Comète

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[modifier] Littérature

[modifier] Prose poétique

[modifier] Robert Desnos, Deuil pour deuil, 1924

L'étoile du Nord à l'étoile du Sud envoie ce télégramme ! « Décapite à l'instant ta comète rouge et ta comète violette qui te trahissent. — L'étoile du Nord. »


L'étoile du Sud assombrit son regard et penche sa tête brune sur son cou charmant. Le régiment féminin des comètes à ses pieds s'amuse et voltige : jolis canaris dans la cage des éclipses.


Ces deux comètes qui, légèrement, dès cinq heures du soir relèvent une jupe de taffetas sur un genou de lune : la belle rouge aux lèvres humides, amie des adultères et que plus d'un amant délaissé découvrit, blottie dans son lit, les cils longs et faignant d'être inanimée, la belle rouge enfin aux robes bleue sombre, aux yeux bleu sombre, au coeur bleu sombre comme une méduse perdue, loin de toutes les côtes, dans un courant tiède hanté par les bateaux fantômes.


Timonières, comètes violette et rouge, timonières du bateau fantôme où guidez-vous votre cargaison de putains et de squelettes dont le superbe accouplement apporte aux régions que vous traversez le réconfort de l'amour éternel ?


Il dort, dit la lune.
Et lentement, elle commença à égrener un chapelet d'étoiles. Les étoiles se plaignaient doucement, la comète qui servait de pendentif brillait de mille feux et je me demandais combien de temps encore durerait cette incantation. La lune priait ! Les étoiles une à une pâlissaient et le matin blémissait mes tempes.


[modifier] Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958

Issue

Dans un ciel d'intérieur d'oeil, nous déployons nos ailes, aigle bicéphale, comète à la queue de diamant et de plainte. Brûle, candélabre à huit bras, arbre vivant qui chante, racines enlacées, branches entretissées, cime où crient des oiseaux de corail et de braise.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Aigle ou Soleil ? — Issue, p. 85


[modifier] Roman

[modifier] André Pieyre de Mandiargues, La Marge, 1967

Sur la place du Théâtre il est lancé en vertu de la loi de jet qui régit les corpuscules soumis à une poussée au débouché d'un orifice étroit. Quelques pas l'ont dégagé de la cohue. Dans l'espace ouvert devant lui, il ralentit sa marche, hésite à traverser l'asphalte où des taxis s'arrêtent qui au coin d'Escudillers débarquent des putains. Mis en commun, déjà il ne l'est plus, non, et sans plaisir il s'aperçoit qu'il recommence à se distinguer, et que rentre dans une existence particulière ce Sigismond Pons dont il aurait abandonné la défroque au courant de la foule avec aussi peu de regret que pour un chapeau marqué d'initiales que le torrent trimbale. Malencontreusement dirigés comme il faut bien s'avouer qu'ils sont, les quarante et un ans de ce fichu voyeur ou témoin se recomposent derrière lui comme une chaîne de bactéries entre les plaques du microscope, comme dans la visée du télescope la queue d'une comète.

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