Couleur

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Sommaire

[modifier] Littérature

[modifier] Écrit intime

[modifier] Paul Klee, Journal, 1957

La couleur me possède. Point n'est besoin de chercher à la saisir. Elle me possède, je le sais. Voilà le sens du moment heureux : la couleur et moi sommes un. Je suis peintre.


[modifier] Nouvelle

[modifier] Renée Vivien, La Dame à la Louve, 1904

La Chasteté paradoxale

Une femme entra. Jamais je ne vis beauté plus magnanime. La magnificence orientale des belles Juives éclatait en elle. Pâle d’extase, je contemplai les reflets roux et bleus de sa chevelure noire. Ses yeux étaient de la couleur des raisins. Le velours rouge des rideaux et des tentures l’encadrait de flammes vives et intensifiait l’ardeur mate de sa chair d’ambre et de nard. Sa bouche était pareille à la rougeur fraîche des pastèques.
Cette femme était un faste vivant… Elle ressemblait à un jardin de reine, à une parure inestimable, à un tissu ingénieusement brodé par des mains patientes. Quelque chose de grave et de lointain qui était en elle inspirait, ou plutôt imposait, un respect involontaire.

  • Description de la proxénète non encore identifiée.
  • La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Chasteté paradoxale, p. 103


[modifier] André Pieyre de Mandiargues, Le Musée noir, 1924

Le tombeau d'Aubrey Beardsley

— [...] vous avez pu voir dans la cave du bichon à quel point ma mère aime les effets de blanc, de noir et de jaune. Elle bâtirait un monde rien qu'avec du plâtre, du sable et de la suie. Chez nous, chaque jour, c'est un nouvel impromptu de gris et de beige. Toutes les combinaisons possibles de moka, de crème fouettée et de chocolat, il faut qu'elle les essaie, et elle en trouvera toujours d'autres. Vous me plaindriez si vous saviez combien j'ai dû manger de ces échiquiers comestibles, car elle croit que les jeux de couleurs dont elle raffole sont immoraux s'ils restent gratuits, et qu'il faut les justifier en leur donnant au moins un semblant de rôle dans notre existence.


L'un des derniers à entrer au bassin fut le vidame des Moulineaux, provoqué en combat singulier par Rhéa d'Antony qui mit son point d'honneur à ne le terrasser que d'oeillades, grâce au seul appui d'un miroir à main qu'elle faisait aller sans cesse au-dessus et à côté de son visage très pâle, pour en rabattre sur l'ennemi les expressions sévères avec tous les feux inexorables de ses prunelles couleur d'aile de martinet. Un bond du vidame, qui s'escrimait avec beaucoup d'agilité d'un couteau à fruit, porta cette arme assez haut pour trancher du coup l'épaulette d'une robe dont la soie touffue est froncée ressemblait à la mousse bleu argent qui s'attache aux troncs des bouleaux ; ainsi qu'une écorce qu'on déchire s'écroula le lourd tissu, et le sein de la comtesse se montra à tous les regards, plus large, plus blanc sous sa pointe faiblement rosée qu'un bouclier de sucre candi, tandis que le miroir, dextrement incliné, en jetait aux yeux du chétif personnage les reflets médusants. Celui-ci n'y put résister, et les géantes le lancèrent évanoui dans la fosse où l'attendaient tous ses pareils.


[modifier] Poésie

[modifier] Paul Eluard , Capitale de la douleur, 1926

Porte ouverte

Venez à moi, si je vais à vous c'est un jeu,
Les anges des bouquets dont les fleurs changent de couleur.

  • Capitale de la douleur suivi de L'amour la poésie (1926), Paul Eluard, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 978-2-07-030095-2), partie Répétitions, Porte ouverte, p. 19


Une couleur madame

Une couleur madame, une couleur monsieur,
Une aux seins, une aux cheveux,
La bouche des passions
Et si vous voyez rouge
La plus belle est à vos genoux.

  • Capitale de la douleur suivi de L'amour la poésie (1926), Paul Eluard, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 978-2-07-030095-2), partie Les petits justes, IV. Une couleur madame, p. 80


[modifier] Paul Eluard , L'Amour la poésie, 1929

En l'honneur des muets

La brûlure de toutes les métamorphoses
La chaîne entière des aurores dans la tête
Tous les cris qui s'acharnent à briser les mots

Et qui creusent la bouche et qui creusent les yeux
Où les couleurs furieuses défont les brumes de l'attente
Dressent l'amour contre la vie les morts en rêvent.

  • Capitale de la douleur suivi de L'amour la poésie (1929), Paul Eluard, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 978-2-07-030095-2), partie Seconde nature, V. En l'honneur des muets, p. 181


Armure de proie

Dans les ravins du sommeil
Le silence dresse ses enfants
Voici le bruit fatal qui crève les tympans
La poussiéreuse mort des couleurs
L'idiotie.

  • Capitale de la douleur suivi de L'amour la poésie (1929), Paul Eluard, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 978-2-07-030095-2), partie Comme une image, IV. Armure de proie, p. 205


Passage où la vue détourne d'un coup la pensée

La verdure caresse les épaules de la rue
Le soir verse du feu dans des verres de couleur
Comme à la fête
Un éventail d'alcool.

  • Capitale de la douleur suivi de L'amour la poésie (1929), Paul Eluard, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 978-2-07-030095-2), partie Comme une image, XII. Passage où la vue détourne d'un coup la pensée, p. 215


[modifier] René Char, Fureur et mystère, 1948

Evadné

L'été et notre vie étions d'un seul tenant
La campagne mangeait la couleur de ta jupe odorante.

  • Fureur et mystère (1948), René Char, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1962 (ISBN 2-07-030065-X), partie SEULS DEMEURENT (1938-1944), Evadné, p. 61


[modifier] Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958

Pierre de soleil

[...] vêtue de la couleur de mes désirs
comme ma pensée tu vas nue,
je vais par tes yeux comme dans l'eau,
les tigres boivent du rêve à ces yeux,
le colibri se brûle à ces flammes.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Benjamin Péret), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie IV. PIERRE DE SOLEIL (1957), p. 162


[modifier] Sayd Bahodine Majrouh, Le suicide et le chant, 1988

Mon amant préfère les yeux couleur de ciel
Et je ne sais où changer les miens couleur de nuit.


[modifier] Prose poétique

[modifier] Francis Picabia, Histoire de voir, 1922

Les années passent, les boutiques ont des rideaux de mousseline. L'hystérie est accroupie sur ses talons, serrant dans ses mains une vipère en bois ; une bague est accrochée à la queue et dans le nez de ce petit serpent est incrusté un diamant ; dans ce diamant on peut voir, en le mettant tout près de son oeil, une femme agenouillée, elle parle et nous dit : « Demain sera moins beau qu'un secret, moins beau qu'un mauvais conseil, demain est un promontoire de pierres, de feuilles mortes, de flaques d'eau où la mélancolie à pas lents et sans lumière, sans chaleur et sans couleur, veut bleuir les fenêtres des sentiments chrétiens. »

  • « Histoire de voir », Francis Picabia, Littérature Nouvelle Série, nº 6, Novembre 1922, p. 17


[modifier] Robert Desnos, Deuil pour deuil, 1924

La magie des couleurs qui, pour les peintres, n'est pas encore un lieu commun, tenait dans ma petite cuillère. Je l'avais en effet trempée dans du pétrole de première qualité.


[modifier] André Breton, Poisson soluble, 1924

A ma rencontre vinrent plusieurs servantes vêtues d'une combinaison collante de satin couleur du jour.


Les oiseaux perdent leur forme après leurs couleurs. Ils sont réduits à une existence arachnéenne si trompeuse que je jette mes gants au loin.


Pendant que nous dormons, la reine des volontés, au collier d'étoiles éteintes, se mêle de choisir la couleur du temps.


[modifier] René Crevel, Le Pont de la mort, 1926

Navigateur du silence, le dock est sans couleur et sans forme ce quai d'où partira ce soir le beau vaisseau fantôme, ton esprit.

  • « Le Pont de la mort », René Crevel, La Révolution Surréaliste, nº 7, 15 juin 1926, p. 27


[modifier] Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927

Le coiffeur sortit à ce moment et du seuil considéra le promeneur arrêté.
« Voulez-vous être rasé ? Monsieur, je rase doucement. Mes instruments nickelés sont des lutins agiles. Ma femme, la posticheuse aux cheveux couleur de palissandre, est renommée pour la délicatesse de son massage et son adresse à polir les ongles, entrez, entrez, Monsieur. »


[modifier] René Char, Fureur et mystère, 1948

Feuillets d'Hypnos

La contre-terreur c'est ce vallon que peu à peu le brouillard comble, c'est le fugace bruissement des feuilles comme un essaim de fusées engourdies, c'est cette pesanteur bien répartie, c'est cette circulation ouatée d'animaux et d'insectes tirant mille traits sur l'écorce tendre de la nuit, c'est cette graine de luzerne sur la fossette d'un visage caressé, c'est cet incendie de la lune qui ne sera jamais un incendie, c'est un lendemain minuscule dont les intentions nous sont inconnues, c'est un buste aux couleurs vives qui s'est plié en souriant, c'est l'ombre, à quelques pas, d'un bref compagnon accroupi qui pense que le cuir de sa ceinture va céder... Qu'importent alors l'heure et le lieu où le diable nous a fixé rendez-vous !

  • Fureur et mystère (1948), René Char, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1962 (ISBN 2-07-030065-X), partie FEUILLETS D'HYPNOS (1943-1944), p. 123


[modifier] Récit de voyage

[modifier] Guy de Maupassant, La Vie errante, 1890

La Côte italienne

En revenant à bord du yacht j’aperçois tout à coup, le long du quai, dans une balancelle napolitaine, sur une immense table tenant tout le pont, quelque chose d’étrange comme un festin d’assassins. Sanglants, d’un rouge de meurtre, couvrant le bateau entier d’une couleur et, au premier coup d’œil, d’une émotion de tuerie, de massacre, de viande déchiquetée, s’étalent, devant trente matelots aux figures brunes, soixante ou cent quartiers de pastèques pourpres éventrées.

  • La Vie errante, Guy de Maupassant, éd. P. Ollendorff, 1890, La Côte italienne, p. 29


[modifier] Roman

[modifier] Alexandre Dumas, Le Bagnard de l'Opéra, 1868

J'avais dans la tête un drame bien intime, bien sombre, bien terrible, que je voulais faire passer de ma tête sur le papier [...].
Mais je remarquai une chose : c'est que, pour le travail profond et assidu, il faut les chambres étroites, les murailles rapprochées, et le jour éteint par des rideaux de couleur sombre.


Puis il y avait les jours de tempête, les jours où le ciel si pur se voilait de nuages sombres, où cette Méditerranée si azurée devenait couleur de cendre, où cette brise si douce se changeait en ouragan.
Alors le vaste miroir du ciel se ridait, cette surface si calme commençait à bouillir comme au feu de quelque fournaise souterraine. La houle se faisait vague, les vagues se faisaient montagnes. La blonde et douce Amphitrite comme un géant révolté, semblait vouloir escalader le ciel, se tordant les bras dans les nuages, et hurlant de cette voix puissante qu'on n'oublie pas une fois qu'on l'a entendue.


[modifier] Gabriele D'Annunzio, Le Feu, 1900

Vous souvient-il de la scène où Perséphone est sur le point de s’abîmer dans l’Érèbe, tandis que gémit le chœur des Océanides ? Son visage est pareil au vôtre, quand le vôtre s’obscurcit. Rigide dans son peplum couleur de safran, elle penche en arrière sa tête couronnée ; et il semble que la nuit coule en sa chair devenue exsangue et s’amasse au-dessous du menton, dans la cavité des yeux, autour des narines, lui donnant l’aspect d’un sombre masque tragique. C’est votre masque, Perdita. Quand je composais mon Mystère, la mémoire que j’avais de vous m’a aidé à évoquer la personne divine. Ce petit ruban de velours safrané que vous portez habituellement au cou m’a indiqué la couleur convenable pour le peplum de Perséphone. Et un soir, dans votre maison, comme je prenais congé de vous sur le seuil d’une pièce où les lampes n’étaient pas encore allumées, — ; un soir agité du dernier automne, vous en souvient-il ? — vous avez réussi, par un seul de vos gestes, à mettre dans la pleine lumière de mon âme la créature qui s’y trouvait encore gisante et enveloppée ; et puis, sans vous douter de cette nativité subite, vous êtes rentrée dans l’intime obscurité de votre Érèbe. Ah ! j’étais sûr d’entendre vos sanglots ; et cependant il courait en moi un torrent de joie indomptable. Jamais, je crois, je ne vous ai raconté ces choses. J’aurais dû vous consacrer mon œuvre comme à une Lucine idéale.

  • Le Feu, Gabriele D'Annunzio, éd. La Revue de Paris, 1900, chap. I. L'épiphanie du feu, p. 11


À cette heure, édifié par les subtils génies du Feu, un temple nouveau s’élevait là même où, dans le crépuscule, on avait cru voir un neptunien palais d’argent dont l’architecture imitait les torsions des conques marines. C’était, agrandi, un de ces labyrinthes construits sur le fer des landiers, demeures aux cent portes habitées par les présages ambigus ; un de ces fragiles châteaux vermeils aux mille fenêtres, où se montrent un moment les princesses salamandres qui rient voluptueusement au poète charmé. Rose comme une lune naissante rayonnait sur la triple loggia la sphère de la Fortune, supportée par les épaules des Atlantes ; et ses reflets engendraient un cycle de satellites. Du quai des Esclavons, de la Giudecca, de San Giorgio, avec un crépitement continu, des faisceaux de tiges enflammées convergeaient au zénith et s’y épanouissaient en roses, en lis, en palmes, formant un jardin aérien qui se détruisait et se renouvelait sans cesse par des floraisons de plus en plus riches et étranges. C’était une rapide succession de printemps et d’automnes à travers l’empyrée. Une immense pluie scintillante de pétales et de feuillages tombait des dissolutions célestes et enveloppait toutes choses d’un tremblement d’or. Au loin, vers la lagune, par les déchirures ouvertes dans cet or mobile, on voyait s’avancer une flotte pavoisée : une escadre de galères semblables peut-être à celles qui naviguent dans le rêve du luxurieux dormant son dernier sommeil sur un lit imprégné de parfums mortels. Comme celles-là peut-être, elles avaient des cordages composés avec les chevelures tordues des esclaves capturées dans les villes conquises, ruisselants encore d’une huile suave ; comme celles-là, elles avaient leurs cales chargées de myrrhe, de nard, de benjoin, d’éléomiel, de cinnamome, de tous les aromates, et de santal, de cèdre, de térébinthe, de tous les bois odoriférants accumulés en plusieurs couches. Les indescriptibles couleurs des flammes dont elles apparaissaient pavoisées évoquaient les parfums et les épices. Bleues, vertes, glauques, safranées, violacées, de nuances indistinctes, ces flammes semblaient jaillir d’un incendie intérieur et se colorer de volatilisations inconnues. Ainsi sans doute flamboyèrent, dans les antiques fureurs du saccage, les profonds réservoirs d’essences qui servaient à macérer les épouses des princes syriens. Telle maintenant, sur l’eau parsemée des matières en fusion qui gémissaient le long des carènes, la flotte magnifique et perdue s’avançait vers le bassin, lentement, comme si des rêves ivres eussent été ses pilotes et qu’ils l’eussent conduite se consumer en face du Lion stylite, gigantesque bûcher votif dont l’âme de Venise resterait parfumée et stupéfiée pour l’éternité.

  • Le Feu, Gabriele D'Annunzio, éd. La Revue de Paris, 1900, chap. I. L'épiphanie du feu, p. 241


[modifier] Pierre Louÿs, Les Aventures du Roi Pausole, 1900

Au-dessous du mascaron cornu, que la blanche Aline prenait pour le diable, deux nymphes de marbre s'enlaçaient, debout et penchées sur le bassin obscur. A la fin de chaque hiver l'amandier les couvrait de ses petites églantines. L'été, elles prenaient sous le soleil toutes les couleurs de la chair. La nuit elles redevenaient déesses.

  • Les Aventures du Roi Pausole (1900), Pierre Louÿs, éd. GF, 2008 (ISBN 978-2-0807-1214-1), partie Livre deuxième, III. Comment le miroir des nymphes devint celui des jeunes filles, p. 131


[modifier] Renée Dunan, La Culotte en jersey de soi, 1923

Le parc s'étendait vaste et muet au-delà d'une pelouse herbue nuancée d'absinthe. Au loin, les arbres avaient de la majesté et les troncs revêtaient cette couleur charnue que donne le soleil couchant aux écorces neuves. Au-dessus des corps sveltes ou robustes, assouplis aux dossiers et aux accoudoirs, le feuillage clair répandait une tiédeur acide. On voyait le zénith semblable à une aigue-marine.


[modifier] Renée Dunan, La Culotte en jersey de soi, 1923

Autour d'une table aux pieds sveltes, surchargée de flacons polychromes, des sièges aux formes disparates étaient habités par de beaux corps. Huit femmes variant la grâce et les certitudes de séduire :
Ly, obstinée en des regards possessifs ;
Idèle, affaissée comme une favorite et portant une inquiétude en ses yeux glauques ;
Kate, trop mince et garçonnière, avec un col courbe et des pupilles traînantes ;
Hérodiade, masque tourmenté et acide, jambes repliées et doigts frémissants ;
Yva, sombre et combative, le poil couleur de houille et déjà semblable à une Idole aux sclérotiques immuables.
D'autres encore...
Et trois hommes venus de terres lointaines au rendez-vous lointainement promis...


[modifier] Colette, Le Blé en herbe, 1923

Une main blanche plongea trois doigts dans le verre et les retira aussitôt. Le feu d'un diamant brilla, reflété dans le cube de glace que serraient les trois doigts. La gorge serrée, Philippe but, en fermant les yeux, deux petites gorgées, dont il ne perçut même pas le goût d'orange acide ; mais quand il releva les paupières, ses yeux habitués discernèrent le rouge et le blanc d'une tenture, le noir et l'or assourdi des rideaux. Une femme, qu'il n'avait pas vue, disparut, emportant un plateau tintant. Un ara rouge et bleu, sur son perchoir, ouvrit son aile avec un bruit d'éventail, pour montrer son aisselle couleur de chair émue...
— Il est beau, dit Phil d'une voix enrouée.
— D'autant plus beau qu'il est muet, dit Mme Dalleray.
Elle s'était assise assez loin de Philippe, et la fumée verticale d'un parfum qui brûlait, répandant hors d'une coupe l'odeur de la résine et du géranium, montait entre eux. Philippe croisa l'une sur l'autre ses jambes nues, et la Dame en blanc sourit, pour accroître la sensation de somptueux cauchemar, d'arrestation arbitraire, d'enlèvement équivoque qui ôtait à Philippe tout son sang-froid.


[modifier] Boris Vian, L'écume des jours, 1947

Il cueillit une orchidée orange et grise dont la corolle délicate fléchissait. Elle brillait de couleurs diaprées.
— Elle a la couleur de la souris à moustaches noires...

  • L'écume des jours (1947), Boris Vian, éd. Pauvert, 1963 (ISBN 2-7202-1311-02), II., p. 30


Il se fit un abondant silence à l'entour, et la majeure partie du reste du monde se mit à compter pour du beurre.
Mais, comme il fallait s'y attendre, le disque s'arrêta. Alors, seulement, Colin revint à la vraie réalité et s'aperçut que le plafond était à clairevoie, au travers de laquelle regardaient les locataires d'en dessus, qu'une épaisse frange d'iris d'eau cachait le bas des murs, que des gaz, diversement colorés, s'échappaient d'ouvertures pratiquées ça et là et que son amie Isis se tenait devant lui et lui offrait des petits fours sur un plateau hercynien.

  • L'écume des jours (1947), Boris Vian, éd. Pauvert, 1963 (ISBN 2-7202-1311-02), XI., p. 44


Chloé avait passé ses bas, fins comme une fumée d'encens, de la couleur de sa peau blonde et ses souliers hauts de cuir blanc. Pour tout le reste, elle était nue, sauf un lourd bracelet d'or bleu qui faisait paraître encore plus fragile son poignet délicat.

  • L'écume des jours (1947), Boris Vian, éd. Pauvert, 1963 (ISBN 2-7202-1311-02), XIX., p. 66


[modifier] Paul Auster, Leviathan, 1992

Certaines semaines, elle s'imposait ce qu'elle appelait « le régime chromatique », se limitant à des aliments d'une seule couleur par jour. Orange le lundi : carottes, melon, crevettes bouillies. Rouge le mardi : tomates, grandes, steak tartare. Blanc le mercredi : turbot, pommes de terre, fromage frais. Vert le jeudi : concombres, brocolis, épinards – et ainsi de suite, jusqu'au dernier repas du dimanche inclus.

  • Leviathan, Paul Auster (trad. Christine Le Boeuf), éd. Le livre de Poche, 1993, p. 86


[modifier] Amélie Nothomb, Le Sabotage amoureux, 1993

La neige, eau éclatée, sable de gel, sel non pas de la terre, mais du ciel, sel non salé, au goût de silex, à la texture de gemme pilée, au parfum de froidure, pigment du blanc, seule couleur qui tombe des nuages.

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