Méfiance
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[modifier] Littérature
[modifier] Roman
[modifier] Leonardo Sciascia, Le Jour de la chouette, 1961
Les huissiers de la Chambre les toisèrent avec méfiance, se passèrent l'un à l'autre leurs billets d'entrée, leur demandèrent leurs cartes d'identité et les invitèrent à ôter leurs pardessus. Enfin on finit par les accompagner à une loge qui ressemblait tout à fait à une loge de théâtre ; ils se trouvaient comme au bord d'un énorme entonnoir ; au-dessous d'eux, une sombre fourmilière liquide. La lumière était celle qui, dans leur pays, annonce certains orages, lorsque les nuages, poussés par le vent du Sahara, se groupent et semblent lentement bouillir, ne laissant filtrer qu'une lumière faite de sable et d'eau : curieuse lumière qui donne aux objets une surface satinée.
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Le Jour de la chouette, Leonardo Sciascia (trad. Juliette Bertrand), éd. Flammarion, coll. GF, 1986 (ISBN 978-2-0807-0461-0), p. 161
[modifier] Psychanalyse
[modifier] Alberto Eiguer, Psychanalyse du libertin, 2010
— Bien des personnes ont besoin de se sentir sécurisés par un contact direct avec les intermédiaires des pouvoirs, assistants sociaux, fonctionnaires, juristes ou médecins, sans quoi ils sombrent, incapables de se servir de leurs capacités naturelles à s'organiser. Le laisser-faire ne leur convient pas. Liberté équivaut pour eux à abandon. Cela les démotive, les rend passifs, les inhibe même. Ils semblent préférer la dure rigueur à la tolérance.
— D'autres personnes ne sont pas en mesure de saisir le présent qui leur est offert avec la liberté, qu'ils interprètent comme l'occasion et la possibilité de s'affranchir de tout devoir envers les autres et de la société en général. Ils tendent à tirer parti de la situation en trichant lorsqu'ils ont une disponibilité dans ce sens, ce qui est identifié en psychologie comme un sens éthique faible, un surmoi immature et insuffisant. Nous reconnaissons ici une certaine forme de libertinage.
— D'autres encore ont du mal à adhérer à l'esprit collectif ; ils se méfient trop d'autrui, des groupes, des instances d'élaboration et de décision, et dans lesquelles ils auraient normalement le droit de participer. Au contraire, ils s'y refusent. Le libéralisme n'est pas antisocial en soi ; la pensée libertaire ne rompt pas avec le concept d'autorité ; elle la situe autrement, la décentralise [...].
La liberté effraie certains d'entre nous, qui ont un besoin capital soit de sécurité, soit de tirer profit des failles du système, soit de se replier sur soi.
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Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie Introduction, chap. Liberté génère trois mots proches mais différents : libertin, libertaire, libéral, p. 8