Case
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[modifier] Littérature
[modifier] Prose poétique
[modifier] Joyce Mansour, Dolman le maléfique, 1961
Pâle et rissolé de confusion matinale il tituba au soleil, peu sûr de ses jambes et la nuit glissa à sa suite hors de la case, loin des fastes du cauchemar, hésitante tel un halètement dans la bure du brouillard. L'enfant chassa de son ombre les derniers filaments de nuit et posséda tout à la fois le ciel, la forêt, le village, le soleil, l'insecte qui mordillait son orteil, la flaque d'eau boueuse où s'attardait un cochon (qu'il absorba par osmose hâtivement, en passant) bref, tout ce qui l'entourait, plus l'air à perte de vue, d'un seul regard inflexible.
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« Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 48
[modifier] Récit de voyage
[modifier] Guy de Maupassant, La Vie Errante , 1890
Tunis
Un de ces souks a un caractère si bizarre, que le souvenir en reste extravagant et persistant comme celui d’un songe. C’est le souk des parfums.
En d’étroites cases pareilles, si étroites qu’elles font penser aux cellules d’une ruche, alignés d’un bout à l’autre et sur les deux côtés d’une galerie un peu sombre, des hommes au teint transparent, presque tous jeunes, couverts de vêtements clairs, et assis comme des bouddhas, gardent une rigidité saisissante dans un cadre de longs cierges suspendus, formant autour de leur tête et de leurs épaules un dessin mystique et régulier.
Les cierges d’en haut, plus courts, s’arrondissent sur le turban ; d’autres, plus longs viennent aux épaules ; les grands tombent le long des bras. Et, cependant, la forme symétrique de cette étrange décoration varie un peu de boutique en boutique. Les vendeurs, pâles, sans gestes, sans paroles, semblent eux-mêmes des hommes de cire en une chapelle de cire. Autour de leurs genoux, de leurs pieds, à la portée des mains si un acheteur se présente, tous les parfums imaginables sont enfermés en de toutes petites boites, en de toutes petites fioles, en de tout petits sacs.
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La Vie errante, Guy de Maupassant, éd. P. Ollendorff, 1890, Tunis, p. 150