Destinée

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DestinyJohn William Waterhouse (1900)
Les Moires, dites aussi Les Trois Destinées, sont les divinités relatives au destin

La destinée correspond à la puissance souveraine considérée comme réglant d'avance tout ce qui doit être ; voir destin.

Elle désigne également l'ensemble des évènements composant la vie d'un être, considérés comme déterminés d'une façon irrévocable et indépendante de sa volonté.

Sommaire

[modifier] Littérature

[modifier] Écrit intime

[modifier] Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, 1782

[...] je ne devais point user à résister inutilement à ma destinée la force qui me restait pour la supporter. Voilà ce que je me disais, ma raison, mon coeur y acquiesçaient et néanmoins je sentais ce coeur murmurer encore. D'où venait ce murmure ; je le cherchai, je le trouvai ; il venait de l'amour-propre qui après s'être indigné contre les hommes se soulevait encore contre la raison.


[modifier] Poésie

[modifier] Paul Verlaine, L'Apollon de Pont-Audemer, 1864

Plus tard, soit que le sort, l'épargne ou le désigne,
On le verra, bon vieux, barbe blanche, oeil terni,
S'éteindre doucement, comme un jour qui finit.

Ou bien, humble héros, martyr de la consigne,
Au fond d'une tranchée obscure ou d'un talus
Rouler, le crâne ouvert par quelque éclat d'obus.

  • « L'Apollon de Pont-Audemer », 9 sept. 1864
  • Oeuvres poétiques, Paul Verlaine, éd. Jean de Bonnot, 1975, t. 7, p. 215, vers 9-14


[modifier] Jules Laforgue, Des fleurs de bonne volonté, 1890

Je fais la cour à ma Destinée ;
Et demande : " Est-ce pour cette année ? "

Je la prends par la douceur, en Sage,
Tout aux arts, au bon cœur, aux voyages...

  • « Esthétique », dans Œuvres complètes: édition chronologique intégrale, Jules Laforgue, éd. L’Âge d'Homme, 1995, t. 2, p. 186, vers 1-4


[modifier] Prose poétique

[modifier] Robert Desnos, Deuil pour deuil, 1924

Je suis Tu et tu es Je. Des grappes de prunes pendent à mes doigts. Un coeur c'est aussi un petit pois qui germera ridiculement, dans la destinée d'accompagner de façon anonyme la dépouille mortelle d'un canard sauvage, sur un plat d'argent, dans une sauce richement colorée.


[modifier] Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927

Corsaire Sanglot, ton attente eût été longue sans l’invincible destinée qui te livre entre mes mains.
Et voici que s’avance le marchand d’éponges.
Corsaire Sanglot le questionne du regard et celui-ci lui révèle que son poétique fardeau ne lui suggère pas des idées normales.


Dans le désert, perdu, irrémédiablement perdu, l’explorateur casqué de blanc se rend compte enfin de la réalité des mirages et les trésors inconnus, les faunes rêvées, les flores invraisemblables constituent le paradis sensuel où il évoluera désormais, épouvantail sans moineaux, tombeau sans épitaphe, homme sans nom, tandis que, formidable déplacement, les pyramides révèlent les dés cachés sous leur masse pesante et posent à nouveau le problème irritant de la fatalité dans le passé et de la destinée dans le futur.


[modifier] Récit de voyage

[modifier] Victor Hugo, Le Rhin, 1841

[L]e premier spectre qu'ils éveillèrent, le premier roi qu'ils arrachèrent brutalement du cercueil, comme on secoue un valet qui a trop longtemps dormi, le premier squelette qu'ils saisirent dans sa robe de pourpre pour le jeter au charnier, ce fut Louis XIV. O représailles de la destinée ! 1693, 1793 ! équation sinistre ! admirez cette précision formidable ! Au bout d'un siècle pour nous, au bout d'une heure pour l’Éternel, ce que Louis XIV avait fait à Spire aux empereurs d'Allemagne, Dieu le lui rend à Saint-Denis.


[modifier] Roman

[modifier] Marie d'Agoult, Nélida, 1866

Elle avait subi la grande épreuve de la destinée humaine ; l'épreuve qui brise les coeurs faibles, qui dégrade les âmes comunes, mais qui initie à la sagesse les caractères véritablement vertueux ; elle avait failli. Nul homme ne saurait concevoir dans toute son étendue ni la vraie justice ni la vraie bonté s'il n'a senti au moins une fois en sa vie les contrastes de sa nature et la fragilité de son être. Dans toute faute reconnue, portée avec courage, il y a un germe d'héroïsme ; ce germe était dans l'âme de Nélida, il y grandissait depuis un an, il s'y fortifiait dans le sentiment de jour en jour plus intense d'un dévouement désespéré et d'un sacrifice inutile.


[modifier] Renée Dunan, La Culotte en jersey de soi, 1923

Je me sentais guettée par je ne savais qui ou quoi. Tout était d'un silence massif, au-dehors. De temps à autre, seul, le train passant dans la campagne faisait résonner l'atmosphère et agrémentait son roulement métallique de sifflements enroués et sinistres. Au fond, les soirées promettaient de ne pas être amusantes. De plus, je n'ai jamais su parler à la domesticité. Cette familiarité un peu hautaine qui rehausse le prestige des patrons, ces façons intéressées et négligentes, grâce auxquelles certains arrivent à s'attacher les étrangers les plus méfiants, tout ça me fut constamment impossible. Il faut, pour savoir s'entretenir avec le peuple ancillaire, beaucoup le mépriser, et je ne le méprise pas, avoir une idée très haute de soi-même ; or, je n'ai aucune vanité, enfin savoir ne rien dire en beaucoup de mots et entendre des paroles vides sans étonnement ni attention. Je n'ai encore pas cette vertu. Quant à s'intéresser réellement aux actes et à la vie de personnages incolores et amorphes dont le destin repose sur la mécanisation totale, sur l'habitude devenue l'existence même, cela, je ne le puis. Au demeurant j'ai connu beaucoup de types qui s'affirmaient amis et frères de ce prolétariat domestique. J'ai constaté qu'ils pensaient au fond comme moi, mais ne l'avouaient point. Au contraire, ils étalaient une sympathie loquace et obscure à l'égard de travaux et de destinées fort inconnus.


[modifier] Philosophie

[modifier] Friedrich Nietzsche, Par-delà bien et mal, 1886

LE DANGER DANS LE BONHEUR. « Maintenant, tout me réussit : j'aime toute espèce de destinée : — qui a envie d'être ma destinée ? »

  • Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Henri Albert), éd. Le Livre de Poche, coll. Les Classiques de Poche, 1991 (ISBN 978-2-253-05614-0), partie IV, chap. « Maximes et intermèdes », § 103, p. 159
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