Marguerite Yourcenar
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Marguerite Yourcenar, de son vrai nom Marguerite Cleenewerck de Crayencour (Bruxelles, 8 juin 1903 — Mount Desert Island, États-Unis, 17 décembre 1987) est un écrivain français. Elle fut la première femme à entrer à l'Académie française.
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[modifier] Alexis ou le Traité du vain combat, 1929
Le silence ne compense pas seulement pour l'impuissance des paroles humaines, il compense aussi, pour les musiciens médiocres, la pauvreté des accords. Il m'a toujours semblé que la musique ne devrait être que du silence, et le mystère du silence, qui chercherait à s'exprimer. Voyez, par exemple, une fontaine. L'eau muette emplit les conduits, en déborde, et la perle qui en tombe est sonore. Il m'a toujours semblé que la musique ne devrait être que le trop-plein d'un grand silence.
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« Alexis ou le Traité du vain combat » (1929), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), p. 49
[modifier] Denier du rêve, 1934
Un grossissement de plus, et ces visages se décomposeraient en mouvements d'atomes, aussi indifférents à ce baiser que nous pouvons l'être aux amours démesurées des astres.
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« Denier du rêve » (1934), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), p. 246
[modifier] Mémoires d'Hadrien, 1951
Manger un fruit, c'est faire entrer en soi un bel objet vivant, étranger, nourri et favorisé comme nous par la terre ; c'est consommer un sacrifice où nous nous préférons aux choses.
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« Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), chap. Animula vagula blandula, p. 291
J'ai rêvé parfois d'élaborer un système de connaissance humaine basé sur l'érotique, une théorie du contact, où le mystère et la dignité d'autrui consisteraient précisément à offrir au Moi ce point d'appui d'un autre monde.
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« Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), chap. Animula vagula blandula, p. 296
La lettre écrite m'a enseigné à écouter la voix humaine, tout comme les grandes attitudes immobiles des statues m'ont appris à apprécier les gestes.
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« Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), chap. Animula vagula blandula, p. 302
Mais l'esprit humain répugne à s'accepter des mains du hasard, à n'être que le produit passager de chances auxquelles aucun dieu ne préside, surtout pas lui-même. Une partie de chaque vie, et même de chaque vie fort peu digne de regard, se passe à rechercher les raisons d'être, les points de départ, les sources.
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« Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), chap. Animula vagula blandula, p. 306
Le véritable lieu de naissance est celui où l'on a porté pour la première fois un coup d'œil intelligent sur soi-même : mes premières patries ont été des livres.
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« Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), chap. Varius multiplex multiformis, p. 310
[...] presque tout ce que les hommes ont dit de mieux a été dit en grec. [...] tout ce que chacun de nous peut tenter pour nuire à ses semblables ou pour les servir a, au moins une fois, été fait par un Grec.
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« Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), chap. Varius multiplex multiformis, p. 312
Un homme qui lit, ou qui pense, ou qui calcule, appartient à l'espèce et non au sexe ; dans ses meilleurs moments il échappe même à l'humain.
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« Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), chap. Varius multiplex multiformis, p. 334
César avait raison de préférer la première place dans un village à la seconde à Rome. Non par ambition, ou par vaine gloire, mais parce que l'homme placé en second n'a le choix qu'entre les dangers de l'obéissance, ceux de la révolte, et ceux, plus graves, du compromis.
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« Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), chap. Varius multiplex multiformis, p. 348
Je doute que toute la philosophie du monde parvienne à supprimer l'esclavage : on en changera tout au plus le nom. Je suis capable d'imaginer des formes de servitude pires que les nôtres, parce que plus insidieuses : soit qu'on réussisse à transformer les hommes en machines stupides et satisfaites, qui se croient libres alors qu'elles sont asservies, soit qu'on développe chez eux, à l'exclusion des loisirs et des plaisirs humains, un goût du travail aussi forcené que la passion de la guerre chez les races barbares.
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« Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), chap. Tellus stabilita, p. 375
Le désordre s'intégrait à l'ordre ; le changement faisait partie d'un plan que l'astronome était capable d'appréhender d'avance ; l'esprit humain révélait ici sa participation à l'univers par l'établissement d'exacts théorèmes comme à Éleusis par des cris rituels et des danses.
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« Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), chap. Tellus stabilita, p. 401-402
Et qui dit mort dit aussi le monde mystérieux auquel il se peut qu'on accède par elle. Après tant de réflexions et d'expériences parfois condamnables, j'ignore encore ce qui se passe derrière cette tenture noire. Mais la nuit syrienne représente ma part consciente d'immortalité.
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« Mémoires d'Hadrien » (1951), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), chap. Tellus stabilita, p. 403
[modifier] L'Œuvre au noir, 1968
Zénon : Par-delà ce village, d'autres villages, par-delà cette abbaye, d'autres abbayes, par-delà cette forteresse, d'autres forteresses. Et dans chacun de ces châteaux d'idées, de ces masures d'opinions superposés aux masures de bois et aux châteaux de pierre, la vie emmure les fous et ouvre un pertuis aux sages.
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« L'Œuvre au noir » (1968), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), chap. Le Grand Chemin, p. 564
Zénon : Qui serait assez insensé pour mourir sans avoir fait au moins le tour de sa prison ?
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« L'Œuvre au noir » (1968), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), chap. Le Grand Chemin, p. 564
Henri-Maximilien Ligre : On est bien que libre, et cacher ses opinions est encore plus gênant que de couvrir sa peau.
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« L'Œuvre au noir » (1968), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), chap. La Conversation à Innsbruck, p. 640
Henri-Maximilien Ligre : [...] je ne traverserai pas les siècles relié en veau. Mais quand je vois combien peu de gens lisent L'Iliade d'Homère, je prends plus gaiement mon parti d'être peu lu.
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« L'Œuvre au noir » (1968), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), chap. La Conversation à Innsbruck, p. 651
Zénon : Je sais que je ne sais pas ce que je ne sais pas ; j'envie ceux qui sauront d'avantage, mais je sais qu'ils auront tout comme moi à mesurer, peser, déduire et se méfier des déductions produites, faire dans le faux la part du vrai et tenir compte dans le vrai de l'éternelle admixion du faux.
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« L'Œuvre au noir » (1968), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), chap. La Conversation à Innsbruck, p. 653
Zénon : Je me suis gardé de faire de la vérité une idole, préférant lui laisser son nom plus humble d'exactitude.
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« L'Œuvre au noir » (1968), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), chap. La Conversation à Innsbruck, p. 654
[...] il [Zénon] savait fort bien qu'il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui, et ceux qui croient ou affirment croire, et obligent sous peine de mort leurs semblables à en faire autant.
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« L'Œuvre au noir » (1968), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), chap. L'Acte d'accusation, p. 802-803
[modifier] Le Labyrinthe du monde
[modifier] Archives du Nord, 1977
Dans le fallacieux combat entre l'ordre et la justice, Michel Charles s'est déjà rangé du côté de l'ordre. Il croira toute sa vie qu'un homme bien né, bien élevé, bien lavé, bien nourri et bien abreuvé sans excès, cultivé comme il convient qu'un homme de bonne compagnie le soit de son temps, est non seulement supérieur aux misérables, mais encore d'une autre race, presque d'un autre sang. Même s'il se rencontrait, parmi beaucoup d'erreurs, une petite parcelle de vérité dans cette vue qui, avouée ou tacite, a été celle de toutes les civilisations jusqu'à nos jours, ce qu'elle contient de faux finit toujours par lézarder toute société qui se repose sur elle. Au cours de son existence d'homme privilégié, mais pas nécessairement d'homme heureux, Michel Charles n'a jamais traversé de crise assez forte pour s'apercevoir qu'il était en dernière analyse le semblable de ces rebuts humains, peut-être leur frère. Il ne s'avouera pas non plus que tout homme, un jour ou l'autre, se voit condamné aux travaux forcés à perpétuité.
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« Archives du Nord » (1977), dans Essais et mémoires, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1991 (ISBN 2-07-011212-8), partie II, chap. Le jeune Michel Charles, p. 1026
[modifier] Essais
Il y a deux sortes d'êtres humains : ceux qui écartent la mort de leur pensée pour mieux et plus librement vivre, et ceux qui, au contraire, se sentent d'autant plus sagement et fortement exister qu'ils la guettent dans chacun des signaux qu'elle leur fait à travers les sensations de leur corps ou les hasards du monde extérieur. Ces deux sortes d'esprits ne s'amalgament pas. Ce que les uns appellent une manie morbide est pour les autres une héroïque discipline. C'est au lecteur à se faire une opinion.
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« Mishima ou la Vision du vide » (1981), dans Essais et mémoires, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1991 (ISBN 2-07-011212-8), p. 260
Quoi qu'il arrive, j'apprends. Je gagne à tout coup.
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« En pèlerin et en étranger » (1981), dans Essais et mémoires, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1991 (ISBN 2-07-011212-8), chap. XIV. Carnets de notes, 1942-1948, p. 530
On ne voit pas deux fois le même cerisier, ni la même lune découpant un pin. Tout moment est dernier, parce qu'il est unique. Chez le voyageur cette perception s'aiguise par l'absence des routines fallacieusement rassurantes propres au sédentaire, qui font croire que l'existence pour un temps restera ce qu'elle est.
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« Le Tour de la prison » (1977), dans Essais et mémoires, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1991 (ISBN 2-07-011212-8), chap. I (« Basho sur la route »), p. 602
[modifier] Poésie et traductions
[modifier] Feux, 1936
L'alcool dégrise. Après quelques gorgées de cognac, je ne pense plus à toi.
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« Feux » (1935), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), p. 1082
Un cœur, c'est peut-être malpropre. C'est de l'ordre de la table d'anatomie et de l'étal de boucher. Je préfère ton corps.
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« Feux » (1935), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), p. 1097
Rien de plus sale que l'amour-propre.
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« Feux » (1935), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), p. 1106
Qu'il eût été fade d'être heureux !
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« Feux » (1935), dans Œuvres romanesques, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1982 (ISBN 2-07-011018-4), p. 1155
[modifier] La Couronne et la Lyre, 1979
L'Amour, dur forgeron, m'a jeté sur l'enclume ;
Il a trempé mon cœur dans des torrents glacés...
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« Anacréon » (VIe siècle avant notre ère, cité dans Héphestion, Traité des Mètres, 74), dans La Couronne et la Lyre, Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard, 1979, p. 108
[modifier] Entretiens
— Je crois d'ailleurs que l'amitié, comme l'amour dont elle participe, demande presqu'autant d'art qu'une figure de danse réussie. Il y faut beaucoup d'élan et beaucoup de retenue, beaucoup d'échanges et de paroles et beaucoup de silences. Et surtout beaucoup de respect.
— Qu'entendez vous par respect ?
— Le sentiment de la liberté d'autrui, de la dignité d'autrui, l'acceptation sans illusions mais aussi sans la moindre hostilité ou le moindre dédain d'un être tel qu'il est. Il y faut aussi (ce qui n'est peut-être pas absolument nécessaire à l'amour, en encore qu'en sais-je ?) une certaine réciprocité.
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Les Yeux ouverts, entretiens avec Matthieu Galley, Marguerite Yourcenar, éd. du Centurion, 1980 (ISBN 2-227-32022-2), p. 321-322
J'y pense tout le temps [à la mort]. Il y a des moments où je suis tentée de croire qu'au moins une partie de la personnalité survit, et d'autres où je ne le pense pas du tout. Je suis tentée de voir les choses comme le fait Honda, dans le dernier livre de Mishima, celui qu'il a terminé le jour de sa mort. Honda, le personnage principal, réalise qu'il a eu pas mal de chance, d'avoir aimé quatre personnes, mais qu'elles étaient toutes la même personne sous différentes formes, à travers, si vous voulez, des réincarnations différentes. [...] Il réalise que l'essence de ces gens est quelque part dans l'univers et qu'un jour, peut-être dans dix mille ans ou plus, il les retrouvera, sous d'autres formes, sans même les reconnaître. Bien sûr, la réincarnation n'est ici qu'un mot, l'un des nombreux mots possibles pour souligner une certaine continuité. Il est sûr que toutes les évidences physiques indiquent notre annihilation totale, mais si l'on considère aussi les données métaphysiques, on est tenté de dire que cela n'est pas aussi simple que ça.
- Interview de Marguerite Yourcenar, Susha Guppy, The Paris Review, 1988.
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Portrait d'une voix, Maurice Delcroix, éd. Gallimard, 2002 (ISBN 2-07-075675-0), p. 399

