Journal (André Gide)

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Journal (André Gide).

Le Journal d'André Gide a été rédigé de 1887 à 1950.

Sommaire

[modifier] 1888

Ah ! que de rêves ; c'est ce qu'il y a de meilleur. Que d'élans, que d'enthousiasmes, quelle soif peut avoir un cœur, qui ne sait rien encore de la vie, et qui bondit d'impatience de s'y élancer.
Quelles aspirations d'idéal, quels tressaillements inquiets, quels frémissements de l'âme, elle bondit au-dedans de soi à croire qu'elle va s'échapper du corps ; elle a soif d'un dieu et le cherche partout, elle croit le toucher et se dépite de n'en trouver que le reflet dans les œuvres qu'il a inspirées, la nuit elle regarde si le ciel ne s'entrouvre point ; les sens jeunes et ardents ne la laissent pas se contenter d'une communion spirituelle ; ils veulent toucher, étreindre ce dieu qu'ils cherchent, et se croient leurrés quand ils le sentent se dérober à eux.


[modifier] 1907

Je ne suis qu'un petit garçon qui s'amuse – doublé d'un pasteur protestant qui l'ennuie.


[modifier] 1913

Que de fois l'amoureuse joie, précisément la plus charmante, ne me laissa-t-elle pas dans un délire de tous les sens, si exaspéré, si atroce, que, de longtemps encore, je ne relâchais point et surmenais ma frénésie, ne consentant point d'être quitte, de prendre congé de l'instant, mais insatiablement avide, et comme poursuivant à travers le plaisir quelque chose au-delà du plaisir.


[modifier] 1914

De tous ceux qui entourent un enfant, les parents sont les plus aveugles.


Je voudrais qu'il ne fût permis de se prononcer sur les questions sexuelles, qu'à ceux qui ont eu l'occasion d'élever et de surveiller des animaux. Peut-être enfin consentiraient-ils à comprendre que ne sont pas moins naturelles que d'autres, bien des difficultés, des déviations, des irrégularités qu'ils s'obstinent à considérer comme « contre nature » et anormales.


[modifier] 1917

Je ne m'y méprends pas : Michel m'aime non tant pour ce que je suis que pour ce que je lui permets d'être. Pourquoi demander mieux ? Jamais je n'ai pris plus de plaisir à vivre ; ni le goût de la vie ne m'a paru plus délicieux.


[modifier] 1918

Le plus grand bonheur, après que d'aimer, c'est de confesser son amour.