Honoré de Balzac
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Honoré Balzac, dit Honoré de Balzac, né à Tours le 20 mai 1799 et mort à Paris le 18 août 1850, est un romancier français.
[modifier] Citations de Balzac
[modifier] Physiologie du mariage, 1829
Il existe un lien secret entre [toutes les femmes], comme entre tous les prêtres d'une même religion. Elles se haïssent, mais elles se protégent.
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Physiologie du mariage (1829), Honoré de Balzac, éd. Charpentier, 1838, p. 289
[modifier] Les Chouans, 1829
L'amour est la seule passion qui ne souffre ni passé ni avenir.
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Les Chouans, dans La Comédie humaine, VIII (1829), Honoré de Balzac, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1978, p. 1014
[modifier] La Peau de chagrin, 1831
L’écrivain doit être familiarisé avec tous les effets, toutes les natures. Il est obligé d’avoir en lui je ne sais quel miroir concentrique où, suivant sa fantaisie, l’univers vient se réfléchir. »
- Préface
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Le Père Goriot, dans La Comédie humaine, III (1831), Honoré de Balzac, éd. Gosselin et Canel, coll. Grandes-Œuvres. Hachette-livre. fac similé., 1980, p. 12
[modifier] Les Chouans, 1829
L'amour est la seule passion qui ne souffre ni passé ni avenir.
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Les Chouans, dans La Comédie humaine, VIII (1829), Honoré de Balzac, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1978, p. 1014
[modifier] Le Médecin de campagne, 1833
Malgré notre tenue sévère, voilà que tout est contre nous ; mais l'armée fait encore des prodiges de valeur. Pour lors se donnent des batailles de montagnes, peuples contre peuples, à Dresde, Lützen, Bautzen. Souvenez-vous de ça, vous autres, parce que c'est là que le Français a été si particulièrement héroïque, que dans ce temps-là, un bon grenadier ne durait pas plus de six mois. »
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Le Médecin de campagne, dans La Comédie humaine, XIII (1833), Honoré de Balzac, éd. Charles Furne, sixième édition, 1845, p. 445
[modifier] Eugénie Grandet, 1833
Si la lumière est le premier amour de la vie, l'amour n'est-il pas la lumière du cœur ?
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Eugénie Grandet, histoire de province (1833), Honoré de Balzac, éd. Larousse, coll. Petits Classiques Larousse, 2001, p. 72
Citation choisie citation du jour pour le 11 mars 2009.
[modifier] Le Père Goriot, 1835
Le monde a dit : « Mais nous sommes blanc et rose, et vous nous avez prêté des tons fort vilains. J'ai le teint uni pour tous les gens qui m'aiment, et vous m'avez mis cette petite verrue dont mon mari seul s'aperçoit. »
- Préface
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Le Père Goriot, dans La Comédie humaine, III (1835), Honoré de Balzac, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1976, p. 39
Ah ! sachez-le : ce drame n'est ni une fiction, ni un roman. All is true, il est si véritable, que chacun peut en reconnaître les éléments chez soi, dans son cœur peut-être.
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Le Père Goriot, dans La Comédie humaine, III (1835), Honoré de Balzac, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1976, p. 50
Mais Paris est un véritable océan. Jetez-y la sonde, vous n'en connaîtrez jamais la profondeur. Parcourez-le, décrivez-le : quelque soin que vous mettiez à le parcourir, à le décrire ; quelques nombreux et intéressés que soient les explorateurs de cette mer, il s'y rencontrera toujours un lieu vierge, un antre inconnu, des fleurs, des perles, des monstres, quelque chose d'inouï, oublié par les plongeurs littéraires.
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Le Père Goriot, dans La Comédie humaine, III (1835), Honoré de Balzac, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1976, p. 50
Un homme qui se vante de ne jamais changer d'opinion est un homme qui se charge d'aller toujours en ligne droite, un niais qui croit à l'infaillibilité. Il n'y a pas de principes, il n'y a que des événements ; il n'y a pas de lois, il n'y a que des circonstances : l'homme supérieur épouse les événements et les circonstances pour les conduire. S'il y avait des principes et des lois fixes, les peuples n'en changeraient pas comme nous changeons de chemises.
- Vautrin, à Eugène de Rastignac
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Le Père Goriot, dans La Comédie humaine, III (1835), Honoré de Balzac, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1976, p. 144
[modifier] Le Colonel Chabert, 1835
Où en étais-je ? dit le colonel avec la naïveté d’un enfant ou d’un soldat, car il y a souvent de l’enfant dans le vrai soldat, et presque toujours du soldat chez l’enfant, surtout en France.
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La Femme supérieure ; La Maison Nucingen ; La Torpille (1844), Honoré de Balzac, éd. Hachette, coll. Livre de poche, 1984, p. 34 (texte intégral sur Wikisource)
Le vieux soldat était calme, immobile, presque distrait. Malgré ses haillons, malgré la misère empreinte sur sa physionomie , elle déposait d'une noble fierté. Son regard avait une expression de stoïcisme qu'un magistrat n'aurait pas dû méconnaître; mais, dès qu'un homme tombe entre les mains de la justice, il n'est plus qu'un être moral, une question de Droit ou de Fait, comme aux yeux des statisticiens il devient un chiffre.
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Le Colonel Chabert ; Le Père Goriot ; La Messe de l'athée ; L'Interdiction ; Le Contrat de mariage; Autre étude de femme ; Ursule Mirouët ; Eugénie Grandet (1844), Honoré de Balzac, éd. Gallimard, t.III, coll. Bibliothèque de la pléiade, 1976, p. 369 (texte intégral sur Wikisource)
Il existe dans notre société trois hommes, le Prêtre, le Médecin et l'Homme de justice, qui ne peuvent pas estimer le monde. Ils ont des robes noires, peut-être parce qu'ils portent le deuil de toutes les vertus, de toutes les illusions.
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Le Colonel Chabert ; Le Père Goriot ; La Messe de l'athée ; L'Interdiction ; Le Contrat de mariage; Autre étude de femme ; Ursule Mirouët ; Eugénie Grandet (1844), Honoré de Balzac, éd. Gallimard, t.III, coll. Bibliothèque de la pléiade, 1976, p. 373 (texte intégral sur Wikisource)
La seule épigramme permise à la Misère est d' obliger la Justice et la Bienfaisance à des dénis injustes.
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Le Colonel Chabert ; Le Père Goriot ; La Messe de l'athée ; L'Interdiction ; Le Contrat de mariage; Autre étude de femme ; Ursule Mirouët ; Eugénie Grandet (1844), Honoré de Balzac, éd. Gallimard, t.III, coll. Bibliothèque de la pléiade, 1976, p. 316 (texte intégral sur Wikisource)
[modifier] La Messe de l'athée, 1836
A Paris, quand certaines gens vous voient mettre le pied à l'étrier, les uns vous tirent par le pan de votre habit, les autres lâchent la boucle de la sous-ventrière pour que vous vous cassiez la tête en tombant; celui-ci vous deferre le cheval, celui-là vous vole le fouet : le moins traître est celui que vous voyez venir pour vous tirer un coup de pistolet à bout portant. Vous avez assez de talent, mon cher enfant, pour connaître bientôt la bataille horrible, incessante, que la médiocrité livre à l'homme supérieur.
- le docteur Desplein à Horace Bianchon
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Le Père Goriot ; Le Colonel Chabert ; L'Interdiction (1836), Honoré de Balzac, éd. Garnier frères, coll. Classiques Garnier, la Comédie humaine, 2008, p. 419 (texte intégral sur Wikisource)
[modifier] La Maison Nucingen, 1837
Les lois sont des toiles d’araignées à travers lesquelles passent les grosses mouches et où restent les petites.
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« La Maison Nucingen » (1837), dans La Femme supérieure ; La Maison Nucingen ; La Torpille, Honoré de Balzac, éd. Werdet, 1838, p. 341 (texte intégral sur Wikisource)
[modifier] César Birotteau, 1838
Dans ce produit bizarre, vous eussiez reconnu l'actionnaire par excellence, croyant à toutes les nouvelles que la presse périodique baptise de son encre, et qui a tout dit en disant : Lisez le journal !
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César Birotteau (1837 datée 1838), Honoré de Balzac, éd. Gallimard VI, coll. Bibliothèque de la pléiade, 1977, p. 106 (texte intégral sur Wikisource)
[modifier] Un prince de la bohème ou Les Fantaisies de Claudine, 1840
L'espoir est une mémoire qui désire, le souvenir est une mémoire qui a joui.
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Les Fantaisies de Claudine, Honoré de Balzac, éd. E. Didier, 1853, p. 45 (texte intégral sur Wikisource)
[modifier] La Cousine Bette, 1847
Quoique richement mise, elle épouvantait par les signes de méchanceté froide que présentait sa plate figure horriblement ridée, blanche et musculeuse. Marat, en femme et à cet âge, eût été, comme la Saint-Estève, une image vivante de la Terreur. Cette vieille sinistre offrait dans ses petits yeux clairs la cupidité sanguinaire des tigres. Son nez épaté, dont les narines agrandies en trous ovales soufflaient le feu de l'enfer, rappelait le bec des plus mauvais oiseaux de proie..
- portrait de la tante de Vautrin, dite Madame de Saint-Estève.
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La Cousine Bette (1846), Honoré de Balzac, éd. Charles Furne, coll. La Comédie humaine, volume XVII, 1848, p. 317 (texte intégral sur Wikisource)
[modifier] Le Cousin Pons, 1847
En conservant dans quelques détails de sa mise une fidélité quand même aux modes de l'an 1806, ce passant rappelait l'Empire sans être par trop caricature. Pour les observateurs, cette finesse rend ces sortes d'évocations extrêmement précieuses. Mais cet ensemble de petites choses voulait l'attention analytique dont sont doués les connaisseurs en flânerie ; et, pour exciter le rire à distance, le passant devait offrir une de ces énormités à crever les yeux, comme on dit, et que les acteurs recherchent pour assurer le succès de leurs entrées. Ce vieillard, sec et maigre, portait un spencer couleur noisette sur un habit verdâtre à boutons de métal blanc !... Un homme en spencer, en 1844, c'est, voyez-vous, comme si Napoléon eût daigné ressusciter pour deux heures.
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Le Cousin Pons (1847), Honoré de Balzac, éd. Charles Furne, coll. La Comédie humaine, volume XVII, 1848, p. 380-81 (texte intégral sur Wikisource)
[modifier] Correspondance
Vous cherchez l’homme tel qu’il devrait être ; moi, je le prends tel qu’il est. Croyez-moi, nous avons raison tous deux. […] J'aime les êtres exceptionnels, j'en suis un. Il m'en faut d'ailleurs pour faire ressortir mes êtres vulgaires et je ne les sacrifie jamais sans nécessité. Mais ces êtres vulgaires m’intéressent plus qu’ils ne vous intéressent. Je les grandis, je les idéalise, en sens inverse, dans leur laideur ou leur bêtise. Je donne à leurs difformités des proportions effrayantes ou grotesques.
- Balzac à George Sand.
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Prométhée ou la vie de Balzac, André Maurois, éd. Hachette, 1965, p. 444
[modifier] Citations sur Balzac
Car les héros de l’Iliade ne vont qu’à votre cheville, ô Vautrin, ô Rastignac, ô Birotteau (...) et vous, ô Honoré de Balzac, vous le plus héroïque, le plus singulier, le plus romantique et le plus poétique parmi tous les personnages que vous avez tirés de votre sein!
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Curiosités esthétiques, Salon 1845-1859, volume II, Charles Baudelaire, éd. Michel Lévy Frères, 1868, chap. XVIII, p. 198
Chacun sait que ce gros homme entendait faire une œuvre de défense et illustration des défenses sociales, voire de l'ordre moral, et qu'il a dressé, en fait, le plus formidable acte d'accusation qui ait jamais été lancé contre une civilisation.
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Le Monde de Balzac, Pierre Barbéris, éd. Arthaud, 1973, chap. Préface, p. 19
Un garçon de quinze ans qui s'appelait Paul Bourget entra un jour dans un cabinet de lecture de la rue Soufflot et y demanda le premier tome du Père Goriot. Il était une heure quand il commença de lire, il en était sept quand le jeune Paul se retrouva sur le trottoir, ayant achevé l'ouvrage entier.L'hallucintation de cette lecture avait été si forte, écrit Bourget, que je trébuchais... L'intensité du rêve où m'avait plongé Balzac produisit en moi des effets analogues à ceux de l'alcol ou de l'opium. Je demeurai quelques minutes à réapprendre la réalité des choses autour de moi et ma pauvre réalité. Le hasard lui avait ouvert la porte par où il convient de pénétrer dans la Comédie humaine.
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Aimer Balzac, Claude Mauriac, éd. La Table ronde, 1945, chap. Préface, p. 11-12
Ce n’est pas le lieu de dire ici tout ce qu’était cette splendide et souveraine intelligence. Monsieur de Balzac était un des premiers parmi les plus grands, un des plus hauts parmis les meilleurs. Tous ses livres ne forment qu’un livre, livre vivant, lumineux, profond, où l’on voit aller et venir, marcher et se mouvoir, avec je ne sais quoi d’effaré et de terrible, mêlé au réel, toute notre civilisation contemporaine ; livre merveilleux que le poète a intitulé Comédie et qu’il aurait pu appeler Histoire ; qui prend toutes les formes et tous les styles ; qui dépasse Tacite et qui va jusqu’à Suétone ; qui traverse Beaumarchais et qui va jusqu’à Rabelais ; livre qui est l’observation et qui est l’imagination ; qui prodigue le vrai, l’intime, le bourgeois, le trivial, le matériel, et qui, par moment, laisse entrevoir le plus sombre et le plus tragique idéal. À son insu, qu’il veuille ou non, qu’il y consente ou non, l’auteur de cette œuvre immense et étrange est de la force des écrivains révolutionnaires. De Balzac va droit au but : il saisit corps à corps la société moderne ; il arrache à tous quelque chose ; aux uns l’illusion, aux autres l’espérance, à ceux-ci un cri, à ceux-là un masque. Il creuse et sonde l’homme, l’âme, le cœur, le cerveau, et par un trait de sa vigoureuse et libre nature, il se dégage souriant et serein de ces redoutables études qui produisaient la mélancolie chez Molière et la misanthropie chez Rousseau. Voilà l'œuvre qu'il nous laisse, œuvre haute et solide, robuste entassement d'assises de granit, monument!œuvre du haut de laquelle resplendira désormais sa renommée. Les grands hommes font leur propre piédestal, l'avenir se charge de la statue.
- Discours de Victor Hugo, prononcé le 21 août 1850 sur la tombe de Balzac.
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« Avant l'exil, funérailles de Balzac le 21 août 1850 », dans Actes et paroles, Victor Hugo, éd. Imprimerie nationale, 1937, t. 1, p. 296-297
Shakespeare seul a enfanté une humanité aussi large et aussi vivante.
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Les Romanciers naturalistes, Émile Zola, éd. Charpentier, 1881, chap. Balzac, p. 59
M. de Balzac, qui est un tourangeau, est venu dans la contrée pour y acheter une petite propriété. Il s'est fait amener ici par un de mes voisins (M. de Margonne, châtelain de Saché) (…) Malheureusement, il faisait un temps horrible, ce qui m'a obligée à le retenir à dîner. J'ai été polie, mais très réservée (…) et j'ai été ravie quand il est parti. D'ailleurs, il ne m'a pas plu. Il est vulgaire de figure, de ton, et, je crois de sentiments ; sans doute, il a de l'esprit, mais il est sans verve ni facilité dans la conversation. Il y est même très lourd ; il nous a tous examinés et observés de la manière la plus minutieuse, M. de Talleyrand surtout.
- Balzac dîne chez Talleyrand.
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Chronique de 1831 à 1862, duchesse de Dino, éd. Plon, 1909, p. 108-109
Si Balzac a fait de ce genre roturier [le roman de mœurs] une chose admirable, toujours curieuse et souvent sublime, c’est parce qu’il y a jeté tout son être. J’ai maintes fois été étonné que la grande gloire de Balzac fût de passer pour un observateur ; il m’avait toujours semblé que son principal mérite était d’être visionnaire, et visionnaire passionné. Tous ses personnages sont doués de l’ardeur vitale dont il était animé lui-même. Toutes ses fictions sont aussi profondément colorées que les rêves. Depuis le sommet de l’aristocratie jusqu’aux bas-fonds de la plèbe, tous les acteurs de sa Comédie sont plus âpres à la vie, plus actifs et rusés dans la lutte, plus patients dans le malheur, plus goulus dans la jouissance, plus angéliques dans le dévouement, que la comédie du vrai monde ne nous les montre. Bref, chacun, chez Balzac, même les portières, a du génie. Toutes les âmes sont des armes chargées de volonté jusqu’à la gueule. C’est bien Balzac lui-même. Et comme tous les êtres du monde extérieur s’offraient à l’œil de son esprit avec un relief puissant et une grimace saisissante, il a fait se convulser ses figures ; il a noirci leurs ombres et illuminé leurs lumières. Son goût prodigieux du détail, qui tient à une ambition immodérée de tout voir, de tout faire voir, de tout deviner, de tout faire deviner, l’obligeait d’ailleurs à marquer avec plus de force les lignes principales, pour sauver la perspective de l’ensemble. Il me fait quelquefois penser à ces aquafortistes qui ne sont jamais contents de la morsure, et qui transforment en ravines les écorchures principales de la planche. De cette étonnante disposition naturelle sont résultées des merveilles. Mais cette disposition se définit généralement : les défauts de Balzac. Pour mieux parler, c’est justement là ses qualités. Mais qui peut se vanter d’être aussi heureusement doué, et de ne pouvoir appliquer une méthode qui lui permette de revêtir, à coup sûr, de lumière et de pourpre la pure trivialité ? Qui peut faire cela ? Or, qui ne fait pas cela, pour dire la vérité, ne fait pas grand-chose.
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L'Art romantique, Charles Baudelaire, éd. Garnier, 1962, p. 678-679
J'admire comme les pensées de Balzac sont cosmologiquement justes. Telle est la part de sa forte tête dans ses créations qu'il entre dans les lieux communs et les rend vrais.
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En lisant Balzac, Alain, éd. Laboratoires Martinet, 1935, p. 18
Il y a chez Balzac quelque chose qui n'est pas à notre mesure. Balzac est un monde. Chacun ne voit du monde que ce qui lui plaît, l'agace, ou le touche, l'un les bocages, l'autre les vieilles façades, un troisième les hannetons ou le bleu regard de la crémière. J'ai connu un fervent de Balzac qui ne jurait que par Louis Lambert. J'ai trouvé davantage dans Illusions perdues. Je vois bien par exemple que Balzac s'est aventuré dans le mystique. Je l'indique. Qu'on ne m'en demande pas davantage. Je n'entends rien à la mystique. En m'y aventurant à mon tour, c'est alors à coup sûr que j'aurais écrit des choses sans intérêt. Un érudit eut pu sans doute se montrer plus complet. Je ne suis pas un érudit. Je suis un romancier. Les romanciers ont un travers: ils ne peuvent parler que de ce qui, profondément, les intéresse. Mais il n'est peut-être pas mauvais que, de temps en temps, ce soit un romancier qui parle de Balzac. « Il importe d'avoir lu Balzac, tout Balzac , écrit André Gide dans Incidences. Quelques écrivains ont cru pouvoir s'en dispenser; dans la suite, il ont pu ne pas se rendre compte eux-mêmes de ce qui leur manquait; on s'en rend compte pour eux ».Comme Dostoïevski disait: nous sortous du Manteau, ainsi les trois quart des romanciers français devraient dire : Nous sommes tous les fils du Père Goriot.
- Félicien Marceau.
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Balzac et son monde, Félicien Marceau, éd. Gallimard-TEL, 1986, p. 7-8