Jouissance
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[modifier] Littérature
[modifier] Écrit intime
[modifier] Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, 1782
Le mal que m'ont fait les hommes ne me touche en aucune sorte ; la crainte seule de celui qu'ils peuvent me faire encore est capable de m'agiter ; mais certain qu'ils n'ont plus de nouvelle prise par laquelle ils puissent m'affecter d'un sentiment permanent je me ris de toutes leurs trames et je jouis de moi-même en dépit d'eux.
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Rêveries du promeneur solitaire (1782), Jean-Jacques Rousseau, éd. Le Livre de Poche, coll. Classiques, 2001 (ISBN 978-2-253-160991), Huitième Promenade, p. 164
[modifier] Essai
[modifier] Choderlos de Laclos, Traité sur l'éducation des femmes, 1903
Des femmes et de leur éducation
[...] le sujet qui existe trop tôt n'existe jamais pleinement. Si surtout il se presse d'user de sa jouissance, s'il s'y livre avec trop peu de ménagement, il n'a bientôt plus qu'une vie languissante et faible ; en vain cherche-t-il des ressources dans des aphrodisiaques, souvent illusoires, et toujours dangereux, il ne fait qu'empirer son mal. Le plaisir s'obstine à le fuir ; si même il le rencontre quelquefois, ce plaisir lui semble imparfait, il n'a plus la force de le goûter ; semblable à ces fruits précoces, que l'art arrache à la nature, il n'a ni qualité ni saveur, ce n'est qu'une apparence vaine : ainsi se venge la nature de l'être imprudent qui ose violer ses lois.
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Traité sur l'éducation des femmes précédé (1903), Choderlos de Laclos, éd. Pocket, coll. Agora, 2009 (ISBN 978-2-266-18855-5), partie Des femmes et de leur éducation, chap. V. De la puberté, p. 45
[modifier] Poésie
[modifier] Paul Eluard , Capitale de la douleur, 1926
A la flamme des fouets
Par les fentes de ton sourire s'envole un animal hurleur.
Qui ne jouit que dans les hauteurs.
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Capitale de la douleur suivi de L'amour la poésie (1926), Paul Eluard, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 978-2-07-030095-2), partie Nouveaux poèmes, A la flamme des fouets, p. 102
[modifier] Prose poétique
[modifier] Francis Picabia, Dactylocoque, 1922
J'habite à côté du Casino ; pour ne pas s'embêter dans « ce bas monde », il faut une mise en scène appétissante, je ne suis pas comme les autres, le Tango ne me plaît pas ; les croupes nerveuses sont pourtant autant de caresses mais mon cerveau se crispe sur mon sexe ; l'idée de jouissance fait briller le cuivre du talent minuscule que j'accorde à mes amis.
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« Dactylocoque », Francis Picabia, Littérature Nouvelle Série, nº 7, Décembre 1922, p. 10
Il n'y a pas de risques à jouir, l'infériorité vient de la résignation ; il faut aimer les assassins et mépriser les victimes ; le ridicule n'existe pas.
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« Dactylocoque », Francis Picabia, Littérature Nouvelle Série, nº 7, Décembre 1922, p. 11
J'aime la franchise, les hypocrites me dégoûtent, il faut préférer la jouissance physique à tout et ne s'abandonner qu'avec soi-même ; l'effusion partagée ressemble à deux autos face à face, qui cherchent mutuellement à se faire reculer.
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« Dactylocoque », Francis Picabia, Littérature Nouvelle Série, nº 7, Décembre 1922, p. 11
[modifier] Joyce Mansour, Les Gisants satisfaits, 1958
« Je te tuerai », dit-il, car les seins de la femme se dressaient sous ses doigts. Une main glissa le long de sa cuisse et elle valsa dans l'eau comme une souris savante. Elle mordit le nez ponctué de pores dilatés, elle enfonça son genou dans le ventre moelleux, appela au secours, puis sombra dans une féroce jouissance sous l'oeil de l'assassin. Son sexe éclairait les sables mouvants où tremblaient des bizarreries moustachues.
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Les surréalistes — Une génération entre le rêve et l'action (1991), Jean-Luc Rispail, éd. Gallimard, coll. Découverte Gallimard Littérature, 2000 (ISBN 2-07-053140-6), chap. Témoignages et documents, Joyce Mansour, Les Gisants satisfaits, 1958, p. 177
[modifier] Joyce Mansour, Dolman le maléfique, 1961
Dolman faisait sa commande de chair sans lever les yeux aux diadèmes de figues afin de ne pas effacer de sa peau la fraîche vision de son désir et d'être sûr de ne pas s'immiscer dans le vieux sac aux pores dilatés, aux crachats décolorés et aux connaissances de latin nommé Chimère. Celui-ci redoutait les forfaits de la magie, aussi s'en allait-il sans discuter le choix du maître, quand bien même il se fût agi de sa propre fille. Il revenait sans tarder, porteur de délices, bavant et fier. Écartelée par les bras noueux du serviteur, la proie se laissait faire dans la boue. Couverte de honte, chaque facette hésitante s'embrasant à mesure que les yeux de Dolman les animaient, la fille s'élançait sur la piste circulaire des jouissances féminines.
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« Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 49
[modifier] Roman
[modifier] Charles Monselet, La Franc-maçonnerie des femmes, 1856
— Voyez-vous, reprit subitement M. Blanchard en revenant se placer devant Irénée, je tiens scrupuleusement à faire ce que j'ai décidé de faire. C'est une de mes principales règles de conduite, la principale vraiment. Mon grand souci a toujours été de me tenir parole. Je me jette à moi-même des défis, que je ramasse intrépidement ; je m'appelle dans le champ clos de l'inusité et du difficile. La chose que, tout d'abord, j'hésite à accomplir, est justement celle qui va me séduire tout à l'heure. Vous auriez tort de voir de l'originalité là-dedans : il n'y a absolument que de l'esprit de suite, ce qui constitue le respect de la volonté humaine. Je suis aidé dans mon système par une fortune suffisante, et mes désirs ne se meuvent que dans un milieu vraisemblable. On sait avec quel soin j'évite l'attention publique, et les efforts que je fais pour dérober mes actes aux indiscrétions des journaux. Je ne loue pas de salle de spectacle à moi tout seul ; je ne me mets pas obstinément à la suite des dompteurs de bêtes féroces, dans l'espérance de les voir dévorer par leurs pensionnaires ; je n'ai pas fait tailler de montagne à mon image ; je n'ai pas pris le turban comme M. de Bonneval, je n'ai mis le feu à aucun temple ; enfin, je suis ce qu'on appelle un homme de la vie privée, et c'est exclusivement dans la vie privée que je cherche mes sensations. Je ne tiens pas précisément à me divertir, ce serait là l'indice d'une ambition démesurée, mais je tiens à ne pas trop m'ennuyer, ce qui est plus modeste. Les jouissances matérielles ne sont que secondaires pour moi ; c'est dans l'ordre spirituel que s'agitent la plupart de mes caprices. En voulez-vous un exemple ? Un soir, dans un salon où cinquante personnes environ étaient réunies, je m'amusai à penser tout haut. Rare jouissance, n'est-ce pas ? plaisir inestimable ! Un quart d'heure après, un domestique vint me présenter mon chapeau, et j'avais fait autre chose cependant que de dire à quelques femmes qu'elles étaient laides et à quelques hommes qu'ils manquaient d'esprit.
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La Franc-maçonnerie des femmes (1856), Charles Monselet, éd. Le Masque, coll. Labyrinthes, 2011 (ISBN 978-2-7024-3501-4), partie I, 3. Les audaces d'un homme timide, p. 55
[modifier] Gabriele D'Annunzio, Le Feu, 1900
Lorsqu’il lui avait parlé du sloughi tremblant, n’avait-il pas deviné de quelles analogies naturelles l’actrice tirait les puissances d’expression qui émerveillaient les poètes et les peuples ? C’était parce qu’elle avait retrouvé le sens dionysiaque de la nature naturante, l’antique ferveur des énergies instinctives et créatrices, l’enthousiasme du dieu multiforme émergé de la fermentation de tous les sucs, c’était pour cela qu’elle apparaissait au théâtre si nouvelle et si grande. Quelquefois, elle avait cru sentir en elle-même l’imminence de ce prodige qui faisait se gonfler d’un lait divin le sein des Ménades à l’approche des petites panthères avides de nourriture.
Elle était là, debout sur l’herbe, agile et fauve comme le lévrier favori, pleine du souvenir confus d’une lointaine origine, vivante et désireuse de vivre sans mesure pendant l’heure brève qui lui était concédée. Elles étaient évanouies, les molles vapeurs des larmes ; tombées, les aspirations douloureuses vers la bonté et le renoncement, disparues, toutes les grises mélancolies du jardin abandonné. La présence de l’animateur élargissait l’espace, changeait le temps, accélérait le battement du cœur, multipliait la faculté de jouir, créait une fois encore le fantôme d’une fête magnifique. Elle était une fois encore telle qu’il voulait la façonner, oublieuse des misères et des craintes, guérie de tout mal triste, créature de chair qui vibrait dans le jour, dans la chaleur, dans le parfum, dans les jeux des apparences, prête à traverser avec lui les plaines évoquées et les dunes et les déserts dans la furie des poursuites, à s’enivrer de cette ivresse, à se réjouir au spectacle du courage, de l’astuce, des proies sanglantes.
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Le Feu, Gabriele D'Annunzio, éd. La Revue de Paris, 1900, chap. II. L'empire du silence, p. 731
[modifier] André Breton, L'Amour fou, 1937
Ici l'on commence à ne plus savoir si c'est pour entrer ou pour sortir qu'on entr'ouvre si fréquemment la porte du cirque des brumes. L'immense tente est merveilleusement rapiécée de jour. Ainsi une continuité parfaite n'a aucune peine à s'établir entre ce qui est découvert et ce qui est voilé. Il n'en va pas autrement de cet amour où le désir porté à l'extrême ne semble amené à s'épanouir que pour balayer d'une lumière de phare les clairières toujours nouvelles de la vie. Aucune dépression ne suit la jouissance. La chambre emplie de duvet de cygne que nous traversions tout à l'heure, que nous allons retraverser, communique sans obstacle avec la nature. Pailletant de bleu et d'or les bancs de miel sur lesquels nul être vivant ne semblait devoir prendre place, je vois mille yeux d'enfants braqués sur le haut du pic que nous ne saurons atteindre. On doit être en train d'installer le trapèze.
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L'Amour fou, André Breton, éd. Gallimard, 1976 (ISBN 978-2070367238), p. 137 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
[modifier] Médias
[modifier] Presse
[modifier] Louis Dimier, Enquête — Pourquoi écrivez-vous ?, 1920
J'écris : 1° pour posséder.
Posséder la vérité des choses apparue à mes sens et à ma raison. En exprimant cette vérité, je la fais mienne, mes vues sont le lien qui la rassemble. Dans Aristote cela se nomme imitation. Il faut en concevoir l'essentiel. Imiter c'est recréer l'objet, partant s'en emparer autant qu'il se puisse concevoir. C'est un plaisir incomparable, un attrait souverain, auquel deux causes ont part : l'intelligence de l'objet, son rendu ; l'une est lumière, l'autre puissance ; la seconde trouvant dans la première son guide, la première trouvant dans la seconde son épreuve et son complément. Corot disait : Oh ! la belle vache ; je vais la peindre. Crac ! la voilà.
2° pour persuader.
Le vrai des choses entré dans l'intelligence, l'objet fait esprit, devient communicable. Nécessairement il tend à se communiquer. L'universel de la pensée qui l'informe est comme un ressort qui pousse à l'infini. Tous les hommes sont appelés à jouir de ce que je possède. Nouvelle épreuve des lumières qui président à l'imitation, nouvel exercice de la puissance qu'elle suppose. Persuader dérive de posséder. Il en est la suite nécessaire ; il procède du même attrait. Ceux qui les séparent, qui dépeignent le plaisir d'écrire comme indépendant de l'approbation, prennent un trait d'orgueil ou de dépit pour l'essence des choses.
Tel est le goût d'écrire, tel en est le démon. Des deux causes que je viens de dire, dans un sens général, on peut nommer la première poésie, la seconde aura nom éloquence. L'une donne naissance à l'art en soi, la seconde en répand l'effet.
- Louis Dimier donne suite à une enquête concernant son statut d'écrivain menée par le mensuel surréaliste Littérature, ce sur plusieurs numéros.
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« Notre enquête — Pourquoi écrivez-vous ? », Louis Dimier, Littérature, nº 11, Décembre 1920, p. 22
[modifier] Psychanalyse
[modifier] Alberto Eiguer, Le Pervers narcissique et son complice, 1989
Le Champ de la perversion narcissique
J. Mc Dougall (1972) souligne que, anesthésié affectivement, le pervers fait tout pour provoquer et développer la jouissance chez son objet, et ceci jusqu'au paroxysme. En revanche, on observe plutôt chez le pervers narcissique une recherche désespérée pour éloigner le danger de la perte de son intégrité narcissique. Il en attend bien davantage un soulagement que le triomphe recherché par la plupart des pervers. Si le pervers narcissique déclenche des émotions, des désirs ou des fantasmes, ils sont rarement voluptueux.
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Le pervers narcissique et son complice, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 1989 (ISBN 2 10 002843 X), partie I. Le Champ de la perversion narcissique, chap. Définition et description générale, Différences avec le sadisme, p. 11
[modifier] Alberto Eiguer, Psychanalyse du libertin, 2010
Libertinage, le plaisir et la joie
En général, le libertin semble se détourner du passé et ne jamais penser à l'avenir : il vit dans un temps présent. Les jouissances passées sont vite oubliées et la quête est à renouveler.
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Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie I. Libertinage, le plaisir et la joie, chap. Les libertins sont-ils des pervers ?, p. 16
Les perversions sexuelles — bien moins fréquentes — se campent dans la sphère des jouissances sexuelles, par déviation de but et d'objet (Freud, 1905) ; elles deviennent particulièrement pernicieuses dès lors qu'il y a concomitance avec la perversion morale.
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Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie I. Libertinage, le plaisir et la joie, chap. Les libertins sont-ils des pervers ?, Bornes et étendue de la perversion, p. 20
De toutes les façons, même si chacun est trop subordonné à l'autre et sous son influence, le lien intersubjectif se construit. Sur quelles bases ?
— Avec le libertin, il n'y a pas à s'en soucier. Il est trop connaisseur de la chose pour se laisser embarquer par des mots. Il coupe court, lui. Il ne se sent l'obligé de personne ; il ne doit rien à personne.
— Pour le pervers, l'autre devrait être uniquement concerné par la situation sexuelle dans laquelle il a un rôle fixé à jouer. Le pervers lui demande de sentir son besoin [...] et pas davantage. Néanmoins ce qui est exigé de lui est considérable : qu'il se dépouille de son désir, de ses rêves, de son intimité, de ses attaches.
Du côté du libertin, on note le souhait de faire prévaloir le présent et l'avenir, qui est un avenir radieux, celui qui se dévoilera dans la jubilation jouissive. Chez l'autre, toutefois, l'expérience devrait laisser un souvenir impérissable dans un coin réservé de sa mémoire, éternellement.
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Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie I. Libertinage, le plaisir et la joie, chap. Les libertins sont-ils des pervers ?, Penser le lien. L'attachement n'est pas son affaire, p. 31
Libertinage et prédation
Sont employées des techniques de disqualification [...] comme l'imposition de dilemmes insolubles ; ou plus complexes comme les contraintes paradoxales ; ou plus simplement comme le désaveu actif de la valeur et de la pertinence de la pensée et de la perception d'autrui. La jouissance perverse éclate lorsque le sujet sait sa proie trébuchante et plus tard lorsqu'il la voit défaite par la disqualification qu'elle a subie.
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Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie II. Libertinage et prédation, chap. Psychopathologie du prédateur et de sa famille, La naissance du concept de prédation morale, p. 120
La position affectionnée par le prédateur est celle d' initiateur. Les jouissances qu'il propose sont : sauver l'honneur, atteindre un progrès dans sa carrière, une place dans la société, sortir de sa « médiocrité », obtenir un bénéfice au niveau de l' ego en somme.
Il prétend dévoiler « une vérité sur lui-même à son élève » (Baranger et al.). Son action s'accompagne d'un discours où il disqualifie la morale commune et vante les avantages narcissiques, libidinaux et matériels, des options illicites.
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Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie II. Libertinage et prédation, chap. Invitation à la débauche, L'initiateur corrupteur. Anatomie du discours, p. 136
Pour un pervers-narcissique, humilier autrui est en accord avec son besoin de se trouver quelqu'un qui soit persuadé de valoir « moins que lui ». Il parvient ainsi à sentir sa supériorité. Dans les termes du sadisme, l'humiliation nourrit une jouissance.
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Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie II. Libertinage et prédation, chap. Invitation à la débauche, Cruautés, p. 139
[modifier] Psychologie
[modifier] Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, Les Perversions sexuelles et narcissiques, 2005
Introduction
Pour le psychopathologue, le terme « perversion » recouvre à la fois un type d'acte, une conduite sexuelle (perversion sexuelle), un caractère pathologique, un mode de relation à l'autre teinté de manipulation. Par extension, le terme « perversion » peut concerner aussi des sujets qui n'ont pas de comportements sexuels inhabituels, mais un mode de jouissance reposant sur la souffrance, l'humiliation, l'instrumentation de l'autre : registre de la perversion « morale » ou « narcissique » qui procéderait d'un noyau commun à toutes les perversions. Ce sont alors la domination et la disqualification du moi d'autrui qui sont cherchées.
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Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), Introduction, p. 7
Caractéristiques des perversions
La perversion sexuelle est un comportement sexuel 1) inhabituel (insolite, bizarre, en fait, rompant avec les pratiques sexuelles admises), 2) partiel (ne vise qu'une jouissance limitée), 3) exclusif (le sujet ne peut obtenir de plaisir autrement), 4) réduisant le (la) partenaire à un objet (instrumentalisation).
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Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie II. Caractéristiques des perversions, chap. 1. Critères cliniques psychiatriques des pervers, 1.1 Critères psychiatriques usuels, p. 31
La structure perverse a pour particularité une reconnaissance de la loi et de la castration, mais sur le mode original du déni de la réalité du sexe de l'autre ou de son narcissisme (la loi existe puisque le pervers la transgresse et jouit de cette transgression). Cette position de contestation relève d'un clivage du moi qui permet la coexistence de deux représentations psychiques contradictoires qui fonctionnent sans s'influencer mutuellement : l'absence et la présence du phallus chez la femme.
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Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie II. Caractéristiques des perversions, chap. 2. Critères psychopathologiques, 2.2 Les conceptions post-freudiennes b) Structure perverse ?, p. 49
Pour Lacan, le pervers oppose à la castration une face qui reconnaît le manque structurel de l'objet du désir, mais aussi, et simultanément, une face, relevant de l'imaginaire, qui affirme l'existence de cet objet que le sujet ne peut que vouloir. C'est l'importance accordée par le pervers au fantasme et à l'imaginaire en général, au détriment du symbolique, qui constitue la source de l'acte pervers et de la quête de jouissance, position psychique qui tient à l'échec de la structuration oedipienne. En effet, l'accès à l'Oedipe fait que le sujet renonce à l'objet primordial, renoncement qui inaugure la possibilité du désir supposant l'existence du désir de l'autre. La perversion, avatar de l'angoisse de la castration, réalise par le déni de la castration maternelle un fragile équilibre entre une reconnaissance de la différence des sexes et une jouissance, dans le défi et la transgression, qui s'affranchit du désir de la mère pour le père.
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Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie II. Caractéristiques des perversions, chap. 2. Critères psychopathologiques, 2.2 Les conceptions post-freudiennes b) Structure perverse ?, p. 49
Perversions narcissiques
Si les perversions sexuelles visent à « détourner », à des fins de jouissance, les pratiques sexuelles, les perversions narcissiques opèrent, dans une société à dominante narcissique (Lipovetski, Ehrenberg), des détournements visant l'identité et la personnalité de l'autre.
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Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie IV. Perversions narcissiques, chap. 1. Pourquoi l'extension du terme ?, p. 101
[modifier] Cédric Roos, La relation d'emprise dans le soin, 2006
La relation d'emprise (cadre psychanalytique)
Pour Racamier, le mouvement pervers narcissique se définit essentiellement comme une façon organisée de se défendre de toute douleur et contradiction internes et de les expulser pour les faire couver ailleurs, tout en se survalorisant, tout cela aux dépens d’autrui et, pour finir, non seulement sans peine, mais avec jouissance (Racamier, 1992).
La perversion narcissique correspond à l’aboutissement de ce mouvement, sa destination. Elle se définit donc comme « une façon particulière de se mettre à l’abri des conflits internes en se faisant valoir aux dépens de l’entourage. » (Racamier, 1992).
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Le pervers narcissique : conformer l'autre en un identique, dans [1], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Les sciences cognitives nous apprennent pourtant qu’il ne s’agit probablement pas seulement d’une manifestation de masochisme ou de la jouissance d’être victime mais d’une altération des moyens de défense par une agression passée (cf. infra, l’impuissance apprise). La soumission apparente de la victime n’est pas qu’un symptôme : c’est une stratégie adaptative et de survie dans une relation où l’opposition frontale à l’agresseur semble entraîner l’aggravation de la violence. Lorsqu’un individu apprend par expérience qu’il est incapable d’agir sur son environnement pour le transformer en sa faveur, il devient physiologiquement incapable d’entreprendre quelque modification que ce soit.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de la victime d'une relation d'emprise, dans [2], paru Textes Psy, Cédric Roos.