jolies et frêles de statuettes de bronze.
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La Vie errante, Guy de Maupassant, éd. P. Ollendorff, 1890, La Côte italienne, p. 42
[modifier] Roman
[modifier] Charles Robert Maturin, Melmoth — L'homme errant, 1820
Un être humain nu et couvert de sang passa comme un éclair près de moi en poussant des cris de rage et de douleur ; quatres moines portant des lumières le poursuivaient. J'avais fermé la porte au bout de la galerie et je savais qu'ils devaient revenir sur leurs pas et passer près de moi. Toujours agenouillé, je tremblais de la tête aux pieds. La victime atteignit la porte, la trouva close et s'arrêta hors d'haleine. Je me retournai et vis une scène digne de Murillo. Jamais forme humaine ne fut plus parfaite que celle de cet infortuné jeune homme. Il se tenait là, dans une attitude de désespoir, ruisselant de sang. Les moines avec leurs lumières, leurs fouets et leurs robes sombres ressemblaient à un groupe de démons faisant leur proie d'un ange errant — on eût dit les furies infernales poursuivant un Oreste fou. Et vraiment aucun sculpteur de l'Antiquité ne dessina jamais forme plus parfaitement exquise que celle de cet infortuné si sauvagement mutilé par les moines. Ce spectacle d'horreur et de cruauté éveilla en un instant mon esprit du long engourdissement dans lequel il s'était affaibli. Je me précipitai au secours de la victime ; je luttai avec les moines en proférant certaines paroles dont j'étais à peine conscient mais dont ils se souvinrent et qu'ils exagérèrent avec toute la précision de la méchanceté.
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Melmoth — L'homme errant (1820), Charles Robert Maturin (trad. Jacqueline Marc-Chadourne), éd. Phébus, coll. Libretto, 1996 (ISBN 978-2-85-940553-3), Récit de l'Espagnol, p. 146
[modifier] Marie d'Agoult, Nélida, 1866
Ce soir-là, ses salons en stuc blanc chargé d'or étaient éclairés avec plus de splendeur que de coutume ; des multitudes de girandoles en cristal de roche à facettes étincelantes, se répétant à l'infini dans des panneaux de glace, jetaient une vive lumière sur les draperies de damas aux tons éclatants. Des pyramides de cactus, qui ouvraient leurs corolles ardentes dans cette chaude atmosphère, ajoutaient encore à l'éblouissement de l'oeil. Un orchestre puissant faisait retentir d'une musique provocante ces espaces sonores où les femmes aux courtes tuniques, aux cheveux parfumés, ruisselants de pierreries, les bras nus, les épaules nues, arrivaient une à une et se prenaient la main, comme des fées qui se rassemblent pour un joyeux sortilège.
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Nélida (1866), Marie d'Agoult, éd. Calmann-Lévy, 2010 (ISBN 978-2-7021-4127-4), partie Première partie, chap. VI, p. 87
Le lendemain, vers la chute du jour, Guermann entrait dans le petit salon que Mme d'Hespel appelait son atelier. C'était une pièce tendue de satin vert, éclairée par le haut, encombrée de prétendus objets d'art et d'une multitude d'ustensiles, aussi élégants qu'incommodes, qui servaient à la vicomtesse dans l'exercice de son talent de peinture.
— Vous me prenez en flagrant délit, s'écria-t-elle en voyant Guermann, et dans mon costume d'artiste.
C'était une façon détournée de lui faire remarquer ses bras nus encore bien conservés, sa taille bien prise dans une robe juste en cachemire feuille morte, et son tablier de dentelle noire coquettement relevé comme celui d'une soubrette de théâtre.
— Vous allez dédaigner mes oeuvres, continua-t-elle, car vous autres peintres d' histoire, comme on dit, vous faites fi du genre. J'avais commencé l'huile il y a trois ans ; mais franchement, cela sent trop mauvais, c'est trop sale. J'ai préféré l'aquarelle, et je crois avoir été à peu près aussi loin que possible dans l'arrangement des intérieurs. Or, mieux vaut la perfection dans un petit genre que la médiocrité dans un grand, n'est-il pas vrai ?
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Nélida (1866), Marie d'Agoult, éd. Calmann-Lévy, 2010 (ISBN 978-2-7021-4127-4), partie Deuxième partie, chap. IX, p. 117
[modifier] Alexandre Dumas, Le Bagnard de l'Opéra, 1868
Les vastes horizons, la mer infinie, les montagnes gigantesques, surtout lorsque tout cela est baigné de l'air pur et doré du Midi, tout cela vous mène droit à la contemplation, et rien mieux que la contemplation ne vous éloigne du travail [...].
Je contemplais, et je l'avoue, cette Méditerranée d'azur, avec ses paillettes d'or, ces montagnes gigantesques belles de leur terrible nudité, ce ciel profond et morne à force d'être limpide.
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Le Bagnard de l'Opéra (1868), Alexandre Dumas, éd. Magnard, coll. Classiques & Contemporains, 2001 (ISBN 978-2-210-75424-9), 1. Le forçat, p. 9
[modifier] Pierre Louÿs, Les Aventures du Roi Pausole, 1900
Pausole ne pouvait ni marcher, ni s'asseoir, ni lever la tête sans toucher une dormeuse nue. Un divan seul en portait quinze. Un filet suspendu en réunissait deux et les pressait l'une contre l'autre. Celles qui souffraient de la chaleur s'étaient couchées dans le bassin plat, et, la tête sur le bord de marbre, elles allongeaient leurs jambes sous l'eau jusqu'à la sirène centrale, pistil de la tulipe ouverte que formaient leurs corps rayonnants.
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Les Aventures du Roi Pausole (1900), Pierre Louÿs, éd. GF, 2008 (ISBN 978-2-0807-1214-1), partie Livre premier, IV. Comment le roi Pausole rentra dans son palais et ce qu'il jugea bon d'y faire, p. 79
– Je me résume, dir M. Lebirbe. En combattant la licence des intérieurs, en répandant le discrédit sur les pavillons clandestins et sur les vieillards abjects qui ne dénigrent la nudité que pour la retrouver moins fade entre le corset et les bas noirs, nous faisons effort passionnément dans le sens du nu antique et pur, nous favorisons la vie au grand jour, la franchise des moeurs, l'exemple et l'enseignement direct de l'étreinte, en un mot l'expansion de la volupté publique sur le territoire de Tryphême.
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Les Aventures du Roi Pausole (1900), Pierre Louÿs, éd. GF, 2008 (ISBN 978-2-0807-1214-1), partie Livre troisième, VI. Où M. Lebirbe et le roi Pausole s'aperçoivent avec surprise qu'ils ne s'entendent pas sur tous les points, p. 226
[modifier] James Joyce, Ulysse, 1922
Ève. Péché nu d'un ventre-monceau-de-forment. Un serpent l'entoure de ses replis, baiser-morsure.
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Ulysse (1922), James Joyce (trad. Auguste Morel), éd. Gallimard, coll. Folio, 1957 (ISBN 2-07-040018-2), p. 307
[modifier] Julien Gracq, Liberté grande, 1946
Nous monterons plus haut. Là où plus haut que tous les arbres, la terre napée de basalte hausse et déplisse dans l'air bleu une paume immensément vide, à l'heure plus froide où tes pieds nus s'enfonceront dans la fourrure respirante, où tes cheveux secoueront dans le vent criblé d'étoiles l'odeur du foin sauvage, pendant que nous marcherons ainsi que su la mer vers le phare de lave noire par la terre nue comme une jument.
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Liberté grande. Aubrac, Julien Gracq, éd. Galiimard, 1946, p. 323
[modifier] Boris Vian, L'écume des jours, 1947
Chloé avait passé ses bas, fins comme une fumée d'encens, de la couleur de sa peau blonde et ses souliers hauts de cuir blanc. Pour tout le reste, elle était nue, sauf un lourd bracelet d'or bleu qui faisait paraître encore plus fragile son poignet délicat.
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L'écume des jours (1947), Boris Vian, éd. Pauvert, 1963 (ISBN 2-7202-1311-02), XIX., p. 66
[modifier] Michel Tournier, Vendredi ou les Limbes du Pacifique, 1967
La nudité est un luxe que seul l'homme chaudement entouré par la multitude de ses semblables peut s'offrir sans danger.
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Vendredi ou les Limbes du Pacifique, Michel Tournier, éd. Gallimard (Folio), 1967 (ISBN 2070369595), p. 30
[modifier] Médias
[modifier] Presse
[modifier] Jean Malrieu, Premières réponses à l'enquête sur les représentations érotiques, 1964
Les yeux ouverts, les yeux fermés, je vois, je sais. A l'heure où le désir s'échappe comme d'un loup qui couvre mon visage, cette femme nue au coin du bois anonyme et violée et précise et familière, est-ce celle sublimée et subtile qui s'avance et grandit et me choisit et me livre et me délivre dans la lumière oblique de ce qui est plus que ma vie ? Elle se détache et se confond avec celle qui habite entre mes bras. La meilleure. La révélée. La femme est flamme. Elle est nue comme une amande. Il y a des champs d'ivoire dans l'amour. Elle est chaste comme je suis chaste : un scandale d'innocence. C'est toujours l'âge du premier amour. Et voici que je tremble. Tout est chair. Sexe de l'iode, des lèvres, des sacs à fermoir, des rives, des rivages de ce lac calme où nous prenons dimensions. Si j'ouvre les yeux, je suis nageur qui fait provision d'oxygène pour mieux plonger dans le délire. Je me rassure, j'étais seul. Soudain, je suis tous. Je dois fonder quelque ville, quelque part. Puis la respiration devient broussaille. Je rejoins le réel, l'imaginaire, la mort attelée dans le dos.
- Réponse de Jean Malrieu à l'interrogation suivante : Comment se caractérisent vos représentations imaginaires dans l'acte d'amour ? Justifient-elles un jugement de valeur ? Sont-elles spontanées ou volontaires ? se succèdent-elles dans un ordre fixe ? Lequel ? — Il est clairement question d'une enquête initiée par la revue surréaliste La Brèche en décembre 1964.
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« Premières réponses à l'enquête sur les représentations érotiques », Jean Malrieu, La Brèche, nº 7, Décembre 1964, p. 92