Les Nourritures terrestres

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Les Nourritures terrestres, parfois appelé plus simplement Les Nourritures, sont une œuvre littéraire d'André Gide (1897), sur le désir et l'éveil des sens.


Sommaire

[modifier] Citations

[modifier] Livre premier

   Tandis que d'autres publient ou travaillent, j'ai passé trois années de voyage à oublier au contraire tout ce que j'avais appris par la tête. Cette désinstruction fut lente et difficile ; elle me fut plus utile que toutes les instructions imposées par les hommes, et vraiment le commencement d'une éducation.
   Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à la vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose — passionnément.


   Que l'importance soit dans ton regard, non dans la chose regardée.


Car, je te le dis en vérité, Nathanaël, chaque désir m'a plus enrichi que la possession toujours fausse de l'objet même de mon désir.


J'ai peur que tout désir, toute énergie que je n'aurais pas satisfaits durant ma vie, pour leur survie ne me tourmentent. J'espère, après avoir exprimé sur cette terre tout ce qui attendait en moi, satisfait, mourir complètement désespéré.


   La mélancolie n'est que de la ferveur retombée.


   Et si notre âme a valu quelque chose, c'est qu'elle a brûlé plus ardemment que quelques autres.


   Il faut, Nathanaël, que tu brûles en toi tous les livres.


   Il ne me suffit pas de lire que les sables des plages sont doux ; je veux que mes pieds nus le sentent... Toute connaissance que n'a pas précédée une sensation m'est inutile.


[modifier] Livre deuxième

Nathanaël, que toute émotion sache te devenir une ivresse. Si ce que tu manges ne te grise pas, c'est que tu n'avais pas assez faim.


[modifier] Livre troisième

[...] chaque nouveauté doit nous trouver toujours tout entiers disponibles.


[modifier] Livre cinquième

   Départs horribles dans la demi-clarté d'avant l'aube. Grelottement de l'âme et de la chair. Vertige. On cherche ce qu'on pourrait bien emporter encore. — Qu'aimes-tu tant dans les départs, Ménalque ? Il répondit : — L'avant-goût de la mort.
   Non certes ce n'est pas tant voir autre chose que me séparer de tout ce qui ne m'est pas indispensable. Ah ! de combien de choses, Nathanaël on aurait encore pu se passer ! Âmes jamais suffisamment dénuées pour être enfin suffisamment emplies d'amour — d'amour, d'attente et d'espérance, qui sont nos seules vraies possessions.


[modifier] Livre sixième

   Nathanaël, il y a d'admirables prépraratifs au sommeil ; il y a d'admirables réveils ; mais il n'y a pas d'admirables sommeils, et je n'aime le rêve que tant que je le crois réalité. Car le plus beau sommeil ne vaut pas
   le moment où l'on se réveille.


[modifier] Livre huitième

Ce que l'on appelle : se recueillir, m'est une contrainte impossible ; je ne comprends plus le mot : solitude ; être seul en moi, c'est n'être plus personne ; je suis peuplé. — D'ailleurs je ne suis chez moi que partout ; et toujours le désir m'en chasse. Le plus beau souvenir ne m'apparaît que comme une épave du bonheur. La moindre goutte d'eau, fût-ce une larme, dès qu'elle mouille ma main, me devient une plus précieuse réalité.


[modifier] Envoi

Nathanaël, à présent, jette mon livre. Emancipe-t'en. Quitte-moi ; maintenant tu m'importunes ; tu me retiens ; l'amour que je me suis surfait pour toi m'occupe trop. Je suis las de feindre d'éduquer quelqu'un. Quand ai-je dit que je te voulais pareil à moi ? — C'est parce que tu diffères de moi que je t'aime ; je n'aime en toi que ce qui diffère de moi. Éduquer ! — Qui donc éduquerais-je, que moi-même ? Nathanaël, te le dirai-je ? je me suis interminablement éduqué. Je continue. Je ne m'estime jamais que dans ce que je pourrais faire.


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