Humanité

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L'humanité est un terme qui désigne à la fois l'ensemble des êtres humains de manière descriptive, et l'unité constitutive du groupe humain de manière évaluative.

Cinéma[modifier]

Jean Halain, Fantômas, 1964[modifier]

L'Humanité, quel merveilleux spectacle de marionnettes ! Comment pourrais-je m'ennuyer ?


Claude Lelouch, L'aventure c'est l'aventure, 1972[modifier]

Jacques : Souriez, d'autant que le rire est le propre de l'homme, tout de même.
Aldo : C'est pas à toi, cette phrase.
Jacques : Non, mais ça fait plaisir à entendre.


Lino : Tout homme libre ne devra avoir ni travail, ni famille, ni patrie.


Ethnographie[modifier]

Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques, 1955[modifier]

L'humanité s'installe dans la mono-culture ; elle s'apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat.


Médias[modifier]

Presse[modifier]

Charles-Augustin Sainte-Beuve, Causeries du lundi[modifier]

Au début de L'Esprit des lois, [Montesquieu] va jusqu'à dire que les premiers hommes supposés sauvages et purement naturels sont avant tout timides et ont besoin de la paix : comme si la cupidité physique, le besoin et la faim, ce sentiment aveugle que toute jeunesse a de sa force, et aussi cette rage de domination qui est innée au coeur humain ne devaient pas engendrer dès l'abord les rixes et les guerres. Cette critique est fondamentale et porte sur tout L'Esprit des lois. Montesquieu accorde trop non seulement en-dehors, mais en secret et dans sa propre pensée, au décorum de la nature humaine [...]. Né sous un gouvernement doux, vivant dans une société éclairée où le souvenir des factions était lointain et où le despotisme qui les avait réprimées n'était plus présent ou du moins sensible, il accommoda légèrement l'humanité à son désir.

  • Les lumières et les salons — Anthologie établie et présentée par Pierre Berès, Charles-Augustin Sainte-Beuve, éd. Hermann (éditeurs des sciences et des arts), coll. Collection savoir : lettres, 1992 (ISBN 2-7056-6178-6), partie Montesquieu, 18 et 25 octobre. Causeries du lundi, t. VII, p. 123


Littérature[modifier]

Critique[modifier]

Michèle Le Dœuff & Margaret LLasera, Voyage dans la pensée baroque, 1983[modifier]

En d'autres termes, la morale de l'humanité se pose en s'opposant au sentiment d'appartenance à un groupe restreint (cité, nation, patrie): elle prononce l'extension du sentiment de communauté à l'espèce tout entière. Bergson dirait qu'elle prescrit le passage de la moralité close (réglant des rapports de réciprocité à l'intérieur d'un groupe restreint) à la morale ouverte (devoirs à l'égard de quiconque).

  • Voyage dans la pensée baroque in la Nouvelle Atlantide (Préface), Michèle Le Dœuff et Margaret LLasera, éd. Payot, 1983, p. 127


Écrit intime[modifier]

Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, 1782[modifier]

Après m'être longtemps tourmenté sans succès il fallu bien prendre haleine. Cependant j'espérais toujours, je me disais : un aveuglement si stupide, une si absurde prétention ne saurait gagner tout le genre humain. Il y a des hommes de sens qui ne partagent pas ce délire, il y a des âmes justes qui détestent la fourberie et les traîtres. Cherchons, je trouverai peut-être enfin un homme, si je le trouve ils sont confondus. J'ai cherché vainement, je ne l'ai point trouvé. La ligue est universelle, sans exception, sans retour et je suis sûr d'achever mes jours dans cette affreuse proscription sans jamais en pénétrer le mystère.


Friedrich Kellner, Le journal de Friedrich Kellner, 1941[modifier]

Humains, réveillez-vous ! Rassemblez-vous pour combattre de toutes vos forces ceux qui détruisent la paix ! Assez de réflexions, de résolutions, de discours, de « neutralité ». En avant, contre l'ennemi de l'humanité !

  • (de) Menschheit erwache! Zusammenschluß aller Mächte gegen den Friedensstörer! Keine Erwägungen, keine Resolutionen, keine Redensarten, keine „Neutralität.“ Ran an den Feind des Menschentums!
  • Journal, Friedric Kellner (trad. Wikiquote), éd. N/A (non publié), 25 juin 1941, p. 77


Anaïs Nin, Henry et June — Les cahiers secrets, 1986[modifier]

Août (1932)

Il est vrai, comme le dit Allendy, que je mêle aux inventions de mon esprit de véritables sentiments, si bien que j'en deviens prisonnière, en toute bonne foi. Il m'a appelé « la plus sympathique » des menteuses. Oui, je suis la plus noble des hypocrites. Mes mobiles, ainsi que le révèle la psychanalyse, sont presque dénués de toute malveillance. Ce n'est pas pour faire du mal que je permets à mon amant de dormir dans le lit de mon mari. C'est parce que je n'ai aucun sens du sacré. Si Henry avait été lui-même plus audacieux, j'aurais fait prendre un somnifère à Hugo et j'aurais dormi avec lui. Mais il était trop timoré, même pour me voler un baiser. Ce n'est que lorsque Hugo fut parti qu'il me jeta sur les feuilles de lierre au fond du jardin.
J'avais passé l'autre fois quatre jours avec un amant humain et passionné. Mais cette fois je fus baisée par un cannibale. J'exprimais des sentiments humains, mais je savais qu'en cet instant précis il n'était plus un homme. L'écrivain se drape dans son humanité, mais ce n'est qu'un camouflage.


Essai[modifier]

Amin Maalouf, Origines, 2004[modifier]

D’autres que moi auraient parlé de « racines »... Ce n’est pas mon vocabulaire. Je n’aime pas le mot « racines », et l’image encore moins. Les racines s’enfouissent dans le sol, se contorsionnent dans la boue, s’épanouissent dans les ténèbres ; elles retiennent l’arbre captif dès la naissance, et le nourrissent au prix d’un chantage : « Tu te libères, tu meurs ! »
Les arbres doivent se résigner, ils ont besoin de leurs racines ; les hommes pas. Nous respirons la lumière, nous convoitons le ciel, et quand nous nous enfonçons dans la terre, c’est pour pourrir. La sève du sol natal ne remonte pas par nos pieds vers la tête, nos pieds ne servent qu’à marcher. Pour nous, seules importent les routes. Ce sont elles qui nous convoient – de la pauvreté à la richesse ou à une autre pauvreté, de la servitude à la liberté ou à la mort violente. Elles nous promettent, elles nous portent, nous poussent, puis nous abandonnent. Alors nous crevons, comme nous étions nés, au bord d’une route que nous n’avions pas choisie.

  • Origines, Amin Maalouf, éd. Grasset, 2004, p. 9


Manifeste[modifier]

Tristan Tzara, Dada n°3, 1918[modifier]

Croit-on avoir trouvé la base psychique commune à tout l'humanité ? L'essai de Jésus et la Bible couvrent sous leurs ailes larges et bienveillantes : la merde, les bêtes, les journées. Comment veut-on ordonner le chaos qui constitue cette infinie informe variation : l'homme ? Le principe : « aime ton prochain » est une hypocrisie. « Connais-toi » est une utopie, mais plus acceptable, contient la méchanceté aussi. Pas de pitié. Il nous reste après le carnage, l'espoir d'une humanité purifiée.

  • Tristan Tzara dans le troisième tirage de sa revue Dada en 1918.
  • Les surréalistes — Une génération entre le rêve et l'action (1991), Jean-Luc Rispail, éd. Gallimard, coll. Découverte Gallimard Littérature, 2000 (ISBN 2-07-053140-6), chap. Témoignages et documents, Dada, 3 décembre 1918, p. 131


Prose poétique[modifier]

Roman[modifier]

Jean-Jacques Rousseau, Julie ou La nouvelle Héloïse, 1761[modifier]

Pourquoi, dans une ville si riche, le bas peuple est-il si misérable, tandis que la misère extrême est si rare parmi nous, ou l'on ne voit point de millionaires ? Cette question, ce me semble, est bien digne de vos recherches ; mais ce n'est pas chez les gens avec qui vous vivez que vous devez vous attendre à la résoudre. C'est dans les appartements dorés qu'un écolier va prendre les airs du monde ; mais le sage en apprend les mystères dans la chaumière du pauvre. C'est là qu'on voit sensiblement les obscures manoeuvres du vice, qu'il couvre de paroles fardées au milieu d'un cercle : c'est là qu'on s'instruit par quelles iniquités secrètes le puissant et le riche arrachent un reste de pain noir à l'opprimé qu'ils feignent de plaindre en public. Ah ! si j'en crois nos vieux militaires, que de choses vous apprendriez dans les greniers d'un cinquième étage, qu'on ensevelit sous un profond secret dans les hôtels du Faubourg Saint-Germain, et que tant de beaux parleurs seraient confus avec leurs feintes maximes d'humanité si tous les malheureux qu'ils ont faits se présentaient pour les démentir !


Charles Robert Maturin, Melmoth — L'homme errant, 1820[modifier]

Un temps viendra où, par ennui, vous éprouverez autant de désir d'entendre ces cris qu'ils vous inspirent aujourd'hui d'horreur ; vous guetterez le délire de votre voisin, comme vous feriez d'une représentation théâtrale. Tout sentiment d'humanité sera éteint en vous ; les fureurs de ces misérables seront à la fois pour vous une torture et un divertissement.


— Cieux immortels ! Qu'est-ce que l'homme ? Un être qui possède l'ignorance, mais non l'instinct de l'animal le plus faible ! Il est comme l'oiseau : lorsque tu poses sur lui ta main, ô toi que je n'ose appeler Père, il frissonne et jette des cris, bien que cette douce pression n'ait d'autre but que de le ramener vers sa cage et, pour fuir la crainte légère qui lui trouble les sens, il se précipite dans le piège tendu à sa vue, où sa captivité est sans espoir !


Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray, 1890[modifier]

L’humanité se prend beaucoup trop au sérieux ; c’est le péché originel du monde. Si les hommes des cavernes avaient su rire, l’Histoire serait bien plus differente

  • (en) Humanity takes itself too seriously. It is the world's original sin. If the cave-man had known how to laugh, History would have been different.
  • Le Portrait de Dorian Gray (1891), Oscar Wilde (trad. Eugène Tardieu et Georges Maurevert), éd. A. Savine, 1895, chap. III, p. 59


Émile Zola, L'Argent, 1891[modifier]

L'argent [est] le fumier dans lequel pousse l'humanité de demain. [...] L'argent, empoisonneur et destructeur, devenait le ferment de toute végétation sociale, servait de terreau nécessaire aux grands travaux dont l'exécution rapprocherait les peuples et pacifierait la terre.


Ernst Jünger, Sur les falaises de marbre, 1939[modifier]

L'ordre humain ressemble au Cosmos en ceci, que de temps en temps, pour renaître à neuf, il lui faut plonger dans la flamme.

  • Sur les falaises de marbre (1942), Ernst Jünger (trad. Henri Thomas), éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 2005, p. 71


Alexandre Najjar, Le roman de Beyrouth, 2005[modifier]

Comment lui expliquer la folie des hommes ?

  • Le roman de Beyrouth, Alexandre Najjar, éd. Pocket, 2005, p. 375


Yasmina Khadra, L’Attentat, 2005[modifier]

Celui qui t’a dit qu’un homme ne doit pas pleurer ignore ce qu’homme veut dire.

  • L’Attentat, Yasmina Khadra, éd. Pocket, 2005, p. 11


Tous les trois, perclus chacun dans son silence, nous contemplons l’horizon que l’aurore embrase de mille feux, certains que le jour qui se lève, pas plus que ceux qui l’ont précédé, ne saurait apporter suffisamment de lumière dans le cœur des hommes.

  • L’Attentat, Yasmina Khadra, éd. Pocket, 2005, p. 84


[Q]ue savons-nous vraiment de ce qui est juste et de ce qui ne l’est pas ? Les choses qui nous arrangent ; celles qui ne nous conviennent pas. Nous manquons de discernement aussi bien lorsque nous sommes dans notre droit que lorsque nous sommes dans le tort. Ainsi vivent les hommes : dans le pire lorsqu’il est le meilleur d’eux-mêmes, et dans le meilleur lorsqu’il ne veut pas dire grand-chose...

  • L’Attentat, Yasmina Khadra, éd. Pocket, 2005, p. 90-91


Il n’y a que deux extrêmes dans la folie des hommes. L’instant où l’on prend conscience de son impuissance, et celui où l’on prend conscience de la vulnérabilité des autres. Il s’agit d’assumer sa folie, docteur, ou de la subir.

  • L’Attentat, Yasmina Khadra, éd. Pocket, 2005, p. 213


Yasmina Khadra, L’Olympe des Infortunes, 2010[modifier]

[U]n homme est capable d’aller au-delà de la mort et de revenir.

  • L’Olympe des Infortunes, Yasmina Khadra, éd. Julliard, 2010, p. 227


Marc Lévy, Le premier jour, 2009[modifier]

Elle expliqua que l’homme ne serait jamais libre d’aller où il le souhaitait tant qu’il n’aurait pas appris d’où il venait.

  • Le premier jour, Marc Levy, éd. Pocket, 2009, p. 170


Théâtre[modifier]

Térence, Heauton Timoroumenos, 163 av. J.C.[modifier]

Rien de ce qui est humain ne m'est étranger.

  • (la) Homo sum: humani nil a me alienum puto.

Molière, Le Misanthrope, 1666[modifier]

Alceste : Je veux qu’on me distingue ; et, pour le trancher net,
L’ami du genre humain n’est point du tout mon fait.


Philosophie[modifier]

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 1885[modifier]

Là où cesse l'Etat, c'est là que commence l'homme, celui qui n'est pas superflu : là commence le chant de ce qui est nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable.

  • Ainsi parlait Zarathoustra, Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1972 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « De la nouvelle idole », p. 69


J'aime la forêt. On vit mal dans les villes : il y a trop d'humains en rut.

  • Ainsi parlait Zarathoustra, Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1972 (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « De la chasteté », p. 72


Friedrich Nietzsche, Par-delà bien et mal, 1886[modifier]

On a fait un grand pas en avant lorsqu'on a fini par inculquer aux grandes masses (aux esprits plats qui ont la digestion rapide) ce sentiment qu'il est défendu de toucher à tout, qu'il y a des évènements sacrés où elles n'ont accès qu'en ôtant leurs souliers et auxquels il ne leur est pas permis de toucher avec des mains impures, — c'est peut-être le point le plus élevé d'humanité qu'ils peuvent atteindre. Au contraire, rien n'et aussi répugnant, chez les êtres soi-disant cultivés, chez les sectateurs des « idées modernes », que leur manque de pudeur, leur insolence familière de l'oeil et de la main qui les porte à toucher à tout, à goûter de tout et à tâter de tout ; et il se peut qu'aujourd'hui, dans le peuple, surtout chez les paysans, il y ait plus de noblesse relative du goût, plus de sentiment de respect, que dans ce demi-monde des esprits qui lisent les journaux, chez les gens cultivés.

  • Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie IX, chap. « Qu'est-ce qui est noble ? », § 263, p. 338


Ce qui sépare le plus profondément deux hommes, c'est un sens et un degré différents de propreté.

  • Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie IX, chap. « Qu'est-ce qui est noble ? », § 271, p. 349


Filippo Mignini, Dieu tout-pensant, 2010[modifier]

La philosophie de Spinoza a pour but ultime de montrer les conditions d'une vie humaine digne d'être vécue en ce monde, autrement dit aussi libre et aussi sereine que possible.

  • Cette citation provient d'un dossier coordonné par Maxime Rovere concernant la philosophie spinozienne.
  • « Dieu tout-pensant », Filippo Mignini, Le Magazine Littéraire, nº 493, Janvier 2010, p. 76


Psychologie[modifier]

Mary Esther Harding, Les Mystères de la femme, 1953[modifier]

[...] si un individu ne joue pas convenablement son rôle sur la scène du monde, il n'atteindra que la moitié de son développement. Sa tâche dans la vie est de remplir ses propres obligations, de veiller à ses intérêts mais aussi de participer à l'évolution culturelle de l'humanité.

  • Les Mystères de la femme (1953), Mary Esther Harding (trad. Eveline Mahyère), éd. Payot & Rivages, coll. Petite Bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 2-228-89431-1), chap. I. Les mythes et l'esprit moderne, p. 37


Quand des instincts, des images et des impulsions chaotiques se précipitent en masse de l'inconscient, ils brisent toute barrière élevée par l'individu ou par l'humanité. Une seule chose peut lui résister : si paradoxal que cela puisse paraître, c'est la puissance de l'individualité. Le mot individualité est utilisé ici au sens que Jung lui a donné. Il désigne les parties inconscientes aussi bien que les parties conscientes de la psyché et n'est pas synonyme de l'ego qui n'est que le centre de la conscience.

  • Les Mystères de la femme (1953), Mary Esther Harding (trad. Eveline Mahyère), éd. Payot & Rivages, coll. Petite Bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 2-228-89431-1), chap. XIV. Renaissance et immortalité, p. 314


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