Identité nationale
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L'identité nationale est le sentiment que ressent une personne de faire partie d'une nation. Ainsi, un individu peut se déclarer français quand il est officiellement de nationalité française, mais aussi quand il se sent partager assez de « points communs » avec les français pour appartenir à leur communauté.
L'appellation « identité nationale » désigne aussi l'ensemble de ses « points communs » entre les personnes se reconnaissant d'une même nation, et qui forment un ensemble d'habitus socialisant.
[modifier] Dominique Schnapper
L'identité nationale n'est pas en définitive un état de chose biologique - qui d'entre nous a pour ançêtre un Gaulois? - mais culturel : on est français par le fait qu'on s'exprime dans une certaine langue, qu'on intériorise une certaine culture, et qu'on participe à une vie politique et économique.
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« Unité nationale et particularisme culturels », dans Commentaires, Dominique Schnapper, éd. Paris, été 1987, n°38, 1987, p. 361
[modifier] Michel Rocard
La France est la seule identité nationale au monde qui soit en définition évolutive et constamment en train d'agglomérer de nouvelles sensibilités et de nouvelles représentations linguistiques ou de couleurs de peau. [...] Et toute idée que le cadeau de la France au monde qu'est ce texte [de la Déclaration des Droits de l'homme] puisse être terni, par le fait qu'on donnerait plus d'importance à certains hommes qui sont rassemblés dans l'hexagone sur certains autres, c'est un attentat à la grandeur de la France.
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Michel Rocard, 2 novembre 2009 , dans un article du Nouvel Obsercateur intitulé L'identité nationale selon Rocard : "un débat imbécile", paru 2 novembre 2009 .
[modifier] Robert Badinter
C'est d'une extrême simplicité les composante de l'identité nationale : communauté de culture, communauté de valeurs, communauté de destin. Vous l'avez l'identité nationale, alors à partir de cela, colloque, séminaire, livre, édition; on a pas besoin pour ca d'aller débattre dans les préfectures sous la houlette du président de la République .
[modifier] Fernand Braudel
Tant d'« immigrés », depuis si longtemps, depuis notre Préhistoire jusqu'à l'histoire très récente, ont réussi à faire naufrage sans trop de bruit dans la masse française que l'on pourrait dire, en s'amusant, que tous les Français, si le regard se reporte aux siècles et aux millénaires qui ont précédé notre temps, sont fils d'immigrés. Très diverse, la France ne peut-elle courir le risque de le devenir, biologiquement, davantage encore ?
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L'identité de la France - Les Hommes et les Choses (1986), Fernand Braudel, éd. Flammarion, 1990, p. 215
[modifier] Daniel Lefeuvre
Si toutes les autres identités auxquelles se rattache un individu (genre, classe sociale, appartenance familiale ou régionale, etc) construisent des groupes distincts les uns des autres, seule l'identité nationale rassemble et égalise.
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Faut-il avoir honte de l'identitè nationale ?, Daniel Lefeuvre, éd. Larousse, 2008, p. 19
Dire que la conception française de la nation repousse toute mention de la culture pour ne retenir que le consentement et une citoyenneté abstraite, est une contrevérité.
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Faut-il avoir honte de l'identitè nationale ?, Daniel Lefeuvre, éd. Larousse, 2008, p. 109
Construction historique faite de synthèses, l'identité française repose d'abord sur un héritage, sur cette « possesion d'un riche legs de souvenirs » sur quoi se fonde le « plébiscite de tous les jours » cher à Ernest Renan. L'un est indissociable de l'autre : plébisciter son appartenance à la France, c'est aussi en accepter l'héritage et adhérer aux valeurs que son histoire a produite.
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Faut-il avoir honte de l'identitè nationale ?, Daniel Lefeuvre, éd. Larousse, 2008, p. 152
[modifier] Justin Vaïsse
Quand la France se regarde dans un miroir imaginaire, elle se voit blanche et catholique, ou non croyante. En fait, elle est devenue diverse, et elle l'est de plus en plus; il suffit pour le constater de prendre le métro ou, de façon plus révélatrice encore, d'aller visiter une école publique dans l'une des grandes agglomérations du pays ou à sa périphérie. Mais le réflexe qui associe "Français" et "Blanc", plutôt que "Français" et "citoyen", reste omniprésent. Or, les idéaux universalistes de la République n'ont rien à voir ni avec la couleur de la peau ni avec la religion. Pour la France, s'accepter diverse sur le plan ethnique et religieux ne remet en question son identité que si elle se représente elle-même comme une nation blanche et chrétienne, et non pas comme une nation "idéelle". En d'autres termes : que si elle trahit ses propres idéaux.
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Intégrer l'Islam, Justin Vaïsse, éd. Odile Jacob, 2007, Introduction, p. 20
[modifier] Jean-Claude Barreau
La France [...] fut le résultat d'une action politique séculaire de la monarchie, puis des républiques. La France est donc une nation artificielle et « politique ». D'autres pays d'Europe sont des pays « ethniques ». [...] Rien de tel en France. Il y a davantage de différence entre un Alsacien (ethnie germanique), un Breton (ethnie celte), un Dunkerkois (ethnie flamande) et un Marseillais (Méditerranéen métissé) qu'entre, par exemple, un Serbe et un Croate. Mais une volonté politique séculaire a tissé des liens affectifs forts [...]. Une langue commune, imposée par Paris [...] est parlée par tous. [...] Surtout, une mentalité commune a surgi qui paraît aujourd'hui étrange aux étrangers.[...] Jamais le peuple français n'a été plus réel. Et pourtant il a génétiquement beaucoup changé [...], l'immigration a considérablement métissé les ethnies françaises originelles. [...] Le plus innatendu, c'est que l'intégration des nouveaux arrivants finit pas se faire quand même. La France, ce pays politique, est aussi un creuset puissant, un dissolvant efficace qui efface avec sa laïcité les différences trop marquées.
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Toute la géographie du monde, Jean-Claude Barreau , éd. Fayard, 2007, p. 123-124
[modifier] Suzanne Citron
Il faut réinventer l’identité française par référence à : une nation non plus gauloise, homogène et passéiste, mais plurielle, métissée et ouverte sur l’avenir; une République plus fraternelle, capable de reconnaître et de valoriser l’unité sociale et la dignité de tous les travaux et métiers propres et sales, manuels et intellectuels, nécessaires, indispensables à l’Être-ensemble de notre société.
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« Histoire de France : crise de l’identité nationale », Suzanne Citron, Dialogues Politiques, nº 2, Janvier 2003, p. 15
L'histoire de France traditionnelle nous a masqué le caractère "multinational" du royaume de France. Le mythe des ancêtres Gaulois revenait à dire que tous les Français avaient la même origine par le biais d'un ancien peuple, parlant une même langue, ayant les mêmes coutumes. On gommait ainsi plus de mille ans de brassages ethnique, culturel et politique !
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L'Histoire de France autrement, Suzanne Citron, éd. Editions de l'Atelier, 1992, p. 63
Inventée pour et transmise par l’école de la IIIe République, notre histoire multiculturelle et poly-ethnique doit être réécrite dans la France d’aujourd’hui, une France post-vichyste, post-coloniale, amarrée au char de l’Europe, insérée dans la complexité du monde du XXIe siècle.
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« Dénationaliser l’histoire de France », Suzanne Citron, Libération, jeudi 30 décembre 2004, p. 10
L’école gratuite, obligatoire et laïque a fait croire aux Français qu’ils descendent des Gaulois. Le Petit Lavisse, le manuel phare de la 3e République, commençait ainsi: "Autrefois, notre pays s’appelait la Gaule et ses habitants, les Gaulois." [...] Cette lecture du passé français à travers la grille d’une Gaule qui préfigurerait la "nation" est obsolète et non sans effets pervers. D’une part elle conditionne spatialement le passé autour du seul Hexagone, excluant de ce passé tout ce qui géographiquement lui est extérieur, comme les Antilles ou même la Corse. Elle confère à la durée de la présence sur le sol hexagonal présumé "gaulois" une vertu quasi-magique au nom d’une antériorité généalogique qui serait synonyme de supériorité. [...] D’autre part, et c’est le plus grave, l’idée d’une souche gauloise ethnicise fantasmatiquement la "véritable" nation et nie la diversité raciale et culturelle qui a constamment accompagné la création historique de la France. [...] L’histoire de la France "Gaule" et d’un peuple français d’origine "gauloise" fabriquée au XIXe siècle correspond à la vision des fondateurs de la République et garantit à leurs yeux l’unité et l’indivisibilité nationale. [...] Mais cette histoire de la France "Gaule" est aujourd’hui obsolète pour décrypter une identité française aux multiples racines post-coloniales et mondiales.
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Suzanne Citron, 23 juin 2008, dans Nos ancêtres les Gaulois": ils sont fous ces historiens!, paru Rue89.
[modifier] Emmanuel Todd
La contribution principale de la France à l'histoire de l'humanité est justement d'avoir fait échapper la démocratie à sa gangue ethnique originelle et défini un corps de citoyens sans référence aux notions de race ou de sang.
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Le destin des immigrés, Emmanuel Todd, éd. Seuil, 1994, p. 14
[modifier] Jacques Bainville
[L]a fusion des races a commencé dès les âges préhistoriques. Le peuple français est un composé. C'est mieux qu'une race. C'est une nation.
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Histoire de France (1924), Jacques Bainville, éd. Americ-Edit, 1930, p. 13
[modifier] Maurice Barrès
Hélas! Il n'y a point de race française, mais un peuple français, une nation française.
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Scènes et Doctrines du nationalisme (1902), Maurice Barrès, éd. Plon-Nourrit, 1925, t. 1, p. 85
[modifier] Charles Seignobos
La nation française est plus hétérogène qu'aucune autre nation d'Europe; c'est en vérité une agglomération internationale de peuples [...]. Il n'y a jamais eu de droit ni de langue communs à toute la population, et il faut une ignorance totale de l'anthropologie pour parler de "race française". La France n'a jamais eu de frontières ethnographiques ni linguistiques. Ses frontières n'ont été que géographiques ou politiques; elles ne se sont formées que très lentement et par une série d'accidents. [...] Les Français sont un peuple de métis; il n'existe ni une race française, ni un type français.
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Histoire sincère de la nation française (1937), Charles Seignobos, éd. Presses Universitaires de France, 1982, p. 15-29
Les manuels scolaires français ont donc tort d'enseigner aux élèves « Les Gaulois, nos ancêtres, étaient grands et blonds », car ces enfants ne descendent pas des guerriers nordiques, mais des paysans établis plus anciennement. Tout ce qu'on a le droit de leur dire, c'est que leurs ancêtres ont parlé la langue celtique introduite par ces guerriers.
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Histoire sincère de la nation française (1937), Charles Seignobos, éd. Presses Universitaires de France, 1946, p. 19
[modifier] Nicolas Sarkozy
La France, ce n’est pas une ethnie, ce n’est pas une race ; la France est une communauté de valeurs.
[modifier] Tzvetan Todorov
Qu’est-ce qu’être français ? [Nicolas Sarkozy] explique : « La France, ce n’est pas une race, pas une ethnie », et en cela il a raison. Il poursuit : « La France, c’est tous les hommes qui l’aiment, qui sont prêts à défendre ses idées, ses valeurs... Etre français, c’est parler et écrire le français. » Ce sont là des formules inconsistantes : il y a évidemment beaucoup de non-Français, hors de France, qui aiment ce pays, qui parlent et écrivent sa langue ; réciproquement, un certain nombre de Français, on le sait hélas, sont analphabètes : cela ne les empêche pas d’être de bons Français... Mais surtout, l’amour n’a rien à faire ici (pas de ministère de l’amour) : la citoyenneté ne se définit pas par des sentiments, seuls les Etats totalitaires rendent l’amour de la patrie obligatoire. Le candidat poursuit : « L’identité française est un ensemble de valeurs non négociables », et il cite à titre d’exemple : « La laïcité, l’égalité homme-femme, la République et la démocratie. » Ces valeurs sont belles, et l’on doit effectivement les défendre. Mais sont-elles spécifiquement françaises ? Démocratie et République sont revendiquées bien au-delà des frontières hexagonales, égalité et laïcité font partie de la définition même de ces régimes politiques. Au vrai, ces valeurs appartiennent non à l’identité française, mais au pacte républicain auquel sont soumis les citoyens et les résidents du pays. Ce n’est pas parce qu’elle est contraire à l’identité française que la soumission des femmes est condamnable. C’est parce qu’elle transgresse les lois ou les principes constitutionnels en vigueur. L’identité nationale, elle, échappe aux lois, elle se fait et défait quotidiennement par l’action de millions d’individus habitant ce pays, la France.
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« Un ministère indésirable dans une démocratie libérale », Tzvetan Todorov , Le Monde, 17 mars 2007, p. 16
[modifier] Gustave Flaubert
Je ne suis pas plus moderne qu'ancien, pas plus Français que Chinois, et l'idée de la patrie c'est-à-dire l'obligation où l'on est de vivre sur un coin de terre marqué en rouge ou en bleu sur la carte et de détester les autres coins en vert ou en noir m'a paru toujours étroite, bornée et d'une stupidité féroce.
- Lettre du 26 août 1846 à Louise Colet.
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Correspondance, Gustave Flaubert, éd. Librairie de France, 1922, p. 180
[modifier] Alphonse de Lamartine
Je suis homme avant d'être Français, Anglais ou Russe, et s'il y avait opposition entre l'intérêt étroit de nationalisme et l'immense intérêt du genre humain, je dirais, comme Barnave : « Périsse ma nation, pourvu que l'humanité triomphe! ».
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La France parlementaire (1834-1851) : oeuvres oratoires et écrits politiques, Alphonse de Lamartine, éd. A. Lacroix, Verboeckhoven, 1864, vol. 2, p. 382
L'égoïsme et la haine ont seuls une patrie ; la fraternité n'en a pas !
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« Jocelyn » (1836), dans Oeuvres de Lamartine, Alphonse de Lamartine, éd. Firmin Didot, 1850, t. 1, p. 386
[modifier] Victor Hugo
Ne soyons plus anglais ni français ni allemands. Soyons européens. Ne soyons plus européens, soyons hommes. - Soyons l'humanité. Il nous reste à abdiquer un dernier égoïsme : la patrie.
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« Choses vues » (1887), dans Oeuvres complètes, Histoire, Victor Hugo, éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 1987, p. 1313
[modifier] Victor de Laprade
[L]e caractère originel de la nation française, c'est de provenir d'une fusion des races les plus diverses, de n'être asservie à aucune prédominance exclusive dans le sang et dans les aptitudes intellectuelles ; d'où résulte une capacité merveilleuse pour recevoir toute idée, pour tout comprendre, pour emprunter à chaque peuple ce qu'il y a de général, de plus universellement humain dans sa pensée, et pour le transmettre à celui dont l'esprit est différent... Parmi tous les peuples qui tour à tour ont sillonné le sol des vieilles Gaules, il n'en est donc pas un qui puisse revendiquer à lui seul la paternité de la nation française.
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Questions d'art et de morale, Victor de Laprade, éd. Didier et cie, 1861, p. 350
L'esprit français n'est spécialement ni l'esprit religieux, ni l'esprit des arts, ni l'esprit poétique, ni l'esprit utilitaire; c'est par excellence l'esprit humain. Mais quoique la race française ne provienne point exclusivement d'une seule race, le génie français se rattache néanmoins à une tradition particulière, il n'est pas seulement fils de ses oeuvres, il peut citer des aïeux. L'intelligence française représente d'une manière abstraite et générale le génie même de l'humanité... Le génie français, malgré tout ce qu'il a d'essentiellement neuf et d'original dans son universalité, le génie français est fils d'une tradition, mais cette tradition n'est ni gauloise ni germanique, elle est par-dessus tout grecque et romaine.
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Questions d'art et de morale, Victor de Laprade, éd. Didier et cie, 1861, p. 351
[modifier] Samuel Huntington
Les Français sont toutefois plus attachés à leur culture que racistes à proprement parler.
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Le choc des civilisations (The Clash of Civilisations) (1996), Samuel Huntington, éd. Odile Jacob, 2007, p. 219