Dent

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Sommaire

[modifier] Littérature

[modifier] Écrit intime

[modifier] Paul Klee, Journal, 1957

Travail plutôt préparatoire. Un Oiseau Phénix. Un homme brandissant les poings serrés, en forme de ramure. Et un autre à qui pousse une denture de fauve dans un moment de passion.


[modifier] Nouvelle

[modifier] Renée Vivien, La Dame à la Louve, 1904

La Saurienne

Je vis dans ses prunelles une lueur de férocité libidineuse qui me fit claquer des dents. J’emploie à dessein cette banale expression dont je compris à ce moment toute la force et toute l’horreur. L’effroyable soleil m’opprimait et m’écrasait, tel le poids d’un géant. Feu liquide, il me brûlait. Et pourtant mes dents s’entre-choquaient ainsi qu’en hiver, lorsque les grandes gelées vous engourdissent le sang.

  • La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Saurienne, p. 124


[modifier] André Pieyre de Mandiargues, Le Musée noir, 1924

Le tombeau d'Aubrey Beardsley

Il ne m'est jamais arrivé, je le regrette, de me trouver dans une campagne verdoyante au moment que s'y abat la nuée de sauterelles qui va la transformer en désert, mais je fais souvent d'étranges rêveries, après avoir lu la description de cela dans les récits des voyageurs, quand il me tombe devant les pieds un de ces petits monstres beiges, repliant sous des ailes neutres les drapeaux de pourpre qui ont soutenu son vol laborieux, quand je pense aussi qu'il y a dans les eaux de certaines rivières de l'Amérique tropicale des myriades de poissons bouchers, menus et brillants comme des dent en liberté, qui dépècent à la minute le cheval qu'on y aventure prudemment avant de tenter le passage.


[modifier] Charles Bukowski, Journal d'un vieux dégueulasse, 1969

« Relève-toi, Amérique », crie le peuple, mais on ne l'entend pas. Montre les dents. Rends coup pour coup. Que le lion montre ses dents, et les chacals s'enfuiront.


[modifier] Prose poétique

[modifier] Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris, 1869

Les tentations ou Eros, Plutus et la Gloire

Le gros Satan, tapait avec son poing sur son immense ventre, d'où sortait alors un long et retentissant cliquetis de métal, qui se terminait en un vague gémissement fait de nombreuses voix humaines. Et il riait, en montrant impudemment ses dents gâtées, d'un énorme rire imbécile, comme certains hommes de tous les pays quand ils ont trop bien dîné.

  • Le Spleen de Paris (1869), Charles Baudelaire, éd. Maxi-Livres, coll. Maxi-Poche Classiques Français, 1995 (ISBN 2-87714-226-4), XXI. Les tentations ou Eros, Plutus et la Gloire, p. 60


[modifier] Robert Desnos, Deuil pour deuil, 1924

Les dents des femmes sont des objets si charmants qu'on ne devrait les voir qu'en rêve ou à l'instant de la mort.


[modifier] André Breton, Poisson soluble, 1924

Assez de crocodiles là-bas, assez de dents de crocodile sur les cuirasses de guerriers samouraïs, assez de jets d'encre enfin, et des renégats à oeil de cassis, à cheveux de poule !


[modifier] Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958

Travaux du poète

A trois heures vingt comme à neuf heures quarante-quatre, échevelés à l'aube et pâles à minuit, mais toujours ponctuellement inespérés, sans trompettes, chaussés de silence, habituellement en noir, dents féroces, voix rauques, yeux béants, se présentent Tedécore et Tevômi, Tli, Mondimmonde, Carne, Charogne et Sarcasme.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Travaux du poète — I, p. 46


Ce n'est pas assez, les crapauds et les couleuvres que profèrent les bouches d'égout. Vomissements de mots, purgation du langage mâché et remâché par des dents cariées, nausée où surnagent des restes de toute la nourriture qui nous fut donnée à l'école, et de tous ceux que, seuls ou en compagnie, nous avons mastiqués depuis des siècles.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Travaux du poète — IX, p. 55


[modifier] Joyce Mansour, Dolman le maléfique, 1961

Le Diable enroula les seins bandés d'un tentacule perspicace de douceur et lança sa langue aiguisée par la névrose entre les jambes entortillées. Dolman lissa ses longs cheveux et soupira en constatant que déjà son ventre, charrieur de l'étincelle, puait l'excrément. La Bête caressa les cuisses raides, froissa le visage de sa patte mouillée et dit : « De ma lance trempée d’adrénaline, je palperai ta matrice mouvante de progéniture ; je créerai à mon tour ».
Le Vil s'affala sur le flanc, pâmé et déconfit. « Je vous tiendrai compagnie cette nuit ». Et il s'endormit sans lâcher les pointes sophistiquées des seins de Dolman, qu'il tenait entre ses dents. « Voir ! Savoir ! » Dolman ouvrit les yeux de la dernière chance, rassembla ses membres sans trop se remuer et ralluma le feu. Il approcha son visage empourpré du Poilu. Rien. Il ne comprenait rien, ne voyait rien. « Peut-être ai-je perdu mon don du discernement ? » Il se rua vers la porte et posa ses yeux sur le lac aux purs reflets. Il posséda l'eau glacée, sentit les vagues se muer en pétales d'écume au passage des poissons, entendit les sons fruités des harmonies fluviales résonner dans ses entrailles. C'était fini ; incapable de s'intégrer à la tendre vélocité de l'Ombre, il n'avait plus qu'à mourir. Il ne voyait plus le ciel jaspé de prune et le gigantesque artichaut pelucheux qui poussait sa crête entre les gerbes de l'incendie ne l'intéressait guère. Il n'était rien puisque l'Autre subsistait. « Viens », siffla l'Adorable entre les lèvres du gâchis, et Dolman se rendit à l'appel, larmoyant et détaché. « Soyez heureux », dit le Feu en soulignant de bleu le misérable bosquet où se cabrait un dernier cri. Dolman ouvrit les jambes et sentit jaillir les éclaboussures de lave que précède l'éternuement terminal. « Soyez heureux », répéta l'Ignare quand Dolman expira, « Je serai éternellement présent ». « Vous verrai-je ? » hoqueta l'homme, la tête dans l'au-delà. « Celui qui viendra aura mon visage ». « Le verrai-je ? Le verrai-je ? » L'agonisant jeta un dernier regard circulaire et mourut.

  • « Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 52


[modifier] Roman

[modifier] Alexandre Dumas, Le Capitaine Pamphile, 1839

« La stupéfaction fut grande à bord du navire impérial. Le capitaine avait reconnu, la veille, un navire marchand, et s'était endormi là-dessus en fumant sa pipe à opium ; mais voilà que, dans la nuit, le chat était devenu tigre, et qu'il montrait ses griffes de fer et ses dents de bronze.
« On alla prévenir le capitaine Kao-Kiou-Koan de la situation dans laquelle on se trouvait. Il achevait un rêve délicieux : le fils du soleil venait de lui donner une de ses soeurs en mariage, de sorte qu'il se trouvait beau-frère de la lune.
« Aussi eut-il beaucoup de peine à comprendre ce que lui voulait le capitaine Pamphile.

  • Le Capitaine Pamphile (1839), Alexandre Dumas, éd. Gallimard, coll. Folio classique, 2003 (ISBN 978-2-07-042652-2), V. Comment Jacques Ier fut arraché des bras de sa mère expirante et porté à bord du brick de commerce la Roxelane (capitaine Pamphile), p. 83


[modifier] Colette, La Maison de Claudine, 1922

Il est un jeune chat, gracieux à toute heure. La boule de papier l’intéresse, l’odeur de la viande le change en dragon rugissant et minuscule, les passereaux volent trop vite pour qu’il puisse les suivre de l’œil, mais il devient cataleptique, derrière la vitre, quand ils picorent sur la fenêtre. Il fait beaucoup de bruit en tétant, parce que ses dents poussent… C’est un petit chat, innocent au milieu d’un drame.

  • La Maison de Claudine (1922), Colette, éd. Imprimerie Moderne de Nantes, coll. Super-Bibliothèque, 1976 (ISBN 2-261-00093-6), Les Deux Chattes, p. 216


[modifier] James Joyce, Ulysse, 1922

Paris s'éveille débraillé, une lumière crue dans ses rues citron. La pulpe moite des croissants fumants, l'absinthe couleur de rainette, son encens matinal, flattent l'atmosphère, Belluomo quitte le lit de la femme de l'amant de sa femme, la ménagère s'ébranle, un mouchoir sur sa tête, une soucoupe d'acide acétique à la main. Chez Rodot, Yvonne et Madeleine refont leur beauté fripée, dents aurifiées qui broient des chaussons, bouche jaunie par le pus du flanc breton.


[modifier] Renée Dunan, La Culotte en jersey de soi, 1923

Ça et là, un genou cambre le tissu transparent et luit comme un fruit, tandis que les bouches arquées découvrent les dents nettes, au rythme des mots lents suivis de gestes rares et félins.


[modifier] Boris Vian, L'écume des jours, 1947

— Ce pâté d'anguilles est remarquable, dit Chick. Qui t'a donné l'idée de le faire ?
— C'est Nicolas qui en a eu l'idée, dit Colin. Il y a une anguille — il y avait, plutôt — qui venait tous les jours dans son lavabo par la conduite d'eau froide.
— C'est curieux, dit Chick. Pourquoi ça ?
— Elle passait la tête et vidait le tube de pâte dentifrice en appuyant dessus avec ses dents. Nicolas ne se sert que de pâte américaine à l'ananas et ça a dû la tenter.
— Comment l'a-t-il prise ? demanda Chick.
— Il a mis un ananas entier à la place du tube. Quand elle avalait la pâte, elle pouvait déglutir et rentrer sa tête ensuite, mais, avec l'ananas, ça n'a pas marché, et plus elle tirait, plus ses dents entraient dans l'ananas.

  • L'écume des jours (1947), Boris Vian, éd. Pauvert, 1963 (ISBN 2-7202-1311-02), II., p. 20


La souris écarta les mâchoires du chat et fourra sa tête entre les dents aiguës. Elle la retira presque aussitôt.
— Dis donc, dit-elle, tu as mangé du requin, ce matin ?
— Ecoute, dit le chat, si ça ne te plaît pas, tu peux t'en aller. Moi ce truc-là, ça m'assomme. Tu te débrouilleras toute seule.
Il paraissait fâché.
— Ne te vexe pas, dit la souris.
Elle ferma ses petits yeux noirs et replaça sa tête en position. Le chat laissa reposer avec précaution ses canines acérées sur le cou doux et gris. Les moustaches noires de la souris se mêlaient aux siennes. Il déroula sa queue touffue et la laissa traîner sur le trottoir.
Il venait, en chantant, onze petites filles aveugles de l'orphelinat de Jules l'Apostolique.

  • L'écume des jours (1947), Boris Vian, éd. Pauvert, 1963 (ISBN 2-7202-1311-02), LXVIII., p. 215


[modifier] Dominique Fernandez, Porporino ou les mystères de Naples, 1974

Les sons, non plus simple vibration des atomes ébranlés dans l'espace, mais chaude matière et vivante émulsion, avaient l'épaisseur de la crème, la transparence de l'opale, le velouté du damas, le panache du jet. Les chanteurs non coupés se contentent de les souffler hors de leurs poumons d'où ils prennent leur vol en légères arabesques : moi je les sentais, comment dire ? remuer sous ma langue, mollir dans le suc des muqueuses, se colorer aux roseurs du palais, tiédir contre l'ivoire des dents, se gonfler enfin et s'épanouir à l'approche des lèvres.

  • Porporino ou les mystères de Naples (1974), Dominique Fernandez, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 1974 (ISBN 978-2-246-01243-6), partie II « Les pauvres de Jésus-Christ », Gourmandise, p. 170


[modifier] Psychologie

[modifier] Paul-Claude Racamier, Les Schizophrènes, 1980

Préambule et divertimento

Femme phallique aux serpents érigés, Méduse est une anti-mère, avec ses écailles pour ne rien sentir, ses mains pour ne rien tenir, ses dents pour déchirer, un amant fugitif, ces enfants qu'elle ne laisse pas naîtrecar s'ils naissaient ils ne seraient plus tout à fait sa chose, et révéleraient qu'elle est femme ; pour qu'ils viennent au jour, il faudra lui trancher la tête, et pour qu'ils vivent, qu'elles meure. Et ce regard : au contraire d'un regard où l'enfant peut se regarder et se voir ; d'un regard qui embrasse l'enfant comme une totalité ; d'un regard où l'on entre et par où l'enfant peut faire entrer ses émois ; d'un regard, enfin, qui admire, c'est un regard adverse, un regard dardé, un regard qui pénètre, attaque, aveugle, fige et pétrifie : le regard de la disqualification, qui mortifie la vie psychique. Regard, au demeurant, qui louche, et dont les traits, tout de même que ceux du paradoxe, se croisent mais ne s'opposent pas plus qu'ils ne se conjuguent.
Et la chevelure : au-delà de sa phallicité, cette chevelure pourrait bien symboliser le monde des paradoxes ; car non seulement sont érigés les serpents dont elle est faite, mais inextricablement emmêlés. S'ils sont portés par la tête, c'est certes par déplacement vers le haut, c'est aussi pour porter le combat sur le terrain mental, choisi par l'agression paradoxale. D'ailleurs, la chevelure de Méduse avait été ainsi transformée, par Athéna, en punition pour avoir voulu rivaliser avec la déesse : l'usurpation mentale n'aurait-elle pas été le méfait de Méduse ?

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