Grotte
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[modifier] Littérature
[modifier] Critique
[modifier] André Pieyre de Mandiargues, Le Musée noir, 1924
Introduction
Allez en forêt saisir le midi frémissant des clairières ; découvrez le minuit des carrières à l'abandon, des plages retirées où s'enjolivent de lune les menues alluvions déposées par le flot ; explorez les gares, les passages, les souterrains des grandes villes, les maisons closes comme des confitures de velours en pots de miroir, les salles de jeu, les foires à la brocante, les théâtre vieillis ; parcourez les gorges des torrents polies et dures telles que des chevaux cabrés, les grottes, les chemins de planches jetés aux marécages ; tant de choses qu'à moins de les voir en aveugle on doit regarder jusqu'à se brûler ou se crever les yeux, et tous les ricanements des bonshommes, toutes les ordonnances de leurs clergés ou de leurs polices, ne pourront plus rien contre l'innocence farouche d'un univers enfin déchaîné.
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Le Musée noir, André Pieyre de Mandiargues, éd. Gallimard, 1946 (ISBN 2-07-071990-1), Introduction, p. 11
[modifier] Nouvelle
[modifier] Gérard de Nerval, Les Filles du feu, 1834
Sylvie
Quelquefois j'ai besoin de revoir ces lieux de solitude et de rêverie. J'y relève tristement en moi-même les traces fugitives d'une époque où le naturel était affecté ; je souris parfois en lisant sur le flanc des granits certains vers de Roucher, qui m'avaient paru sublimes, — ou des maximes de bienfaisance au-dessus d'une fontaine ou d'une grotte consacrée à Pan. Les étangs, creusés à si grands frais, étalent en vain leur eau morte que le cygne dédaigne.
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Les Filles du feu (1834), Gérard de Nerval, éd. Maxi-Livres, coll. Maxi-Poche Classiques Français, 1997 (ISBN 2-8771-4348-1), partie Sylvie — Souvenir du valois, XIV. Dernier feuillet, p. 142
[modifier] Prose poétique
[modifier] Novalis, Hymne à la nuit, 1800
Autrefois, parmi les races diverses qui peuplent au loin le monde, un destin de fer étendait sa souveraine puissance. Des liens étroits et grossiers enchaînaient leur ame, et la terre était la patrie et le séjour de leurs dieux ; sur les montagnes de l’Orient et dans le sein de la mer, habitait le soleil, lumière vivante et répandant partout la chaleur. Un vieux géant portait le monde, et les premiers enfans de la terre reposaient sous les montagnes, avec leur rage impuissante contre les nouveaux dieux et contre les hommes ; les profondeurs de la mer renfermaient une déesse, et dans les grottes de cristal, un peuple joyeux passait une vie de voluptés [...]. Le vin était meilleur, versé par les mains de la jeunesse, un dieu était dans la grappe, une déesse dans les gerbes, et la plus belle habitante de l’Olympe avait dans ses attributions les doux frémissemens de l’amour.
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« Hymne à la nuit », Novalis, Nouvelle revue germanique, nº 14, 1833, p. 236
[modifier] André Breton, Poisson soluble, 1924
Tu m'entraîneras plus loin qu'où je n'ai pu aller, et tes bras seront des grottes hurlantes de jolies bêtes et d'hermines.
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Poisson soluble (1924), André Breton, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1996 (ISBN 2-07-032917-8), partie 23, p. 92
[modifier] Roman
[modifier] James Joyce, Ulysse, 1922
La flamme résineuse du bois de camphres s'élève du bûcher des sutties. La fumée de l'encens, drap funèbre, le cache, et s'éparpille. Sortant de son cadre de chêne, une nymphe aux cheveux flottants, légèrement vêtue de couleurs artistiques thé-infusé, descend de sa grotte, passe sous une voûte d'ifs et s'arrête au-dessus de Bloom.
LES IFS (Leurs feuilles murmurent.) : Soeur. Notre soeur. Ch !
LA NYMPHE (Doucement.) : Mortel ! (Compatissante.) Nenni, point ne te sied larmoyer.
BLOOM : (Gélatineux à quatre pattes sous les branches, tigré de soleil, et très digne.) : Cette posture. Je sentais qu'on attendait ça de moi. La force de l'habitude.
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Ulysse (1922), James Joyce (trad. Auguste Morel), éd. Gallimard, coll. Folio, 1957 (ISBN 2-07-040018-2), p. 764
[modifier] André Breton, L'Amour fou, 1937
Toujours dans une grotte, la Grotte des Fées près de Montpellier où l'on circule entre des murs de quartz, le coeur retarde quelques secondes de battre au spectacle de ce manteau minéral gigantesque, dit « manteau impérial », dont le drapé défie à jamais la statuaire et que la lumière d'un projecteur couvre de roses, comme pour qu'il n'ait rien à envier, même sous ce rapport, au pourtant splendide et convulsif manteau fait de la répétition à l'infini de l'unique petite plume rouge d'un oiseau rare que portaient les anciens chefs hawaïens.
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L'Amour fou, André Breton, éd. Gallimard, 1976 (ISBN 978-2070367238), p. 16 (voir la fiche de référence de l'œuvre)