Chauve-souris
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[modifier] Littérature
[modifier] Nouvelle
[modifier] André Pieyre de Mandiargues, Le Musée noir, 1924
Le sang de l'agneau
De se trouver réunis, ainsi vêtus (si peu), elle et lui, en ce lieu, à cette heure, en cette solitude, l'avait jeté dans un trouble à lui faire craindre un peu de sorcellerie ; et puis il y avait cette ancienne croyance aux apparitions qui est si forte, chez les nègres, que jamais ils ne sont bien assurés dans la campagne après le coucher du soleil. Enfin, il se décida à parler, mais non sans se méfier un peu, et en caressant de la main un sachet pendu à son cou au bout d'un cordonnet de soie sous son plastron de chemise, sachet qui était formé d'une chauve-souris réduite, transpercée de corail branchu et remplie d'ingrédients pilés très efficaces contre les loups-garous que l'on sait se cacher parfois dans la peau des plus aimables jeunes filles.
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Le Musée noir, André Pieyre de Mandiargues, éd. Gallimard, 1946 (ISBN 2-07-071990-1), Le sang de l'agneau, p. 54
Elle courait au centre de la pièce, allait d'un mur à l'autre avec des mouvements glissés et des crochets de danseuse qui lui donnaient l'air, pour sa blancheur aussi, d'une chauve-souris sortie d'un bol de crème, ou plutôt d'un roitelet voletant sous la flamme irrégulière de l'acétylène, dans le poussier crayeux d'un four à chaux.
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Le Musée noir, André Pieyre de Mandiargues, éd. Gallimard, 1946 (ISBN 2-07-071990-1), Le sang de l'agneau, p. 59
[modifier] Prose poétique
[modifier] Louis Aragon, Le Paysan de Paris, 1926
La nuit de nos villes ne ressemble plus à cette clameur des chiens des ténèbres latines, ni à la chauve-souris du Moyen Age, ni à cette image des douleurs qui est la nuit de la Renaissance. C'est un monstre immense de tôle, percé mille fois de couteaux.
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Les surréalistes — Une génération entre le rêve et l'action (1991), Jean-Luc Rispail, éd. Gallimard, coll. Découverte Gallimard Littérature, 2000 (ISBN 2-07-053140-6), chap. Témoignages et documents, Louis Aragon, Le Paysan de Paris, 1926, p. 162
[modifier] Joyce Mansour, Dolman le maléfique, 1961
Un enfant normal serait mort mais Dolman était assez extraordinaire pour grandir dans sa bestialité furtive sans avoir besoin de famille. Son seul contact avec l'extérieur était dû à une chauve-souris qui changeait l'air de temps à autre par obéissance et que l'enfant, enveloppé dans la moiteur des brumes chaotiques, reconnaissait à ses petits cris attachants et à son odeur vieillotte de dame seule.
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« Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 46
[modifier] Roman
[modifier] James Joyce, Ulysse, 1922
A travers tous les sables du monde, suivie vers l'ouest par l'épée flamboyante du soleil, elle trekke son chemin vers les terres du soir. Elle trimarde, schleppe, traîne, tire, trascine sa charge. Une marée qui rampe à l'ouest tirée par la lune la suit. Marées en elle, avec des myriades d'îles, sang qui n'est pas mien, oinopa ponton, une mer sombre comme le vin. Voici la servante de la lune. Dans le sommeil le signe liquide lui dit son heure, la fait lever. Lit nuptial, lit de parturition, lit de mort aux spectrales bougies. Omnis caro ad te veniet. Et voici la vampire qui vient, ses yeux, perceurs de tempêtes, sa voilure de chauve-souris qui ensanglante la mer, bouche au baiser de sa bouche.
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Ulysse (1922), James Joyce (trad. Auguste Morel), éd. Gallimard, coll. Folio, 1957 (ISBN 2-07-040018-2), p. 76