Atmosphère

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Sommaire

[modifier] Littérature

[modifier] Critique

[modifier] André Pieyre de Mandiargues, Le Musée noir, 1924

Introduction

Des lieux et certaines heures unissent, affrontent ou fortifient les auréoles (ou zones d'illumination) propres aux diverses matières. Par ces chocs, par ces combinaisons d'auréoles, naît ce que l'on a communément entendu sous le nom d'atmosphère : un climat propice à la transfiguration des phénomènes sensibles.


[modifier] Nouvelle

[modifier] Renée Vivien, La Dame à la Louve, 1904

La Chasteté paradoxale

À ce moment, les portes s’ouvrirent toutes grandes, et un chœur de jeunes femmes, roses à l’égal des Grâces, entra en un bourdonnement d’essaim. L’atmosphère était saturée d’odeurs. Mais je ne vis que Myriam, soleil noir parmi les étoiles. Jamais je n’avais compris, senti, aimé, avec cette profondeur et cette intensité le prestige orgueilleux des brunes.

  • La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, La Chasteté paradoxale, p. 105


[modifier] Prose poétique

[modifier] Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927

Les membres du club aiment la mer. L’odeur phosphorée qui s’en dégage les grise et, parmi les débris des grèves, épaves de navires, arêtes de poissons, reliquats de villes submergées, ils retrouvent l’atmosphère de l’amour et ce halètement qui, à la même heure, témoigne à notre oreille de l’existence réelle d’un imaginaire, pêle-mêle avec le crissement particulier du varech qui se dessèche, les émanations de ce magnifique aphrodisiaque l’ambre marine, et le clapotis des vagues blanches contre le sexe et les cuisses des baigneuses au moment précis où, atteignant enfin leur ceinture, elles plaquent le maillot contre la chair.

  • Il est ici question du Club des Buveurs de Sperme.


[modifier] Roman

[modifier] Marie d'Agoult, Nélida, 1866

Ce soir-là, ses salons en stuc blanc chargé d'or étaient éclairés avec plus de splendeur que de coutume ; des multitudes de girandoles en cristal de roche à facettes étincelantes, se répétant à l'infini dans des panneaux de glace, jetaient une vive lumière sur les draperies de damas aux tons éclatants. Des pyramides de cactus, qui ouvraient leurs corolles ardentes dans cette chaude atmosphère, ajoutaient encore à l'éblouissement de l'oeil. Un orchestre puissant faisait retentir d'une musique provocante ces espaces sonores où les femmes aux courtes tuniques, aux cheveux parfumés, ruisselants de pierreries, les bras nus, les épaules nues, arrivaient une à une et se prenaient la main, comme des fées qui se rassemblent pour un joyeux sortilège.


[modifier] Gabriele D'Annunzio, Le Feu, 1900

Elle souffrait une peine bien connue, à entendre ces belles paroles couler des lèvres de son ami avec une spontanéité qui les démontrait sincères [...]. C’était comme si elle perdait le sentiment de sa vie propre et qu’elle se trouvât transportée dans une sorte de vie fictive, intense et hallucinante, où sa respiration devenait difficile. Attirée dans cette atmosphère aussi ardente que le foyer d’une forge, elle se sentait capable de toutes les transfigurations qu’il plairait à cet animateur d’opérer sur elle pour satisfaire son continuel besoin de beauté et de poésie. Elle comprenait que, dans cet esprit génial, son image était de même nature que celle de la Saison défunte, enfermée sous l’enveloppe de verre, évidente jusqu’à paraître tangible. Et elle fut assaillie par l’envie puérile de se pencher vers les yeux du poète comme vers un miroir, pour y contempler son visage véritable.

  • Le Feu, Gabriele D'Annunzio, éd. La Revue de Paris, 1900, chap. I. L'épiphanie du feu, p. 8


[modifier] James Joyce, Ulysse, 1922

Paris s'éveille débraillé, une lumière crue dans ses rues citron. La pulpe moite des croissants fumants, l'absinthe couleur de rainette, son encens matinal, flattent l'atmosphère, Belluomo quitte le lit de la femme de l'amant de sa femme, la ménagère s'ébranle, un mouchoir sur sa tête, une soucoupe d'acide acétique à la main. Chez Rodot, Yvonne et Madeleine refont leur beauté fripée, dents aurifiées qui broient des chaussons, bouche jaunie par le pus du flanc breton.


[modifier] Théâtre

[modifier] Jean Giraudoux, Amphitryon 38, 1929

Mercure : Ensuite ? Ce que j'éprouve ? Vraiment rien de particulier, tout à fait comme avec Vénus !
Jupiter : Alors pourquoi viens-tu sur la terre ?
Mercure : Comme un vrai humain, par laisser-aller. Avec sa dense atmosphère et ses gazons, c'est la planète où il est le plus doux d'atterir et de séjourner, bien qu'évidemment ses métaux, ses essences, ses êtres sentent fort, et que ce soit le seul astre qui ait l'odeur d'un fauve.

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