Augustin d'Hippone

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Augustin d'Hippone (Aurelius Augustinus), ou saint Augustin, né à Thagaste (actuelle Souk-Ahras, Algérie) le 13 novembre 354, mort le 28 août 430 à Hippone (actuelle Annaba, Algérie), était un philosophe et théologien chrétien, évêque d’Hippone, et un écrivain berbère romanisé de l’Antiquité tardive.

Représentation d'Augustin d'Hippone dit « Saint Augustin »

Citations de saint Augustin[modifier]

Les Confessions[modifier]

(38) J'ai commencé tard à vous aimer, beauté si ancienne, beauté si nouvelle : que j'ai commencé tard ! Cependant vous étiez au-dedans de moi-même : et moi, je me tenais au-dehors, et c'était là que je vous cherchais. Dépouillé de la beauté dont vous aviez embellie mon âme, je me prenais à celle que vous avez répandue sur ceux de vos ouvrages qui m'environnaient. Ainsi, quand vous étiez avec moi, je n'étais pas avec vous : parce que ces choses mêmes qui ne seraient pas, si elles n'étaient en vous, m'en tenaient éloigné. Enfin, vous avez bien voulu m'appeler, et le cri que vous avez fait a forcé ma surdité. Vous avez jeté des éclairs et des rayons de lumière, et mon aveuglement s'est dissipé. Je n'ai pas plutôt respiré l'odeur de vos parfums, que j'ai soupiré après vous. Ce que j'en ai goûté entretient une faim et une soif qui fait mon bonheur. Enfin aux touches de votre grâce, mon cœur tout en feu n'a cherché que vos embrassements. (39) C'est que quand je Vous serai parfaitement uni, je n'éprouverai plus ni douleur ni travail, et ma vie dont vous remplirez toute la capacité, sera vivante dans toutes ses parties; au lieu que maintenant je me suis à charge à moi-même, parce que je ne suis point rempli de vous, et que vous ne soutenez que ceux que vous remplissez.

  • (la) (38) Sero te amavi, pulchritudo tam antiqua et tam nova, sero te amavi ! Et ecce intus eras et ego foris et ibi te quærebam et in ista formosa, quæ fecisti, deformis irruebam. Mecum eras, et tecum non eram. Ea me tenebant longe a te, quæ si in te non essent, non essent. Vocasti et clamasti et rupisti surdidatem meam, coruscasti, splenduisti et fugasti cæcitatem meam; fragrasti, et duxi spiritum et anhelo tibi, gustavi, et esurio et sitio, tetigisti me, et exarsi in pacem tuam. (39) Cum inhæsero tibi ex omni me, nusquam erit mihi dolor et labor, et viva erit vita mea tota plena te. Nunc autem quoniam quem tu imples, sublevas eum, quoniam tui plenus non sum, oneri mihi sum.
  • « Les Confessions (Confessionum Libri Tredecim) » (trad. Révèrend Père Dom***), livre X, chap. 27, §.38 & chap. 28, §.39, dans Les Confessions de Saint-Augustin traduites en français, Augustin d'Hippone, éd. Pierre-Alexandre Martin, 1741, t. 2, p. 82-84


Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais. Mais si on me le demande et que je veuille l'expliquer, je ne le sais plus. Pourtant, je le déclare hardiment, je sais que si rien ne passait, il n'y aurait pas de temps passé ; que si rien n'arrivait, il n'y aurait pas de temps à venir; que si rien n'était, il n'y aurait pas de temps présent. Comment donc, ces deux temps, le passé et l'avenir, sont-ils, puisque le passé n'est plus et que l'avenir n'est pas encore ? Quand au présent s'il était toujours présent, s'il n'allait pas rejoindre le passé, il ne serait pas du temps, il serait l'éternité. Donc, si le présent, pour être du temps, doit rejoindre le passé, comment pouvons nous déclarer qu'il est aussi, lui qui ne peut être qu'en cessant d'être ? Si bien que ce qui nous autorise affirmer que si le temps est, c'est qu'il tend à n'être plus.

  • Les Confessions, Augustin d'Hippone (trad. J.Trabucco), éd. Garnier-Flammarion, 1964, chap. 4, Livre XI, p. 264


Mais misérable que j’étais, et plus misérable qu’on ne le saurait dire, dès ma plus tendre jeunesse je vous avais demandé le don de chasteté ; mais comment l’avais-je demandé ? Je vous avais dit : « Accordez-moi Seigneur d’être chaste, mais non pas encore tout à l’heure » car je craignais d’être trop promptement exaucé, je craignais d’être trop promptement guéri du mal impur dont j’étais possédé, aimant mieux être consumé de ses feux que de les voir entièrement éteint.

  • Les Confessions, Augustin d'Hippone (trad. Saint-Victor), éd. Charpentier, 1841, Livre VII, chap.8, p. 213


Toute couverte de plaies honteuses, [mon âme] se jetait hors d'elle-même, cherchant dans les objets sensibles un adoucissement à son mal [littéralement : avide d'être misérablement chatouillée par le contact des corps], mais parce que l'on veut trouver de la vie dans ce qu'on aime [littéralement : mais s'ils n'avaient pas d'âme, on ne les aimerait pas], il ne m'était véritablement doux d'aimer et d'être aimé, que dans l'entière possession de l'objet de mon attachement [littéralement : et plus encore si je pouvais jouir du corps de l'amant]. Ainsi je corrompais les sources de l'amitié en y mêlant toutes les impuretés de la débauche [littéralement : je souillais donc le fonds intime de l'amitié avec les saletés de la concupiscence]; j'en tarissais l'aimable pureté par ces vapeurs infernales qui sortaient de l'abîme d'un cœur infecté de toutes les corruptions [littéralement : je couvrais sa blancheur d'un nuage [provenant] du Tartare des désirs [sexuels déréglés]; et toutefois, par une vanité monstrueuse, tout infâme que j'étais, j'affectais des mœurs honnêtes et des manières élégantes. Enfin, je tombai dans ces filets de l'amour, où je souhaitais si ardemment d'être pris. O mon Dieu, quelle amertume vous répandîtes aussitôt sur ce que j'avais tant désiré, et avec quelle bonté miséricordieuse ! Car à peine eus-je obtenu d'être aimé, et de jouir en secret [littéralement : car j'ai été aimé, et j'ai atteint, en cachette, les chaînes de la jouissance] et dans un fol enivrement de ce qui avait fait mon désir [littéralement : et j'étais entravé, [rendu] heureux par des enlacements tourmentés], que je me sentis aussitôt frappé et comme déchiré de verges brûlantes ; la jalousie, les soupçons, les craintes, les disputes, les fureurs, ne me laissant pas un moment de repos.

  • (la) et ideo non bene valebat anima mea et ulcerosa proiciebat se foras, miserabiliter scalpi avida contactu sensibilium. sed si non haberent animam, non utique amarentur. amare et amari dulce mihi erat, magis si et amantis corpore fruerer. venam igitur amicitiæ coinquinabam sordibus concupiscentiæ candoremque ejus obnubilabam de tartaro libidinis, et tamen fœdus atque inhonestus, elegans et urbanus esse gestiebam abundanti vanitate. rui etiam in amorem, quo cupiebam capi. deus meus, misericordia mea, quanto felle mihi suavitatem illam et quam bonus aspersisti, quia et amatus sum, et perveni occulte ad vinculum fruendi, et conligabar lætus ærumnosis nexibus, ut cæderer virgis ferreis ardentibus zeli et suspicionum et timorum et irarum atque rixarum.
  • « Les Confessions (Confessionum Libri Tredecim) » (trad. M. de Saint Victor), livre III, chapitre 2, dans Les Confessions de Saint Augustin, Augustin d'Hippone, éd. Charpentier, 1841, p. 55-56


En connaît-on où des crimes infâmes et contre nature, tels, par exemple, que celui des habitants de Sodome, n'aient pas été jugés [partout et toujours] exécrables et dignes des plus grands châtiments? Non sans doute; et quand tous les peuples de la terre se concerteraient ensemble pour commettre de semblables crimes, ils n'en seraient pas moins tous coupables devant la loi divine qui ne les a point créés pour vivre ensemble à de semblables conditions; et c'est violer cette société d'un ordre supérieur, qui doit exister entre l'homme et Dieu, que de souiller par de telles abominations la pureté de la nature dont il est le créateur.

  • (la) Itaque flagitia, quæ sunt contra naturam, ubique ac semper detestanda atque punienda sunt, qualia Sodomitarum fuerunt. Quæ si omnes gentes facerent, eodem criminis reatu divina lege tenerentur, quæ non sic fecit homines, ut se illo uterentur modo. Violatur quippe ipsa societas, quæ cum Deo nobis esse debet, cum eadem natura, cuius ille auctor est, libidinis perversitate polluitur
  • « Les Confessions (Confessionum Libri Tredecim) » (trad. M. de Saint Victor), livre III, chapitre 8, dans Les Confessions de Saint Augustin, Augustin d'Hippone, éd. Charpentier, 1841, p. 69


Quelqu’un peut-il se créer soi-même, et y a-t-il une autre source d’où la vie la vie puisse se répandre en nous que votre toute-puissance, Seigneur, en qui l’être et la vie ne font qu’un, parce que c’est la même chose que d’être et de vivre souverainement ? Car vous êtes l’Être Suprême et ne changez pas. Le jour présent ne passe point en vous ; et pourtant c’est en vous qu’il passe, car toutes ces choses sont en vous et elles ne s’écouleraient pas, si vous ne les conteniez.


Il avait beau dire, ma mère ne voulait pas se rendre à ses raisons, elle le pressait de ses prières et de ses larmes pour qu’il me vit et discutât avec moi. Alors, impatienté, l’évêque lui dit : « Laissez-moi, aussi vrai que vous vivez, le fils de larmes comme les vôtres ne saurait périr. »
Ces paroles, ma mère ma l’a souvent dit dans ses entretiens, furent reçues par elle, comme si elles étaient venues du ciel.


Oui, insensé, c’est bien ce que j’étais alors. Je m’agitais, je soupirais, je pleurais, j’étais en proie au trouble, et il n’y avait pour moi ni repos, ni sagesse. Je portais une âme déchirée et sanglante qui ne souffrait plus de se laisser porter par moi, et je ne savais où la déposer. […]
C’est vers vous, Seigneur, qu’il fallait la hausser, c’est à vous qu’il fallait demander sa guérison ; je le savais, mais je n’en avais ni la volonté ni la force. Vous n’étiez pour ma pensée rien de consistant ni de réel. Ce n’était pas vous, mais un vain fantôme, et mon erreur était mon dieu. Si j’essayais d’y reposer mon âme, elle tombait dans le vide et de nouveau s’affaissait sur moi. Et je restais pour moi-même comme un lieu désolé où je ne pouvais me tenir et que je ne pouvais quitter.


J’étais heureux d’entendre Ambroise répéter souvent dans ses sermons au peuple, comme une règle recommandée avec le plus grand zèle : « La lettre tue et l’esprit vivifie. » Et lorsque, écartant le voile mystique, il découvrait la signification spirituelle de textes qui, entendus selon la lettre, semblaient enseigner une erreur, il ne disait rien qui me choquât, bien que j’ignorasse encore s’il disait la vérité.


« Ah ! Que tout cela périsse ! Laissons ces vanités, ces bagatelles. Donnons-nous à la seule recherche de la vérité. La vie est misérable, l’heure de la mort est incertaine : que brusquement elle survienne, en quel état sortirai-je de ce monde ? Et où apprendre ce que j’aurai négligé d’apprendre ici-bas ? Ne devrai-je pas payer cette négligence d’une lourde peine ? […]
Mais un instant encore ! Les biens de ce monde sont aimables aussi, ils ont leur douceur qui n’est pas petite. Il ne faut pas se hâter de briser l’inclination qui m’y porte : il serait honteux d’y revenir ensuite. Me voici déjà en passe d’obtenir quelque charge. Qu’aurais-je de plus à désirer sur ce point ?[…] »
Je me tenais ce langage, les souffles alternés de ces vents contraires poussaient mon cœur de-ci de-là ; et le temps passait, et je tardais à me tourner vers le Seigneur. Je différais de jour en jour de vivre en vous, mais je ne différais pas de mourir chaque jour en moi. Aimant la vie heureuse, j’en avais peur là où elle était, et c’est en la fuyant que je la cherchais.


Et vous aussi, Vie de ma vie, je vous concevais comme une substance immense, pénétrant de toutes parts à travers les espaces infinis la masse entière du monde, répandue sans terme dans l’immensité, de sorte que la terre vous contenait, le ciel vous contenait, toutes choses vous contenaient, et tout cela avait en vous sa limite, mais vous nulle part. […] Telle était mon hypothèse, car je ne pouvais en concevoir d’autres ; mais elle était fausse. À ce compte, en effet, une plus grande partie de la terre aurait renfermé une plus grande partie de votre être ; une plus petite partie de la terre en aurait renfermé une plus petite partie ; […] Or il n’en est rien. Mais vous n’aviez pas encore illuminé mes ténèbres.


[…] c’est de la volonté pervertie que naît la passion, c’est de l’asservissement à la passion que naît l’habitude, et c’est de la non-résistance à l’habitude que naît la nécessité.


« Dis-moi, je te prie, avec tout le mal que nous nous donnons, où prétendons-nous parvenir ? Que cherchons-nous ? En vue de quoi servons-nous ? Pouvons-nous espérer davantage, au palais, que d’être un jour les amis de l’empereur ? […] Et puis quand y arriverons-nous ? Mais, si je veux être l’ami de Dieu, voici que je le deviens aussitôt. »
Ainsi parla-t-il, agité par l’enfantement d’une vie nouvelle ; puis il reporta ses regards sur le livre, reprit sa lecture, et un changement profond se faisait en lui dans ces régions où porte votre vue ; sa pensée se détachait du monde, comme on le vit bientôt. Pendant qu’il lisait et que roulaient avec des frémissements les flots de son cœur, il distingua le meilleur parti, résolut de l’embrasser, et, déjà vôtre, dit à son ami : « C’en est fait, j’ai rompu avec nos espérances ; j’ai décidé de servir Dieu, et, dès cette heure, en ce lieu même, je veux m’y mettre. Si tu répugnes à m’imiter, ne t’oppose pas du moins à mon dessein. »


« Qu’attendons-nous ? Qu’est-ce donc ? As-tu entendu ? Des ignorants se lèvent et prennent le ciel de force, et nous, avec notre science sans cœur, voici que nous nous roulons dans la chaire et le sang ! »


Je parlais ainsi et je pleurais dans la très amère contrition de mon cœur. Et voici que j’entends, qui s’élève de la maison voisine, une voix, voix de jeune garçon ou de jeune fille, je ne sais. Elle dit en chantant et répète à plusieurs reprises : « Prends et lis ! Prends et lis ! » […]
Je revins donc en hâte à l’endroit où était assis Alypius : car j’y avais laissé, en me levant, le livre de l’Apôtre. Je le pris, l’ouvris et lus en silence le premier chapitre où tombèrent mes yeux : « Ne vivez pas dans la ripaille et l’ivrognerie, ni dans les plaisirs impudiques du lit, ni dans les querelles et les jalousies ; mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ, et ne pourvoyez pas à la concupiscence de la chair. » Je ne voulus pas en lire davantage, c’était inutile. À peine avais-je fini de lire cette phrase qu’une espèce de lumière rassurante s’était répandue dans mon cœur, y dissipant toutes les ténèbres de l’incertitude.


Et nous nous élevions encore, méditant, décrivant, admirant ce que vous avez fait au-dedans de l’homme ; et nous parvînmes à nos âmes, puis nous les dépassâmes pour atteindre à cette région d’inépuisable abondance où vous repaissez éternellement Israël de la pâture de vérité, là où la vie est la Sagesse, par qui deviennent toutes choses, et passées et futures, mais qui elle-même ne devient pas, car elle est comme elle a toujours été et comme elle sera toujours. […] Et pendant que nous parlions de cette Sagesse et que nous la convoitions, nous l’effleurâmes dans un élan de tout notre cœur. Puis, après un soupir, et laissant là fixées « ces prémisses de l’Esprit » nous retombâmes à ce vain bruit de nos bouches, là où commence et finit la parole. […]
Seigneur, vous le savez, c’est le jour où nous eûmes cette conversation, où ce monde et ses plaisirs perdirent tout leur prix à nos yeux, que ma mère me dit : « Mon fils, pour moi, il n’y a plus rien qui me charme en cette vie. Qu’y ferai-je désormais ? et pourquoi y suis-je encore ? Je ne sais. En ce monde mes espérances sont épuisées. Une seule chose me faisait désirer de vivre encore un peu, c’était de te voir, avant ma mort, chrétien et catholique. Mon Dieu m’a accordé cette grâce surabondamment, puisque je te vois résolu à le servir, au mépris même des félicités terrestres. Que fais-je donc ici ?


Et maintenant, Seigneur, je vous en fais ma confession dans ce livre. La lise qui voudra et qu’on l’interprète comme on voudra. Et si quelque lecteur voit un péché dans ces pleurs que je donnai à ma mère pendant quelques instants, à ma mère morte pour un temps à mes yeux, et qui avait pleuré tant d’années pour me faire vivre aux vôtres, que celui-là ne se moque point, mais plutôt, si sa charité est vive, qu’il pleure lui-même pour mes péchés, devant vous, le père de tous les frères de votre Christ !


Ô lumière, que voyait Tobie quand, avec ses yeux d’aveugle, il montrait à son fils la route de la vie et l’y précédait du pied de la charité sans jamais s’égarer ! Lumière que voyait Isaac quand, ses yeux charnels appesantis et voilés par la vieillesse, il mérita, non de bénir ses enfants en les reconnaissant, mais de les reconnaître en les bénissant ! Lumière que voyait Jacob, quand, devenu, lui aussi, aveugle à cause de son grand âge, il éclaira des rayons de son cœur illuminé les générations du peuple futur, préfigurées par ses fils, et qu’à ses petits enfants, les fils de Joseph, il imposa ses mains mystiquement croisées, non comme voulait les disposer leur père, qui voyait avec les yeux du dehors, mais suivant son propre discernement intérieur ! Voilà la vraie lumière ; elle est une et ne fait qu’un avec tous ceux qui la voient et qui l’aiment.


Accordez-moi d’entendre et de comprendre comment « dans le principe » vous avez fait le « Ciel et la Terre ». Moïse l’a écrit. […] S’il était là, […] [s]’il me parlait hébreu, sa voix frapperait vainement mon oreille, elle n’atteindrait pas mon esprit ; mais s’il me parlait latin, je comprendrais ses paroles. Mais d’où saurais-je s’il dit vrai ? Quand même je le saurais, serait-ce de lui que je le saurais ? Non, ce serait au-dedans de moi, dans le réduit intérieur de la pensée que la Vérité, qui n’est ni hébraïque, ni grecque, ni latine, ni barbare, me dirait, sans l’aide d’une bouche ni d’une langue, sans bruit de syllabe : « Il dit vrai. » Et moi aussitôt, avec la certitude de la foi, je dirais à l’homme de Dieu : « Tu dis vrai ! » Mais ne pouvant l’interroger, c’est à vous, ô Vérité, qui remplissiez son esprit lorsqu’il disait des paroles véritables, c’est à vous, mon Dieu, que j’adresse ma prière : pardonnez-moi mes péchés. Vous avez accordé à votre serviteur de dire ces choses, accordez-moi de les comprendre.


Heureuse une telle créature, si elle existe, d’être ainsi unie à votre béatitude, heureuse d’être éternellement habitée et éclairée par vous. Je ne trouve rien à quoi convienne mieux, à mon avis, l’expression de « ciel du ciel appartenant au Seigneur », que cet habitacle de votre divinité qui contemple vos délices sans qu’aucune défaillance l’entraîne ailleurs, que ce pur esprit, intimement joint par un lien de paix avec ces saints esprits, citoyens de votre cité qui est dans le ciel, et au-dessus du ciel.


Je voudrais que les hommes fissent réflexion sur trois choses qu’ils peuvent percevoir en eux-mêmes. Elles diffèrent grandement toutes les trois de la Trinité, et je ne les mentionne que pour qu’elles leur servent de thème où exercer et essayer leur pensée, et leur fassent ainsi comprendre combien ils sont loin de ce mystère. Voici ces trois choses : être, connaître, vouloir. Car je suis, je connais, je veux. Je suis celui qui connaît et qui veut. Je connais que je suis et que je veux. Et je veux être et connaître. Combien dans ces trois choses la vie forme un tout indivisible, l’unité de la vie, l’unité de l’intelligence, l’unité de l’essence, l’impossibilité de distinguer des éléments inséparables et pourtant distincts, comprenne cela qui peut. Ce qui est certain, c’est que l’homme est en présence de lui-même ; qu’il examine, qu’il voie et me réponde.


Quant à vous, « race choisie », « les faibles du monde » qui avez tout quitté pour suivre le Seigneur, suivez-le et confondez les forts ; suivez-le de vos pieds radieux, et brillez au firmament pour que « les cieux racontent sa gloire », distinguant la « lumière » des parfaits, qui ne sont pas encore semblables aux anges, et les « ténèbres » des petits, qui n’ont pas perdu tout espoir. Brillez sur toute la terre ! […] Courez partout, feux sacrés, feux admirables. Vous êtes la lumière du monde, et vous n’êtes pas « sous le boisseau ». Celui à qui vous vous êtes attachés a été exalté, et il vous a exaltés. Courez et manifestez-vous à toutes les nations.


Je vins à Carthage, et partout autour de moi bouillait à gros bouillons la chaudière des amours honteuses. Je n'aimais pas encore, et j'aimais à aimer; dévoré du désir secret de l'amour, je m'en voulais de ne l'être pas plus encore. Comme j'aimais à aimer, je cherchais un objet à mon amour, j'avais horreur de la paix d'une voie sans embûches. Mon âme avait faim, privée qu'elle était de la nourriture de l'âme, de vous-même, mon Dieu, mais je ne sentais pas cette faim. J'étais sans appétit pour les aliments incorruptibles, non par satiété, mais plus j'en étais privé, plus j'en avais le dégoût. Et c'est pourquoi mon âme était malade et, rongée d'ulcères, se jetait hors d'elle-même, avec une misérable et ardente envie de se frotter aux créatures sensibles. Mais si ces créatures n'avaient pas une âme, à coup sûr, on ne les aimerait pis. Aimer et être aimé m'était bien plus doux, quand je jouissais du corps de l'objet aimé. Je souillais donc la source de l'amitié des ordures de la concupiscence; j'en ternissais la pureté des vapeurs infernales de la débauche. Repoussant et infâme, je brûlais dans mon extrême vanité de faire l'élégant et le mondain. Je me ruai à l'amour où je souhaitais être pris. Mon Dieu, qui m'avez fait miséricorde, de quel fiel, dans votre bonté, vous en avez arrosé pour moi la douceur ! Je fus aimé, j'en vins secrètement aux liens de la possession.

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Éditions[modifier]

Flammarion[modifier]

Modèle:/Flammarion, chap. 1, p. 1 (voir la fiche de référence de l'œuvre)


La Création du monde et du temps (extraits des Confessions)[modifier]

L'éternité de Dieu ne se mesure pas par le temps.

  • La création du monde et du temps, Saint Augustin (trad. Arnauld d'Andilly et Odette Barenne), éd. Gallimard, 1993, p. 30


Le monde a été créé de rien.

  • La création du monde et du temps, Saint Augustin (trad. Arnauld d'Andilly et Odette Barenne), éd. Gallimard, 1993, p. 20


C'est par l'esprit que nous mesurons les temps.

  • La création du monde et du temps, Saint Augustin (trad. Arnauld d'Andilly et Odette Barenne), éd. Gallimard, 1993, p. 65


Le Ciel et la Terre (extraits des Confessions)[modifier]

Dieu a créé d'abord le ciel, c'est à dire les substances spirituelles qui jouissent de son éternité ; et la terre, c'est à dire la matière première dont tous les corps ont été tirés.

  • Le Ciel et la Terre, Saint Augustin (trad. Arnauld d'Andilly et Odette Barenne), éd. Gallimard, 1993, p. 83


La Cité de Dieu[modifier]

Car nous sommes, et nous connaissons que nous sommes, et nous aimons notre être et notre connaissance. Et nous sommes assurés de la vérité de ces trois choses. Car ce n'est pas comme les objets de nos sens qui nous peuvent tromper par un faux rapport. Je suis très certain par moi-même que je suis, que je connais et que j'aime mon être. Je n'appréhende point ici les arguments des Académiciens, ni qu'ils me disent : Mais vous vous trompez! Car si je me trompe, je suis, puisque l'on ne peut se tromper si l'on n'est. Puisque donc je suis, moi qui me trompe, comment me puis-je tromper à croire que je suis, vu qu'il est certain que je suis si je me trompe? Ainsi puisque je serais toujours moi qui serais trompé, quand il serait vrai que je me tromperais, il est indubitable que je ne me puis tromper lorsque je crois que je suis.

  • Saint Augustin et l’augustinisme, Henri Irénée Marrou, éd. Seuil, 2003, t. XI, partie La cité de Dieu, chap. 26, p. 93


Et d'abord, la diversité des langues ne rend-elle pas l'homme en quelque façon étranger à l'homme ? Que deux personnes, ignorant chacune la langue de l'autre, viennent à se rencontrer, et que la nécessité les oblige à demeurer ensemble, deux animaux muets, même d'espèce différente, s'associeront plutôt que ces deux créatures humaines, et un homme aimera mieux être avec son chien qu'avec un étranger.

  • La Cité de Dieu, Augustin d'Hippone (trad. Emile Saisset), éd. Charpentier, 1855, t. 3, chap. 7, Livre XIX, p. 25


S'il est une consolation parmi les agitations et les peines de la société humaine, c'est la foi sincère et l'affection réciproque de bons et vrais amis.

  • La Cité de Dieu, Augustin d'Hippone (trad. Emile Saisset), éd. Charpentier, 1855, t. 3, chap. 8, Livre XIX, p. 27


23. (...) Ainsi, sans le péché, ces mariages, dignes de la félicité du paradis, eussent été exempts de toute concupiscence honteuse et féconds en aimables fruits. Comment cela eût-il pu se faire? Nous n’avons point d’exemple pour le montrer; et toutefois il n’y a rien d’incroyable à ce que la partie sexuelle eût obéi à la volonté, puisque tant d’autres parties du corps lui sont soumises. (...) C’est cette résistance, c’est ce combat entre la concupiscence et la volonté qui n’auraient point eu lieu dans le paradis sans le péché; tous les membres du corps y eussent été entièrement soumis à l’esprit. Ainsi le champ de la génération (cf. Virgile, Georg., livre III, v. 136.) eût été ensemencé par les organes destinés à cette fin, de même que la terre reçoit les semences que la main y répand;(...). 24. L’homme aurait semé et la femme aurait recueilli, quand il eût fallu et autant qu’il eût été nécessaire, les organes n’étant pas mus par la concupiscence, mais par la volonté. (...) 26. L’homme vivait donc dans le paradis comme il voulait, puisqu’il ne voulait que ce qui était conforme au commandement divin; (...) Les parties destinées à la génération auraient été mues, comme les autres membres, par le seul commandement de la volonté. Il aurait pressé sa femme dans ses bras (cf. Virgile, Énéide, livre VIII, v. 406.) avec une entière tranquillité de corps et d’esprit, sans ressentir en sa chair aucun aiguillon de volupté, et sans que la virginité de sa femme en souffrît aucune atteinte. Si l’on objecte que nous ne pouvons invoquer ici le témoignage de l’expérience, je réponds que ce n’est pas une raison d’être incrédule; car il suffit de savoir que c’est la volonté et non une ardeur turbulente qui aurait présidé à la génération. Et d’ailleurs, pourquoi la semence conjugale eût-elle nécessairement fait tort à l’intégrité de la femme, quand nous savons que l’écoulement des mois n’en fait aucun à l’intégrité de la jeune fille ? Injection, émission, les deux opérations sont inverses, mais la route est la même. La génération se serait donc accomplie avec la même facilité que l’accouchement; car la femme aurait enfanté sans douleur, et l’enfant serait sorti du sein maternel sans aucun effort, comme un fruit qui tombe lorsqu’il est mûr. (...)

  • (la) Et ideo illæ nuptiæ dignæ felicitate paradisi, si peccatum non fuisset, et diligendam prolem gignerent et pudendam libidinem non haberent. Sed quo modo id fieri posset, nunc non est quo demonstretur exemplo. Nec ideo tamen incredibile debet videri etiam illud unum sine ista libidine voluntati potuisse servire, cui tot membra nunc serviunt. (...)Hunc renisum, hanc repugnantiam, hanc voluntatis et libidinis rixam uel certe ad voluntatis sufficientiam libidinis indigentiam procul dubio, nisi culpabilis inobœdientia pœnali inobœdientia plecteretur, in paradiso nuptiæ non haberent, sed voluntati membra, ut cetera, ita cuncta servirent. Ita genitale aruum vas in hoc opus creatum seminaret, ut nunc terram manus, (...). 24. Seminaret igitur prolem vir, susciperet femina genitalibus membris, quando id opus esset et quantum opus esset, voluntate motis, non libidine concitatis. (...) 26. Vivebat itaque homo in paradiso sicut volebat, quamdiu hoc volebat quod Deus jusserat; (...) In tanta facilitate rerum et felicitate hominum absit ut suspicemur non potuisse prolem seri sine libidinis morbo, sed eo voluntatis nutu moverentur membra illa quo cetera, et sine ardoris inlecebroso stimulo cum tranquillitate animi et corporis nulla corruptione integritatis infunderetur gremio maritus uxoris. Neque enim quia experientia probari non potest, ideo credendum non est, quando illas corporis partes non ageret turbidus calor, sed spontanea potestas, sicut opus esset, adhiberet, ita tunc potuisse utero conjugis salva integritate feminei genitalis virile semen inmitti, sicut nunc potest eadem integritate salva ex utero virginis fluxus menstrui cruoris emitti. Eadem quippe via posset illud inici, qua hoc potest eici. Vt enim ad pariendum non doloris gemitus, sed maturitatis inpulsus feminea viscera relaxaret, sic ad fetandum et concipiendum non libidinis appetitus, sed voluntarius usus naturam utramque conjungeret.
  • « De la cité de Dieu (De civitate Dei) » (trad. M. Émile Saisset), livre XIV, chapitres 23.24.26, dans Cité de Dieu de Saint Augustin, Augustin d'Hippone, éd. Charpentier, 1855, t. 3, p. 107-116


Or quand l'esprit est soumis à Dieu, c'est avec justice qu'il commande au corps, et que dans l'esprit même, la raison commande aux passions. Lors donc que l'homme ne sert pas Dieu, quelle justice peut-il y avoir en l'homme, puisque ce n'est que le service qu'il lui rend qui donne droit à l'esprit de commander au corps, et a la raison de gouverner les passions ? Et s'il n'y a point de justice en un homme de cette sorte, certainement il n'y en aura point non plus en une assemblée composée de tels hommes. II n'y aura donc point aussi de droit dont ils conviennent, et qui leur donne le nom de peuple, et par conséquent point de République.

  • (la) Serviens autem Deo animus recte imperat corpori, inque ipso animo ratio Deo Domino subdita recte imperat libidini vitiisque ceteris. Quapropter ubi homo Deo non servit, quid in eo putandum est esse justitiæ? quando quidem Deo non serviens nullo modo potest juste animus corpori aut humana ratio vitiis imperare. Et si in homine tali non est ulla justitia, procul dubio nec in hominum cœtu, qui ex hominibus talibus constat. Non est hic ergo juris ille consensus, qui hominum multitudinem populum facit, cujus res dicitur esse res publica .
  • « De la cité de Dieu (De civitate Dei) », livre XIX, chap. 21, dans La Cité de Dieu de S. Augustin traduite en français et revue sur plusieurs anciens manuscrits, Augustin d'Hippone, éd. Jacques Rollin, 1736, t. 4, p. 138-139


Car Dieu dans le commandement qu'il fit à l'homme ne considérait que son obéissance, vertu qui est la mère et la gardienne de toutes les vertus, puisque la créature raisonnable a été créée de sorte , que rien ne lui est plus utile que d'être soumise à son Créateur, ni rien plus pernicieux que de faire sa propre volonté.

  • (la) Sed obedientia commendata est in præcepto, quæ virtus in ereatura rationali mater quodam modo est omnium custosque virtutum: quando quidem ita facta est, ut ei subditam esse sit utile; perniciosum autem suam, non eius a quo ereata est, facere voluntatem.
  • « De la cité de Dieu (De civitate Dei) », livre XIV, chap. 12, dans La Cité de Dieu de S. Augustin traduite en français et revue sur plusieurs anciens manuscrits, Augustin d'Hippone, éd. Antoine Vitré, 1736, t. 3, p. 108


Après cette promesse, et que Lot fut sorti de Sodome , une pluie de feu tomba du ciel et réduisit en cendres ces villes infâmes, où le débordement était si grand, que l'amour des garçons [littéralement : des hommes] y était aussi commun que les autres choses que les lois permettent. Ce châtiment effroyable fut une image du dernier Jugement.

  • (la) Post hanc promissionem liberato de Sodomis Loth et veniente igneo imbre de cælo tota illa regio impiæ civitatis in cinerem versa est, ubi stupra in masculos in tantam consuetudinem convaluerant, quantam leges solent aliorum factorum præbere licentiam. Verum et hoc eorum supplicium specimen futuri judicii divini fuit.
  • « De la cité de Dieu (De civitate Dei) », livre XVI, chap. 30, dans La Cité de Dieu de S. Augustin traduite en français et revue sur plusieurs anciens manuscrits, Augustin d'Hippone, éd. Jacques Rollin, 1736, t. 3, p. 329


Des hommes jugent, qui ne peuvent voir la conscience de ceux qu'ils jugent. Aussi la torture interroge souvent d'innocents témoins sur la vérité relative à une cause qui leur est étrangère. Que dirai-je de cette torture même que chacun subit pour sa propre cause ? On demande à un homme s'il est coupable, et on le met au supplice; et l'innocent, pour un crime incertain, souffre une peine trop certaine; non que l'on découvre qu'il a commis le crime, mais l'on ignore s'il ne l'a pas commis! Et pourtant l'ignorance du juge est d'ordinaire le malheur de l'innocent. Et ce qui est plus odieux encore, ce dont on ne saurait trop gémir, erreur qu'il faudrait, s'il était possible, baigner dans des torrents de larmes, un juge torture un accusé de peur de faire mourir un innocent par ignorance, et cette malheureuse ignorance donne la torture et la mort à l'innocent qu'elle a torture pour ne pas le faire mourir innocent. Si en effet, selon la sagesse de ces philosophes, il préfère sortir de cette vie que de souffrir plus longtemps ces tortures, il déclare avoir commis le crime qu'il n'a pas commis. Il est condamné, il est mis a mort, et le juge ignore s'il a frappé un coupable ou un innocent; et cependant, de peur de le frapper innocent, le juge l'a mis à la torture; et voilà un innocent que le juge, pour éclairer son ignorance, met à la torture, et que dans son ignorance il tue !

  • (la) Quando quidem hi judicant, qui conscientias eorum, de quibus judicant, cernere nequeunt. Unde sæpe coguntur tormentis innocentium testium ad alienam causam pertinentem quærere veritatem. Quid cum in sua causa quisque torquetur et, cum quæritur utrum sit nocens, cruciatur et innocens luit pro incerto scelere certissimas pœnas, non quia illud commisisse detegitur, sed quia non commisisse nescitur? Ac per hoc ignorantia judicis plerumque est calamitas innocentis. Et quod est intolerabilius magisque plangendum rigandumque, si fieri possit, fontibus lacrimarum, cum propterea judex torqueat accusatum, ne occidat nesciens innocentem, fit per ignorantiæ miseriam, ut et tortum et innocentem occidat, quem ne innocentem occideret torserat. Si enim secundum istorum sapientiam elegerit ex hac vita fugere quam diutius illa sustinere tormenta; quod non commisit, commisisse se dicit. Quo damnato et occiso, utrum nocentem an innocentem judex occiderit, adhuc nescit, quem ne innocentem nesciens occideret torsit; ac per hoc innocentem et ut sciret torsit, et dum nesciret occidit.
  • « De la cité de Dieu (De civitate Dei) » (trad. L. Moreau), livre XIX, §. 6, dans La Cité de Dieu de Saint Augustin, Augustin d'Hippone, éd. Jacques Lecoffre et Cie, 1854, t. 3, p. 215-216


Le Bien du mariage[modifier]

Parmi toutes les nations et aux yeux de tous les hommes, le désir d'une postérité et la fidélité conjugale impriment au mariage un caractère de bonté réelle. Chez les chrétiens, il faut y ajouter la sainteté du sacrement qui défend à une épouse répudiée de convoler à de nouvelles noces, pendant la vie de son premier mari, lors même qu'elle n'aspirerait à un nouveau mariage que dans le but d'avoir des enfants. Ce but, en effet, est le seul que l'on doive se proposer dans le mariage. Supposé qu'il ne puisse être obtenu, le lien nuptial n'est pas brisé pour ce seul motif, il ne peut l'être que par la mort de l'un des deux époux. On ordonne un clerc pour diriger une réunion de fidèles ; supposé que cette réunion n'ait pas lieu, le sacrement de l'ordre reste validement conféré. Bien plus, lors même qu'en punition de quelque faute ce clerc mériterait d'être interdit des fonctions de son ordre, il conserve toujours le caractère du sacrement et il le portera au jugement dernier. Que la génération soit le but du mariage, c'est ce qui résulte de ces paroles de l'Apôtre : « Je veux que les jeunes veuves se marient» ; puis supposant qu'on lui demande pourquoi, il continue : « Afin de créer des enfants et de devenir mères de famille (I Tim, V, 14.) ». Quant à la fidélité conjugale, il s'exprime ainsi : .« L'épouse n'a pas la puissance sur son propre corps, cette puissance appartient au mari ; de même l'époux n'a pas la puissance sur son propre corps, cette puissance appartient à la femme ((Ibidem.) ». Parlant enfin de la sainteté du sacrement, il s'écrie : « Que l'épouse ne se sépare point de son mari ; si elle s'en sépare, qu'elle s'interdise tout nouveau mariage , ou qu'elle se réconcilie avec son époux. De même, que le mari ne renvoie point sa femme ((1 Cor 7, 4.) ». Tels sont donc les biens qui impriment au mariage tout autant de caractères de bonté : les enfants, la fidélité, le sacrement.

  • (la) Bonum igitur nuptiarum per omnes gentes atque omnes homines in causa generandi est et in fide castitatis; quod autem ad populum Dei pertinet, etiam in sanctitate sacramenti, per quam nefas est etiam repudio discedentem alteri nubere, dum vir eius vivit, nec saltem ipsa causa pariendi; quæ cum sola sit qua nuptiæ fiunt, nec ea re non subsequente propter quam fiunt, solvitur vinculum nuptiale nisi conjugis morte. Quemadmodum si fiat ordinatio cleri ad plebem congregandam, etiam si plebis congregatio non subsequatur, manet tamen in illis ordinatis sacramentum ordinationis; et si aliqua culpa quisquam ab officio removeatur, sacramento Domini semel imposito non carebit, quamvis ad judicium permanente. Generationis itaque causa fieri nuptias Apostolus ita testis est: Volo, inquit, juniores nubere (1 Tim 5, 14.). Et quasi ei diceretur: Ut quid ? continuo subjecit: filios procreare, matres familias esse (Ibidem.). Ad fidem autem castitatis illud pertinet: Uxor non habet potestatem corporis sui, sed vir; similiter et vir non habet potestatem corporis sui, sed mulier (1 Cor 7, 4.). Ad sacramenti sanctitatem illud: Uxorem a viro non discedere; quodsi discesserit, manere innuptam aut viro suo reconciliari, et vir uxorem non dimittat 80. Hæc omnia bona sunt, propter quæ nuptiæ bonæ sunt: proles, fides, sacramentum.
  • « De ce qui est bien dans le mariage ( De bono conjugali, Liber unus) » (trad. M. l'abbé Burlereaux), chapitre 24, §. 32, dans Œuvres complètes de Saint Augustin, traduites pour la première fois sous la direction de M. Raulx, Augustin d'Hippone, éd. L. Guérin et Cie Éditeurs, 1869, t. 12, p. 122


Mariage et Concupiscence[modifier]

En conséquence, non-seulement les époux chrétiens ont horreur de l'adultère, mais ils doivent, pour eux-mêmes, apporter un frein à la maladie de la concupiscence charnelle. Non, sans doute, l'Apôtre ne défend pas les relations conjugales renfermées dans les bornes du droit et de l'honnêteté ; mais, se souvenant que la concupiscence serait restée étrangère au mariage, si, par son péché, l'homme n'avait pas perdu l'empire sur les membres de son corps, saint Paul demande que les mouvements de cette concupiscence soient l'œuvre, non pas de la volonté, mais de la nécessité, puisque, sans la concupiscence, la volonté elle-même ne saurait suffire à la génération des enfants. (...) Celui qui considère à ce point de vue son épouse, n'est point en proie à la maladie de la concupiscence, comme les Gentils qui ne connaissent point Dieu, mais il possède le vase de son corps saintement et honnêtement, comme un véritable chrétien qui place en Dieu toute son espérance. En effet, l'homme use du mal de la concupiscence, mais il n'est pas vaincu par lui, puisqu'il réprime et enchaîne cette concupiscence dans ses élans les plus impétueux et les plus désordonnés; s'il cède quelquefois et se sert de la concupiscence, c'est dans le but de régénérer spirituellement ceux qu'il engendre charnellement, et jamais pour soumettre l'esprit au honteux esclavage de la chair et des sens.

  • (la) Non solum igitur conjugatus fidelis vase non utatur alieno, quod faciunt a quibus uxores adpetuntur alienæ, sed nec ipsum proprium in concupiscentiæ carnalis morbo possidendum sciat. Quod non sic accipiendum est, tamquam prohibuerit Apostolus conjugalem, hoc est licitum honestumque concubitum, sed ut iste concubitus, qui nihil morbidæ libidinis haberet adjunctum, si non præcedente peccato in eo perisset libertatis arbitrium, quod nunc id habetadjunctum, non sit voluntatis, sed necessitatis, sine qua tamen in procreandis filiis ad fructum perveniri non potest ipsius voluntatis. (...) Hac intentione cordis qui suum vas possidet, id est coniugem suam, procul dubio non possidet in morbo desiderii, sicut gentes quæ ignorant Deum, sed in sanctificatione et honore, sicut fideles qui sperant in Deum. Illo quippe concupiscentiæ malo utitur homo, non vincitur, quando eam inordinatis atque indecoris motibus æstuantem frenat et cohibet neque nisi propagini consulens relaxat atque adhibet, ut spiritaliter regenerandos carnaliter gignat, non ut spiritum carni sordida servitute subiciat.
  • « Des noces et de la concupiscence ( De nuptiis et concuipiscentia) » (trad. M. l'abbé Burlereaux), livre 1, chapitre 9, dans Œuvres complètes de Saint Augustin, traduites pour la première fois sous la direction de M. Raulx, Augustin d'Hippone, éd. L. Guérin et Cie Éditeurs, 1868, t. 15, p. 702


De même ce serait renverser l'ordre de la nature que de supposer que c'est aux femmes de commander à leurs maris, et non pas aux hommes de commander à leurs femmes. Cet ordre est clairement enseigné par l'Apôtre : « L'homme est le chef de la femme (I Cor. XI, 3.) »; « Femmes, soyez soumises à vos maris (Coloss. III, 18. )» ; saint Pierre nous dit également que « Sara obéissait à Abraham et l'appelait son maître (I Pierre, III, 6. ) ».

  • (la) Nec dubitari potest naturali ordine viros potius feminis quam viris feminas principari. Quod servans Apostolus ait: Caput mulieris vir (I Cor. XI, 3.); et: Mulieres, subditæ estote viris vestris (Coloss. III, 18. ); et apostolus Petrus: Quomodo Sara, inquit, obsequebatur Abrahæ, dominum illum vocans (I Pt. III, 6.).
  • « Des noces et de la concupiscence (De nuptiis et concuipiscentia) » (trad. trad. M. l'abbé Burlereaux), livre 1, chapitre 10, dans Œuvres complètes de Saint Augustin, traduites pour la première fois sous la direction de M. Raulx, Augustin d'Hippone, éd. L. Guérin et Cie Éditeurs, 1868, t. 15, p. 703


Contre Fauste[modifier]

Car en dehors de ce but [avoir des enfants], les maris ne sont plus que de misérables libertins; les femmes, que des prostituées; le lit nuptial, qu'un lieu de débauches; les beaux-pères, que des corrupteurs de la jeunesse.

  • (la) Quo ablato, mariti erunt turpiter amatores; meretrices, uxores; thalami, fornices; soceri, lenones.
  • « Contre Fauste (Contra Faustum) » (trad. M. l’abbé Devoille), livre 15, chapitre 7, dans Œuvres complètes de Saint Augustin, traduites pour la première fois sous la direction de M. Raulx, Augustin d'Hippone, éd. L. Guérin et Cie Éditeurs, 1869, t. 14, p. 235


Traités sur l'épitre de Saint-Jean aux Parthes[modifier]

Pourquoi cette puissance naturelle de l'homme sur ces êtres créés ? Cette puissance lui appartient depuis qu'il a été fait a l'image de Dieu Et dans quelle partie de son être cette image de Dieu a-t-elle été imprimée ? Dans son intelligence, dans son âme, dans l'homme intérieur, là où il peut comprendre la vérité, discerner la justice de l'injustice, connaitre celui qui l'a fait, comprendre et louer son Créateur; cette intelligence est le partage de l'âme prudente et sage.

  • (la) Quare hæc est naturalis potestas hominis in ista ? Quia homo ex eo habet potestatem, ex quo factus est ad imaginem Dei. Ubi autem factus est ad imaginem Dei? In intellectu, in mente, in interiore homine, in eo quod intelligit veritatem, dijudicat justitiam et injustitiam, novit a quo factus est, potest intelligere creatorem suum, laudare creatorem suum. Habet hanc intelligentiam, qui habet prudentiam.
  • « Dix traités sur l'épitre de Saint-Jean aux Parthes (In Epistolam Ioannis ad Parthos Tractatus Decem) » (trad. M. Peronne), traité 7, §. 6, dans Œuvres complètes de Saint Augustin, évêque d'Hippone, Augustin d'Hippone, éd. Louis Vivès, 1869, t. 10, p. 540


Vous voyez la vérité sur laquelle nous insistons, c'est que la seule chose qui établit une différence entre les actions des hommes, c'est la racine de la charité. Un grand nombre d'actions peuvent être bonnes en apparence, et cependant elles ne proviennent point de la racine de la charité. Les épines elles-mêmes ont des fleurs, et il est des actions qui ont une apparence de dureté, de cruauté même ; cependant elles sont faites dans l'intérêt du bien et sous l'inspiration de la charité. Dieu vous donne donc un commandement bien abrégé : « Aimez, et faites ce que vous voulez. » Vous gardez le silence, faites-le par amour; vous ouvrez la bouche, parlez par un motif de charité; vous reprenez votre frère, reprenez-le par amour; vous croyez devoir l'épargner, faites-le également par amour. Ayez au fond du cœur la racine de l'amour ; cette racine ne peut produire que d'excellents fruits.

  • (la) Videte quid commendamus, quia non discernuntur facta hominum, nisi de radice caritatis. Nam multa fieri possunt quæ speciem habent bonam, et non procedunt de radice caritatis. Habent enim et spinæ flores: quæedam vero videntur aspera, videntur truculenta; sed fiunt ad disciplinam dictante caritate. Semel ergo breve præceptum tibi præcipitur: Dilige, et quod vis fac: sive taceas, dilectione taceas; sive clames, dilectione clames; sive emendes, dilectione emendes; sive parcas, dilectione parcas: radix sit intus dilectionis, non potest de ista radice nisi bonum existere.
  • « Dix traités sur l'épitre de Saint-Jean aux Parthes (In Epistolam Ioannis ad Parthos Tractatus Decem) » (trad. M. Peronne), traité 7, §. 8, dans Œuvres complètes de Saint Augustin, évêque d'Hippone, Augustin d'Hippone, éd. Louis Vivès, 1869, t. 10, p. 531-532


Quatre-vingt trois questions diverses[modifier]

J'appelle charité, l'amour de ce qui n'est pas inférieur à celui qui aime [littéralement : lorsque les choses qui sont aimées ne doivent pas être tenues pour négligeables en comparaison de celui qui aime], c'est-à-dire ce qui est éternel, et qu'on peut aimer éternellement. Dieu donc et l'âme qui aime Dieu [littéralement : Dieu, donc et l'âme, lorsqu'ils sont aimés], voilà la charité dans son état le plus pur et le plus parfait, s'il ne s'y mêle point d'autre amour [littéralement : si rien d'autre n'est aimé]; on l'appelle aussi la dilection. Mais lorsque Dieu est plus aimé que l'âme, au point que l'homme aime mieux être à Dieu qu'à lui-même, c'est alors qu'il est dans la voie du souverain bien pour son âme, et conséquemment pour son corps; puisque nous n'avons plus aucun souci de satisfaire aucun désir, prenant les choses à tout hasard et comme elles se présentent. Or, le poison de la charité, c'est le désir d'acquérir ou de conserver les biens temporels. Son aliment, c'est la diminution de la cupidité; sa perfection, l'extinction de la cupidité. Le signe de son progrès, c'est de craindre peu; le signe de sa perfection, c'est de ne rien craindre, « car la cupidité est la racine de tous les maux, comme la parfaite dilection chasse toute crainte; » (I Tim., VI, 10; I Jean, IV, 18.)

  • (la) Caritatem voco qua amantur ea quæ non sunt præ ipso amante contemnenda, id est, quod æternum est et quod amare ipsum æternum potest. Deus igitur et animus cum amantur, caritas proprie dicitur, purgatissima et consummata, si nihil aliud amatur; hanc et dilectionem dici placet. Sed cum Deus magis diligitur quam animus, ut malit homo ejus esse quam suus, tunc vere animo summeque consulitur, consequenter et corpori, nobis id non curantibus aliquo appetitu satagente, sed tantum promta et oblata sumentibus. Caritatis autem venenum est spes adipiscendorum aut retinendorum temporalium; nutrimentum ejus est imminutio cupiditatis; perfectio nulla cupiditas. Signum provectus ejus est imminutio timoris; signum perfectionis ejus nullus timor, quia et radix est omnium malorum cupiditas (1 Tim 6, 10); et consummata dilectio foras mittit timorem (1 Io 4, 18.)
  • « Les quatre-vingt trois questions diverses (De diversis quæstionibus octoginta tribus) » (trad. H. Barreau), dans Œuvres complètes de Saint Augustin, évêque d'Hippone, Augustin d'Hippone, éd. Louis Vivès, 1869, t. 21, question 36, §. 1, p. 18


Contre Adimantus, Manichéen[modifier]

(2) La crainte et l'amour, tel est en effet, dans toute sa concision, la différence qui sépare les deux Testaments; la crainte était le partage de l'homme ancien, l'amour est le privilège de l'homme nouveau; et cependant l'un et l'autre sont l'œuvre d'un Dieu infiniment miséricordieux. (...) (3) La charité peut donc s'allier à la vengeance. Nous en voyons la preuve dans un père qui inflige une répression sévère à son fils, quand il le voit s'abandonner à des penchants coupables; plus il l'aime, plus il sent le besoin de le corriger, surtout quand la correction lui laisse espérer des résultats. Mais en voulant le corriger il se garde bien de le tuer : car pour beaucoup la vie présente est du plus haut prix, et souvent même c'est d'elle seule qu'ils attendent la récompense de l'éducation qu'ils veulent donner à leurs enfants. Quant aux parents sages et fidèles qui attendent une autre vie meilleure, ils ne tuent pas non plus leurs enfants en voulant les châtier, parce qu'ils sont persuadés qu'ils peuvent les corriger dans cette vie mais Dieu, qui connaît ce qui convient à chacun, se venge en frappant de mort soit par lui-même, soit par les causes secondes; et si c'est la haine qui l'inspire, il ne les hait pas parce qu'ils sont hommes, mais parce qu'ils sont pécheurs. (...) Quelle preuve plus évidente que Dieu châtie avec amour, non-seulement par des infirmités et des maladies, mais même par la mort temporelle, ceux qu'il ne veut pas condamner avec le monde ? (4) (...) Il n'y a donc pas lieu de soutenir la moindre contradiction entre l'Ancien Testament et le précepte que nous impose le Sauveur d'aimer nos ennemis. Tout en nous ordonnant de les aimer, il s'engage lui-même à en tirer vengeance, puisqu'il se représente sous la figure d'un juge qui tout partial et coupable qu'il est, n'ayant aucune crainte de Dieu, aucun respect pour les hommes, se laisse pourtant fléchir par les instances réitérées d'une pauvre veuve qui demande justice contre son persécuteur; à la fin il l'exauce, pour se délivrer de ses prières. S'il en est ainsi dans cette parabole, à combien plus forte raison Dieu, qui est la bienveillance et la justice même, n'affirme-t-il pas qu'il vengera ses élus de la haine de leurs ennemis (Luc, XVIII, 2-8.) ?

  • (la) (2) Nam hæc est brevissima et apertissima differentia duorum Testamentorum, timor et amor: illud ad veterem, hoc ad novum hominem pertinet; utrumque tamen unius Dei misericordissima dispensatione prolatum atque conjunctum. (...) (3) Potest ergo esse dilectio in vindicante. Quod unusquisque in filio suo probat, cum eum in mores pessimos defluentem, severissima cœrcitione constringit, et tanto magis, quanto magis eum diligit, atque hoc modo corrigi posse arbitratur. Non autem occidunt filios quos diligunt homines, quando eos corrigere volunt: quia multi hanc vitam pro magno bono habent, et totum quare volunt educare filios suos, in hac vita sperant. Fideles autem atque sapientes homines, qui credunt esse aliam vitam meliorem, et quanta possunt ex parte noverunt; nec ipsi vindicant occidendo, cum filios suos volunt corrigere, quia in hac vita eos posse corrigi credunt: Deus autem qui novit quid cuique tribuat, vindicat occidendo in quos voluerit, sive per homines, sive occulto rerum ordine; non quia eos odit in quantum homines sunt, sed in quantum peccatores sunt. (...) Ecce manifestum est Deum cum dilectione corrigere, non solum infirmitatibus et ægritudinibus, sed etiam mortibus temporalibus, eos quos non vult damnare cum mundo. (4) (...) et quomodo non sit contrarium quod Dominus nobis in Evangelio præcepit, ut diligamus inimicos nostros: de quibus tamen promittit ipse vindictam, cum de illo iudice similitudinem inducit, qui quotidianas interpellationes viduæ mulieris petentis ut se vindicaret, quamvis esset injustus, nec Deum timens, nec homines reverens, tamen sustinere non potuit, et audivit eam, ne ulterius tædium pateretur: ex cujus comparatione multo magis Deum, qui est benignissimus atque justissimus, dixit vindicare electos suos de inimicis eorum (Cf. Lc 18, 2-8.).
  • « Contre Adimantus, disciple des Manichéens (De contra Adimantum Manichæi discipulum Liber Unum) » (trad. M. l’abbé Burlereaux), chapitre 17, §. 2-4, dans Œuvres complètes de Saint Augustin, traduites pour la première fois sous la direction de M. Raulx, Augustin d'Hippone, éd. L. Guérin et Cie Éditeurs, 1869, t. 14, p. 104-106


La genèse au sens littéral[modifier]

Supposons que la femme n'ait pas été associée à l'homme pour propager l'espèce [littéralement : engendrer des fils]; dans quel but lui a-t-elle été donnée? Serait-ce en vue de cultiver avec lui la terre ? Mais le travail n'avait pas encore besoin de soulagement; d'ailleurs l'homme aurait trouvé dans un autre homme un aide plus actif: il y aurait également trouvé un asile plus sûr contre les ennuis de l'isolement. En effet, pour le commun de la vie et de la conversation, ne s'établit-il pas entre deux amis une sympathie plus profonde qu'entre un mari et sa femme ? Admettons que l'un devait commander et l'autre obéir, afin que la paix ne fût pas troublée par quelque désaccord entre tes volontés: cette subordination aurait eu naturellement pour principe l'âge, puisque l'un aurait été créé après l'autre, comme le fut la femme. Objecterait-on qu'il eût été impossible à Dieu, s'il l'avait voulu, de tirer un homme de la côte d'Adam, comme il en tira un femme ? Bref, supprimez la propagation de l'espèce, l'union de la femme avec l'homme, à mes yeux, n'a plus aucun but.

  • (la) Aut si ad hoc adjutorium gignendi filios, non est facta mulier viro, ad quod ergo adjutorium facta est? Si quæ simul operaretur terram; nondum erat labor ut adjumento indigeret, et si opus esset, melius adjutorium masculus fieret: hoc et de solatio dici potest, si solitudinis fortasse tædebat. Quanto enim congruentius ad convivendum et colloquendum duo amici pariter quam vir et mulier habitarent? Quod si oportebat alium jubendo, alium obsequendo pariter vivere, ne contrariæ voluntates pacem cohabitantium perturbarent; nec ad hoc retinendum ordo defuisset, quo prior unus, alter posterior, maxime si posterior ex priore crearetur, sicut femina creata est. An aliquis dixerit de costa hominis Deum feminam tantum, non etiam masculum, si hoc vellet, facere potuisse? Quapropter non invenio ad quod adjutorium facta sit mulier viro, si pariendi causa subtrahitur.
  • « De la genèse au [sens] littéral (De Genesi ad litteram) » (trad. M. Citoleux), livre 9, chapitre 5, dans Œuvres complètes de Saint Augustin, traduites pour la première fois sous la direction de M. Raulx, Augustin d'Hippone, éd. L. Guérin et Cie Éditeurs, 1866, t. 4, p. 82-322


Des mœurs de l'Église catholique et des mœurs des Manichéens[modifier]

Vous [Église catholique] soumettez les femmes à leurs maris en les obligeant de leur rendre les devoirs d'une chaste et fidèle obéissance, non pour assouvir leur passion, mais pour mettre des enfants au monde, et pour gouverner leur famille. Vous établissez la domination des maris sur leurs femmes, non pour traiter le sexe le plus faible avec mépris, mais pour le dominer selon les lois d'une pure et sincère affection. Vous assujettissez les enfants à leurs pères par une servitude libre. Vous donnez aux pères un empire de douceur et de bienveillance sur leurs enfants.

  • (la) Tu feminas viris suis, non ad explendam libidinem, sed ad propagandam prolem, et ad rei familiaris societatem, casta et fideli obedientia subjicis. Tu viros conjugibus, non ad illudendum imbecilliorem sexum, sed sinceri amoris legibus præficis. Tu parentibus filios libera quadam servitute subjungis, parentes filiis pia dominatione præponis.
  • « Des mœurs de l'Église catholique et des mœurs des Manichéens (De moribus Ecclesiæ Catholicæ et de moribus Manichæorum) », chap. 30, §. 63, dans Traduction du livre de S. Augustin : Des mœurs de l'Église catholique, avec des sommaires de la Doctrine contenue dans chaque Chapitre, Augustin d'Hippone, éd. Antoine Vitré, 1647, p. 97


Vous [Église catholique] enseignez aux serviteurs de ne s'attacher pas tant à leurs maîtres par la nécessité de leur condition que par le plaisir de les servir. Vous obligez les maîtres de traiter doucement leurs serviteurs, en considération de leur Maître commun qui est Dieu, et vous faites qu'ils sont plus portés à les instruire qu'à les châtier.

  • (la) Tu dominis servos non tam conditionis necessitate quam officii delectatione doces adhærere. Tu dominos servis summi Dei communis Domini consideratione placabiles et ad consulendum quam cœrcendum propensiores facis.
  • « Traduction du livre de S. Augustin : Des mœurs de l'Église catholique, avec des sommaires de la Doctrine contenue dans chaque Chapitre », Antoine M. Arnauld, dans Des Moeurs de l'Eglise catholique, Saint Augustin, éd. Antoine Vitré, 1647, chap. 30, p. 97-98


Des deux âmes[modifier]

Définissons d'abord le péché, qui procède nécessairement de la volonté, comme nous l'atteste la loi divine elle-même gravée dans la nature humaine. Je dis donc que le péché est, à proprement parler, la volonté de conserver ou d'obtenir ce que la justice nous défend et ce dont il nous est libre de nous abstenir. Et en effet, s'il n'y avait pas de liberté, il n'y aurait pas de volonté. Cette définition du péché, je l'avoue, est plus grossière que scrupuleuse. Ai-je donc besoin de scruter tant de livres obscurs pour apprendre que personne ne peut être condamné ni au mépris ni au supplice, pour vouloir ce que la justice ne lui défend pas, ou pour ne pas faire ce qui ne lui est pas permis ? N'est-ce pas là ce que les bergers chantent sur les montagnes, les poètes dans les théâtres, les ignorants dans leurs cercles, les savants dans les bibliothèques, les maîtres dans les écoles, les évêques dans les temples et le genre humain sur la face du monde tout entier? Que si personne n'est digne ni de mépris ni de condamnation, pour ne pas faire ce que lui défend la justice, ou ce qu'il ne peut faire, tandis que tout péché est, par lui-même, digne de mépris et de condamnation, doutera-t-on encore qu'il y ait péché quand on veut ce qui est injuste et quand on est libre de ne pas le vouloir ? Voilà pourquoi je puis maintenant, et j'aurais toujours dû pouvoir donner du péché cette définition tout à la fois vraie et facile à saisir : le péché c'est la volonté de retenir ou d'acquérir ce que la justice défend, quand on est libre de s'en abstenir.

  • (la) Sine prius etiam peccatum definiamus, quod sine voluntate esse non posse omnis mens apud se divinitus conscriptum legit. Ergo peccatum est voluntas retinendi vel consequendi quod justitia vetat, et unde liberum est abstinere. Quanquam si liberum non sit, non est voluntas. Sed malui grossius quam scrupulosius definire. Etiamne hi libri obscuri mihi scrutandi erant, unde discerem neminem vituperatione suppliciove dignum, qui aut id velit quod justitia velle non prohibet, aut id non faciat quod facere non potest ? Nonne ista cantant et in montibus pastores, et in theatris pœtæ, et indocti in circulis, et docti in bibliothecis, et magistri in scholis, et antistites in sacratis locis, et in orbe terrarum genus humanum? Quod si nemo vituperatione vel damnatione dignus est, aut non contra vetitum justitiæ faciens, aut quod non potest non faciens, omne autem peccatum vel vituperandum est, vel damnandum; quis dubitet tunc esse peccatum, cum et velle injustum est, et liberum nolle; et ideo definitionem illam et veram et ad intellegendum esse facillimam, et non modo nunc, sed tunc quoque a me potuisse dici: Peccatum est voluntas retinendi vel consequendi quod iustitia vetat, et unde liberum est abstinere ?
  • « Des deux âmes (De duabus animabus, Liber Unus) » (trad. M. l’abbé Burlereaux), chapitre 11, §. 15, dans Œuvres complètes de Saint Augustin, traduites pour la première fois sous la direction de M. Raulx, Augustin d'Hippone, éd. L. Guérin et Cie Éditeurs, 1869, t. 14, p. 55-58


Du mensonge[modifier]

Si Loth qui était juste au point de mériter d'avoir des anges pour hôtes, livra ses filles à l'infâme passion des habitants de Sodome, préférant voir le déshonneur tomber sur des femmes que sur des hommes (Gen. XIX, 8.1); combien plus de zèle, combien plus de fermeté doit-on mettre à maintenir la chasteté de l'âme dans la vérité, puisqu'il est bien plus conforme à la vérité de préférer l'âme au corps, qu'un corps d'homme à un corps de femme?

  • (la) Si autem Loth cum ita iustus esset, ut angelos etiam hospites suscipere mereretur, stuprandas filias Sodomitis obtulit, ut feminarum potius ab eis corpora quam virorum corrumperentur (Gn. 19, 8); quanto diligentius atque constantius animi castitas in veritate servanda est, cum verius ipse corpori suo, quam corpus virile femineo corpori præferatur ?
  • « Du mensonge (De mendacio) » (trad. M. l'abbé Devoille), chap. 7, §. 10, dans Œuvres complètes de Saint Augustin, Augustin d'Hippone, éd. L. Guérin et Cie Éditeurs, 1866, t. 12, livre 3, p. 202


La ruine de Rome[modifier]

Que les souffrances des justes ne soient point pour nous un sujet de scandale; elles ne sont pour eux qu'une épreuve, et non point un signe de réprobation. Nous frémissons d'horreur en voyant sur la terre le juste en proie aux tribulations de la calomnie et de la douleur, et nous oublions ce qu'eut à souffrir le juste par excellence et le Saint des saints.

  • (la) Non ergo nos moveat labor piorum; exercitatio est. Nisi forte horremus cum videmus indigna et gravia in hac terra perpeti aliquem iustum, et obliviscimur quæ pertulerit iustus iustorum sanctusque sanctorum.
  • « De la ruine de Rome (De excidio urbis Romæ) » (trad. M. l'abbé Burlereaux), §. 8, dans Œuvres complètes de Saint Augustin, traduites pour la première fois sous la direction de M. Raulx, Augustin d'Hippone, éd. L. Guérin et Cie Éditeurs, 1868, t. 12, p. 339-344


Lettres[modifier]

Si nous voulons nous en tenir à la vérité, nous reconnaîtrons que la persécution injuste est celle des impies contre l'Église du Christ, et que la persécution juste est celle de l'Église du Christ contre les impies. Elle est donc bienheureuse de souffrir persécution pour la justice, et ceux-ci sont misérables de souffrir persécution pour l'iniquité. L'Église persécute par l'amour, les autres par la haine; elle veut ramener, les autres veulent détruire; elle veut tirer de l'erreur, et les autres y précipitent. L'Église poursuit ses ennemis et ne les lâche pas jusqu'à ce que le mensonge périsse en eux et que la vérité y triomphe; quant aux donatistes, ils rendent le mal pour le bien; pendant que nous travaillons à leur procurer le salut éternel, ils s'efforcent de nous ôter le salut même temporel; ils ont un si grand goût pour les homicides, qu'ils se tuent eux-mêmes lorsqu'ils ne peuvent tuer les autres. Tandis que la charité de l'Église met tout en œuvre pour les délivrer de cette perdition afin que nul d'entre eux ne périsse, leur fureur cherche à nous tuer pour assouvir leur passion de meurtre, ou à se tuer eux-mêmes, de peur de paraître se dessaisir du droit qu'ils s'arrogent de tuer des hommes.

  • (la) Si ergo verum dicere vel agnoscere volumus, est persecutio injusta, quam faciunt impii Ecclesiæ Christi; et est justa persecutio, quam faciunt impiis Ecclesiæ Christi. Ista itaque beata est quæ persecutionem patitur propter justitiam (Mt 5, 10.); illi vero miseri qui persecutionem patiuntur propter injustitiam. Proinde ista persequitur diligendo, illi sæviendo; ista ut corrigat, illi ut evertant; ista ut revocet ab errore, illi ut præcipitent in errorem: denique ista persequitur inimicos et comprehendit, donec deficiant in vanitate, ut in veritate proficiant; illi autem retribuentes mala pro bonis (Ps 34, 12.), quia eis consulimus ad æternam salutem, etiam temporalem nobis conantur auferre, sic amantes homicidia, ut in seipsis ea perficiant, quando in aliis perpetrare non possunt. Sicut enim caritas laborat Ecclesiæ sic eos ab illa perditione liberare, ut eorum nemo moriatur; sic eorum laborat furor aut nos occidere, ut suæ crudelitatis pascant libidinem, aut etiam seipsos, ne perdidisse videantur occidendorum hominum potestatem.
  • « Lettres, classe 3, lettre 185 : livre sur la correction des donatistes (Epistolæ, Epistolarum classis III, Epistola CLXXXV : De correctione donatistarum liber) » (trad. M. Poujoulat), chap. 2, §. 11, dans Lettres de Saint Augustin, Augustin d'Hippone, éd. Librairie liturgique-catholique, atelier de reliure L. Lesort, 1858, t. 3, p. 542-543


(21) Il vaut mieux (qui en doute?) amener par l'instruction les hommes au culte de Dieu que de les y pousser par la crainte de la punition ou par la douleur; mais, parce qu'il y a des hommes plus accessibles à la vérité, il ne faut pas négliger ceux .qui ne sont pas tels. L'expérience nous a prouvé, nous prouve encore que la crainte et la douleur ont été profitables à plusieurs pour se faire instruire ou pour pratiquer ce qu'ils avaient appris déjà. On nous objecte cette sentence d'un auteur profane : « Il vaut mieux, je crois, retenir les enfants par la honte et l'honnêteté que par la crainte (Térence, Adelph., acte I, scène 1.). » Cela est vrai; les meilleurs sont ceux qu'on mène avec le sentiment, mais c'est la crainte qui corrige le plus grand nombre. Car, pour répondre par le même auteur, c'est lui aussi qui a dit : « Tu ne sais rien faire de bien si on ne t'y force. » L'Ecriture divine dit à cause des meilleurs : « La crainte n'est pas dans la charité; mais la charité parfaite met la crainte dehors (I Jean, IV, 18.); » et, à cause de ceux qui valent moins et sont en plus grand nombre : « Ce n'est pas avec des paroles que le mauvais serviteur sera corrigé; car lorsqu'il comprendra, il n'obéira point (Prov. XXIX, 19.). » En disant que des paroles ne le corrigeront point, l'Ecriture n'ordonne pas qu'on le délaisse, mais nous fait entendre ce qu'il faut faire : autrement elle ne dirait pas : « des paroles ne le corrigeront point, » mais seulement : « il ne se corrigera pas. » Aussi elle nous apprend, dans un autre endroit, que non-seulement le serviteur, mais encore le mauvais fils, doit être châtié et avec grand profit; car, dit-elle, « tu le frappes de la verge, mais tu délivres son âme de la mort (Ibid. XXIII,14.), » et ailleurs : « Épargner le châtiment, c'est haïr son fils (Ibid. XIII, 24. ). » (...) Mais cependant, avant de devenir de bons fils et de désirer d'être dégagés des liens du corps [littéralement : de la concupiscence] pour être avec le Christ (6. Philip. I, 23.), plusieurs, comme de mauvais serviteurs et en quelque sorte de méchants fugitifs, sont ramenés à leur Seigneur par le fouet des douleurs temporelles. (...) (23) Pourquoi l'Eglise ne forcerait-elle pas au retour les enfants qu'elle a perdus, puisque ces enfants perdus forcent les autres à périr? Si, au moyen de lois terribles, mais salutaires, elle retrouve ceux qui n'ont été que séduits, cette pieuse mère leur réserve de plus doux embrassements et se réjouit de ceux-ci beaucoup plus que de ceux qu'elle n'avait jamais perdus. (...).

  • (la) 21. Melius essa, quidem quis dubitaverit ?, ad Deum colendum doctrina homines duci, quam pœnæ timore vel dolore compelli: sed non quia isti meliores sunt, ideo illi qui tales non sunt, neglegendi sunt. Multis enim profuit (quod experimentis probavimus et probamus) prius timore vel dolore cogi, ut postea possent doceri, aut quod jam verbis didicerant, opere sectari. Proponunt nobis quidam sententiam cujusdam sæcularis auctoris, qui dixit: Pudore et liberalitate liberos retinere, satius esse credo, quam metu (TEREN., Adel., 1, 57-58.). Hoc quidem verum est; sed sicut meliores sunt quos dirigit amor, ita plures sunt quos corrigit timor. Nam ut de ipso auctore istis respondeatur, apud illum etiam legunt: Tu nisi malo coactus, recte facere nescis (TEREN., Adel., 1, 69-75 (loc. adbrev. a CICER., Actio in Verr. 3, 62.)). Porro autem Scriptura divina, et propter illos meliores dixit: Timor non est in caritate; sed perfecta caritas foras mittit timorem (1 Io 4, 18.); et propter hos inferiores, qui plures sunt, ait: Verbis non emendabitur servus durus; si enim et intellexerit, non obediet (Prov 29, 19. ). Cum dixit, verbis eum non emendari, non eum jussit deseri, sed tacite admonuit unde debeat emendari: alioquin non diceret: Verbis non emendabitur; sed tantummodo diceret: « Non emendabitur ». Alio quippe loco dicit non solum servum, sed etiam filium indisciplinatum plagis esse cœrcendum; et magno fructu: nam: Tu quidem, inquit, percutis eum virga; animam vero ejus liberabis a morte (Prov 23, 14.); et alibi dicit: Qui parcit baculo, odit filium suum (Prov 13, 24.). (...) Sed tamen antequam dicant boni filii: Concupiscentiam habemus dissolvi, et esse cum Christo (Phil 1, 23.); multi prius, tamquam mali servi et quodammodo improbi fugitivi, ad Dominum suum temporalium flagellorum verbere revocantur. (...) (23) Cur ergo non cogeret Ecclesia perditos filios ut redirent, si perditi filii cœgerunt alios ut perirent? Quamvis etiam illos quos non cœgerunt, sed tantummodo seduxerunt, si per terribiles sed salubres leges in eius gremium revocentur (Mt 18, 12-13; Lc 15, 4-7.), blandius pia mater amplectitur, et de illis multo amplius quam de his quos numquam perdiderat, gratulatur. (...)
  • « Lettres, classe 3, lettre 185 : livre sur la correction des donatistes (Epistolæ, Epistolarum classis III, Epistola CLXXXV : De correctione donatistarum liber) » (trad. M. Poujoulat), lettre 185, chapitre 6, §.21.23, dans Lettres de Saint Augustin, Augustin d'Hippone, éd. Librairie liturgique-catholique, atelier de reliure L. Lesort, 1858, t. 3, p. 551-554


Contre la seconde réponse de Julien[modifier]

10. Julien : (...) Quoi qu'il en soit, ce livre montre clairement ce que désire celui qui l'a écrit : il désire lutter avec la force brutale et une impuissance aveugle, contre la raison, contre la foi, contre la sainteté des vérités morales et dogmatiques sans exception. Augustin : À Dieu ne plaise que les puissances chrétiennes de la république terrestre viennent à douter de l'antique foi de l'Église catholique, et à assigner pour cette raison à ceux qui la combattent, un lieu et un temps où ils puissent discuter ! Fasse le ciel au contraire que, inébranlablement affermis dans la connaissance certaine des vérités de cette foi, ils imposent à ceux de ses ennemis qui vous ressemblent, la discipline de la contrainte.

  • (la) IUL. videlicet, ut contra rationem, contra fidem, contra omnem morum et dogmatum sanctitatem, vi fera et cæca impotentia dimicetur. AUG. Absit a christianis potestatibus terrenæ reipublicæ, ut de antiqua catholica fide dubitent, et ob hoc oppugnatoribus ejus locum et tempus examinis præbeant; ac non potius in ea certi atque fundati, talibus, quales vos estis, inimicis ejus disciplinam cœrcitionis imponant.
  • « Contre la seconde réponse de Julien. Ouvrage inachevé (Contra secundam Juliani responsionem imperfectum opus) », livre I, §. 10, dans Œuvres complètes de saint Augustin traduites pour la première fois en français, sous la direction de M. Raulx, Augustin d'Hippone, éd. Bar-Le-Duc, L. Guérin & Cie, 1869, t. 16, p. 389


Citations rapportées de saint Augustin[modifier]

Crois et tu comprendras ; la foi précède, l'intelligence suit.


Deux amours ont constitué deux cités : l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi, l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu.


Citations sur saint Augustin[modifier]

Seize siècles nous séparent de saint Augustin. Nous séparent ? Disons mieux, nous unissent à lui, car cette longue période n'est pas comme un trou vide : elle est tout entière pénétrée de la présence d'Augustin, de sa gloire, de son influence, pour ne rien dire des âpres débats qu'a fait naître l'interprétation des nuances délicates de sa pensée. Si son nom s'impose avec tant d'insistance à notre attention, c'est, autant que par son être propre, pour tout ce qu'au cours de ces seize siècles la tradition de la culture occidentale a placé sous son invocation.


Théologien, j'ai appris de mon maître saint Augustin, ce Berbère, que toutes les nations qui se manifestent dans l'histoire sont nécessairement un mélange, pour nous inextricable, de Cité du Bien et de Cité du Mal.

  • Crise de notre temps et réflexion chrétienne de 1930 à 1975 (recueil), Henri-Irénée Marrou , éd. Beauchesne, 1978, p. 177


Presque tous les Pères latins sont des Africains. Tertullien de Carthage, le Numide Arnobe de Sicca et son élève Lactance, saint Cyprien de Carthage, Victorinus l'Africain, le Berbère saint Augustin, bref toute cette glorieuse tête de colonne de la patristique latine [...], que de dons splendides de l'Afrique à l'Église de Rome pendant que celle-ci n'avait encore à mettre en balance que saint Ambroise et saint Jérôme !

  • Le philosophe et la théologie (1960), Étienne Gilson, éd. Vrin, 2005, p. 175-176


Il n'est pas indifférent que le plus grand penseur de l'Occident latin, l'auteur de la Cité de Dieu et des Confessions, fût un Berbère chrétien.

  • Les Berbères : mémoire et identité, Gabriel Camps, éd. Errance, 1987, p. 124


Ce très grand esprit appartient au patrimoine de l'humanité entière, mais d'abord à celui du pays qui l'a vu naître, ou il a vécu et écrit son œuvre immense.

  • Saint Augustin: Le Passeur des deux rives, Claude Lepelley, éd. d'Orbestier, 2010, p. 81


Les fondateurs de la première littérature chrétienne ont été Tertullien et ce pur berbère Saint-Augustin.

  • Le problème démographique nord-africain (1947), Louis Chevalier, éd. Presses universitaires de France, 1947, p. 194


Augustin est d'abord un Africain de race, puis un Romain d'Afrique, avant d'être le chrétien que l'Occident chrétien s'appropriera.

  • Figures de L'etranger autour de la Mediterranee antique, Patrick Voisin, Marie-Françoise Marein, Julie Gallego, éd. L'Harmattan, 2010, p. 18


Saint-Augustin, le Berbère, en fait foi et en est le magistral témoin : la religion chrétienne s'est imposée en Afrique romaine.


« Aime et fais ce que tu veux ».

  • François Mauriac, au plus fort de la guerre d'Algérie, ironise en rappelant l'immense apport de l'Afrique du Nord à la civilisation latine et catholique.


De tous les pères de l'église, saint Augustin fût le plus admiré et le plus influent au Moyen Age. [...] Augustin était un indigène Nord-Africain dont la famille n'était pas romaine, mais berbère. [...] C'était un génie, un géant intellectuel.

  • (en) Of all the fathers of the church, St. Ausgustine was the most admired and the most influential during the Middle Ages. [...] Augustine was an outsider - a native North African whose family was not Roman but Berber. [...] He was a genius - an intellectual giant.
  • The Civilization of the Middle Ages, Norman Cantor (trad. Wikiquote), éd. Harper, 1993, p. 74


Berbère, né en 354 à Tagaste, en Africa, il mourra évêque d'Hippone en 430, alors que les Vandales assiègent la ville. L'éclat exceptionnel de son œuvre (La Cité de Dieu, les Confessions), ses contradictions mêmes, son désir d'associer la foi et l'intelligence, c'est-à-dire, en gros, la civilisation antique et la civilisation chrétienne, le vieux vin et le nouveau, ces tentatives conscientes font de lui, sous un certain angle, un rationaliste. La foi domine tout chez lui. Il dit cependant : credo ut intelligam, je crois pour comprendre. Il dit encore : Si fallor, sum - si je me trompe, j'existe; Si dubitat, vivit - s'il doute, il vit. Il serait abusif de voir dans ses affirmations, longtemps à l'avance, le Cogito ergo sum de Descartes; il est évident toutefois qu'elles l'évoquent. Sans doute, l'avenir a-t-il réservé sa plus grande attention à saint Augustin théologien, et à ses afirmations sur la prédestination. N'empêche que l'augustinisme a donné sa couleur, ses possibilités de mouvement et de discussion au christianisme occidental, ne serait-ce qu'en insistant sur la forte nécessité de ne s'engager dans la foi qu'en connaissance de cause, après une profonde réflexion personnelle, avec la volonté d'agir en conséquence.


On n’en finirait pas de rapporter les propos qui mettent en évidence ce rayonnement sans égal de la pensée et de l’œuvre d’Augustin sur l’Occident latin. « Aucune œuvre d’un auteur chrétien en langue latine ne susciterait dans l’Europe chrétienne autant d’admiration et d’inquiétude et ne connaîtrait une telle gloire » (Dominique de Courcelles, Augustin ou le génie de l’Europe,). Au point que l’auteur de cette citation, bien que conscient qu’il parle selon ses propres termes « d’un berbère chrétien », donne pourtant pour titre à son œuvre: Augustin ou le génie de l’Europe. Et ce génie était un Numide de l’Empire romain. Quel transfert de sagesse du sud au nord de la Méditerranée !


C'était lui-même un vrai Africain. En effet, on peut dire qu'il était d'abord un Africain et ensuite un Romain, puisque, malgré sa sincère loyauté pour l'Empire, il ne montre rien du patriotisme spécifiquement romain qui caractérise Ambroise ou Prudence.

  • (en) He was himself a true African. Indeed, we may say he was an African first and a Roman afterwards, since, in spite his genuine loyalty towards the Empire,he shows none of the specifically Roman patriotism which marks Ambrose or Prudentius.
  • Enquiries into religion and culture, Christopher Dawson (trad. Wikiquote), éd. CUA Press, 2009, p. 109


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