Domination
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[modifier] Littérature
[modifier] Critique
[modifier] Giovanni Macchia, Chateaubriand — Europe n°775-776, 1993
Le mythe moderne et antibourgeois de Chateaubriand me semble reposer sur trois points : l'impopularité, l'élégance, l'amour du rêve. Très significative est une phrase cinglante à l'adresse de l'académicien Villemain, liquidateur hâtif de la personnalité du vicomte : « Les Villemain — écrit Baudelaire — ne comprendront jamais que les Chateaubriand on droit à des immunités et à des indulgences auxquelles tous les Villemain de l'humanité ne pourront jamais aspirer. » [...] En son essence, la nature aristocrate du mythe de l'écrivain reste inaccessible à l'homme du commun. Ainsi la figure de Chateaubriand vague-t-elle dans l'irrationnel, au-delà de la critique et de l'analyse. Il n'y a pas moyen de le réduire à un détail, à un geste inadéquat, à une parole inopérante. Aucune attaque ne l'effleure. Le vieux dandy, le père du dandysme, le grand gentilhomme de la décadence, accède en littérature à une domination qui s'exerce sur le même plan que le pouvoir politique et militaire. Il fut placé à la même hauteur que son superbe adversaire, Napoléon.
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« L'homme de la mort — Mythification de l'écrivain », Giovanni Macchia, Chateaubriand — Revue Littéraire Europe (ISSN 0014-2751), nº 775-776, Novembre-décembre 1993, p. 11
[modifier] Nouvelle
[modifier] Renée Vivien, La Dame à la Louve, 1904
… C’était beau quand même, cette trombe de flammes. C’était plus beau que le soleil. Jamais je n’ai vu quelque chose d’aussi magnifique… C’était si merveilleusement splendide que je tombai à genoux, et que je tendis mes deux bras vers le Feu, en riant comme les petits enfants et les idiots.
Je vous répète que c’était aussi effroyable que superbe, et que j’en devins presque fou. C’était trop beau pour les yeux d’un homme. Dieu seul pouvait regarder cet embrasement en face sans en mourir ou en perdre la raison.
Mais Polly, qui n’a pas plus d’âme que mes mules, ne comprit point et regarda sans voir. Elle ne s’étonne de rien, elle n’admire rien…
Je la haïssais de ne point avoir peur. Oh ! comme je la haïssais !… Je la hais férocement, parce qu’elle est plus forte et plus vaillante que moi… Je la hais, comme une femme exècre l’homme qui la domine.
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La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Soif ricane, p. 33
[modifier] Roman
[modifier] Dominique Fernandez, Porporino et les mystères de Naples, 1974
Si les grandes personnes cherchaient à nous dominer sous des ordres arbitraires, qu'il serait merveilleux de ne plus jamais revenir dans le monde, d'échapper pour toujours à ses lois cruelles et de flotter jusqu'à la fin des temps comme ce soir, allégés par miracle de nos dépouilles terrestres et libérés de notre poids humain, glissant au-dessus des champs et des vallons endormis, sous cette clarté irréelle.
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Porporino ou les mystères de Naples (1974), Dominique Fernandez, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 1974 (ISBN 978-2-246-01243-6), partie I « San Donato », Du sang sous la lune, p. 112
[modifier] Médias
[modifier] Presse
[modifier] Littérature, Enquête — Pourquoi écrivez-vous ?, 1920
J'écris, comme tout écrivain, pour affirmer des tendances intimes refoulées dans la vie réelle. Je crois que l'oeuvre d'art pourrait être définie une compensation du réel. Nos instincts révolutionnaires et sexuels, nos instincts de domination et de connaissance ne peuvent se satisfaire pleinement au cours de la vie. Leur refoulement produit une sublimation qui donne naissance à l'oeuvre d'imagination. Celle-ci n'est donc que l'épanouissement de vélléités contrariées. Elle peut, dans les cas de refoulement excessifs, aboutir à une contradiction complète et magnifique de l'existence effective de l'écrivain.
Les atrocités sans frein des ouvrages du Marquis de Sade peuvent s'expliquer par le fait qu'il écrivit surtout en prison. L'outrance de ses inventions me ferait plutôt croire à la non-réalisation de ses tendances érotiques. C'est une revanche du rêve sur la réalité.
En ce qui me concerne, il n'y a pas lieu de douter que certaines de mes pièces, Poussière, les Possédés, Terres chaudes, entre autres, sont une tentative de compensations d'instincts révolutionnaires entravés et de désirs de voyages incomplètement satisfaits.
- H. R. Lenormand donne suite à une enquête concernant son statut d'écrivain menée par le mensuel surréaliste Littérature, ce sur plusieurs numéros.
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« Notre enquête — Pourquoi écrivez-vous ? », H. R. Lenormand, Littérature, nº 11, Décembre 1920, p. 24
[modifier] Psychanalyse
[modifier] Carl Gustav Jung, Dialectique du Moi et de l'inconscient, 1933
[...] un individu qui attribue la psyché collective — qui lui est donnée a priori et à son insu — à son patrimoine acqui ontogénétiquement comme si elle en faisait partie, s'attribue cela en quelque sorte illégitimement, et agrandit de façon démesurée le périmètre de sa personnalité, avec toutes les conséquences que cela comporte : car, dans la mesure où la psyché collective constitue les « parties inférieures » des fonctions psychiques, et par conséquent cette base qui soutient implicitement toute personnalité, son attribution au Moi va alourdir et dévaloriser la personnalité, ce qui s'exprimera dans l'inflation, soit par un écrasement du sentiment de soi-même, soit par une exaltation inconsciente et une mise en évidence du Moi, qui peut alors atteindre à une volonté morbide de domination.
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Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. Folio Essais, 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de l'assimilation de l'inconscient, p. 65
[modifier] Alberto Eiguer, Psychanalyse du libertin, 2010
Libertinage, le plaisir et la joie
Les perversions morales (ou de comportement ou perversité), telles que la perversion-narcissique, le sadomasochisme moral, la mythomanie, l'imposture, le jeu pathologique, la pyromanie, la kleptomanie, la prédation morale, etc., s'expriment par des comportements de manipulation d'autrui que l'individu essaie de dominer, d'utiliser et d'avilir. Le patient est animé de malveillance : le plaisir de faire du mal. Bien qu'il se montre généralement sympathique, il est parfois impétueux, arrogant.
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Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie I. Libertinage, le plaisir et la joie, chap. Les libertins sont-ils des pervers ?, Bornes et étendue de la perversion, p. 18
[modifier] Psychologie
[modifier] Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, Les Perversions sexuelles et narcissiques, 2005
Introduction
Pour le psychopathologue, le terme « perversion » recouvre à la fois un type d'acte, une conduite sexuelle (perversion sexuelle), un caractère pathologique, un mode de relation à l'autre teinté de manipulation. Par extension, le terme « perversion » peut concerner aussi des sujets qui n'ont pas de comportements sexuels inhabituels, mais un mode de jouissance reposant sur la souffrance, l'humiliation, l'instrumentation de l'autre : registre de la perversion « morale » ou « narcissique » qui procéderait d'un noyau commun à toutes les perversions. Ce sont alors la domination et la disqualification du moi d'autrui qui sont cherchées.
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Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), Introduction, p. 7
Caractéristiques des perversions
« L'appareil d'emprise », décrit par Freud (1905), est un moyen de domination dont l'activité est intermédiaire entre le sexuel et le non-sexuel. L'emprise serait donc indépendante de la sexualité et, dans l'ordre de l'ontogenèse, antérieure à la libido sexuelle (Trois essais), ce qui ferait d'elle un moyen de défense du narcissisme via les pulsions d'autoconservation.
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Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie II. Caractéristiques des perversions, chap. 3. Invariants psychopathologiques, 3.2 Acte partiel et pulsion d'emprise, p. 53
[modifier] Cédric Roos, La relation d'emprise dans le soin, 2006
Définitions
Par extension, le terme emprise désigne actuellement l’ascendant intellectuel ou moral exercé sur un individu ou un groupe ; il est à rapprocher des notions de domination, autorité, empire et influence, mais aussi de dépendance.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Définitions : Emprise, dans [1], paru Textes Psy, Cédric Roos.
La relation d'emprise (cadre psychanalytique)
Dorey distingue trois dimensions principales dans la relation d’emprise qui sont : une action d’appropriation par dépossession de l’autre, une action de domination où l’autre est maintenu dans un état de soumission et de dépendance, une empreinte sur l’autre, qui est marqué physiquement et psychiquement.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique), dans [2], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Sur le plan social, l’obsessionnel est conformiste, respectueux des convenances et des lois. Sur le plan personnel, il se montre exigeant, dominateur, intolérant, égoïste et avare ; il redoute les débordements émotionnels et apparaît froid et peu démonstratif. Ayant besoin de tout maîtriser, il ne supporte chez l’autre aucune singularité. Sa violence s’exerce par la contrainte et par la force, pour contrôler, modifier ou freiner tout ce qui lui est extérieur. N’usant pas de la violence physique par peur des sanctions plus que par intérêt pour autrui, sa destructivité intervient au quotidien par une pression et un contrôle incessants.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise L'obsessionnel : détruire l'autre parce qu'il est différent, dans [3], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Conclusion
La pulsion d’emprise pousse le moi à dominer le monde dans un sentiment de toute puissance qui ignore le sort et jusqu’à l’existence même d’un objet encore mal différencié. Cruelle, la pulsion d’emprise poursuit son but égoïste en se protégeant d’un objet pour lequel elle ne connaît aucune pitié. Elle est par la suite pondérée, dans une structure de personnalité équilibrée, par l’intégration dans le surmoi des interdits parentaux qui permettent, en contrôlant les exigences instinctuelles du çà, une adaptation sociale harmonieuse du sujet.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Conclusion, dans [4], paru Textes Psy, Cédric Roos.