Histoire

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L’histoire est à la fois l’étude des faits, des événements du passé et, par synecdoque, l’ensemble de ces faits, de ces événements.

Honoré de Balzac[modifier]

ll y a deux histoires : l'histoire officielle, menteuse, puis l'histoire secrète, où sont les véritables causes des événements.

  • Illusions perdues (1837-1843), Honoré de Balzac, éd. Garnier-Flammarion, 1966, p. 590


Patrick Boucheron[modifier]

L’histoire est intelligible, mais elle est incompréhensible. Elle se déroule mais ne s’explique pas, elle est inexorable et mystérieuse.


Maxime Chattam[modifier]

Les vainqueurs sont ceux qui écrivent l'Histoire. C'est celle-là qui est rédigée dans nos livres d'école, pas la vraie Histoire telle qu'elle s'est déroulée, mais une Histoire qui caresse le camp des gagnants. L'Histoire a cessé, depuis longtemps d'être la somme des humanités ; aujourd'hui elle n'appartient qu'à une poignée d'individus.


Choderlos de Laclos[modifier]

[...] pendant plusieurs siècles, l'histoire n'est qu'un chaos dégoûtant qui à peine mérite d'être connu. Cette époque ténébreuse ne fournit rien non plus ni en morale ni en belles-lettres. C'est un désert qu'il faut traverser pour arriver au règne de Charlemagne, où notre histoire moderne reprend quelque intérêt.


Suzanne Citron[modifier]

L'histoire de France traditionnelle nous a masqué le caractère "multinational" du royaume de France. Le mythe des ancêtres Gaulois revenait à dire que tous les Français avaient la même origine par le biais d'un ancien peuple, parlant une même langue, ayant les mêmes coutumes. On gommait ainsi plus de mille ans de brassages ethnique, culturel et politique !

  • L'Histoire de France autrement, Suzanne Citron, éd. Editions de l'Atelier, 1992, p. 63


Paul-Louis Courier[modifier]

Cet enchaînement de sottises et d'atrocités qu'on appelle histoire ne mérite guère l'attention des hommes sensés.

  • Lettre à M. Guilhem de Sainte-Croix, 12 septembre 1806
  • Mémoires, Correspondance et Opuscules inédits, Volume 1, Paul-Claude Racamier, éd. Sautelet ; Mesnier, 1828, p. 145


Fénelon[modifier]

Le bon historien n'est d'aucun temps ni d'aucun pays ; quoiqu'il aime sa patrie, il ne la flatte jamais en rien.

  • « Lettre à l'Académie » (1716), dans Lettres à l'Académie française, Fénelon, éd. Slatkine Reprints, 1970, VIII (« Projet d'un traité sur l'histoire »), p. 111-112 (voir la fiche de référence de l'œuvre)


Michel Foucault[modifier]

Jupiter, dieu hautement représentatif du pouvoir, dieu par excellence de la première fonction et du premier ordre dans la tripartition indo-européenne, c'est à la fois le dieu aux liens et le dieu aux foudres. Eh bien, je crois que l'histoire, telle qu'elle fonctionne encore au Moyen Âge, avec ses recherches d'antiquité, ses chroniques au jour le jour, ses recueils d'exemples mis en circulation, c'est encore et toujours cette représentation du pouvoir, qui n'en est pas simplement l'image, mais aussi la procédure de revigoration. L'histoire, c'est le discours du pouvoir, le discours des obligations par lesquelles le pouvoir soumet ; c'est aussi le discours de l'éclat par lequel le pouvoir fascine, terrorise, immobilise. Bref, liant et immobilisant, le pouvoir est fondateur et garant de l'ordre ; et l'histoire est précisément le discours par lequel ces deux fonctions qui assurent l'ordre vont être intensifiées et rendues plus efficaces. D'une façon générale, on peut donc dire que l'histoire, jusque tard encore dans notre société, a été une histoire de la souveraineté, une histoire qui se déploie dans la dimension et dans la fonction de la souveraineté. C'est une histoire « jupitérienne ».


Dans l'histoire de type romain, la mémoire avait essentiellement à assurer le non-oubli — c'est-à-dire le maintien de la loi et la majoration perpétuelle de l'éclat du pouvoir à mesure qu'il dure. Au contraire, la nouvelle histoire qui apparaît va avoir à déterrer quelque chose qui a été caché, et qui a été caché non seulement parce que négligé, mais aussi parce que soigneusement, délibérément, méchamment, travesti et masqué. Au fond, ce que la nouvelle histoire veut montrer, c'est que le pouvoir, les puissants, les rois, les lois, ont caché qu'ils étaient nés dans le hasard et dans l'injustice des batailles.


Ils essaient, ces rois injustes et partiels, de se faire valoir pour tous et au nom de tous ; ils veulent bien que l'on parle de leurs victoires, mais ils ne veulent pas que l'on sache que leurs victoires étaient la défaite des autres, c'était « notre défaite ». Donc, le rôle de l'histoire sera de montrer que les lois trompent, que les rois se masquent, que le pouvoir fait illusion et que les historiens mentent. Ce ne sera dons pas une histoire de la continuité, mais une histoire du déchiffrement, de la détection du secret, du retournement de la ruse, de la réappropriation d'un savoir détourné et enfoui. Ce sera le déchiffrement d'une vérité scellée.


Il s'agit, dans cette histoire qui va s'opposer, dans sa forme même, au savoir du greffier et du juge, d'ouvrir les yeux du prince sur les usurpations dont il n'a pas eu conscience, et de lui restituer les forces, le souvenir des liens qu'il a eu sans doute intérêt à oublier lui-même et à faire oublier. Contre le savoir des greffiers, qui renvoie toujours d'une actualité à une autre, du pouvoir au pouvoir, du texte de la loi à la volonté du roi, et inversement, l'histoire sera l'arme de la noblesse trahie et humiliée ; une histoire dont la forme profondément anti-juridique sera, derrière l'écriture, le décryptage, la remémoration au-delà de toutes les désuétudes, et la dénonciation de ce que ce savoir cachait d'hostilité apparente. Voilà le premier grand adversaire de ce savoir historique que la noblesse veut lancer pour réoccuper le savoir du roi.


L'autre grand adversaire, c'est le savoir non plus du juge ou du greffier, mais de l'intendant : non plus le greffe, mais le bureau [...]. Contre ce savoir des intendants et du bureau, la noblesse veut faire valoir une autre forme de connaissance : une histoire, cette fois, des richesses et non plus une histoire économique, c'est-à-dire une histoire des déplacements des richesses, des exactions, des vols, des tours de passe-passe, des détournements, des appauvrissements, des ruines. Une histoire, par conséquent, qui passe derrière le problème de la production des richesses, pour montrer par quelles ruines, dettes, accumulations abusives, s'est constitué, de fait, un certain état des richesses qui n'est, après tout, qu'un mélange des malhonnêtetés accomplies par le roi avec la bourgeoisie. Ce sera donc, contre l'analyse des richesses, une histoire de la manière dont les nobles se sont ruinés dans des guerres sans fin ; une histoire de la manière dont l'Eglise s'est fait donner par ruse des terres et des revenus; une histoire de la manière dont la bourgeoisie a endetté la noblesse ; une histoire de la manière dont le fisc royal a rogné les revenus des nobles, etc.


Ce quelque chose qui parle désormais dans l'histoire, qui prend la parole dans l'histoire, et dont on va parler dans l'histoire, c'est ce que le vocabulaire de l'époque désigne par le mot de « nation ».


Alain-Christian Fragny[modifier]

Le cours de l'histoire fait penser à une tragédie sans scénario écrit d'avance, dans laquelle seuls sont mis en scène des destins à accomplir. Pour jouer un rôle dans ce théâtre, il y a une condition: les acteurs doivent pressentir et oser défier l'adversité qui s'annonce.

  • « Témoignage : Guerre du Golfe », Alain-Christian Fragny, Jeune Résistance (ISSN 1279 - 4759), nº 31, été 2003, p. 13


Pierre Goubert[modifier]

C'est un métier que l'histoire, et non pas un hobby, un bavardage, une anecdote ou un canular.

  • « Préface », dans Un Fleuve et des hommes. Les gens de la Dordogne au XVIIIe siècle, Anne-Marie Cocula-Vaillières, éd. Tallandier, coll. Bibliothèque Geographia, 1981, p. 11


Hegel[modifier]

Ce qu'enseignent l'expérience et l'histoire, c'est que peuples et gouvernements n'ont jamais rien appris de l'histoire et n'ont jamais agi suivant des maximes qu'on en aurait pu retirer.


Henri-Irénée Marrou[modifier]

L'histoire nous libère des entraves, des limitations qu'imposait à notre expérience de l'homme notre mise en situation au sein du devenir, à telle place dans telle société à tel moment de son évolution, - et par là elle devient en quelque sorte un instrument, un moyen de notre liberté.


Karl Marx[modifier]

Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse d'un poids très lourd sur le cerveau des vivants.

  • Textes 1, Karl Marx (trad. R. Cartelle et G. Badia), éd. sociales, coll. Classiques du marxisme, 1972, chap. Les origines du coup d'Etat du 2 Décembre, p. 161


Polybe[modifier]

Aussi doit-on attacher moins d'importance quand on lit ou que l'on écrit l'histoire, au récit des faits qu’à ce qui s'est passé auparavant, en même temps et après ; car si l'on supprime la recherche des causes, des moyens, des intentions et des conséquences, heureuses ou malheureuses, de chaque événement, l’histoire n'est plus qu’un jeu d'esprit ; elle ne sert plus à l’instruction du lecteur ; elle distrait pour le moment, mais on n'en tire absolument aucun profit pour l'avenir.

  • Histoires, Polybe, éd. Benoît Lacroix, IIe siècle av. J.-C., chap. III, p. 31


Paul Valéry[modifier]

L'histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l'intellectuel ait élaboré. Il fait rêver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs, exagère leurs réflexes, entretient leurs vieilles plaies, les tourmente dans leur repos, les conduit au délire des grandeurs ou à celui de la persécution et rend les nations amères, superbes, insupportables et vaines. L'histoire justifie ce que l'on veut, n'enseigne rigoureusement rien, car elle contient des exemples de tout et donne des exemples de tout.

  • Regards sur le monde actuel, Paul Valéry, éd. Gallimard, 1945, p. 43


L'histoire, je le crains, ne nous permet guère de prévoir ; mais associée à l'indépendance de l'esprit, elle peut nous aider à mieux voir.

  • « Discours de l'histoire », dans Variété IV, Paul Valéry, éd. Gallimard, coll. NRF, 1938, p. 142

Alexandre Zinoviev[modifier]

Il est tellement naturel pour tâcher de comprendre les phénomènes de la vie humaine d'avoir recours aux notions d'historisme que le seul fait de vouloir remettre celles-ci en question paraît sacrilège. Certains pensent qu'on ne peut comprendre la société communiste dans son essence que d'un point de vu historiques, c'est à dire en considérant l'histoire de sa formation. L'histoire authentique, cela va s'en dire, et non pas l'histoire falsifié que pratiquent les historiens et les philosophes procommunistes. Selon eux, le déroulement des événements, la façon dont s'est constituée cette société suffise à expliquer la nature

  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev, éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981, p. 39


Dans le cas présent le jugement historique fait en outre obstacle à la compréhension scientifique de la société qui nous intéresse, car les histoires imposent ici des fonctions étrangères à cette société

  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev, éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981, p. 40


Le jugement historique porte l'attention sur des phénomènes dont il faut avant tout s'abstraire si l'on veut comprendre ce qu'est réellement cette nouvelle société née dans un contexte historique donné. Le processus historique est lui aussi, bien sûr, une réalité, mais c'est une réalité qui disparaît dans le passé. La nouvelle société qui a mûri en lui a vite fait de se débarrasser d'un revêtement historique qui l'encombre et lui est devenu étranger. Elle se constitue un autre environnement historique plus conforme à sa nature. La réalité sociologique est conçue, elle, pour rester. Elle est tournée vers l'avenir

  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev, éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981, p. 41


La conscience historique est condamnée, quant à elle, à tout prendre pour argent comptant ; elle voit l'origine de la société communiste dans l'action des partisans de la doctrine communiste et lie le développement des forces adverses à l'action de ses ennemis. Elle est, par exemple, incapable de comprendre que sans l'aide des représentants des couches privilégiées de l'ancienne société russe la nouvelle société n'aurait pas pu tenir un an.

  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev, éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981, p. 41


Dans le cas présent l'homme qui raisonne en historien n'est qu'un petit bourgeois déguisé.

  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev, éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1981, p. 42