Maison publique
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[modifier] Littérature
[modifier] Nouvelle
[modifier] Renée Vivien, La Dame à la Louve, 1904
La Dame à la Louve
Décidément, pensai-je, elle exagère son rôle, pourtant très bien compris. Elle exagère.
(Si nous étions entre hommes, messieurs, je vous dirais que je n’ai pas toujours méprisé les maisons publiques et que j’ai même ramassé maintes fois, sur le trottoir, de piteuses grues. Cela n’empêche pas les Parisiennes d’être plus accommodantes que cette sainte nitouche. Je ne suis nullement fat, mais enfin il faut avoir la conscience de sa valeur.)
Et, jugeant que l’entretien avait assez duré, je quittai fort dignement la Dame à la Louve.
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La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Dame à la louve, p. 13
[modifier] Récit de voyage
[modifier] Guy de Maupassant, La Vie errante, 1890
Tunis
Elles chantent en tapant sur la darbouka avec leurs mains rougies par le henné, et les musiciens juifs les accompagnent sur de petites guitares, des tambourins et des flûtes aiguës.
Tout le monde écoute, sans parler, sans jamais rire, avec une gravité auguste.
Où sommes-nous ? Dans le temple de quelque religion barbare, ou dans une maison publique ?
Dans une maison publique ? Oui, nous sommes dans une maison publique, et rien au monde ne m’a donné une sensation plus imprévue, plus franche, plus colorée que l’entrée dans cette longue pièce basse, où ces filles parées dirait-on pour un culte sacré attendent le caprice d’un de ces hommes graves qui semblent murmurer le Coran jusqu’au milieu des débauches.
On m’en montre un, assis devant sa minuscule tasse de café, les yeux levés, pleins de recueillement. C’est lui qui a retenu l’idole ; et presque tous les autres sont des invités. Il leur offre des rafraîchissements et de la musique, et la vue de cette belle fille jusqu’à l’heure où il les priera de rentrer chacun chez soi. Et ils s’en iront en le saluant avec des gestes majestueux. Il est beau, cet homme de goût, jeune, grand, avec une peau transparente d’Arabe des villes que rend plus claire la barbe noire, soyeuse et un peu luisante, rare sur les joues.
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La Vie errante, Guy de Maupassant, éd. P. Ollendorff, 1890, Tunis, p. 166
Ah ! la surprenante et délicieuse sensation qui se glissa dans mon cœur avec les premières notes si légères, si bizarres, si inconnues, si imprévues, des deux petites voix de ces deux petits tubes poussés dans l’eau. C’était fin, doux, haché, sautillant : des sons qui volaient, qui voletaient l’un après l’autre sans se rejoindre, sans se trouver, sans s’unir jamais ; un chant qui s’évanouissait toujours, qui recommençait toujours, qui passait, qui flottait autour de nous, comme un souffle de l’âme des feuilles, de l’âme des bois, de l’âme des ruisseaux, de l’âme du vent, entré avec ces deux grands bergers des montagnes kabyles dans cette maison publique d’un faubourg de Tunis.
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La Vie errante, Guy de Maupassant, éd. P. Ollendorff, 1890, Tunis, p. 167