Méchanceté
La méchanceté illustre le caractère de ce qui est méchant.
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[modifier] Littérature
[modifier] Nouvelle
[modifier] André Pieyre de Mandiargues, Le Musée noir, 1924
Le tombeau d'Aubrey Beardsley
Il y eut un mouvement des nains qui me fit plaisir, parce qu'il ressemblait à une fuite, et puis un mouvement contraire qui encercla de boutefeux celles dont je souhaitais la victoire. Avant qu'elles aient pu être dégagées, je vis se précipiter l'affreux comte de Stains, brandissant au-dessus de sa face carrée deux bougies qu'il abattit avec une méchanceté de scorpion dans la mousseline aux tons de quetsche mûre qui voilait le corps opulent d'Adonide, dans le crêpe ambré qui couvrait celui de Briotte d'Arcueil ; et tellement bas fleurissait en maquis de genêts la chevelure de Palémone, que le duc de Clamart n'eut qu'à lever un peu le bras pour l'enflammer, à son tour, d'un incendie revêche qui en eut vite obscurci la splendeur dans les tourbillons d'une puante fumée.
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Le Musée noir, André Pieyre de Mandiargues, éd. Gallimard, 1946 (ISBN 2-07-071990-1), Le tombeau d'Aubrey Beardsley, p. 236
[modifier] Poésie
[modifier] Anonyme, Epitaphe, XVIIIè siècle
Monsieur de Langre est mort testateur olographe,
Et vous promettez, si j'en fais l'épitaphe,
Les cent écus par lui légués à cet effet.
Parbleu, l'argent est bon par les temps où nous sommes;
Comptez toujours : ci-gît le plus méchant des hommes ;
Payez, le voilà fait.
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« Epitaphe », Anonyme, dans Annales poétiques, ou almanach des muses. Tome XXIV., Collectif, éd. Mérigot, 1783, p. 65
[modifier] Prose poétique
[modifier] Robert Desnos, Deuil pour deuil, 1924
La nuit tombe, une nuit noire et méchante qui les égare des feux mouvants d'une forge aux blêmes lumières d'un homicide océan.)
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La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil (1924), Robert Desnos, éd. Gallimard, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), p. 141
[modifier] Joyce Mansour, Dolman le maléfique, 1961
Certains pays rocailleux, oubliés dans la putréfaction de la genèse, loin, loin derrière l'horizon du possible, voient ainsi naître un homme doué de méchanceté exceptionnelle. Dolman dépassait de beaucoup le plus mauvais : sa mère, prise comme une omelette de pieuse frayeur, était morte avant sa naissance. Son père, un brave pêcheur sans personnalité particulière, se sachant dénué de solides raisons de croire à sa paternité, partit en haussant les épaules vers l'Orient, sans marquer le moindre regret et sans laisser de testament.
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« Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 46
[modifier] Roman
[modifier] Charles Robert Maturin, Melmoth — L'homme errant, 1820
Un être humain nu et couvert de sang passa comme un éclair près de moi en poussant des cris de rage et de douleur ; quatres moines portant des lumières le poursuivaient. J'avais fermé la porte au bout de la galerie et je savais qu'ils devaient revenir sur leurs pas et passer près de moi. Toujours agenouillé, je tremblais de la tête aux pieds. La victime atteignit la porte, la trouva close et s'arrêta hors d'haleine. Je me retournai et vis une scène digne de Murillo. Jamais forme humaine ne fut plus parfaite que celle de cet infortuné jeune homme. Il se tenait là, dans une attitude de désespoir, ruisselant de sang. Les moines avec leurs lumières, leurs fouets et leurs robes sombres ressemblaient à un groupe de démons faisant leur proie d'un ange errant — on eût dit les furies infernales poursuivant un Oreste fou. Et vraiment aucun sculpteur de l'Antiquité ne dessina jamais forme plus parfaitement exquise que celle de cet infortuné si sauvagement mutilé par les moines. Ce spectacle d'horreur et de cruauté éveilla en un instant mon esprit du long engourdissement dans lequel il s'était affaibli. Je me précipitai au secours de la victime ; je luttai avec les moines en proférant certaines paroles dont j'étais à peine conscient mais dont ils se souvinrent et qu'ils exagérèrent avec toute la précision de la méchanceté.
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Melmoth — L'homme errant (1820), Charles Robert Maturin (trad. Jacqueline Marc-Chadourne), éd. Phébus, coll. Libretto, 1996 (ISBN 978-2-85-940553-3), Récit de l'Espagnol, p. 146
[modifier] Robert Escarpit, Lettre ouverte au diable, 1972
Il y a toujours une certaine méchanceté à rire de quelqu’un et la méchanceté est bien le signe le plus évident d’impuissance que je connaisse.
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Lettre ouverte au diable, Robert Escarpit, éd. Albin Michel, 1972, p. 31
[modifier] Philosophie
[modifier] Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 1885
Tout comme vos sages illustres ne me parurent, au fond, pas tellement sages, de même j'ai trouvé la méchanceté des hommes inférieure à sa réputation.
Et souvent je me suis demandé en hochant la tête : pourquoi sonner encore, serpents à sonnettes [...] ?
Il faut d'abord que vos chats sauvages soient devenus des tigres et vos crapauds empoisonnés des crocodiles : car à bon chasseur, bonne chasse !
Et en vérité, vous les hommes de bien, vous les justes ! Il y a trop de choses risibles en vous et d'abord votre crainte de ce qui, jusque-là, s'appelait «diable» !
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Ainsi parlait Zarathoustra, Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1885 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie II, chap. « Du discernement humain », p. 174