Illusion

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Sommaire

[modifier] Littérature

[modifier] Critique

[modifier] Tristan Tzara, Pierre Reverdy : Le Voleur de Talan, 1917

La Renaissance fut l'âge infernal du cynique ; elle fut pour l'art un bordel ; l'anecdote et le charme partagèrent son domaine. L'illusion devint le but, et l'homme voulait surpasser Dieu. Mais les problèmes et la vie mouvementée l'ont fait intéressante et malheureusement, productive.

  • « Pierre Reverdy : Le Voleur de Talan », Tristan Tzara, Dada, nº 2, Décembre 1917, p. 17


[modifier] Annie Le Brun, Les châteaux de la subversion, 1982

[...] la répétitivité obsédante de l'univers de Sade n'est que cette interrogation en ricochet, qui, faisant tournoyer les certitudes, laisse voir l'insondable vérité de l'illusion. L'obstruction de Sade à l'assurance des Lumières va alors jusqu'au refus de s'assurer les puissances du nombre : il les laisse libres, sans aucune utilité, sans aucun point d'application, libres de dévoyer le réel et c'est à partir de cet imaginaire numérique qu'il trouve l'audace de bâtir sur le terrain de la production le château de l'illusion.
Château fermé pour empêcher l'absorption des apparences dans une réalité fonctionnelle, château de proie pour ramener toute réalité dans la jungle de apparences et l'arracher à la loi de la valeur.

  • Les châteaux de la subversion, Annie Le Brun, éd. Garnier Frères, coll. Folio Essais, 1982 (ISBN 2-07-032341-2), partie I, Un rêve de pierre, p. 79


Qu'on ne s'y trompe pas : un même mécanisme régit la lente montée vers le château et la descente involutive à l'ombre de ses murailles. Et voilà peut-être une des insupportables découvertes que le siècle s'efforce de ne pas faire. Non pas que l'asile soit une prison, que les choses ne soient jamais ce qu'elles semblent être. Ce qui équivaudrait à une expérience systématique du leurre dont l'intérêt serait bien mince au milieu d'une époque rompue à tous les arts de l'apparence. Mais tout acquiert une dimension autrement inquiétante quand il s'avère que le leurre porte sur la réalité elle-même, ou plutôt sur toutes les données psychiques, intellectuelles, sensibles qui fondent alors l'idée même de la réalité.

  • Il est ici question du roman noir.


[modifier] Essai

[modifier] Choderlos de Laclos, Traité sur l'éducation des femmes, 1903

Des femmes et de leur éducation

[...] le sujet qui existe trop tôt n'existe jamais pleinement. Si surtout il se presse d'user de sa jouissance, s'il s'y livre avec trop peu de ménagement, il n'a bientôt plus qu'une vie languissante et faible ; en vain cherche-t-il des ressources dans des aphrodisiaques, souvent illusoires, et toujours dangereux, il ne fait qu'empirer son mal. Le plaisir s'obstine à le fuir ; si même il le rencontre quelquefois, ce plaisir lui semble imparfait, il n'a plus la force de le goûter ; semblable à ces fruits précoces, que l'art arrache à la nature, il n'a ni qualité ni saveur, ce n'est qu'une apparence vaine : ainsi se venge la nature de l'être imprudent qui ose violer ses lois.

  • Traité sur l'éducation des femmes précédé (1903), Choderlos de Laclos, éd. Pocket, coll. Agora, 2009 (ISBN 978-2-266-18855-5), partie Des femmes et de leur éducation, chap. V. De la puberté, p. 45


[modifier] Prose poétique

[modifier] Renée Vivien, Brumes de fjords, 1902

Légende de saule

Divinement et terriblement éblouie, elle vit la Naïade lui sourire d’un sourire qui semblait attirer et promettre, et elle eut le pressentiment des mortelles amours…
Revenue à la conscience d’elle-même, elle chercha de nouveau, mais en vain, l’illusion mystérieuse de ce visage.
Le songe avait disparu.

  • Brumes de fjords, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemerre, 1902, Légende du saule, p. 103


[modifier] André Breton, Poisson soluble, 1924

[...] elle mordit avec délices dans les étonnantes stratifications blanches qui restaient à sa disposition, les baguettes de craie, et celles-ci écrivirent le mot amour sur l'ardoise de sa bouche. Elle mangea ainsi un véritable petit château de craie, d'une architecture patiente et folle, après quoi elle jeta sur ses épaules un manteau de petit gris et, s'étant chaussée de deux peaux de souris, elle descendit l'escalier de la liberté, qui conduisait à l'illusion de jamais vu.


La foule allait et venait sur le boulevard sans rien connaître. De temps à autre elle se coupait les ponts, ou bien elle prenait à témoin les grands lieux géométriques de perle. Elle foulait une étendue qui pourrait être évaluée à celle des fraîcheurs autour des fontaines ou encore à ce que couvre d'illusions le manteau de la jeunesse, ce manteau de part en part troué par l'épée du rêve.


[modifier] Roman

[modifier] Charles Robert Maturin, Melmoth — L'homme errant, 1820

Ils se nourrissent d'un poison d'illusions délicieuses. Ils rêvent qu'un tremblement de terre réduira les murs en atomes, qu'un volcan entrera en éruption au milieu du jardin. Ils imaginent une révolution, une attaque de bandits, les circonstances les plus improbables... Puis ils se réconfortent en envisageant la possibilité d'un incendie (si le feu éclate dans un couvent on ouvre en grand les portes et «sauve qui peut» est le mot d'ordre). Cette pensée leur fait concevoir le plus ardent espoir : ils pourraient se précipiter au-dehors, dans les rues et à la campagne ; en fait, où n'iraient-ils pas pour s'échapper ?


[modifier] André Breton, L'Amour fou, 1937

C'était quelque être très jeune, mais de qui ce signe distinctif ne s'imposait cependant pas à première vue, en raison de cette illusion qu'il donnait de se déplacer en plein jour dans la lumière d'une lampe.


Je t'aime jusqu'à me perdre dans l'illusion qu'une fenêtre est pratiquée dans un pétale du datura trop opaque ou trop transparent, que je suis seul ici sous l'arbre et qu'à un signal qui se fait merveilleusement attendre je vais aller te rejoindre dans la fleur fascinante et fatale.


[modifier] André Pieyre de Mandiargues, La Marge, 1967

Mêlé à la cohue, Sigismond est entré dans ce qui lui paraît une sorte de corridor à ciel ouvert, le ciel comme un ruban d'obscurité au-dessus de la violente illumination des baies latérales. Épaves est le nom que parfois l'on donne aux bestiaux égarés, il s'est souvenu de cela en voyant dériver les hommes de la bouche d'un bar à celle d'une cafétéria, à celle d'un couloir d'estaminet, à celle d'une impasse, à celle d'un autre bar, et si les hommes vont au Robador avec l'illusion d'être des chasseurs à la recherche de proies, la vérité, se dit-il, est plutôt qu'ils sont eux-mêmes à prendre et que leur démarche flottante les offre sans déni au licou. N'est-ce pas leur meilleur plaisir que de s'exposer ou de se proposer à l'agression féminine ?


[modifier] Médias

[modifier] Presse

[modifier] Charles-Augustin Sainte-Beuve, Causeries du lundi, 1850

Vauvenargues, en opposition ouverte avec les illusions de son temps, disait encore : Jusqu'à ce qu'on rencontre le secret de rendre les esprits plus justes, tous les pas qu'on pourra faire dans la vérité n'empêcheront pas les hommes de raisonner faux ; et c'est ainsi, selon lui, que les grands hommes, en apprenant aux faibles à réfléchir, les ont mis sur la route de l'erreur.

  • Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès, Charles-Augustin Sainte-Beuve, éd. Hermann (éditeurs des sciences et des arts), coll. Collection savoir : lettres, 1992 (ISBN 2-7056-6178-6), partie Vauvenargues, 4 novembre 1850. Causeries du lundi, t. III, p. 164


[modifier] Psychologie

[modifier] Paul-Claude Racamier, Les Schizophrènes, 1980

Schizogrammes

illusion Il ne faudrait quand même pas s'imaginer qu'un débile qui devient schizophrène soit pour autant intelligent.


[modifier] Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, Les Perversions sexuelles et narcissiques, 2005

Caractéristiques des perversions

Pour R.J Stoller (1975), la perversion est une forme érotique de la haine. Elle est liée à un trouble de l'identité sexuelle (du développement de la masculinité) issu de trois formes d'hostilité : la colère de devoir abandonner le bien-être primordial (dyade mère-enfant, prime enfance), la peur de ne pas arriver à échapper à l'emprise maternelle, et le besoin de vengeance vis-à-vis de la mère qui a provoqué cette situation. Pour lui la première identification de l'homme est féminine, l'identification masculine se faisant dans un second temps ; l'homme abandonne la position protoféminine au moment de la séparation-individuation. Aussi, la perversion est-elle un des aléas de cette phase, l'enjeu étant la projection de la haine. Il établit la perversion comme meurtre de la mère perçue comme une menace à l'identité sexuelle de l'homme. L'acte place alors le pervers dans une position triomphale de vainqueur, « triomphe illusoire à répéter à l'infini », qui explique la compulsion de répétition.

  • Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie II. Caractéristiques des perversions, chap. 3. Invariants psychopathologiques, 3.1 L'Oedipe et la castration b) Problématiques pré-oedipiennes du pervers, p. 51


[modifier] Cédric Roos, La relation d'emprise dans le soin, 2006

Modèle systémique

La communication dans l’emprise prend une place prépondérante et paradoxale : il s’agit d’une illusion de communication, puisqu’elle ne poursuit pas un but d’échange et de lien mais au contraire une mise à distance et un asservissement de l’autre. Il s’agit d’une manipulation verbale et infraverbale qui génère de l’angoisse.

  • La relation d'emprise dans le soin, 2006, Modèle systémique : Caractéristiques communicationnelles de la relation d'emprise, dans [1], paru Textes Psy, Cédric Roos.


Évolutions et séquelles d'une relation d'emprise

[...] ne pouvant que faiblement s’appuyer sur l’extérieur, la victime doit d’abord prendre conscience de sa situation d’assujettissement. Il est essentiel pour cela qu’elle anticipe l’inattendu et l’imprévisible : il lui faut accepter que la réalité ne soit pas toujours telle qu’elle semble être, et faire le deuil, parfois douloureux, de ses illusions, avant de pouvoir espérer sortir de cette relation. C’est alors en montrant qu’elle n’a pas peur, que la victime peut briser le cercle vicieux de la relation d’emprise et essayer de désamorcer l’agression.

  • La relation d'emprise dans le soin, 2006, Évolutions et séquelles d'une relation d'emprise : Sortir de la relation d'emprise, dans [2], paru Textes Psy, Cédric Roos.
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