Maire
[modifier] Littérature
[modifier] Roman
[modifier] James Joyce, Ulysse, 1922
Dès l'âge le plus tendre Franck s'était montré un mauvais sujet que son père, maire d'un borough, qui pouvait mal aisément le tenir à l'école pour lui faire apprendre le rudiment et la lecture des cartes, avait fait inscrire à l'université pour y étudier la mécanique, mais il avait pris le mors aux dents comme un poulain non dressé et il était devenu plus familier avec la justice civile et paroissiale qu'avec ses livres. Parfois il rêvait d'être acteur, puis vivandier, ou parieur marron, et alors rien ne pouvait l'arracher au parterre et aux combats de coqs, puis c'était la mer océane qu'il lui fallait ou déambuler sur les routes avec les bohémiens, ravissant l'héritier du seigneur de l'endroit à la faveur du clair de lune ou dérobant le linge des lavandières ou étranglant quelque volaille à l'abri d'une haie. Il avait fait autant d'escapades qu'il avait de cheveux sur la tête, et, le gousset vide, revenait chaque fois à son père, le maire du borough, qui chaque fois qu'il le revoyait versait une pinte de larmes. Quoi ! dit M. Léopold, les mains croisées, et qui était anxieux de savoir où cela tendait, vont-ils les égorger toutes ?
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Ulysse (1922), James Joyce (trad. Auguste Morel), éd. Gallimard, coll. Folio, 1957 (ISBN 2-07-040018-2), p. 621