Bateau
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[modifier] Littérature
[modifier] Prose poétique
[modifier] Francis Picabia, Samedi soir, 16 septembre, 1922
Les muscles comme la vertu donnent des exemples spirituels que j'aime beaucoup, il y a encore heureusement des crapules dans le bon monde. J'aime les êtres qui ressemblent aux inondations ; les bateaux glissent sans bruit sur l'eau plate et mon jardin disparait sous le soleil qui brille comme la lune ; un évêque passe, c'est la grimace officielle, il me baise les mains, je ne m'en plains nullement ; je lui baise les mains, voilà la vraie gloire.
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« Samedi soir, 16 septembre 1922 », Francis Picabia, Littérature Nouvelle Série, nº 6, Novembre 1922, p. 24
[modifier] André Breton, Poisson soluble, 1924
Au sud, dans une anse, l'amour secoue ses cheveux remplis d'ombre et c'est un bateau propice qui circule sur les toits.
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Poisson soluble (1924), André Breton, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1996 (ISBN 2-07-032917-8), partie 4, p. 39
[modifier] Joyce Mansour, Dolman le maléfique, 1961
Le reste du village ignorait l'enfant larve qui grouillait dans la solitude de sa hutte comme on essaie d'oublier la lèpre qui défigure le visage aimé. Ainsi les années se suivirent à pas de loup sur les montagnes et sur la plaine sans laisser de trace dans les champs de neige. Cela dura jusqu'au jour où le soleil se leva avec une heure de retard et dans son ivresse omit de passer l'index purificateur dans la hutte où gisait l'enfant. Le village se vida en un clin d'oeil car, malgré l'heure tardive, la chaleur et le bruit, la nuit bouillonnait étrangement dans la crèche. « Il faut payer ! Le feu sacré fuse dans ses veines ! Sauve qui peut ! » hurlèrent les mages et, hommes, femmes, cuisinières, enfants, maisons, chèvres, bateaux s'enfuirent au galop vers les montagnes aux cimes parsemées de sanctuaires. Ils partirent sans se disperser, sans mettre de l'ordre dans leurs idées, en un groupe opaque de cerveaux et de jambes disloquées par le pullulement de la peur, obnubilé par la forêt de poings qu'ils brandissaient au-dessus de leurs têtes pour se protéger du mauvais oeil.
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« Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 48
[modifier] Récit de voyage
[modifier] Guy de Maupassant, La Vie errante, 1890
La Côte italienne
En revenant à bord du yacht j’aperçois tout à coup, le long du quai, dans une balancelle napolitaine, sur une immense table tenant tout le pont, quelque chose d’étrange comme un festin d’assassins. Sanglants, d’un rouge de meurtre, couvrant le bateau entier d’une couleur et, au premier coup d’œil, d’une émotion de tuerie, de massacre, de viande déchiquetée, s’étalent, devant trente matelots aux figures brunes, soixante ou cent quartiers de pastèques pourpres éventrées.
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La Vie errante, Guy de Maupassant, éd. P. Ollendorff, 1890, La Côte italienne, p. 29
[modifier] Roman
[modifier] Gabriele D'Annunzio, Le Feu, 1900
— C’est vous, Stelio, — dit-elle avec ce faible sourire qui voilait sa pensée, en dégageant doucement sa main de celle de son ami, — c’est vous maintenant qui voulez m’enivrer… Regardez ! — s’écria-t-elle pour rompre le charme, en montrant du doigt une barque chargée qui venait lentement à leur rencontre. — Regardez vos grenades !
Mais sa voix était émue.
Alors, dans le rêve crépusculaire, sur l’eau délicatement verte et argentée comme les jeunes feuilles du saule, ils regardèrent passer le bateau débordant de ces fruits emblématiques qui font penser à des choses riches et cachées, à des écrins en cuir vermeil surmontés de la couronne d’un roi donateur, les uns clos, les autres entr’ouverts sur les gemmes agglomérées.
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Le Feu, Gabriele D'Annunzio, éd. La Revue de Paris, 1900, chap. I. L'épiphanie du feu, p. 10
[modifier] Dominique Fernandez, Porporino ou les mystères de Naples, 1974
Il y avait aussi les sorbets, sorbets au citron, sorbets aux mûres, sorbets aux myrtilles, une spécialité de Startuffo, que dis-je, une exclusivité, une innovation, les premières glaces jamais faites en Italie, en Europe. Startuffo envoyait chaque hiver des bateaux jusqu'en Suède qui rapportaient de la neige dans les profondeurs de leurs cales. Cette neige était conservée dans une sorte de citerne creusée sous la terre du petit jardin qu'il avait aménagé exprès derrière la pâtisserie.
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Porporino ou les mystères de Naples (1974), Dominique Fernandez, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 1974 (ISBN 978-2-246-01243-6), partie II « Les pauvres de Jésus-Christ », Gourmandise, p. 165