Café (lieu)

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[modifier] Littérature

[modifier] Critique

[modifier] Louis Aragon, Livres Choisis — Rose des vents (Philippe Soupault), 1919

Pour se retrouver lui-même, il lui suffisait de revenir s'accouder aux marbres des cafés dont on suit d'un oeil idiot les veines jolîment entrelacées. Là, les mots entendus prennent des inflexions subites et on lit par désoeuvrement les inscriptions de porcelaine des vitres qui tournent le dos.

  • Cette citation provient d'une revue dirigée par André Breton. Elle expose les propos critiques de Louis Aragon dans une rubrique qu'il lui avait été attribuée dans ce numéro. Il avait choisi notamment de commenter le recueil Rose des Vents de Philippe Soupault dont il est question ici.


[modifier] Prose poétique

[modifier] Robert Desnos, Pénalités de l'enfer, 1922

Le train passait rapidement. Il sauta dedans, Benjamin sur la route des floraisons chimiques. Pas assez vite cependant car un de ses bras, le gauche, resta dans l'espace au-dessus du quai. A 500 kilomètres Benjamin m'appelait encore pour que je le lui envoyasse. Des troupeaux piétinèrent les angélus et des tapis de cheveux de femme. A quoi bon... le bras de Benjamin Péret je l'ai laissé dans cette gare qui marque le pas. Le bras de Benjamin Péret, seul dans l'espace, au-dessus du quai, indique la sortie, et au delà le grand café du Progrès et au delà...

  • « Pénalités de l'enfer », Robert Desnos, Littérature Nouvelle Série, nº 4, Septembre 1922, p. 8


[modifier] Jacques Baron, La Journée des mille dimanches, 1922

L'homme qui était sur sa chaise, il s'appelait Deplusenplus, cracha trois fois par terre et dit :
« Vous, sensationnel philosophe, gâché par le tabac à priser, devez savoir pourquoi les gens qui marchent sur la tête n'ont pas de cheveux, pourquoi aussi n'ont-ils pas de jambes sur la tête, ce qui serait logique, pourquoi n'ont-ils pas de chaussures à ces jambes et de pantalon sur ces jambes ? »
Le philosophe ne répondit pas mais fit un grand geste. Il avait perdu la mémoire et se découvrait épicier.
Deplusenplus ne tira pas son révolver, mais il sortit. Sur le palier de la porte, il n'attendit pas une femme, contrairement à l'habitude, n'alluma pas une cigarette et ne se rendit pas au café.

  • « La Journée des mille dimanches », Jacques Baron, Littérature Nouvelle Série, nº 4, Septembre 1922, p. 14


Ici commence la partie philosophique de ce gros oeuvre qui occupa toute ma vie. Elle comprend quatre volumes in-octavo reliés en peau de truie. Elle sert de papier dans les W.-C. des cafés à la mode. Je suis connu dans toutes les bonnes sociétés. On prétend même qu'on chante des hymnes en mon honneur dans les couvents de nonnes que j'eus plaisir il y a quelques temps à dépuceler les unes après les autres.

  • « La Journée des mille dimanches », Jacques Baron, Littérature Nouvelle Série, nº 4, Septembre 1922, p. 15


[modifier] Robert Desnos, Deuil pour deuil, 1924

Quelques jours après, à la terrasse d'un café, je buvais de l'alcool tout en observant de l'oeil droit une femme blanche et rose comme la reine des banquises et du gauche une femme bleu de Prusse, aux yeux brillants, aux lèvres blanches en glace de Venise, qui lisait une lettre écrite sur papier garance.


[modifier] Roman

[modifier] André Breton, L'Amour fou, 1937

C'était quelque être très jeune, mais de qui ce signe distinctif ne s'imposait cependant pas à première vue, en raison de cette illusion qu'il donnait de se déplacer en plein jour dans la lumière d'une lampe. Je l'avais déjà vu pénétrer deux ou trois fois dans ce lieu : il m'avait à chaque fois été annoncé, avant de s'offrir à mon regard, par je ne sais quel mouvement de saisissement d'épaule à épaule ondulant jusqu'à moi à travers cette salle de café depuis la porte. Ce mouvement, dans la mesure même où, agitant une assistance vulgaire, il prend très vite un caractère hostile, que ce soit dans la vie ou dans l'art, m'a toujours averti de la présence du beau. Et je puis bien dire qu'à cette place, le 29 mai 1934, cette femme était scandaleusement belle. Une telle certitude, pour moi assez exaltante à cette époque par elle-même, risquait d'ailleurs fort de m'obséder durant le temps qui s'écoulait entre ses apparitions réelles, puisqu'une intuition très vague, dès les premiers instants, m'avait permis d'envisager que le destin de cette jeune femme pût un jour, et si faiblement que ce fût, entrer en composition avec le mien.

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