Colère

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En psychologie, la colère est considérée comme une émotion secondaire à une blessure, un manque, une frustration. Dans la religion catholique, c'est l'un des sept péchés capitaux.

Littérature[modifier]

Critique[modifier]

Louis Aragon, in Littérature n°8, 1919[modifier]

Voici des années mortes. On vit au jour le jour. De temps à autre, on tourne la page et ce qu'on lit au verso n'est pas pour effrayer. A force de monter les escaliers et de les descendre, je me suis fait une philosophie. Quelques pays, quelques amis : tout passe, et parfois il y a des colères bleues, des injures, des gifles, un peu de sang sur les doigts. Mais ce qui revient toujours, c'est le décor de Paris que traversent la Seine et le métropolitain comme deux poignards tatoués.

  • Cette citation provient d'une revue dirigée par André Breton. Elle expose les propos critiques de Louis Aragon dans une rubrique qu'il lui avait été attribuée dans ce numéro. Il avait choisi notamment de commenter le recueil Dix-neuf poèmes élastiques de Blaise Cendrars dont il est question ici.


Poésie[modifier]

Henri de Régnier, Les Regrets, 1897[modifier]

Au crépuscule mauve au delà de la haie
Où l’épine à la fleur survit avec la baie,
La Colère a passé, ce soir, sur le chemin,
Hautaine avec la torche et le glaive à la main,
Et l’Orgueil la suivait pas à pas et la Haine
Et l’Amour qui fit signe à mon âme incertaine ;
Il a tourné la tête et j’aurais pu le suivre...

  • « Les Regrets », dans Les jeux rustiques et divins, Henri de Régnier, éd. Mercure de France, 1897, p. 99


Prose poétique[modifier]

André Breton, Poisson soluble, 1924[modifier]

Elle chantait entre les barreaux de l'eau ces mots que je n'ai pas appris :
« Mort d'azur et de tempête fine, défais ces barques, use ces noeuds. Donne aux divinités le calme, aux humains la colère. Je te connais, mort de poudre et d'acacia, mort de verre. Je suis morte, moi aussi, sous les baisers. »


Paul Eluard , Capitale de la douleur, 1926[modifier]

Un jour, ils en seront las, un jour ils seront en colère, aiguilles de feu, masques de poix et de moutarde, et la femme se lèvera, avec des mains dangereuses, avec des yeux de perdition, avec un corps dévasté, rayonnant à toute heure.
Et le soleil refleurira, comme le mimosa.

  • Capitale de la douleur suivi de L'amour la poésie (1926), Paul Eluard, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 978-2-07-030095-2), partie Nouveaux poèmes, Dans la brume, p. 125


Antonin Artaud, Fragments d'un Journal d'Enfer, 1929[modifier]

Certes je fais encore (mais pour combien de temps ?) ce que je veux de mes membres, mais voilà longtemps que je ne commande plus à mon esprit, et que mon inconscient tout entier me commande avec des impulsions qui viennent du fond de mes rages nerveuses et du tourbillonnement de mon sang. Images pressées et rapides, et qui ne prononcent à mon esprit que des mots de colère et de haine aveugle, mais qui passent comme des coups de couteau ou des éclairs dans un ciel engorgé.

  • L'Ombilic des Limbes suivi du Pèse-nerfs et autres textes (1925), Antonin Artaud, éd. Gallimard, coll. Poésie/Gallimard, 1956, partie Fragments d'un Journal d'Enfer, p. 121


Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958[modifier]

' Être naturel

Plumes de colère ou quartiers de joie, éblouissements, décisions imprévues, toujours précises et coupantes, les verts — ils amassent les sucs, avant de le crier, ils mâchent bien leur cri, froid et qui scintille dans leur épaisseur.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Aigle ou Soleil ? — Être naturel — I, p. 104


Joyce Mansour, Dolman le maléfique, 1961[modifier]

Dolman variait ses plaisirs. Une indicible moquerie dans ses yeux fouineurs, il aiguisait ses sens à volonté sur le dos satiné de ses victimes. Cruel, les brunes piquantes aux petits seins et aux poils tortillés en acrostiches provoquaient en lui une rage visuelle nuancée de mélancolie, un véritable raz-de-marée de colère sadique. Il s'enfonçait en elles dans un flamboiement sanguinaire. Il se laissait pénétrer par l'épouvante de sa victime ; froissé comme elle il frissonnait de peur et pleurait, et touchait son ventre bombé, son ventre flambant, incandescent de flammes hystériques, là, sur ses maigres flancs d'adolescent.

  • « Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 49


Théâtre[modifier]

William Shakespeare, Henry V, 1599[modifier]

Le roi Henry : Nous ne sommes pas un tyran, mais un roi chrétien
et notre colère est assujettie à notre mansuétude,
tout comme les misérables mis aux fers dans nos prisons.

  • (en) King Henry : We are no tyrant, but a Christian king,
    Unto whose grace our passion is subject
    As is our wretches fettered in our prisons ;


Roman[modifier]

Sayd Bahodine, Le Voyageur de Minuit, 1989[modifier]

Il fallut une longue période avant que l'on découvrît ce fait lourd de conséquences : le Chef Illimité était vénéneux. Il répandait autour de lui un poison, d'où résultèrent trois maladies contagieuses inconnues jusqu'alors, et pratiquement incurables : l'ennui, la colère et la peur.

  • Le Voyageur de Minuit (Ego-Monstre I), Sayd Bahodine Majrouh (trad. Serge Sautreau), éd. Phébus, coll. Domaine persan, 1989 (ISBN 2-85940-123-7), Cycle I, Cercle premier, « La ville malade de son maître », p. 42-43


Philosophie[modifier]

Gaston Bachelard, L'Eau et les Rêves, 1942[modifier]

Les larmes du marcheur combattant ne sont pas de l'ordre des peines, elles sont de l'ordre de la rage. Elles répondent par la colère à la colère de la tempête. Le vent vaincu les essuiera.

  • L'eau et les rêves — Essai sur l'imagination de la matière (1942), Gaston Bachelard, éd. Le Livre de Poche, coll. Biblio Essais, 1993 (ISBN 978-2-253-06100-7), partie II, chap. VIII L'eau violente, p. 184


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