Bain
Sommaire |
[modifier] Littérature
[modifier] Essai
[modifier] Choderlos de Laclos, Traité sur l'éducation des femmes, 1903
Des femmes et de leur éducation
La femme naturelle est plus heureuse ; rien ne la prive, rien ne la sépare de l'objet de son affection ; tous ses soins lui vont être consacrés ; peu d'heures après l'enfantement, elle se lève, elle va baigner son enfant dans un ruisseau voisin; elle s'y baigne elle-même ; puis après s'être séchée sur le gazon, elle le sèche à son tour, non par des frictions irritantes, non en l'exposant à une chaleur dessicative, mais en le plaçant sur son sein; c'est là qu'il trouve à la fois une chaleur salutaire et une nourriture qui lui convient.
-
Traité sur l'éducation des femmes précédé (1903), Choderlos de Laclos, éd. Pocket, coll. Agora, 2009 (ISBN 978-2-266-18855-5), partie Des femmes et de leur éducation, chap. III. De l'enfance, p. 36
[modifier] Poésie
[modifier] Robert Desnos, Rrose Sélavy, 1922
Benjamin Péret ne prend jamais qu'un bain par an.
- Cette citation provient d'une revue dirigée par André Breton.
-
« Rrose Sélavy », Robert Desnos, Littérature Nouvelle Série, nº 7, Décembre 1922, p. 17
[modifier] Prose poétique
[modifier] André Breton, Poisson soluble, 1924
Dans l'établissement de bains, deux femmes très belles et sévèrement maquillées avaient retenu une heure auparavant la cabine la plus luxueuse et, comme elles s'attendaient à ne pas être seules, il avait été convenu qu'au premier signal (en l'espèce une fleur japonaise, de dimensions inaccoutumées, qui s'ouvrirait dans un verre d'eau) un alezan scellé se tiendrait derrière la porte.
-
Poisson soluble (1924), André Breton, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1996 (ISBN 2-07-032917-8), partie 18, p. 76
[modifier] Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris, 1869
Les foules
Il n'est pas donné à chacun de prendre un bain de multitude : jouir de la foule est un art ; et celui-là seul peut faire, aux dépens du genre humain, une ribote de vitalité, à qui une fée a insufflé dans son berceau le goût du travestissement et du masque, la haine du domicile et la passion du voyage.
-
Le Spleen de Paris (1869), Charles Baudelaire, éd. Maxi-Livres, coll. Maxi-Poche Classiques Français, 1995 (ISBN 2-87714-226-4), XII. Les foules, p. 34
[modifier] Roman
[modifier] Boris Vian, L'écume des jours, 1947
Il vida son bain en perçant un trou dans le fond de la baignoire. Le sol de la salle de bains, dallé de grès cérame jaune clair, était en pente et orientait l'eau vers un orifice situé juste au-dessus du bureau du locataire de l'étage inférieur. Depuis peu, sans prévenir Colin, celui-ci avait changé son bureau de place. Maintenant, l'eau tombait sur son garde-manger.
-
L'écume des jours (1947), Boris Vian, éd. Pauvert, 1963 (ISBN 2-7202-1311-02), I., p. 12
[modifier] Colette, Le Blé en herbe, 1923
Le bain quotidien, joie silencieuse et complète, rendait à leur âge difficile la paix et l'enfance, toutes deux en péril. Vinca se coucha sur le flot, souffla de l'eau en l'air comme un petit phoque. Le foulard tordu découvrait ses oreilles roses et délicates, que les cheveux abritaient pendant le jour, et des clairières de peau blanche aux tempes qui ne voyaient la lumière qu'à l'heure du bain. Elle sourit à Philippe, et sous le soleil d'onze heures le bleu délicieux de ses prunelles verdit un peu au reflet de la mer. Son ami plongea brusquement, saisit un pied de Vinca et la tira sous la vague. Ils « burent » ensemble, reparurent crachant, soufflant, et riant comme s'ils oubliaient, elle ses quinze ans tourmentés d'amour pour son compagnon d'enfance, lui ses seize ans dominateurs, son dédain de joli garçon et son exigence de propriétaire précoce.
-
Le Blé en herbe (1923), Colette, éd. Flammarion, 2004 (ISBN 2-08-06-8641-1), p. 13
[modifier] Dominique Fernandez, Porporino ou les mystères de Naples, 1974
Lorsque, vers la vasque d'une fontaine, il penchait son drôle de visage mou, ce ne pouvait être, assurément, dans le souci mesquin d'examiner sa figure, à la surface du bassin recouvert par les nénuphars. Il contemplait l'imperceptible balancement des feuilles pourrissantes, hypnotisé par cette frange de matière végétale en train de se défaire dans le bain aquatique.
Un tel lieu n'existe qu'à Naples, mais peut-on dire qu'il existe ? Naples, ville de pierres et de pavés, sans arbres et sans jardins publics, dédale de ruelles étouffantes, avec ces jardins immenses où personne ne va, ceinturés de murailles, clôturés, barricadés contre l'oeil visiteur, surabondants de verdure inutile, Naples existe-t-elle, ou n'est-ce qu'une chimère née dans la tête d'un cinglé ?
-
Porporino ou les mystères de Naples (1974), Dominique Fernandez, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 1974 (ISBN 978-2-246-01243-6), partie II « Les pauvres de Jésus-Christ », Le secret des perruques grises, p. 265