Chemise
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[modifier] Littérature
[modifier] Nouvelle
[modifier] André Pieyre de Mandiargues, Le Musée noir, 1924
Un très jeune garçon aux poignets velus presque à l'excès, même pour sa race, et à la chemise peu fraîche, leur avait servi une purée de tomates, d'aubergines et d'olives noires écrasées avec des herbes et des aromates ; des petites pieuvres et de très grosses crevettes frites ensemble dans une singulière union de queues, de pinces, d'antennes et de tentacules ; des beignets de miel, des confitures de cédrats et de roses. Elles avaient bu du vin résiné, horriblement amer, et du café bourbeux, mais suave.
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Le Musée noir, André Pieyre de Mandiargues, éd. Gallimard, 1946 (ISBN 2-07-071990-1), Le sang de l'agneau, p. 30
[modifier] Prose poétique
[modifier] André Breton, Poisson soluble, 1924
La lumière suivra ; le jour fera amende honorable, pieds nus, la corde des étoiles au cou, en chemise verte.
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Poisson soluble (1924), André Breton, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1996 (ISBN 2-07-032917-8), partie 7, p. 49
[modifier] Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958
Papillon d'obsidienne
Je suis fatiguée de ce jeu de patience inachevé. Heureuse la femelle du scorpion que ses petits dévorent. Heureux le serpent qui change de chemise. Heureuse l'eau qui se boit elle-même.
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Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Aigle ou Soleil ? — Papillon d'obsidienne, p. 92
[modifier] Joyce Mansour, Dolman le maléfique, 1961
« Je veux être père ». C'était dit d'un ton minable et Dolman n'en put croire ses oreilles. « Quoi ? » La voix s'enlisa dans la boue criblée de gousses d'ail et siffla : « Il faut que je sois père, ne serait-ce que d’un pou ». « Laissez-moi réfléchir, dit Dolman à quatre pattes, revenez après la nuit. » La voix se fit pressante : « Gardez-moi près de vous, je suis bien dans cette hutte ». « Non ! », trancha l'homme et le Caressant déguerpit, proférant des injures, mais vaincu pour l'instant. Dolman se coucha, dormit et se réveilla sans avoir trouvé de solution, sans même être en mesure d'y songer. Douze heures plus tard l'Affreux réapparut. Dolman apaisa l'ombre d'un geste accablé. « Je serai votre cygne ». La Bête se dressa. « Retirez votre chemise, vos poils, votre hargne. Chantez les charmes de l’hallucination, les tourbillons de l’oreiller, la poitrine glacée de la nuit. Vous êtes l’épouse terrible attendue depuis toujours ». Dolman, ouvrant la bouche, constata que sa voix était absente. « Je suis perdu, pensa-t-il. Joué. Comment ai-je pu espérer me mesurer avec la Peur ? » Et il rampa vers l'escalier de l'Époux.
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« Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 52