Branche

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Arthur Rackham

Sommaire

[modifier] Littérature

[modifier] Critique

[modifier] René Crevel, La Période des sommeils, 1932

Tous les troncs des arbres se divisaient en une infinité de branches sinueuses et insinuantes, qui offraient leurs aptitudes sournoises à étrangler prestement, sinon les créatures trop imprudentes, du moins et à coup sûr les mots dans leur gorge.

  • « La Période des sommeils », René Crevel, This Quarter vol. 5, nº 1, Septembre 1932, p. 1


[modifier] Écrit intime

[modifier] Paul Klee, Journal, 1957

La tempête forme des cuisses puissantes dans le valonnement de la vague et dans la nuque du chêne. On croirait à un combat entre la branche et l'écume. Ce n'est pourtant que jeu. La divinité y assiste et préserve les limites. Dans un sens analogue j'ai contemplé un orage accompagné de grêle. 27 juillet 1901.


[modifier] Nouvelle

[modifier] Gérard de Nerval, Les Filles du feu, 1834

Sylvie

Lorsque je vis briller les eaux du lac à travers les branches des saules et des coudriers, je reconnus tout à fait un lieu où mon oncle, dans ses promenades, m'avait conduit bien des fois : c'et le Temple de la philosophie, que son fondateur n'a pas eu le bonheur de terminer. Il a la forme du temple de la sibylle Tiburtine, et, debout encore, sous l'abri d'un bouquet de pins, il étale tous ces grands noms de la pensée qui commence par Montaigne et Descartes, et qui s'arrêtent à Rousseau. Cet édifice inachevé n'est déjà plus qu'une ruine, le lierre le festonne avec grâce, la ronce envahit les marches disjointes. Là, tout enfant, j'ai vu des fêtes où les jeunes filles vêtues de blanc venaient recevoir des prix d'étude et de sagesse.

  • Les Filles du feu (1834), Gérard de Nerval, éd. Maxi-Livres, coll. Maxi-Poche Classiques Français, 1997 (ISBN 2-8771-4348-1), partie Sylvie — Souvenir du valois, IX. Ermenonville, p. 130


[modifier] Renée Vivien, La Dame à la Louve, 1904

Trahison de la forêt

Les branches des arbres semblaient des pythons immobiles. Les lianes s’enroulaient comme des serpents verts. Un souffle de péril et de trahison montait de la terre et tombait des feuillages. Les étoiles étaient grandes ouvertes, ainsi que des fleurs de flamme.

  • La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, Trahison de la forêt, p. 93


La Saurienne

Elle me regarda de ses prunelles libidineuses et féroces de monstre en rut.
« Viens, » commanda-t-elle.
J’essayai de la suivre. Je ne pouvais point. Je fis des gestes étranglés de fou maintenu par une camisole de force.
À quelques pas du lieu où nous étions, il y avait un fouillis d’herbes très hautes, et des arbres dont les branches ressemblaient à des serpents géants. Elle guignait cet abri du coin de l’œil… Je devinai sans peine ce qu’elle voulait de moi.

  • La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Saurienne, p. 127


[modifier] Poésie

[modifier] Joyce Mansour, Le Désir du désir sans fin, 1963

Ici un lapin passait naguère
Sa vie errante souple et flottante
Sur le candélabre de l'inaction
Aux sept branches de supplices
Aux homélies anciennes
Sauvez-moi cria-t-il du haut de sa passion.

  • « Le désir du désir sans fin », Joyce Mansour, La Brèche, nº 5, Octobre 1963, p. 5


[modifier] Prose poétique

[modifier] Robert Desnos, Deuil pour deuil, 1924

Pauvre étoile brillante à l'abri des pêcheurs elle étend voluptueusement ses cinq branches délicates et fait tant que l'huître libère à la fin la perle dont le temps et la maladie lui avaient fait don.


[modifier] André Breton, Poisson soluble, 1924

Au bout de chaque branche il y a une étoile et ce n'est pas assez, non, chicorée de la Vierge.


[modifier] Paul Eluard , Capitale de la douleur, 1926

André Masson

Les lignes de la main, autant de branches dans le vent tourbillonnant.

  • Capitale de la douleur suivi de L'amour la poésie (1926), Paul Eluard, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 978-2-07-030095-2), partie Nouveaux poèmes, André Masson, p. 105


[modifier] Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958

Issue

Dans un ciel d'intérieur d'oeil, nous déployons nos ailes, aigle bicéphale, comète à la queue de diamant et de plainte. Brûle, candélabre à huit bras, arbre vivant qui chante, racines enlacées, branches entretissées, cime où crient des oiseaux de corail et de braise.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Aigle ou Soleil ? — Issue, p. 85


Papillon d'obsidienne

Dans le ciel du Sud, j'ai planté des jardins de feu, des jardins de sang. Leurs branches de corail frôlent encore le front des amoureux. Là-bas, l'amour est la rencontre de deux aérolithes au milieu de l'espace et non pas cette obstination de pierres qui se frottent pour s'arracher un baiser crépitant.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Aigle ou Soleil ? — Papillon d'obsidienne, p. 92


[modifier] Roman

[modifier] Pierre Louÿs, Les Aventures du Roi Pausole, 1900

Un énorme figuier faisait retomber comme un tapis par-dessus la balustrade ses branches cachées par les feuilles plates et ses fruits poudrés de lilas. Vers la gauche, le parc se massait, avec ses magnolias déjà défleuris, ses eucalyptus frissonnants, ses palmiers trapus du Japon, ses magnifiques sagoutiers lunaires. Une défense d'aloès ourlait le jardin sombre et la plaine s'étendait au-delà jusqu'aux étoiles.

  • Les Aventures du Roi Pausole (1900), Pierre Louÿs, éd. GF, 2008 (ISBN 978-2-0807-1214-1), partie Livre premier, VI. Comment Diane à la Houppe et le roi Pausole virent entrer quelqu'un qu'ils n'attendaient pas, p. 95


[modifier] Colette, La Maison de Claudine, 1922

Ma mère renversait la tête vers les nuées, comme si elle eût attendu qu’un vol d’enfants ailés s’abattît. Au bout d’un moment, elle jetait le même cri, puis se lassait d’interroger le ciel, cassait de l’ongle le grelot sec d’un pavot, grattait un rosier emperlé de pucerons verts, cachait dans sa poche les premières noix, hochait le front en songeant aux enfants disparus, et rentrait. Cependant au-dessus d’elle, parmi le feuillage du noyer, brillait le visage triangulaire et penché d’un enfant allongé, comme un matou, sur une grosse branche, et qui se taisait. Une mère moins myope eût-elle deviné, dans les révérences précipitées qu’échangeaient les cimes jumelles des deux sapins, une impulsion étrangère à celle des brusques bourrasques d’octobre… Et dans la lucarne carrée, au-dessous de la poulie à fourrage, n’eût-elle pas aperçu, en clignant les yeux, ces deux taches pâles dans le foin: le visage d’un jeune garçon et son livre ? Mais elle avait renoncé à nous découvrir, et désespéré de nous atteindre.

  • La Maison de Claudine (1922), Colette, éd. Imprimerie Moderne de Nantes, coll. Super-Bibliothèque, 1976 (ISBN 2-261-00093-6), Où sont les enfants ?, p. 11


La robe de toile que je presse de ma joue sent le gros savon, la cire dont on lustre les fers à repasser, et la violette. Si je m’écarte un peu de cette fraîche robe de jardinière, ma tête plonge tout de suite dans une zone de parfum qui nous baigne comme une onde sans plis : le tabac blanc ouvre à la nuit ses tubes étroits de parfum et ses corolles en étoile. Un rayon, en touchant le noyer, l’éveille : il clapote, remué jusqu’aux basses branches par une mince rame de lune. Le vent superpose, à l’odeur du tabac blanc, l’odeur amère et froide des petites noix véreuses qui choient sur le gazon.

  • La Maison de Claudine (1922), Colette, éd. Imprimerie Moderne de Nantes, coll. Super-Bibliothèque, 1976 (ISBN 2-261-00093-6), Papa et Mme Bruneau, p. 67


[modifier] André Breton, L'Amour fou, 1937

Les « beau comme » de Lautréamont constituent le manifeste même de la poésie convulsive. Les grand yeux clairs, aube ou aubier, crosse de fougère, rhum ou colchique, les plus beaux yeux de musées et de la vie à leur approche comme les fleurs éclatent s'ouvrent pour ne plus voir, sur toutes les branches de l'air. Ces yeux, qui n'expriment plus que sans nuance l'extase, la fureur, l'effroi, ce sont les yeux d'Isis (« Et l'ardeur d'autrefois... »), les yeux des femmes données aux lions, les yeux de Justine et de Juliette, ceux de Matilde de Lewis, ceux de plusieurs visages de Gustave Moreau, de certaines des têtes de cire les plus modernes.


Les fiancées brillaient aux fenêtres, éclairées d'une seule branche indiscrète, et leurs voix, alternant avec celles des jeunes hommes qui brûlaient en bas pour elles, mêlaient aux parfums déchaînés de la nuit de mai un murmure inquiétant, vertigineux comme celui qui peut signaler sur la soie des déserts l'approche du Sphinx. La question qui soulevait gracieusement à pareille heure tant de poitrines n'était en effet rien moins, posée dans les conditions optima de temps et de lieu, que celle de l'avenir de l'amour – que celle de l'avenir d'un seul et, par là même, de tout amour.


Faute de pouvoir encore répandre le sang, ils répandaient le lait. Entre les floraisons martyres des cactées dont, de conserve avec la cochenille et la chèvre, ils veillaient à ne laisser à bonne distance des routes aucune palette intacte – il n'est rien comme ces plantes exposées à tous les affronts et disposant d'un si terrible pouvoir de cicatrisation pour entretenir la pensée de la misère – s'érige ici le chandelier à cent branches d'une euphorbe à tige aussi grosse que le bras mais trois fois plus longue, qui, sous le choc d'une pierre lancée, saigne abondamment blanc et se macule. Les petits enfants visent de loin cette plante avec délice et il faut convenir que c'est la plus troublante merveille que celle de la sécrétion ainsi provoquée. Rien de plus impossible que de ne pas y associer à la fois l'idée du lait maternel et celle de l'éjaculation. La perle impossible point et roule inexplicablement sur la face tournée vers nous de tel ou tel prisme hexagonal de velours vert. Le sentiment de culpabilité n'est pas loin. Invulnérable dans son essence, la touffe attaquée rejaillit toute neuve à perte de vue du champ de pierrailles. Ce n'est pas elle qui a le plus souffert de la souillure.


J'ai à peine besoin de te toucher pour que le vif-argent de la sensitive incline sa harpe sur l'horizon. Mais, pour peu que nous nous arrêtions, l'herbe va reverdir, elle va renaître, après quoi mes nouveaux pas n'auront d'autre but que te réinventer. Je te réinventerai pour moi comme j'ai le désir de voir se recréer perpétuellement la poésie et la vie. D'une branche à l'autre de la sensitive – sans craindre de violer les lois de l'espace et bravant toutes les sortes d'anachronismes – j'aime à penser que l'avertissement subtil et sûr, des tropiques au pôle, suit son cours comme du commencement du monde à l'autre bout. J'accepte, sur mon passage, de découvrir que je n'en suis que la cause insignifiante. Seul compte l'effet universel, éternel : je n'existe qu'autant qu'il est réversible à moi.

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