Merveilleux
Sommaire |
[modifier] Littérature
[modifier] Critique
[modifier] Annie Le Brun, Les châteaux de la subversion, 1982
En fait, le Melmoth de Maturin et le Melmoth réconcilié de Balzac sont des frères ennemis qui illustrent peut-être comme jamais encore cette opposition radicale du merveilleux et du fantastique : autant la soif d'absolu du premier Melmoth ne cesse-t-elle d'appeler en tout lieu, en tout moment, l'infini de l'espace imaginaire, autant le conte de Balzac, aboutissant à circonscrire, et du même coup à anéantir, la toute-puissance de son héros dans l'espace exigu d'un grenier de la rue Saint-Honoré, pourrait se confondre avec une opération essentiellement réductrice.
-
Les châteaux de la subversion, Annie Le Brun, éd. Garnier Frères, coll. Folio Essais, 1982 (ISBN 2-07-032341-2), partie I, « Melmoth réconcilié » ou le prix d'une entrée dans l'histoire, p. 31
[modifier] Manifeste
[modifier] André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924
Le merveilleux est beau, n'importe quel merveilleux est beau, il n'y a que le merveilleux qui soit beau.
-
Manifestes du surréalisme (1924), André Breton, éd. Gallimard, coll. Folio essais, 1985 (ISBN 2-07-032279-3), p. 24
[modifier] Prose poétique
[modifier] Francis Picabia, Histoire de voir, 1922
Il est plus facile de nager dans l'eau sale que dans l'eau propre ; l'eau sale est plus lourde, dans l'eau de cuisine inutile de savoir nager ; les vieillards y clapotent avec bonheur et tous les crétins y font la planche. Canudo est chef baigneur des Eaux-Grasses ! Gonzague-Frick y enfonce sa tête pour savoir si vraiment c'est écrit en bon français ; nous, nous nageons dans le merveilleux cristal des sources de l'horizon.
-
« Histoire de voir », Francis Picabia, Littérature Nouvelle Série, nº 6, Novembre 1922, p. 17
[modifier] André Breton, Poisson soluble, 1924
Il y a une fumerie aquatique, de construction particulièrement savante, qui est limitée dans l'eau par des ombres chinoises qu'on a trouvé le moyen de projeter sans écran apparent, ombre de mains cueillant en se piquant d'horribles fleurs, ombre de bêtes charmantes et redoutables, ombre d'idées aussi, sans parler de l'ombre du merveilleux que personne n'a jamais vu.
-
Poisson soluble (1924), André Breton, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1996 (ISBN 2-07-032917-8), partie 7, p. 48
[modifier] Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927
Qu’elle vienne celle que j’aimerai, au lieu de vous raconter des histoires merveilleuses (j’allais dire à dormir debout). Ô satisfaction nocturne, angoisse de l’aube, émoi des confidences, tendresse du désir, ivresse de la lutte, merveilleux flottement des matinées d’après l’amour.
-
La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), IV. La brigade des jeux, p. 44
Je crois encore au merveilleux en amour, je crois à la réalité des rêves, je crois aux héroïnes de la nuit, aux belles de nuit pénétrant dans les cœurs et dans les lits.
-
La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), IV. La brigade des jeux, p. 45
Je viens de parler du phénomène magique de l’écriture en tant que manifestation organique et optique du merveilleux. Pour ce qui est de la chimie, de l’alchimie de cette calligraphie reconnue belle par d’aucuns, et du seul point de vue, j’insiste et tant pis pour le pléonasme s’il y en a, calligraphique, je conseille aux calculateurs habitués au jeu des atomes de dénombrer les gouttes d’eau oculaires à travers lesquelles ces mots sont passés pour revenir sous une forme plastique se confronter à ma mémoire, de compter les gouttes de sang ou les fragments de gouttes de sang consumés à cette écriture.
-
La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), IV. La brigade des jeux, p. 47
— Ainsi avons-nous voulu que fût pressée la grappe merveilleuse. Aucune idolâtrie n’entre en notre passion. Hâtez-vous de rire, religieux déifages, francs-maçons idiots. Un instant notre imagination trouve en ce festin une raison de s’élever plus haut que les neiges éternelles. À peine la saveur merveilleuse a-t-elle pénétré notre palais, à peine nos sens sont-ils émus qu’une image tyrannique se substitue à celle de l’ascension amoureuse : celle d’une route interminable et monotone, d’une cigarette immense qui dégage un brouillard où s’estompent les villes, celle de vingt mains tendant vingt cigarettes différentes, celle d’une bouche charnue.
- Il est ici question du Club des Buveurs de Sperme.
-
La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), VII. Révélation du monde, p. 71
[modifier] René Char, Fureur et mystère, 1948
Partage formel
Le poète en traduisant l'intention en acte inspiré, en convertissant un cycle de fatigues en fret de résurrection, fait entrer l'oasis du froid par tous les pores de la vitre de l'accablement et crée le prisme, hydre de l'effort, du merveilleux, de la rigueur et du déluge, ayant tes lèvres pour sagesse et mon sang pour retable.
-
Fureur et mystère (1948), René Char, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1962 (ISBN 2-07-030065-X), partie SEULS DEMEURENT (1938-1944), Partage formel, p. 75
[modifier] Médias
[modifier] Presse
[modifier] Jean Malrieu, Premières réponses à l'enquête sur les représentations érotiques, 1964
Le monde est merveilleux puisqu'il est hanté.
- Réponse de Jean Malrieu à l'interrogation suivante : Le spectacle intérieur conserve-t-il dans la vie quotidienne la trace des représentations qui s'offrent à vous dans l'acte d'amour ? — Il est clairement question d'une enquête initiée par la revue surréaliste La Brèche en décembre 1964.
-
« Premières réponses à l'enquête sur les représentations érotiques », Jean Malrieu, La Brèche, nº 7, Décembre 1964, p. 92
[modifier] Psychologie
[modifier] Marie Anaut, La Résilience — Surmonter les traumatismes, 2003
Cyrulnik (1999) propose la métaphore de la perle pour illustrer l'oxymoron de ce « merveilleux malheur » du fonctionnement de la résilience. C'est-à-dire comment à partir d'une blessure et d'une souffrance, le sujet peut en faire une expérience qui sera potentiellement fructueuse pour lui. Le résilient élaborerait un oxymoron dont le modèle est celui de la perle fabriquée par l'huître en réponse à une agression.
-
La Résilience — Surmonter les traumatismes, Marie Anaut, éd. Armand Colin, coll. 128, 2008 (ISBN 978-2-200-35348-3), partie 2. A la rencontre de la résilience, chap. 6. Métaphores et illustrations de la résilience, 6.2 L'oxymoron du « merveilleux malheur » (Cyrulnik), p. 54