Clé
Sommaire |
[modifier] Littérature
[modifier] Poésie
[modifier] André Breton, Clair de Terre, 1931
L'Union Libre
Ma femme aux pieds d'initiales
Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent.
-
Les surréalistes — Une génération entre le rêve et l'action (1991), Jean-Luc Rispail, éd. Gallimard, coll. Découverte Gallimard Littérature, 2000 (ISBN 2-07-053140-6), chap. Témoignages et documents, André Breton, « L'Union Libre », 1931, in Clair de Terre, p. 148
[modifier] Annie Le Brun, Le Carreau sans coeur, 1964
Là-bas mes félins reviennent avec des charpies d'eau blanche dans la gueule
C'est que je tue
Je tue pour rien, je tue pour rire
Quand la clé tourne mal dans la serrure déliée de mes épaules fracassées.
-
« Le Carreau sans coeur », Annie Le Brun, La Brèche, nº 7, Décembre 1964, p. 59
[modifier] Prose poétique
[modifier] Robert Desnos, Deuil pour deuil, 1924
Elles sont là toutes, celles qui tombèrent aux mains des espions, celle que l'amant assassin brisa dans la serrure en s'en allant, celle que le justicier jeta dans la rivière après avoir définitivement fermé la porte des représailles, les clefs d'or des geôliers volées par les captifs, les clefs des villes vendues à l'ennemi par les vierges blondes, par la vierge blonde, les clefs de diamant des ceintures de chasteté, les clefs des coffres-forts vidés à l'insu des banquiers par un aventurier, celles que, sans bruit, le jeune et idéal conquérant retire de la serrure pour guetter d'un oeil le coucher de la vierge blonde.
-
La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil (1924), Robert Desnos, éd. Gallimard, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), p. 139
Et tandis que les cieux retentissaient du bruit des serrures divines fermées en hâte, le fossoyeur, le fossoyeur mourait sous l'entassement cannibale des clefs, sur la tombe de Guillaume le Conquérant, tandis que, dans la taupinière, à la lumière verte, se déroulaient les funérailles de la fourmi d'or, la serrure des intelligences.
-
La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil (1924), Robert Desnos, éd. Gallimard, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), p. 139
[modifier] André Breton, Poisson soluble, 1924
Mon inspection n'avait duré que quelques secondes et je savais ce que je voulais savoir. Aussi bien les murs de Paris avaient été couverts d'affiches représentant un homme masqué d'un loup blanc et qui tenait dans la main gauche la clé des champs : cet homme, c'était moi.
-
Poisson soluble (1924), André Breton, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1996 (ISBN 2-07-032917-8), partie 32, p. 132
[modifier] René Char, Fureur et mystère, 1948
Partage formel
Inexpugnable sous sa tente de cyprès, le poète, pour se convaincre et se guider, ne doit pas craindre de se servir de toutes les clefs accourues dans sa main. Cependant il ne doit pas confondre une animation de frontières avec un horizon révolutionnaire.
-
Fureur et mystère (1948), René Char, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1962 (ISBN 2-07-030065-X), partie SEULS DEMEURENT (1938-1944), Partage formel, p. 78
[modifier] Roman
[modifier] André Breton, L'Amour fou, 1937
Boys du sévère, interprètes anonymes, enchaînés et brillants de la revue à grand spectacle qui toute une vie, sans espoir de changement, possédera le théâtre mental, ont toujours évolué mystérieusement pour moi des êtres théoriques, que j'interprète comme des porteurs de clés : ils portent les clés des situations, j'entends par là qu'ils détiennent le secret des attitudes les plus significatives que j'aurai à prendre en présence de tels rares événements qui m'auront poursuivi de leur marque.
-
L'Amour fou, André Breton, éd. Gallimard, 1976 (ISBN 978-2070367238), p. 7 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
De ce paysage passionné qui se retirera un jour prochain avec la mer, si je ne dois enlever que toi aux fantasmagories de l'écume verte, je saurai recréer cette musique sur nos pas. Ces pas bordent à l'infini le pré qu'il nous faut traverser pour revenir, le pré magique qui cerne l'empire du figuier. Je ne découvre en moi d'autre trésor que la clé qui m'ouvre ce pré sans limites depuis que je te connais, ce pré fait de la répétition d'une seule plante toujours plus haute, dont le balancier d'amplitude toujours plus grande me conduira jusqu'à la mort. La mort, d'où l'horloge à fleurs des campagnes, belle comme ma pierre tombale dressée, se remettra en marche sur la pointe des pieds pour chanter les heures qui ne passent pas. Car une femme et un homme qui, jusqu'à la fin des temps, doivent être toi et moi, glisseront à leur tour sans se retourner jamais jusqu'à perte de sentier, dans la lueur oblique, aux confins de la vie et de l'oubli de la vie, dans l'herbe fine qui court devant nous à l'arborescence. Elle est, cette herbe dentelée, faite des mille liens invisibles, intranchables, qui se sont trouvés unir ton système nerveux au mien dans la nuit profonde de la connaissance.
-
L'Amour fou, André Breton, éd. Gallimard, 1976 (ISBN 978-2070367238), p. 119 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
[modifier] André Pieyre de Mandiargues, La Marge, 1967
Puisqu'il n'y a pas lieu de refuser son offre, cette fois, il prend l'ascenseur, qui le dépose en bas avant qu'il soit arrivé à retrouver le souvenir de l'odeur suavement féminine et sensuelle. La clé sur le bureau tombe, avec les mots préparés, « buenas tardes » ; cependant c'est buenas noches qu'il fallait souhaiter à cette heure, et le concierge en souriant lui a donné la leçon. Qu'il ne l'oublie pas, la nuit est venue, la bonne sorgue amie des vauriens de jadis, on n'y verrait goutte n'étaient les étoiles artificielles du ciel de verre au-dessus de sa tête, et dehors, dans Escudillers, les restaurants, les bars et les tavernes rivalisent d'enseignes à feu fixes ou clignotants.
-
La Marge, André Pieyre de Mandiargues, éd. Gallimard, coll. Folio, 1967 (ISBN 2-07-037294-4), chap. II, p. 55